30 ans de travail au service des sols vivants, par Claude & Lydia Bourguignon
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Introduction
Claude Bourguignon et Lydia Bourguignon ouvrent leur intervention en disant leur émotion de voir autant de personnes venues les écouter. Ils expliquent qu’ils n’ont pas pu participer aux premiers jours de l’événement, car ils sont « entre deux avions », mais ils tiennent d’abord à remercier les agriculteurs et toutes les personnes qui les suivent depuis plus de trente ans.
Depuis plus de trente ans, leur travail consiste à faire prendre conscience que le sol est la base de tout. Pour eux, il constitue la base de la pyramide de la qualité de vie, et conditionne à la fois la qualité de l’eau, de l’air, de l’alimentation et, plus largement, le fonctionnement des écosystèmes.
Ils rappellent qu’ils ont été parmi les pionniers et les lanceurs d’alerte sur la dégradation des sols. Cette position leur a valu beaucoup de critiques, parfois encore aujourd’hui, parce qu’on leur reprochait d’avoir un discours trop clivant ou trop négatif. Pourtant, ils constatent aussi une évolution positive : il existe désormais de nombreuses réunions sur ces sujets, et des pratiques comme le semis direct sous couvert progressent en France.
Le sol, base de la qualité de l’eau et de l’air
Selon eux, lorsqu’un sol est en mauvais état, les problèmes de pollution de l’eau et de l’air y sont directement liés.
Ils prennent l’exemple des rivières colorées après les pluies : on accuse souvent la pluie, mais ces phénomènes sont d’abord le signe de la dégradation des sols. Dans les pays tempérés, ces dégradations deviennent de plus en plus visibles. Dans les régions du monde soumises à des climats beaucoup plus violents, avec des sols battants et des pluies intenses, les dégâts sont encore plus spectaculaires. Lorsque le sol est perdu, on atteint selon eux le dernier stade de la dégradation.
Ils établissent également un lien entre l’état des sols et la pollution de l’air. Les pluies acides, les déséquilibres biogéochimiques, le gaz carbonique et la question du réchauffement climatique sont liés à l’état des terres cultivées. Le sol n’est donc pas seulement un support de culture : il participe aux grands équilibres planétaires.
Une évolution des pratiques depuis trente ans
Claude Bourguignon et Lydia Bourguignon soulignent qu’en dépit des résistances initiales, les choses évoluent. Ils rappellent qu’il y a un certain nombre d’années, ils ont contribué à l’installation du premier semis direct sous couvert en France. À leurs yeux, cette pratique constitue une des clés pour faire remonter le taux de matière organique des sols.
Ils insistent sur le fait qu’une hausse de 0,1 % de matière organique peut sembler faible, mais qu’à l’échelle des sols, c’est déjà extrêmement rapide. À l’inverse, le labour provoque des dégradations considérables.
Ils notent aussi qu’il existe aujourd’hui une prise de conscience plus large, en France comme à l’étranger. Ils citent notamment l’effet du Grenelle de l’environnement : auparavant, ils avaient beaucoup de mal à entrer dans les collèges agricoles ou les lycées agricoles ; depuis cette période, ils y sont invités beaucoup plus souvent pour parler du sol et de ses lois de fonctionnement.
Un travail scientifique sur la dégradation des sols
Ils rappellent qu’ils sont d’abord des scientifiques. Leur travail actuel s’appuie notamment sur des collaborations universitaires, en particulier avec l’université de Dijon, afin de mieux exploiter statistiquement les nombreuses données recueillies.
Ils expliquent avoir réalisé environ 9 000 profils de sols en France et dans le monde. Cet ensemble leur permet de caractériser les processus de dégradation des sols.
Pour eux, cette dégradation est souvent peu visible au début. Le citoyen ne la perçoit généralement que lorsqu’elle a atteint un stade critique. Pourtant, le processus commence bien avant.
Les étapes de la dégradation des sols
La perte de matière organique
La première dégradation, selon eux, est la perte de matière organique. Quand celle-ci diminue, le sol perd peu à peu sa porosité.
En présence de matière organique, le sol héberge des vers de terre, mais aussi toute une faune : collemboles, acariens, myriapodes, et d’autres organismes qui brassent la terre et créent sa structure. Le sol fonctionne alors comme une éponge, avec de l’oxygène et une bonne perméabilité.
Le labour profond, l’usage massif d’intrants et certains modes de fertilisation détruisent progressivement cette faune. Le sol se compacte, les racines ont plus de mal à descendre, et l’on glisse alors vers d’autres formes de dégradation.
La dégradation chimique
Lorsque la vie du sol régresse, les éléments ne sont plus correctement recyclés et retenus dans le profil. Ils descendent alors dans le sol et sont lessivés vers les nappes phréatiques.
C’est à ce stade qu’apparaît la dégradation chimique. Claude Bourguignon et Lydia Bourguignon rappellent que l’on a alors accusé les agriculteurs d’être des pollueurs, notamment en raison des nitrates retrouvés dans les nappes. La France est régulièrement pointée du doigt à ce sujet.
Ils citent comme exemples visibles les algues vertes en Bretagne et en Méditerranée, ainsi que des situations analogues sur l’Adriatique. Mais ils ajoutent que les nitrates ne sont pas les seuls éléments concernés : bien d’autres substances se retrouvent dans l’eau.
La dégradation physique
Si rien n’est fait, on aboutit ensuite à la dégradation physique. Le sol perd sa cohésion, car l’équilibre entre les argiles, la matière organique et les autres éléments est rompu. Il devient alors comme de la farine, se met en suspension dans l’eau, et devient érosif dès qu’il y a une pente.
Ils rappellent que la force érosive de l’eau augmente avec le carré de sa densité. Une eau claire ne provoque qu’un effet limité ; mais dès qu’elle transporte un peu de limon, puis du sable fin, elle devient de plus en plus lourde et donc de plus en plus érosive. C’est ainsi que se forment des écoulements capables d’emporter beaucoup de terre, voire de provoquer des dégâts considérables.
La pluie n’est pas seule en cause
Les intervenants expliquent qu’ils ont travaillé pendant trente ans sur un domaine où étaient mesurés les jours de pluie et les volumes d’eau. Sur la période allant de 1985 à aujourd’hui, ils constatent une forte variabilité d’une année à l’autre, mais pas de diminution significative des quantités annuelles d’eau.
Ils soulignent qu’ils avaient eux-mêmes tendance à penser que le climat évoluait vers plus de pluie en hiver et moins en été, mais que leurs séries de données sur trente ans ne permettent pas de confirmer ce schéma de manière nette.
Pour eux, le problème principal n’est donc pas seulement qu’il pleuve trop ou que les pluies soient plus violentes. Il vient aussi du fait que les sols sont en mauvais état. La dégradation des sols aggrave fortement les effets des pluies.
Le rôle central des champignons et de la faune du sol
Claude Bourguignon rappelle son parcours avec Lydia Bourguignon à l’INRA. Il évoque aussi la création, en 1982, du premier collège d’enseignement biodynamique en France, avec Suzanne et Victor Michaud. À l’époque, ils étaient très violemment critiqués, au point qu’on les traitait de secte dangereuse.
Leur observation scientifique principale à l’INRA portait sur la transformation de la microflore des sols cultivés de façon conventionnelle. Ils y ont constaté un changement majeur : la disparition progressive des champignons et de la faune, alors que les bactéries se maintenaient très bien, voire augmentaient.
Or, selon eux, les bactéries sont surtout des organismes minéralisateurs. Elles s’adaptent facilement aux produits chimiques et vivent très bien dans des milieux minéraux. À mesure que la matière organique diminue, elles dominent davantage encore, ce qui accélère la minéralisation et donc la perte de matière organique.
À l’inverse, les champignons sont les grands fabricants de l’humus. Ce sont eux qui maîtrisent principalement la dégradation de la lignine. Ils sont également à la base de l’alimentation de toute une partie de la faune du sol, comme les acariens et les collemboles.
Le message qu’ils essayaient alors de faire passer aux agriculteurs était simple : attention, vous êtes en train de perdre les organismes qui fabriquent l’humus et qui retiennent votre sol. Vous êtes en train de détruire votre patrimoine.
Claude Bourguignon raconte qu’à l’époque, à l’INRA, certains leur répondaient en substance : « il n’y a plus de vers de terre, mais on fait quand même 100 quintaux ». C’était, selon lui, le signe d’une vision strictement productiviste, incapable de comprendre le rôle fondamental de la vie du sol.
Observer les milieux sauvages pour comprendre
Pour comprendre comment relancer les champignons et la faune, ils ont étudié les milieux sauvages au Brésil, en Afrique, en Asie, et bien sûr les forêts.
Dans la forêt, personne ne travaille le sol. Pourtant, il y a une couverture permanente de feuilles et de matière organique, une faune abondante et une masse importante de mycélium. C’est cette observation qui les a conduits à accorder une importance capitale à la litière laissée à la surface du sol.
Claude Bourguignon évoque aussi ses souvenirs d’enfance : autrefois, on ramassait les rosés des prés dans les prairies ; dans les années 1980-1990, il n’y avait pratiquement plus de champignons visibles. En revanche, dès qu’on remet de la litière sur le sol, les champignons reviennent.
Le bois raméal fragmenté comme outil de régénération
Ils expliquent avoir beaucoup travaillé avec différents chercheurs, notamment sur le bois raméal fragmenté (BRF), en particulier avec le professeur Gilles Lemieux.
Parmi toutes les techniques qu’ils ont étudiées depuis trente ans, ils considèrent que, pour des sols totalement ruinés, la meilleure façon de remettre un sol debout est d’apporter du bois raméal fragmenté. Le bois des tailles de haies n’est attaqué que par les champignons. Dès qu’on en met une couche à la surface du sol, la réponse biologique est spectaculaire.
Ils citent le cas de la latérite, un sol très dégradé, dominé par des bactéries qui précipitent le fer et l’aluminium, au point de former une matière très dure. En recouvrant cette latérite de 10 cm de BRF, il devient possible de relancer une agriculture. Le système bascule alors d’un monde dominé par des bactéries chimio-lithotrophes vers un monde d’organotrophes dominé par les champignons, qui retransforme le sol.
Pour eux, la puissance des champignons et de la faune du sol a été totalement négligée par l’agronomie moderne, alors qu’elle est fondamentale pour le fonctionnement des terres.
Les lois physiques et botaniques rappelées par Claude Bourguignon
Claude Bourguignon propose deux règles simples.
Le seuil de matière organique pour éviter l’érosion
En physique des sols, il indique que, si l’on veut éviter l’érosion, le taux de matière organique en surface ne doit pas descendre au-dessous de 18 % du taux d’argile.
Exemple : si un sol contient 20 % d’argile, il ne faut pas descendre en dessous de 3,6 % de matière organique. Dans ce cas, argiles et humus floculent ensemble, ce qui stabilise le sol et limite l’érosion.
Pour atteindre de tels niveaux, il faut évidemment arrêter de labourer et maintenir des couverts.
La diversité végétale pour limiter les mauvaises herbes
En botanique, il avance une autre loi : si l’on ne veut pas de mauvaises herbes, il faut cultiver douze espèces dans le couvert. Avec douze espèces, on couvre 100 % du sol et on ne laisse plus de place aux adventices.
Il reconnaît que douze espèces peuvent sembler compliquées à réunir, mais même avec six espèces, on couvre déjà environ 90 % du sol. Il cite l’exemple de Jean-Claude Guillet, dont le système a tellement diminué la pression des adventices qu’un passage en bio devient envisageable.
Pour lui, le semis direct sous couvert peut constituer une étape très intéressante avant le passage à l’agriculture biologique.
Questions du public
Que se passe-t-il dans un sol sans argile ?
À la question portant sur le rapport entre matière organique et taux d’argile, Claude Bourguignon répond que s’il n’y a pas d’argile, il ne s’agit pas vraiment d’un sol, mais d’une roche mère meuble, comme certains sols sableux.
Selon lui, un sol a besoin d’argile pour disposer d’une capacité d’échange. Le sol, au sens agronomique, repose sur le complexe argilo-humique : l’argile et l’humus constituent les deux grandes sources de capacité d’échange. Sans cela, la plante ne peut pas établir correctement ses échanges nutritifs.
Lydia Bourguignon complète en signalant qu’il est très rare d’avoir zéro argile. Mais dans les cas où il y en a très peu, comme en viticulture sur certains terrains, elle observe parfois des apports massifs de compost, jusqu’à 50 tonnes par hectare. Or, si le sol manque d’argile, cette matière organique ne peut pas être correctement complexée. Elle est alors lessivée et devient polluante. Il vaut mieux dans ce cas fractionner les apports.
Ils rappellent que les anciens pratiquaient le marnage pour apporter de l’argile lorsque cela manquait, et utilisaient le compostage pour apporter de l’humus. Ce sont là des amendements, à distinguer des engrais.
Combien de temps faut-il pour régénérer un sol sous bitume ou béton ?
À la question sur le devenir d’un sol recouvert de bitume, Lydia Bourguignon répond qu’il est impossible de donner un délai général. Tout dépend du type de sol et de son niveau de dégradation.
Un sol équilibré, par exemple avec environ 30 % d’argile, 30 % de sable et 30 % de limon, aura plus de facilité à se régénérer. Mais il n’existe pas de durée universelle. La régénération dépend entièrement de l’histoire du sol.
En revanche, elle souligne que des techniques de respect du sol, notamment avec du bois raméal fragmenté, peuvent produire des résultats très rapides. Dans certains sols presque dépourvus d’activité biologique, on a vu en quatre ou cinq ans le retour de la faune, une forte remontée de l’activité biologique et une meilleure descente des racines.
Ils insistent sur le fait qu’il n’y a pas une seule technique applicable partout : il faut connaître son propre sol. Mais ils rappellent aussi que la vie est très résistante. Même au-dessus d’anciennes mosaïques romaines, des sols se sont reformés, les plantes ont réussi à traverser les structures et à se développer.
Pourquoi la biodynamie fonctionne-t-elle ?
Interrogé sur la biodynamie, Claude Bourguignon répond qu’il la voit comme une forme d’homéopathie appliquée aux plantes et aux sols. Selon lui, on ne travaille plus seulement sur la matière, mais sur l’énergie. Il appelle donc à raisonner non pas en physique classique, mais dans une logique plus proche de la physique quantique.
Il dit observer des résultats spectaculaires, en particulier en viticulture. Lors de dégustations à l’aveugle entre des vins issus d’une même parcelle divisée entre conduite biologique et biodynamique, il constate que le vin en biodynamie possède une énergie et un toucher de bouche supérieurs.
Lydia Bourguignon ajoute qu’ils ont également réalisé des analyses de sol sur des parcelles divisées entre conventionnel, biologique et biodynamique. Les résultats montrent que biologique et biodynamique ont plus d’activité biologique que le conventionnel, mais surtout qu’en profondeur, l’activité biologique est encore plus forte en biodynamie qu’en biologique.
Ils y observent également davantage d’éléments assimilables en profondeur, comme le calcium, le phosphore, le potassium et les oligo-éléments. Sans prétendre expliquer complètement le mécanisme, ils constatent donc un effet réel sur le fonctionnement du sol.
Claude Bourguignon ajoute qu’en biodynamie, ils ont parfois vu la couleur des sols changer : des sols jaunes, marqués par des hydroxydes de fer et une mauvaise respiration, devenaient rouges, signe d’une meilleure oxygénation en profondeur. Cela permet selon lui aux racines de mieux plonger et d’exprimer davantage le terroir dans le vin.
Ils reconnaissent que ces approches ne sont pas encore pleinement acceptées par les académies biologiques, qu’ils jugent en retard par rapport aux physiciens sur la prise en compte de la dimension énergétique du vivant.
Un sol a-t-il une vocation ?
À une question sur le devenir d’une ferme ancienne forêt et prairie, drainée puis cultivée, Claude Bourguignon répond qu’un sol a une vocation.
Il explique que les anciens ne parlaient jamais de « sol pauvre ». Ils disaient plutôt : c’est un sol pour la vigne, pour l’huile d’olive, pour les céréales, pour les pâtures, ou encore pour le maraîchage. Ils raisonnaient en fonction de la vocation du sol.
Selon lui, la technologie moderne, avec l’irrigation, la fertilisation et les autres artifices, a fait croire qu’on pouvait faire n’importe quoi n’importe où. Mais plus on s’éloigne de la vocation naturelle d’un sol, plus cela devient compliqué et coûteux.
Il prend l’exemple des sols très argileux, qui au-delà de 40 % d’argile deviennent difficiles à travailler. Si les anciens les avaient mis en prairie, c’est qu’ils avaient compris leur vocation. Respecter cette vocation permet de mieux vivre de sa terre et d’obtenir une meilleure qualité.
Il prend aussi l’exemple de la Romanée-Conti : ses producteurs sont intelligents parce qu’ils y font du vin. S’ils y faisaient du blé, ils auraient de faibles rendements. La grandeur d’un terroir tient précisément au fait qu’on y cultive ce pour quoi il est fait.
Comment connaître la vocation de son sol ?
À cette dernière question, Lydia Bourguignon répond qu’il faut d’abord se baser sur ce que faisaient les anciens, car il existe une mémoire agronomique et régionale forte. Elle souligne que beaucoup d’agriculteurs aujourd’hui connaissent mal leurs sols, en partie parce qu’ils ne sont plus assez en contact direct avec eux : ils ne les piochent plus, ne font plus assez de trous, et ne regardent pas assez la profondeur.
Or la vocation d’un sol ne se lit pas seulement en surface. Il faut aussi connaître le sous-sol, car l’enracinement des plantes y joue un rôle essentiel.
Elle donne l’exemple d’anciennes prairies aménagées en « ados », de légères buttes permettant à l’eau de mieux s’évacuer sur des terrains argileux. Quand ces formes sont supprimées pour remettre la parcelle à plat, les problèmes reviennent, notamment pour les vaches. Ce n’est pas seulement un changement de culture qui résout les difficultés, mais une bonne gestion du sol selon sa logique propre.
Claude Bourguignon ajoute que leur travail depuis trente ans consiste précisément à aller sur le terrain et à accumuler des références. En viticulture, ils ont développé des méthodes leur permettant de dire si un terroir convient plutôt à des vins blancs ou rouges. Ils ont étudié les grands terroirs à blanc, comme la Côte des Blancs en Champagne, Sauternes ou Tokaj, et comparé les sols.
Ils ont également étudié les terroirs des grandes huiles d’olive, des grandes fraises, des grands fromages et d’autres productions. Avec plus de 9 000 analyses, ils ont accumulé une base de données fondée à la fois sur la tradition et sur l’observation des sols.
La France, pays du terroir
En conclusion, Lydia Bourguignon insiste sur le fait que la France est historiquement le pays du terroir. On parlait autrefois de la fraise de Plougastel, du melon de Cavaillon, de la carotte nantaise, de la moutarde de Dijon, du porc de Bayonne, et de bien d’autres produits liés à un lieu précis.
Claude Bourguignon complète en affirmant que la France possède une géologie extraordinairement complexe, comparable à celle de Madagascar, mais avec en plus une très grande diversité de climats : méditerranéen, océanique, septentrional, montagnard, volcanique. À cela s’ajoute un très long travail humain de mise en valeur fine et patiente des terroirs.
Pour eux, c’est cette rencontre entre la diversité géologique, la diversité climatique et l’intelligence paysanne qui a fait de la France un pays exceptionnel du point de vue agronomique.
Conclusion
Claude Bourguignon et Lydia Bourguignon se disent heureux du chemin parcouru. Après des décennies durant lesquelles ils ont été marginalisés pour avoir parlé de la vie des sols, ils constatent que cette notion est aujourd’hui beaucoup plus largement reconnue.
Leur message final est clair : penser la fertilité des sols, ce n’est pas seulement raisonner en termes d’éléments minéraux ou de rendements. Il faut remettre au centre les champignons, la faune, la matière organique, les couverts végétaux, la structure du sol et le respect de sa vocation.
Selon eux, c’est là la base véritable de la fertilité, de la résilience des systèmes agricoles et de la qualité des productions.