Le sol vivant au cœur de l’agriculture urbaine, avec le Talus & François Mulet

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Dans ce live, François Mulet échange avec Jean-Karl de Le Talus, ferme urbaine portée par l’association installée à Marseille depuis 2018. Le projet est né sur une friche très dégradée, ancien terrain de chantier et de dépôts sauvages, transformée en espace agricole et citoyen. L’enjeu central : reconstruire un sol vivant à partir d’un remblai compacté, grâce à des apports massifs de compost et de broyat, puis observer le retour progressif de la fertilité biologique, notamment des vers de terre. Le Talus mêle aujourd’hui maraîchage sur petite surface, bacs potagers, plantation d’arbres, compostage collectif, restauration, chantiers participatifs, animations et accueil du public. L’échange montre que l’agriculture urbaine peut dépasser le simple jardinage décoratif pour devenir un outil de reconquête des sols, de biodiversité, de lien social et de réflexion sur la place du végétal en ville.

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Résumé
Dans ce live, François Mulet échange avec Jean-Karl de Le Talus, ferme urbaine portée par l’association installée à Marseille depuis 2018. Le projet est né sur une friche très dégradée, ancien terrain de chantier et de dépôts sauvages, transformée en espace agricole et citoyen. L’enjeu central : reconstruire un sol vivant à partir d’un remblai compacté, grâce à des apports massifs de compost et de broyat, puis observer le retour progressif de la fertilité biologique, notamment des vers de terre. Le Talus mêle aujourd’hui maraîchage sur petite surface, bacs potagers, plantation d’arbres, compostage collectif, restauration, chantiers participatifs, animations et accueil du public. L’échange montre que l’agriculture urbaine peut dépasser le simple jardinage décoratif pour devenir un outil de reconquête des sols, de biodiversité, de lien social et de réflexion sur la place du végétal en ville.

Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !


Aujourd'hui, on continue le cycle avec le sol vivant au cœur de l’agriculture urbaine, avec Carl Pfanner (fondateur du Talus de Marseille) & François Mulet.


Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.



Présentation du live et du projet

Cette vidéo est un live consacré à la permaculture, à l’agriculture urbaine, et surtout au sol vivant, à travers l’exemple du projet Le Talus, à Marseille.

François Mulet échange avec Jean-Karl autour de ce projet, accompagné avec Vers de terre production, pour revenir sur :

  • la genèse du lieu ;
  • la recherche foncière en ville ;
  • la transformation d’une friche urbaine en espace cultivable ;
  • la reconstruction biologique des sols ;
  • les résultats agronomiques observés ;
  • les enjeux plus larges de l’agriculture urbaine.

Le projet présenté a démarré sur site en avril 2018 à Marseille.

Le Talus : origine du projet

Le Talus est un projet porté par une association aujourd’hui appelée Écofarm, anciennement Écos Permaculture. L’association a été fondée en 2016 par Frédéric Desnel, qui en est le président.

Selon Jean-Karl, l’origine du projet remonte à un parcours personnel de Frédéric Desnel autour des questions de transition écologique et agricole. Après avoir cofinancé le film Demain, il découvre l’agroécologie et la permaculture, notamment par une visite à la ferme de Pierre Rabhi, puis poursuit avec une formation chez Fermes d’avenir.

L’idée initiale de l’association est alors de :

  • fédérer à Marseille des personnes intéressées par ces questions ;
  • comprendre ce qu’il est possible de faire localement ;
  • faire émerger des projets concrets autour de l’agriculture, du paysage et de la reconnexion au vivant.

Très vite, l’association est rejointe par plusieurs adhérents, puis par Valentin Charvet et Jean-Karl, tous deux en reconversion, avec l’envie de monter des projets agricoles en ville.

Le parcours de Jean-Karl et son intérêt pour l’agriculture

Jean-Karl explique qu’il ne vient pas du monde agricole. Il a fait une école de commerce et a d’abord travaillé dans des entreprises liées à l’innovation technologique, notamment :

  • chez Tesla Motors, autour de la voiture électrique ;
  • dans une start-up spécialisée dans les batteries lithium-ion rechargeables.

Ces expériences l’amènent à remettre en question l’idée selon laquelle les solutions technologiques suffiraient à répondre aux problèmes écologiques. Il en tire la conclusion qu’il existe des limites matérielles fortes, liées à l’énergie fossile, aux minerais et aux systèmes industriels.

Cela le conduit à s’intéresser davantage à la nature, à son fonctionnement, et à la manière dont on pourrait réparer des écosystèmes dégradés.

Comme beaucoup, il entre dans ces sujets par la permaculture, puis approfondit des questions agronomiques et techniques. Il s’intéresse aussi à des initiatives de microfermes et de maraîchage intensif sur petites surfaces, notamment :

  • Jean-Martin Fortier au Québec ;
  • Eliot Coleman aux États-Unis ;
  • Curtis Stone au Canada, qui développe une activité de maraîchage sur des jardins privés urbains.

Ces références nourrissent sa réflexion sur les possibilités de produire en ville, sur de petites surfaces, en articulant agriculture, jardinage, pédagogie et activité économique.

La difficulté majeure : trouver du foncier en ville

Avant même de cultiver, la première difficulté rencontrée est celle du foncier.

Pendant plusieurs années, l’association cherche des terrains pour y installer des projets agricoles ou de jardinage urbain. Elle explore différents types de sites et reste ouverte à plusieurs options :

Mais dans les faits, sécuriser un terrain urbain s’avère très compliqué. Les terrains appartiennent souvent à :

  • des collectivités ;
  • des bailleurs sociaux ;
  • des privés ;
  • des structures para-publiques.

Jean-Karl insiste sur le poids de la spéculation foncière. Même des terrains laissés en friche gardent une valeur potentielle importante, car beaucoup d’acteurs espèrent qu’ils deviendront constructibles à l’avenir. Dans cette logique, il est souvent plus intéressant pour les propriétaires de laisser un terrain vide que d’y installer un projet agricole.

Le Talus ne s’inscrit pas dans une logique d’urbanisme transitoire sur deux ou trois ans. Le projet vise au contraire une installation durable, pour plusieurs raisons :

  • créer des refuges de biodiversité pérennes ;
  • permettre au public de s’approprier réellement le lieu ;
  • reconstruire la fertilité des sols, ce qui demande du temps.

Les premiers projets de l’association

Au terme de plusieurs années de recherche, l’association n’a en gestation que quelques projets :

  • un projet de transformation de cour d’école en potager ;
  • un projet de bacs potagers dans un quartier prioritaire de Marseille ;
  • un troisième projet plus ambitieux, qui deviendra Le Talus.

Ce dernier naît d’un contact avec la Société de la Rocade L2, liée à la construction du périphérique marseillais. L’équipe l’approche en pensant qu’elle pourrait avoir du foncier disponible.

Après environ un an de discussions, un accord est trouvé.

Le terrain du Talus

Le terrain obtenu appartient à l’État français et non à la Ville de Marseille. Il est mis à disposition gratuitement via une convention de partenariat, pour une durée de 6 ans reconductible tacitement jusqu’à 26 ans, voire plus.

Le site représente plus de 8 500 m², répartis en deux parcelles distinctes, séparées par le couvert végétalisé de l’autoroute L2, qui passe à cet endroit en souterrain.

Cette sécurisation foncière est présentée comme un point décisif : sans durée suffisante, il serait incohérent d’investir autant d’énergie pour reconstruire un sol.

L’état initial du site

À l’origine, le terrain est une friche urbaine très dégradée.

C’était une ancienne base-vie de chantier liée à la construction de l’autoroute. Le sol a été fortement compacté par le passage répété d’engins. En l’absence de clôture, le site a ensuite servi de zone de dépôts sauvages.

Sous les monticules visibles sur les photos, on trouve un mélange très hétérogène :

  • remblais ;
  • gravats ;
  • restes de béton ;
  • métaux ;
  • déchets divers ;
  • restes de toupies à béton ;
  • matériaux de chantier variés.

François Mulet souligne qu’on peut alors se demander comment transformer un tel site en espace cultivable.

Vérification de l’absence de pollution bloquante

Avant de se lancer, l’équipe fait analyser le sol pour rechercher notamment :

  • des hydrocarbures ;
  • des métaux lourds.

Les analyses ne révèlent pas de pollution invalidante de ce type. C’est un point essentiel, car une contamination forte aurait changé complètement la faisabilité du projet.

Jean-Karl précise que si de telles pollutions avaient été présentes, il aurait fallu envisager d’autres solutions, par exemple recréer un sol au-dessus d’une couche isolante, mais cela aurait été plus complexe et moins cohérent avec leur niveau de connaissance et leurs objectifs.

Un projet monté avec très peu de moyens au départ

L’équipe ne dispose pas de capital important. Le projet repose alors sur un pari personnel fort, dans un cadre associatif, avec beaucoup de bénévolat, de service civique, et peu de garanties sur la possibilité de se rémunérer à terme.

Le lancement du projet repose sur un premier engagement financier de la Société de la Rocade L2 : 40 000 euros, sous condition de cofinancement.

Il faut donc monter un dossier complet avec :

  • budget ;
  • plan de financement ;
  • description des activités ;
  • impacts attendus ;
  • itinéraires techniques ;
  • aspects de communication.

Jean-Karl insiste sur le rôle de Frédéric Desnel dans cette phase, grâce à son expérience d’entrepreneur, pour convaincre des partenaires financiers et obtenir aussi des soutiens en mécénat ou en mise à disposition de matériel.

Le nettoyage et le terrassement

La première étape consiste à enlever :

  • les déchets ;
  • les inertes ;
  • les gravats ;
  • tout ce qui a été déposé sur le terrain.

L’idée est de séparer :

  • les déchets d’un côté ;
  • les matériaux exploitables et l’argile de l’autre.

Le terrain est ensuite terrassé afin de :

  • remettre à plat certaines zones ;
  • assurer l’écoulement de l’eau vers l’intérieur du site ;
  • stabiliser les talus périphériques.

Les travaux sont réalisés avec l’aide d’engins mis à disposition par les partenaires du chantier.

Jean-Karl explique qu’à ce stade, l’équipe se retrouve en quelque sorte transformée en maître d’œuvre, devant apprendre à gérer un chantier avec engins, camions et contraintes techniques importantes.

La question centrale : comment recréer un sol cultivable ?

C’est à ce moment qu’intervient l’échange avec François Mulet. Jean-Karl explique qu’il l’a contacté car il faisait partie des rares personnes qui parlaient concrètement de sol vivant et d’itinéraires techniques compréhensibles pour des porteurs de projet non issus du monde agricole.

L’enjeu est alors clair : à partir d’un remblai compacté, comment recréer un sol cultivable ?

François Mulet recommande d’amender massivement avec de la matière organique, en jouant sur deux grands types d’apports :

  • du compost pour l’azote ;
  • du bois broyé pour le carbone.

Les apports massifs de matière organique

L’équipe noue un partenariat avec Veolia Environnement, qui gère une plateforme de compostage dans la région de Marseille. Veolia accepte de livrer gratuitement les matières souhaitées.

Deux types de matériaux sont apportés :

  • du compost ;
  • du broyat de bois.

Jean-Karl précise que le broyat reçu au départ n’est pas du BRF au sens strict, mais un broyat grossier de déchèterie, avec parfois de gros morceaux de branches.

Sur la première parcelle, d’environ 3 500 m², l’équipe apporte au total environ 600 tonnes de matière organique.

Les couches mises en place sont les suivantes :

  • une première couche de broyat de bois ;
  • puis une couche importante de compost, jusqu’à environ 15 à 20 cm de surépaisseur.

Cette masse de matière organique est très importante, au point que François Mulet rappelle qu’il y a eu au départ une confusion sur les doses recommandées à l’hectare.

La difficulté de la compaction

Même après ces apports, un problème majeur persiste : le sol sous-jacent est très compacté.

François Mulet conseille de décompacter en profondeur. L’équipe essaie d’abord avec une sous-soleuse, mais cela fonctionne mal à cause des gros morceaux de bois qui bloquent l’outil.

Elle cherche alors un autre outil et finit par louer un broyeur à cailloux, machine habituellement utilisée pour concasser des pierres et refaire des chemins.

L’objectif est triple :

  • casser les éléments grossiers ;
  • mélanger compost, broyat et remblai ;
  • descendre en profondeur pour restructurer le profil.

Le broyeur travaille jusqu’à 50 à 60 cm de profondeur. Il permet de progresser fortement dans la création d’un substrat cultivable, même si des gros morceaux de bois restent encore présents.

François Mulet considère que cette étape a permis de gagner potentiellement plusieurs années dans la reconstruction du complexe argilo-humique.

Le recours ponctuel à des machines puissantes

Jean-Karl insiste sur un point de philosophie du projet : il n’y a pas, selon lui, de contradiction à utiliser ponctuellement des engins très puissants et consommateurs d’énergie fossile si c’est pour permettre ensuite un fonctionnement plus autonome et moins mécanisé sur le long terme.

L’idée n’est pas de dépendre durablement de ces machines, mais de s’en servir au démarrage pour rendre possible un projet autrement irréalisable.

Une nouvelle couche de compost et les premiers essais de culture

Après le passage du broyeur à cailloux, l’équipe remet encore une couche de compost afin d’améliorer la granulométrie et de disposer d’une surface directement cultivable.

Jean-Karl souligne que ce compost est bien mûr, bien retourné, et qu’il est possible de planter directement dedans sans brûler les plantes.

À ce stade, la surface cultivée est essentiellement composée de compost et de matière organique mélangée, sur un fond remanié.

L’enjeu devient alors : faire émerger une ferme à partir de cet espace.

La structuration du lieu

Le design du site cherche à accueillir plusieurs activités.

La première nécessité est une base de vie, avec :

  • stockage ;
  • ombrage ;
  • espace sec ;
  • bureau ;
  • espace de travail.

L’équipe installe deux conteneurs maritimes de 20 pieds sur une dalle béton. Ils servent de base logistique. Ces conteneurs sont isolés avec des bottes de paille dans un premier temps.

Autour de cette base, l’espace est progressivement organisé avec :

  • une zone de maraîchage ;
  • des bacs potagers ;
  • des talus plantés en agroforesterie ;
  • une mare de biodiversité ;
  • des zones de stockage ;
  • des toilettes ;
  • une cuisine et une buvette ;
  • plus tard, divers espaces d’accueil et d’animation.

La mare de biodiversité

Une mare est créée pour offrir :

  • une zone de reproduction pour les insectes et les oiseaux ;
  • un abreuvoir ;
  • un habitat aquatique ;
  • un support au fonctionnement écologique du site.

Jean-Karl explique qu’ils ont initialement conçu la mare surtout avec des pentes, avant de comprendre qu’il fallait aussi ménager de vraies berges immergées pour les plantes aquatiques. Cette mare a ensuite été reprise et améliorée.

Une zone témoin laissée en friche

Une partie du site est volontairement laissée en état de friche, comme témoin de l’état initial du terrain. Cela permet d’avoir un point de comparaison, notamment pour des suivis scientifiques sur le sol et l’évolution biologique du site.

Le résultat après moins d’un an

En moins d’un an, la transformation est spectaculaire :

  • une base de vie existe ;
  • des zones maraîchères sont en place ;
  • 116 bacs potagers sont installés ;
  • la mare est réalisée ;
  • les talus sont aménagés ;
  • les premiers équipements d’accueil sont construits.

François Mulet rappelle qu’il était venu en formation en janvier ou février 2019 et qu’à ce moment le projet avait déjà pris forme, même si les cultures ne poussaient pas encore de manière optimale.

Le retour de la vie du sol et des vers de terre

L’une des grandes questions agronomiques soulevées par François Mulet lors de sa visite concernait le retour des Vers de terre.

Au début, très peu de vers sont observés. L’équipe se demande alors :

  • s’ils reviendront seuls ;
  • à quelle vitesse ;
  • s’il faut essayer d’en introduire ;
  • quels types de vers seraient adaptés.

Jean-Karl raconte avoir lu les travaux de Marcel Bouché sur l’immigration des vers de terre d’un sol à l’autre, en se demandant comment cela pouvait fonctionner en plein milieu urbain.

Deux ans plus tard, les résultats sont spectaculaires. Sur un relevé récent, Jean-Karl dit avoir trouvé 50 vers de terre dans un volume de 50 x 50 cm sur 40 cm de profondeur. En extrapolant, il estime la biomasse de vers de terre du site entre 5 et 10 tonnes par hectare.

Pour François Mulet, cela montre que si les vers reviennent aussi vite dans un contexte aussi extrême, il est possible de régénérer biologiquement beaucoup de sols dans les climats tempérés.

Jean-Karl attribue ce retour :

  • à la présence permanente de matière organique ;
  • à l’humidité du sol maintenue par l’irrigation et les cultures ;
  • aux apports continus de broyat ;
  • à la production importante de résidus végétaux.

Les apports continus de broyat

Après les apports initiaux, l’équipe reçoit régulièrement des camions de broyat provenant d’élagueurs. Jean-Karl explique qu’ils ont fini par identifier cette ressource locale, très utile, car ces professionnels cherchent souvent à éviter les coûts de décharge.

Le site reçoit alors régulièrement plusieurs camions par semaine, qui sont utilisés en paillage sur les planches et les espaces du site.

Cette couverture permanente du sol nourrit l’activité biologique et contribue à maintenir l’humidité.

L’amélioration progressive des cultures

Au début, certaines cultures poussent mal, notamment les légumes feuilles, qui paraissent durs ou peu développés. En revanche, certaines plantes comme le Seigle se portent très bien dès le départ.

François Mulet souligne que cela montre bien la différence entre des plantes plus capables de s’installer dans un substrat en transition, et des légumes plus exigeants en azote disponible.

Avec le temps, entre 2019 et 2020, l’équipe observe une vraie bascule. Les légumes feuilles deviennent plus charnus et plus vigoureux. Le sol semble gagner en fertilité et en fonctionnement biologique.

Le fonctionnement des planches de culture

Le maraîchage est organisé en planches permanentes. Le site compte environ :

  • 800 m² de maraîchage au total ;
  • dont environ 500 m² de surface vraiment cultivée si l’on enlève les allées.

Le maraîchage principal se fait sur 88 planches standardisées :

  • 8 mètres de long ;
  • 75 cm de large ;
  • 25 cm de passe-pied.

Ces planches sont regroupées en quatre jardins de 22 planches.

Entre les cultures, l’équipe :

  • laisse des résidus verts sur place ;
  • bâche les planches pendant quelques semaines ;
  • laisse les vers de terre et la biologie du sol décomposer la matière.

Ensuite, la bâche est retirée et une nouvelle culture est implantée.

Les outils utilisés

Après des essais avec un motoculteur BCS/Ferrari, Jean-Karl explique qu’ils l’ont finalement très peu utilisé, car il était difficile à manier sur un sol aussi meuble et sur de si petites surfaces.

Le système repose surtout sur des outils manuels ou très simples :

  • brouettes ;
  • pelles ;
  • pioches ;
  • grelinette ;
  • faux maraîchère ;
  • bâches ;
  • outils manuels sur petites surfaces.

Ils utilisent également deux outils motorisés sur perceuse, importés ou inspirés de l’Amérique du Nord :

  • un microculteur pour travailler superficiellement les premiers centimètres du sol ;
  • une récolteuse à mesclun (greens harvester), équipée d’une lame et de courroies qui envoient les feuilles coupées dans un bac.

Jean-Karl insiste sur l’importance de ce type d’outils low-tech pour rendre viable économiquement un maraîchage de petite surface en légumes feuilles.

Une spécialisation en mesclun

Le modèle de production principal du Talus s’inspire fortement de Curtis Stone.

L’équipe se spécialise dans le mesclun, avec des mélanges de :

  • 5 à 15 variétés de légumes feuilles selon la saison.

Les cultures sont :

  • récoltées ;
  • lavées ;
  • séchées ;
  • ensachées dans des sachets compostables.

À côté du mesclun, l’équipe cultive aussi :

  • des radis ;
  • quelques autres légumes diversifiés ;
  • des fleurs comestibles ;
  • des plantes destinées à la cuisine sur place.

Des performances économiques sur petite surface

Jean-Karl explique que sur environ 500 m² cultivés, la première année significative a permis de faire environ 12 000 euros de chiffre d’affaires.

Même s’il rappelle qu’il s’agit d’un marché de niche et qu’il ne faut pas généraliser ce modèle à toute l’agriculture, il considère que cela montre qu’il est possible de dégager un revenu sur de très petites surfaces, avec des outils simples et une forte intensification biologique.

Les bacs potagers

Autour de la zone maraîchère, le site accueille 116 bacs potagers construits à partir de palettes avec toile de soubassement. Ils sont remplis avec un mélange de :

  • broyat ;
  • compost ;
  • argile ;
  • déchets verts.

Ces bacs permettent :

  • à des habitants de jardiner sur une petite surface ;
  • de créer du lien social ;
  • de multiplier les expériences culturales ;
  • d’introduire une grande diversité de plantes.

Jean-Karl décrit ces bacs comme de petites éprouvettes de jardinage scientifique, car chacun expérimente à sa manière sur un mètre carré.

Ces bacs jouent aussi un rôle écologique, en diversifiant les plantes présentes et en renforçant les équilibres face aux ravageurs.

Les chantiers participatifs

Le Talus s’appuie fortement sur des chantiers participatifs, organisés régulièrement, parfois plusieurs fois par semaine.

Le principe est d’inviter le public à venir donner un coup de main sur toutes sortes de tâches :

  • construction ;
  • entretien ;
  • maraîchage ;
  • aménagement ;
  • gestion des espaces.

Jean-Karl souligne que le projet n’a pas été construit uniquement par la petite équipe salariée, mais grâce à l’implication de centaines, voire de milliers de personnes au fil du temps.

Les plantations en agroforesterie

Le site comporte aussi une importante dimension agroforestière.

Environ 600 arbres et arbustes fruitiers ou pérennes ont été plantés sur les talus et espaces périphériques, avec l’aide de l’Institut d’agroforesterie de la région.

Les plants ont été installés très jeunes. Pour chaque arbre, l’équipe a souvent creusé de grands trous, parfois jusqu’à 1 mètre de diamètre et 50 cm à 1 mètre de profondeur, en y incorporant broyat et compost.

Selon Jean-Karl, les plantations ont globalement très bien pris.

L’irrigation

L’accès à l’eau est un sujet important en agriculture urbaine. Le site utilise l’eau de ville, ce qui représente un coût.

L’irrigation combine trois systèmes :

  • du goutte-à-goutte pour les planches ;
  • de la micro-aspersion sous voiles d’ombrage ;
  • de l’aspersion pour certaines zones comme les bacs et la pépinière.

Jean-Karl explique que le goutte-à-goutte est privilégié quand il fait chaud et venteux, car l’aspersion provoque alors beaucoup de pertes.

Pour les arbres, un goutte-à-goutte a été installé au pied pour les premières années, avec l’idée de soutenir leur installation rapide, tout en essayant d’arroser assez longtemps pour favoriser un enracinement en profondeur.

François Mulet souligne qu’un jour se posera la question de savoir jusqu’où maintenir cette irrigation ou laisser davantage les arbres fonctionner selon la pluviométrie naturelle.

La restauration et la cuisine

Le Talus comprend aussi une cuisine extérieure, une buvette et un espace de restauration. Les repas proposés sont décrits comme :

  • bio ;
  • locaux ;
  • végétariens ;
  • intégrant pour partie les productions du site.

Cela permet de relier directement le maraîchage à l’accueil du public et à l’expérience du lieu.

La production de semences

Le site a aussi servi à des essais de production de semences, notamment sur des moutardes, mizunas ou roquettes montées en graines.

Jean-Karl explique toutefois qu’il s’agit d’une activité intéressante pédagogiquement, mais pas toujours très rentable en temps, surtout faute d’outils spécialisés pour le battage et le tri.

Les semences proviennent aujourd’hui en partie du semencier Gautier Semences dans le pays d’Aix, et les plants de salades sont fournis par une pépinière locale.

Un lieu ouvert au public

Le Talus est conçu dès le départ comme un lieu ouvert. Pour Jean-Karl, un projet de ce type en ville ne peut pas être fermé sur lui-même.

Le site doit pouvoir :

  • accueillir le public ;
  • expliquer ce qui s’y fait ;
  • diffuser des savoirs ;
  • créer du lien avec le territoire.

Le lieu est ouvert certains jours de la semaine, notamment le mercredi et le samedi au moment de l’enregistrement, avec différentes activités :

  • vente de légumes ;
  • vente de plants et de semences ;
  • chantiers participatifs ;
  • restauration ;
  • animations ;
  • événements festifs et culturels ;
  • compostage collectif.

Le compostage collectif

Le site accueille aussi un pôle de compostage collectif, avec plus de 90 familles qui apportent régulièrement leurs biodéchets.

Cela renforce encore la logique de boucle locale autour de la matière organique.

Qui vient au Talus ?

Jean-Karl explique que la fréquentation est très diverse. On y trouve :

  • des personnes âgées ;
  • des étudiants ;
  • des familles ;
  • des adolescents ;
  • des actifs ;
  • des personnes au chômage ;
  • des personnes en reconversion.

Les motivations sont elles aussi variées :

  • jardiner ;
  • manger ;
  • participer à un chantier ;
  • venir à une soirée ;
  • déposer son compost ;
  • se balader dans un espace végétalisé ;
  • acheter des légumes ;
  • s’impliquer dans une dynamique collective.

Pour lui, cette diversité tient au caractère universel de la relation au vivant, et au fait que chacun peut entrer dans le projet par une porte différente.

Fréquentation et ampleur du projet

L’année précédente, le Talus a compté :

  • plus de 1 700 adhérents ;
  • environ 5 000 visiteurs sur l’année.

Les plus gros événements ont pu accueillir entre 400 et 500 personnes sur site.

Le rapport au quartier et l’absence de dégradations majeures

Le site est situé dans un quartier particulier de Marseille, à proximité :

  • d’un quartier prioritaire ;
  • d’axes routiers ;
  • d’entrepôts ;
  • de zones résidentielles.

Jean-Karl souligne qu’il y avait peu d’offre de ce type dans le secteur, ce qui a facilité l’ancrage du projet.

Concernant les dégradations, il explique qu’il y en a eu très peu. Pour lui, cela tient au fait que le lieu bénéficie réellement à la collectivité locale et qu’il ne se présente pas comme un projet privé fermé.

Le suivi scientifique

Le site a donné lieu à plusieurs suivis scientifiques, notamment avec des équipes d’Aix-Marseille Université.

Les travaux portent entre autres sur :

  • le sol ;
  • la biologie ;
  • les métaux lourds ;
  • les pollutions urbaines ;
  • la phytoremédiation.

Jean-Karl cite notamment les chercheuses Isabelle Laffont-Schwob et Anne-Marie Farnet.

La question des pollutions urbaines

La question revient souvent : peut-on vraiment produire de l’alimentation en ville, à proximité d’une autoroute ?

Le Talus a fait réaliser :

Selon Jean-Karl, ces analyses n’ont pas montré de pollution bloquante. Il rappelle aussi que les pollutions atmosphériques sont très variables selon les vents et les contextes, et qu’après lavage standard, les légumes ne présentent pas de problème particulier dans leur cas.

François Mulet note qu’en campagne, certaines situations peuvent même être plus dégradées que ce qu’on imagine en ville.

Une deuxième parcelle en développement

Une seconde parcelle de 4 500 m² est en cours d’aménagement au moment du live. Elle est davantage minéralisée, avec du béton, mais l’équipe y mène de nouvelles expérimentations :

  • création de talus avec la terre végétale issue du chantier de la L2 ;
  • reconstruction d’un sol vivant sur des merlons ;
  • installation de centaines de nouveaux bacs potagers ;
  • projet de village de conteneurs ;
  • développement d’un tiers-lieu culturel et associatif.

Jean-Karl évoque un futur village d’environ 13 conteneurs, avec notamment :

  • une scène ;
  • une résidence d’artistes ;
  • une recyclerie ;
  • un atelier vélo ;
  • de nouvelles activités collectives.

Une méthode reproductible ?

Jean-Karl considère que le projet permet déjà d’affirmer qu’il est possible de récupérer des terrains urbains dégradés, a priori peu valorisables, et de les transformer en espaces fertiles, vivants, socialement utiles et économiquement actifs.

Il souligne toutefois plusieurs limites :

  • il y a eu un alignement de planètes favorable ;
  • le projet a demandé des efforts humains considérables ;
  • il a fallu des partenaires, de la durée, des financements et beaucoup d’implication bénévole.

La reproductibilité existe, mais pas sous une forme simple ou magique.

Le rapport aux élus et aux politiques

Tous les élus locaux passés sur le site se montrent, selon Jean-Karl, intéressés et favorables au principe de voir davantage de projets de ce type.

Pour lui, les responsables politiques ont besoin d’exemples concrets sur lesquels s’appuyer. Le Talus peut jouer ce rôle, en montrant qu’une autre forme d’aménagement urbain est possible.

Il compare le projet à un parc public, en rappelant qu’ici, sur cette surface, le coût total reste bien inférieur à celui d’un aménagement classique très minéral, tout en générant davantage d’externalités positives.

Les enseignements agronomiques tirés par François Mulet

François Mulet résume l’expérience du point de vue agronomique :

  • le site partait d’une base minérale très pauvre et très compactée ;
  • la reconstruction naturelle d’un sol aurait pris de nombreuses années ;
  • l’apport massif de matière organique a permis d’accélérer fortement le processus ;
  • les bactéries et champignons reviennent vite ;
  • les macro-organismes, et notamment les vers de terre, mettent plus de temps mais reviennent eux aussi.

Pour lui, l’expérience du Talus montre qu’en climat tempéré, il est possible de faire revenir très rapidement une vie du sol très active, même dans des contextes très dégradés, si l’on remet :

  • de la matière organique ;
  • de l’humidité ;
  • des couverts végétaux ;
  • de la continuité biologique.

Une agriculture urbaine low-tech

Un point que les deux intervenants jugent important est le caractère relativement low-tech du système, une fois le gros travail initial réalisé.

En dehors des engins de chantier mobilisés au démarrage pour refaire le terrain, le fonctionnement quotidien repose sur :

  • des outils simples ;
  • peu de mécanisation lourde ;
  • beaucoup de travail manuel ;
  • quelques outils ingénieux mais sobres.

Jean-Karl y voit un critère essentiel : il ne voulait pas d’un modèle où l’agriculteur passerait plus de temps à réparer des machines qu’à comprendre le vivant.

Réflexion sur l’agriculture urbaine et la végétalisation des villes

Dans la dernière partie de l’échange, François Mulet ouvre une réflexion plus large sur les modèles d’agriculture urbaine et de végétalisation.

Il critique certaines approches très technologiques ou très artificialisées, où l’on multiplie :

  • les bacs ;
  • les structures ;
  • les réseaux d’irrigation complexes ;
  • les systèmes coûteux et fragiles.

Selon lui, cela revient souvent à recréer artificiellement les services qu’un sol vivant rend naturellement.

Il insiste sur l’idée qu’il faut distinguer :

  • les technologies du vivant, autonomes, spontanées, auto-organisées ;
  • les technologies non vivantes, qui exigent maintenance, énergie grise et renouvellement.

Le vivant comme modèle

Pour François Mulet, le vivant a déjà inventé une grande partie des solutions recherchées.

Il cite en particulier les plantes grimpantes comme :

  • la vigne vierge ;
  • le lierre.

Ces végétaux sont capables de coloniser des surfaces verticales très importantes avec peu d’intervention humaine. Ils permettent potentiellement de :

  • ombrer des bâtiments ;
  • diminuer les surchauffes ;
  • capter des polluants ;
  • évapotranspirer ;
  • utiliser l’eau disponible ;
  • rendre des services écologiques majeurs.

Il oppose cela à certaines visions architecturales consistant à poser quelques arbres ou quelques bacs sur des balcons, alors que l’essentiel des surfaces reste minéral et stérile.

Une critique de la végétalisation décorative

L’idée défendue est qu’une vraie végétalisation urbaine ne peut pas rester marginale ou décorative. Si l’on veut que le végétal rende des services écologiques réels, il faut l’envisager à une autre échelle et dans une logique d’autonomie.

La conclusion de François Mulet est qu’il faut :

  • arrêter de penser le végétal comme simple décoration ;
  • respecter les logiques propres du vivant ;
  • concevoir des systèmes qui poussent seuls autant que possible ;
  • limiter la dépendance technologique ;
  • travailler avec la nature plutôt que contre elle.

Conclusion

Ce live montre comment Le Talus est devenu, en deux ans, une expérience concrète de reconstruction de sol vivant en milieu urbain, à partir d’une friche extrêmement dégradée.

Le projet mêle :

  • maraîchage sur petite surface ;
  • agroforesterie ;
  • accueil du public ;
  • pédagogie ;
  • compostage ;
  • restauration ;
  • culture et lien social.

Pour François Mulet comme pour Jean-Karl, l’expérience apporte déjà plusieurs enseignements :

  • un sol vivant peut être reconstruit rapidement avec des apports massifs de matière organique et de bonnes conditions ;
  • la biodiversité, y compris les vers de terre, revient vite si on lui redonne un milieu favorable ;
  • l’agriculture urbaine peut devenir un véritable trait d’union entre ville, alimentation, écologie et société ;
  • les villes disposent d’un potentiel encore largement sous-exploité pour végétaliser, réparer et réhabiter des espaces dégradés.

En fin d’échange, Jean-Karl invite les personnes intéressées à venir visiter Le Talus à Marseille et rappelle qu’une formation avec François Mulet et Arthur Burési est prévue sur place autour du jardinage et du maraîchage sur sol vivant.