Préparer la plantation des vignes

De Triple Performance
Jeune plant de vigne.

La plantation d’une parcelle de vigne constitue un investissement à long terme. Les choix pris à chaque étape du projet de plantation sont souvent lourds de conséquences sur la pérennité et la rentabilité de la parcelle, voire de l’exploitation. Il est donc primordial de bien anticiper et de bien préparer chaque chantier de plantation. Certaines observations et analyses peuvent aider à sécuriser les choix, qu’il s’agisse d’orienter les travaux d’aménagement de la parcelle et de préparation du sol, de bien raisonner la fumure de fond ou d’opter pour le matériel végétal le mieux adapté. Voici quelques points-clés pour réussir la plantation de sa parcelle vigne.

Anticiper et planifier les travaux

Un projet de plantation de vigne doit se réfléchir au minimum un an et demi à deux ans avant la plantation effective. Cela permet de réaliser les observations et les analyses nécessaires, d'anticiper la commande des plants et de conduire les travaux de préparation dans les temps.

Chronologie des opérations à réaliser au cours d’un chantier de plantation.


Détecter la présence de court-noué et de pourridié

Ces maladies incurables sont transmises par des pathogènes parfois présents dans le sol et qui se développent sur les racines de la vigne. Ils peuvent contaminer les nouveaux plants, les condamnant à mourir à plus ou moins long terme.

Court-noué

Il s'agit d'une virose transmise par un nématode, au niveau des racines, affectant rendement et longévité des ceps atteints. Symptômes :

  • rabougrissement des souches
  • racourcissement, déformation et fasciation des rameaux (aplatis, en zig-zag)
  • déformation et décoloration des feuilles (panachures) voire jaunissement complet
  • coulure, millerandage, pertes de rendement

Une analyse en laboratoire permet de confirmer le diagnostic.

En cas de présence de court-noué il est conseillé de :

  • dévitaliser la parcelle
  • extraire un maximum de racines
  • prévoir un repos du sol long (7 ans idéalement) avant la replantation


Pourridié

Il s'agit d'une maladie liée à un champignon qui se développe sur les racines, conduisant à la mort des ceps atteints. On trouve ce pathogène souvent sur des parcelles à précédent cultural de chênes ou arbres fruitiers. Symptômes :

  • régression de la végétation
  • rameaux affaiblis
  • coloration des feuilles (jaune sur cépages blancs et rouges sur cépages noirs)
  • atteintes de pieds en cercles dans la parcelle ("ronds de pourridié")

Attention, les symptômes du pourridié sont semblables et ceux de l'esca.

En cas de présence de pourridié il est conseillé de :

  • arracher soigneusement les vignes
  • extraire un maximum de racines
  • drainer au maximum les zones humides
  • limiter l'accumulation d'eau sur la parcelle


Caractériser la parcelle et le sol

Avant de se lancer dans la plantation, il est primordial de cerner les propriétés de la parcelle : environnement, précédent cultural, sol et sous-sol. Cette caractérisation permet de bien adapter les travaux d’aménagement de la parcelle, de préparation du sol, le choix du matériel végétal et l’implantation des vignes.

L'observation en premier lieu

Plusieurs critères utiles à la préparation de la plantation sont accessibles assez facilement :

  • topographie : altitude, pentes, exposition, zones d’accumulation hydrique...
  • environnement ou/et précédent cultural : présence d’arbres (concurrence, risque pourridié…), autres cultures, etc…


L'analyse de sol, une étape cruciale

L’analyse physico-chimique du sol est un outil classique donnant accès à plusieurs indicateurs du potentiel agronomique et nutritif du sol :

  • Texture du sol (granulométrie)
  • pH
  • Calcaire total
    • Calcaire actif
    • Indice de pouvoir chlorosant
  • Teneur en matières organiques
  • Activité biologique du sol
    • C/N
    • Biomasse microbienne
  • Capacité d'échanges des éléments minéraux (CEC)


En prévision d’une plantation, il est conseillé de réaliser deux séries de prélèvements, à la tarière, sur chaque zone homogène de la parcelle :

  • une série à une 30 cm de profondeur, pour analyse
  • une série à 60 cm environ, pour analyse

L'analyse de sol permettra au besoin, de réajuster le pH du sol, apporter le compost nécessaire ou encore faire un choix de matériel végétal raisonné.

La fosse pédologique en complément

La fosse pédologique donne plus de précisions sur la structure du sol, du sous-sol et sur les contraintes physiques qui pourraient gêner le développement racinaire des jeunes plants. Son étude renseigne sur :

  • La profondeur du sol et des différents horizons
  • La texture de chaque horizon
  • La présence d’horizons rocheux, d’encroûtements, de zones de compactage, d’hydromorphie...
  • La répartition du système racinaire du précédent cultural éventuellement

Les résultats de la fosse pédologique permettent d'anticiper des travaux d'aménagement et de préparation du sol, réfléchir à l'axe d'implantation et au matériel végétal le plus adapté.

Choix du matériel végétal

Les critères à prendre en compte dans le choix du matériel végétal sont les suivants :

  • Cépage et clone
    • Alimentation hydrique (sol, météo)
  • Exposition et pente de la parcelle
    • Potentiel de vigueur, précocité, besoin pour la maturation
    • Sensibilité à un dépérissement
    • Catégorie de vin souhaitée
    • Contraintes réglementaires
    • Demande du marché
  • Porte-greffe
    • Calcaire actif, IPC (risques de chlorose ferrique)
    • Alimentation hydrique (sol séchant, hydromorphie...)
    • Vigueur et précocité conférées (maîtrise des rendements, qualité sanitaire et maturation)


Préparer la parcelle à planter

L’année qui précède la plantation est l’occasion de mettre en place toutes les conditions favorables au bon enracinement et au bon développement des jeunes plants.

L'arrachage de la précédente culture

L’aménagement de la parcelle commence par un arrachage soigneux de la précédente culture. Quand il s’agit de vignes, il est conseillé de :

  • en cas de présence de court-noué ou pourridié, dévitaliser les souches après les vendanges (année n-2), avec un herbicide à base de glyphosate, en couvrant bien le feuillage (sauf parcelles bio)
  • tailler les souches lorsqu’elles sont mortes
  • l’hiver suivant, arracher les pieds, quand le sol est bien ressuyé et extraire un maximum de racines

Ne pas conserver les souches trop longtemps sur la parcelle pour éviter les maladies du bois.


Aménager la parcelle

Dans la majorité des cas, des aménagements sont à envisager pour améliorer la configuration hydrologique de la parcelle, favoriser l’alimentation hydrique du futur plantier et limiter l’érosion du sol dans la parcelle.

L'aménagement de la parcelle se réalise en divers étapes, selon les besoins identifiés préalablement :

  • En creusant des fossés en bordure de parcelle (les enherber, les entretenir)
  • En créant des faibles pentes du milieu vers les bords de la parcelle
  • En mettant en place un système de drainage, uniquement sur les parcelles présentant d’importants excès d’eau, un sol imperméable et profond, ainsi qu’une topographie adaptée au fonctionnement du drainage
  • En nivelant le sol ou en le terrassant dans le cas de forte pente, etc...

Pour prévenir de l’érosion, il est conseillé de :

  • Planter perpendiculairement au sens de la pente, quand c’est possible
  • Implanter des haies ou préserver les haies existantes
  • Créer des ruptures de pente
  • Ne pas planter des rangs trop longs quand la pente est forte
  • Apporter des amendements organiques pour améliorer la structure du sol


Préparer le sol

Le travail du sol avant plantation vise à améliorer l’état du sol et à éliminer les gros obstacles physiques, afin que les jeunes plants s’enracinent bien dans le sol. L’étude de fosses pédologiques permet d’orienter le type de travail à effectuer : objectifs, profondeur, outil. Dans tous les cas, le sol doit être bien ressuyé, mais pas trop sec, pour pouvoir le travailler.


Outils

Charrue

Charrue viticole

Pincipe :

Objectifs :

Avantages :

  • Extraction possible des racines
  • Ameublissement du sol

Inconvénients :

  • Mélange des horizons de sol
  • Lissage ou "plancher de défoncement"


Ripper 1 dent

Ripper 1 dent

Pincipe :

  • Eclatement du sol
  • Fracturation en profondeur

Objectifs :

  • Eclater les horizons compactes
  • Fracturer les encroûtements moyennement profonds

Avantages :

  • Respecte la succession des horizons du sol
  • Facilite le drainage du sol

Inconvénients :

  • Pas d'extraction des racines
  • Coûteux
  • Lissage sur sols sableux ou limoneux


Ripper 3 dents

Ripper 3 dents

Pincipe :

  • Eclatement du sol
  • Fracturation à profondeur moyenne

Objectifs :

  • Ameublir légèrement le sol
  • Décompacter les horizons superficiels
  • Nettoyer le sol après arrachage

Avantages :

  • Ameublissement du sol
  • Respecte la succession des horizons du sol
  • Pas de lissage

Inconvénients :

  • Pas d'extraction des racines
  • Coûteux
  • Pas d'effet sur les encroûtements


Chisel

Chisel lourd

Pincipe :

  • Reprise du sol
  • Eclatement à faible profondeur
  • Effet râteau

Objectifs :

  • Ameublir et aplanir le sol
  • Eclater le sol superficiellement
  • Fracturer un encroûtement très superficiel

Avantages :

  • Reprise du sol juste avant la plantation
  • Ameublissement total
  • Respecte la structure du sol si non répété

Inconvénients :

  • Peu d'extraction des racines
  • Profondeur de travail limitée


Repos du sol et mise en culture conseillée

Les travaux de préparation de la parcelle peuvent bouleverser la structure et le fonctionnement du sol. Quand c’est possible, il est conseillé de laisser reposer le sol 2 ou 3 ans minimum avant replantation (voire jusqu’à 7 ans en cas de présence de court-noué ou de pourridié).

Pendant cette période de repos, l’implantation d’une culture intermédiaire favorise la restructuration du sol : le système racinaire de graminées, de crucifères ou de mélanges peut décompacter le sol plus profondément qu'un outil de travail du sol. Pour cela, il faut pouvoir laisser reposer le sol au moins 3 ou 4 ans. Ce couvert végétal constitue aussi une bonne protection du sol contre l'érosion. Il devient enfin une source intéressante de matières organiques lorsqu'il est enfoui avant la plantation.

Apporter la fumure de fond

Il est bien plus pratique d’apporter un amendement lorsque la parcelle n’est pas encore plantée. La fumure de fond doit se baser sur les résultats des analyses de sol et consiste essentiellement à augmenter la teneur en matières organiques et à corriger le pH du sol.


Corriger l'acidité du sol

En viticulture, il est préférable que le pH du sol soit supérieur à 5,8 (sinon : risque de toxicités métalliques, structure affectée, activité biologique bloquée…) Correction des sols acides :

  • amendements calcaires ou calco-magnésiens
  • 3 à 7 tonnes de carbonate de calcium/ha selon la valeur du pHeau
  • au moins 6 mois avant la plantation
  • enfouir avec charrue ou chisel


Améliorer la teneur en matières organiques

L’apport de matières organiques est très souvent conseillé avant la plantation. En région méditerranéenne, on vise un taux allant de 1 à 2%. Gestion de la fertilité organique :

  • amendements organiques, d’origine végétale de préférence et compostés (surtout sur sols acides)
  • Apports massifs, à raisonner selon l’objectif et la nature de l’amendement
  • au moins 3 mois avant la plantation
  • enfouir de manière superficielle : 20-30 cm maximum.


Toujours anticiper la correction d’acidité de quelques mois par rapport aux apports de matières organiques


Les éléments minéraux

Sauf en cas de carence avérée, la plupart des apports d’éléments minéraux se font plutôt sur vignes en place. Toutefois, des apports de phosphore, de potassium ou de magnésium avant la plantation permettent parfois de compenser de forts déficits révélés par les analyses physico-chimiques.


Le jour J

  • Au préalable : calcul du nombre de plants (densité plantation, prise en compte des tournières); choix du cépage, du clone et du porte-greffe; dernier passage de labour superficiel.
  • Réception des plants : vérification de l’étiquette, du bulletin de transport, de la qualité des plants (état d’aoûtement, qualité de la greffe, fraîcheur des racines).
  • Stockage des plants : limité à quelques jours, à l’ombre, réhydratation (greffés-soudés) ou arrosage fréquent (plants en pots), ou frigo.
  • A la plantation : choix de la technique (au trou, à la tarière, à la machine…), choix des tuteurs (métal, bois, diamètre), prise en compte des tournières (>7m); sol bien ressuyé, terre fine répartie autour des racines, calage à l’eau (10 l/pied).


L’objectif étant de :

  • bien mettre en contact racines et terre fine autour du plant
  • éviter les poches d’air ou d’eau autour des racines
  • éviter de plier les racines
  • éviter le lissage du sol autour des racines.

Source

Annexes

S'applique aux cultures suivantes

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