Se lancer en Agriculture de Conservation des sols, Konrad Schreiber

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette formation, Konrad Schreiber explique comment se lancer en agriculture de conservation des sols en replaçant la plante au cœur du raisonnement agronomique, en lien étroit avec le sol. Il insiste sur un principe clé : la priorité est de restaurer la structure du sol, en particulier de lutter contre la compaction, principal frein à l’infiltration de l’eau, à l’activité biologique et à la productivité. Son approche repose sur la réduction, voire l’arrêt, du travail du sol, l’usage de couverts végétaux, de racines pivotantes, de luzerne et de biomasse restituée pour nourrir les organismes du sol, notamment les vers de terre. Il montre que la transition demande du temps, de l’observation et des échanges entre agriculteurs. Face aux limites du modèle fondé sur le labour, les intrants et la chimie, il défend une agriculture plus autonome, fondée sur la biologie, la couverture permanente des sols et la coopération entre paysans.

auto_awesome
Résumé
Dans cette formation, Konrad Schreiber explique comment se lancer en agriculture de conservation des sols en replaçant la plante au cœur du raisonnement agronomique, en lien étroit avec le sol. Il insiste sur un principe clé : la priorité est de restaurer la structure du sol, en particulier de lutter contre la compaction, principal frein à l’infiltration de l’eau, à l’activité biologique et à la productivité. Son approche repose sur la réduction, voire l’arrêt, du travail du sol, l’usage de couverts végétaux, de racines pivotantes, de luzerne et de biomasse restituée pour nourrir les organismes du sol, notamment les vers de terre. Il montre que la transition demande du temps, de l’observation et des échanges entre agriculteurs. Face aux limites du modèle fondé sur le labour, les intrants et la chimie, il défend une agriculture plus autonome, fondée sur la biologie, la couverture permanente des sols et la coopération entre paysans.

Pour l'introduction de la formation "Se lancer en Agriculture de Conservation des Sols 2022-2023", Konrad Schreiber nous invite à reprendre les bases et repartir du couple sol-plante pour identifier les leviers de transition vers l'Agriculture de Conservation des Sols.




Introduction

Cette intervention de Konrad Schreiber présente les bases pour se lancer en agriculture de conservation des sols. Le point de départ proposé n’est pas seulement le sol, mais le couple sol-plante, considéré comme indissociable. L’objectif est de simplifier la compréhension des systèmes pour pouvoir ensuite les complexifier progressivement sur les fermes, sans se perdre d’emblée dans des raisonnements trop techniques.

L’idée générale est que la production végétale dépend à la fois du sol, de la plante, de leur interaction, et de la capacité de l’agriculteur à observer, comprendre et faire évoluer son système. Les situations sont toujours très différentes selon les contextes pédologiques : calcaire, sols caillouteux, argiles, limons, etc. Il faut donc raisonner à partir de principes simples, applicables ensuite à chaque ferme.

Une agriculture fondée sur les autonomies

Konrad Schreiber replace l’agriculture de conservation dans une logique plus large d’autonomie des systèmes agricoles. Il cite des fermes déjà engagées dans cette voie, capables d’atteindre des formes poussées d’autonomie :

  • autonomie en azote ;
  • autonomie en fourrages ;
  • autonomie en énergie ;
  • autonomie en carbone, par le stockage de carbone dans les sols.

Selon lui, ces fermes ont souvent été construites dans une période agricole difficile, notamment entre 2008 et 2018. Il évoque également le développement de méthaniseurs rentables, à condition qu’ils soient bien dimensionnés et bien maîtrisés à l’échelle de la ferme. Les grands projets mal conçus sont présentés comme voués à l’échec, contrairement aux projets paysans bien intégrés dans une stratégie globale d’autonomie.

Mais, dans cette intervention, il choisit de se concentrer d’abord sur la première autonomie, celle du sol, de la plante et de la production végétale. Pour lui, si cette base fonctionne, le reste devient beaucoup plus accessible.

Une agriculture de partage et de formation

Konrad Schreiber insiste fortement sur la dimension humaine et sociale de l’innovation agricole. Les installations, reconversions et transitions sont décrites comme des démarches difficiles, d’autant plus dans un contexte d’agribashing et de forte pression sociale sur le métier d’agriculteur.

Il affirme que l’agriculture est un des métiers les plus exigeants et les plus compétents, mais aussi un métier où l’on ne peut pas progresser seul. Il en tire une règle essentielle :

  • il faut profiter des phases de formation pour créer des groupes ;
  • échanger les coordonnées ;
  • continuer à communiquer ;
  • partager les expériences.

Selon lui, l’agriculture de conservation est une agriculture de partage. Sans échanges, sans collectif et sans circulation des savoirs, il devient très difficile d’avancer.

Il développe aussi une réflexion sociologique : le monde paysan est un monde de désaccords, de débats, de compromis permanents, mais aussi de coopération obligée autour d’un objectif commun, celui de produire. C’est cette contrainte du travail collectif qui permet de faire émerger des règles communes et des formes de démocratie pratique.

Les limites du modèle de la révolution verte

Konrad Schreiber revient sur l’histoire du développement agricole d’après-guerre. Il rappelle que les années 1960 ont vu la mise en place d’un système de modernisation fondé sur :

  • le travail du sol ;
  • les engrais minéraux NPK ;
  • les pesticides ;
  • un développement agricole encadré par l’État.

Il souligne que cette modernisation a été très efficace un temps, mais qu’elle est aujourd’hui arrivée au bout de sa logique : dégradation des sols, baisse de la résilience, incapacité à répondre correctement au changement climatique.

Il rappelle aussi que les grandes familles d’intrants de synthèse — ammonitrates, phosphates, pesticides — sont historiquement liées à l’industrie de guerre. En temps de paix, ces productions ont trouvé un débouché dans l’agriculture, sous le nom de révolution verte.

Pour lui, cette ligne technique ne fonctionne plus durablement. Le nouvel enjeu est désormais la biologie. Partout où il observe des réussites, c’est la biologie qui « gagne la bataille ». Mais le problème est que les repères techniques dominants restent encore ceux du NPK et du travail du sol, ce qui rend la transition difficile.

Ce qu’est l’agronomie

Konrad Schreiber définit l’agronomie comme une science qui cherche à comprendre les relations entre :

  • le sol ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • les humains.

L’agronome n’apporte pas simplement un catalogue de recettes ou de prescriptions. Il aide à comprendre des interactions complexes et à faire des compromis entre des êtres vivants et des fonctionnements biologiques.

Il relativise également la place des analyses de sol : elles peuvent être utiles, surtout à l’installation, mais il ne sert à rien d’en multiplier le nombre sans fin. Le plus important est de comprendre ce qui se passe.

Pour cela, il met en avant une règle simple : tout se voit. On peut voir :

  • la compaction ;
  • la biologie ;
  • les plantes qui poussent bien ou mal ;
  • les maladies ;
  • les ravageurs ;
  • les blocages du système.

Le vrai travail est donc de mettre en relation ce que l’on voit dans le champ avec les connaissances agronomiques, afin de débloquer le fonctionnement.

Le problème numéro un : la compaction des sols

Pour Konrad Schreiber, le premier verrou agronomique est la compaction des sols. Il reprend ici un enseignement de Lucien Séguy : si l’on veut aller vers une agriculture très performante, du type semis direct sous couvert végétal permanent, il faut commencer par résoudre ce problème immédiatement.

Selon lui, tant que la compaction n’est pas traitée, il est impossible de progresser correctement.

Il rappelle que la compaction est souvent visible :

  • certaines zones ne poussent pas ;
  • d’autres « rament » ;
  • la culture patine ;
  • l’eau infiltre mal ;
  • le sol devient imperméable.

Il précise aussi qu’il ne faut pas tout confondre : un sol sec peut être dur sans être forcément compacté. De même, un sol caillouteux n’est pas forcément un mauvais sol ; les cailloux peuvent même être bénéfiques, car :

  • les racines les contournent ;
  • elles se placent sous les pierres ;
  • les cailloux jouent un rôle de micro-régulateurs thermiques ;
  • ils peuvent signaler un sol peu compacté.

Le travail du sol, l’oxygène et la destruction de l’humus

L’une des idées centrales de l’exposé est que le travail du sol crée une porosité mécanique artificielle, mais instable. Dès qu’on travaille la terre, elle finit par se retasser.

Le mécanisme décrit est le suivant :

  1. le travail du sol apporte de l’oxygène ;
  2. cet oxygène accélère la minéralisation de l’humus ;
  3. l’humus se dégrade ;
  4. la structure se fragilise ;
  5. le sol se retasse ;
  6. la compaction s’installe.

Konrad Schreiber rappelle que l’humus est un élément majeur de la structure du sol. Sa destruction entraîne donc une dégradation structurelle rapide.

Il ajoute que ce processus produit aussi des pollutions :

  • émission de CO2 ;
  • formation de nitrites ;
  • transformation en nitrates ;
  • lessivage et pollution de l’eau.

Dans cette logique, travailler la terre est présenté comme un acte de pollution atmosphérique et hydrique, lié à l’oxydation accélérée de la matière organique.

Le rôle ambigu de la chaux

Konrad Schreiber met en garde contre le chaulage, qu’il associe à un risque de bétonnage du sol dans certaines conditions, notamment lorsqu’il est combiné à un travail du sol au mauvais taux d’humidité.

Il fait cependant une distinction importante :

  • toutes les formes de calcium ne se valent pas ;
  • les écumes de sucrerie ne sont pas équivalentes à de la chaux vive ;
  • il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut jamais apporter de calcium.

Il affirme qu’un sol a besoin de calcium pour fonctionner, mais que le dossier du chaulage est confus et mal ordonné dans les pratiques. Il invite donc à la prudence, en distinguant les formes de calcium et les effets agronomiques réels.

André Voisin et la dynamique des herbages

Konrad Schreiber s’appuie longuement sur André Voisin et son livre La dynamique des herbages, qu’il présente comme un ouvrage majeur, déjà très riche en enseignements sur le non-travail du sol et les conséquences des erreurs agronomiques.

Voisin a travaillé après la Seconde Guerre mondiale sur les prairies, notamment dans un contexte où, en Angleterre, on avait labouré des prairies permanentes pour produire du blé pendant l’effort de guerre. Après quelques années, les sols avaient perdu leur potentiel, et il avait fallu réimplanter de l’herbe.

C’est dans ce contexte qu’a émergé la distinction entre :

Les agriculteurs ont observé que les prairies temporaires coûtaient cher à ressemer et à entretenir, sans forcément mieux produire à long terme que les prairies permanentes. D’où la question : pourquoi ne pas semer une prairie et ne plus jamais y toucher ?

Voisin a alors mis en évidence une dynamique importante : quand on cesse de travailler le sol, la porosité mécanique disparaît progressivement. Si la biologie du sol n’est pas encore suffisamment reconstruite, la productivité chute.

Les années de misère dans la transition

Konrad Schreiber décrit une phase critique de transition, inspirée des observations d’André Voisin sur les prairies : les années de misère.

Le schéma général est le suivant :

  1. après un travail du sol, la porosité mécanique est forte ;
  2. la production démarre bien ;
  3. puis le sol se tasse progressivement ;
  4. la biologie n’est pas encore assez développée pour prendre le relais ;
  5. la productivité chute fortement ;
  6. enfin, si le système tient assez longtemps, la biologie reconstruit la porosité et la productivité remonte.

Dans les prairies observées par Voisin, cette phase pouvait durer plusieurs années, avec un point bas vers la cinquième année. C’est ce qui explique, selon Konrad Schreiber, les échecs fréquents des systèmes qui n’arrivent jamais à franchir ce cap : on recommence à retravailler le sol avant que la biologie ait eu le temps de refaire la structure.

Il souligne que ce délai est économiquement et psychologiquement très difficile à supporter pour les agriculteurs. Il constitue un des grands pièges de l’innovation.

La biologie du sol comme outil de décompaction

Le basculement recherché est celui d’un sol où la porosité n’est plus mécanique mais biologique. Sans biologie, le sol se compacte. Avec la biologie, il se décompacte.

Konrad Schreiber insiste sur le fait que le travail du sol détruit surtout les organismes de grande taille ou de grande extension :

Les bactéries résistent davantage, mais elles ne suffisent pas à refaire seules l’architecture du sol. Or ce sont précisément les grands organismes qui :

  • creusent les galeries ;
  • stabilisent les agrégats ;
  • assurent l’infiltration ;
  • structurent durablement le profil.

Il rappelle que la biologie du sol a besoin d’un habitat et d’une nourriture. Si on détruit l’habitat et qu’on broie les habitants, le système ne peut pas fonctionner.

Le rôle central de l’eau

Dans l’exposé, la compaction est rapidement reliée à un autre enjeu majeur : l’eau. Pour Konrad Schreiber, beaucoup de situations que l’on interprète comme de la sécheresse sont d’abord des problèmes de non-infiltration.

Il résume le problème ainsi :

  • les pluies deviennent plus irrégulières ;
  • il peut tomber de très grosses quantités d’eau en peu de temps ;
  • si le sol est compacté, l’eau ne rentre pas ;
  • elle ruisselle ;
  • puis les cultures souffrent ensuite du manque d’eau.

Il rappelle aussi que dans les sols argileux, les fissures de dessiccation peuvent être spectaculaires, et qu’elles participent à des mouvements d’eau. Mais dans un sol naturel bien couvert, la surface est protégée par :

  • une plante ;
  • une litière ;
  • une régulation thermique.

La nature climatise le sol. Elle limite sa température, garde l’humidité et évite les pertes excessives.

La ration du sol : racines, feuilles mortes et bois

Un autre point fort de l’intervention est la notion de ration du sol. De la même manière qu’on formule une ration pour des animaux, il faut comprendre ce que mange un sol.

La réponse proposée est claire : dans la nature, le sol se nourrit surtout de :

  • racines ;
  • feuilles mortes ;
  • bois ;
  • un peu de matière verte.

Konrad Schreiber insiste particulièrement sur le fait que le sol digère avant tout des produits frais, et non du compost déjà transformé. Il critique donc fortement l’idée selon laquelle le compost serait l’aliment idéal pour le sol.

Selon lui :

  • une feuille morte n’est pas du compost ;
  • du BRF n’est pas du compost ;
  • le compostage fait perdre dans l’air une grande partie des composés les plus utiles ;
  • il reste un produit plus dur, plus cuit, plus difficile à digérer.

Il en conclut que la biologie du sol doit recevoir de la matière organique fraîche, en particulier des composés carbonés structurants.

Pourquoi la prairie produit beaucoup de biomasse souterraine

À partir de travaux issus notamment du Brésil et de Lucien Séguy, Konrad Schreiber rappelle que la biomasse d’une plante n’est pas seulement aérienne.

Il compare plusieurs grands types d’écosystèmes :

  • forêt tropicale ;
  • forêt tempérée ;
  • forêt boréale ;
  • savanes tropicales ;
  • prairie tempérée ;
  • toundra.

Le message principal est que certains écosystèmes, notamment les prairies, investissent énormément dans le sol. Une prairie tempérée produit relativement peu de biomasse au-dessus, mais beaucoup en dessous. C’est cette capacité qui intéresse l’agriculture de conservation.

Il en tire une règle pratique : pour décompacter rapidement un sol, il faut injecter un maximum de matière organique dans le sol, notamment via les systèmes racinaires.

Les adventices comme révélateurs et réparateurs

Konrad Schreiber explique que les adventices les plus problématiques apparaissent souvent dans les phases de compaction. Il cite notamment :

Pour lui, ces plantes ne sont pas là par hasard. Elles remplissent des fonctions de réparation :

  • le rumex fait des trous, facilite les circulations d’air et d’eau, et remonte des oligo-éléments ;
  • le chardon extrait du phosphore bloqué et le remet en circulation.

Cette lecture rejoint les observations de Gérard Ducerf sur les plantes bio-indicatrices, même si Konrad Schreiber précise qu’il s’agit davantage d’un savoir empirique paysan que d’une validation scientifique stricte.

L’idée n’est pas de subir ces adventices, mais de comprendre leur fonction pour les remplacer par des plantes plus utiles agronomiquement.

Des plantes cultivées pour faire le travail des adventices

Si les adventices de compaction sont des décompacteurs biologiques, il faut trouver des plantes cultivées capables de remplir le même rôle sans les inconvénients de salissement.

Konrad Schreiber cite notamment la luzerne :

  • racine pivot puissante ;
  • capacité à aller chercher du phosphore ;
  • effet structurant ;
  • capacité à accompagner la transition.

Il évoque aussi l’intérêt de plantes capables d’acidifier localement leur environnement, notamment certaines légumineuses, afin de récupérer des éléments bloqués.

L’idée générale est de construire des systèmes avec :

  • des pivots ;
  • une couverture permanente ;
  • une forte biomasse ;
  • une alimentation continue de la biologie.

Ne plus enfouir la fertilisation

Un point marquant de l’intervention est l’affirmation suivante : il faudrait cesser d’enfouir les fertilisants, qu’ils soient organiques ou minéraux.

Konrad Schreiber explique que, dans la nature, les éléments minéraux sont ramenés à la surface par les plantes, puis redéposés au sol via les feuilles, les tiges ou les résidus. Le bon fonctionnement biologique passe donc par une alimentation de surface.

Il critique les injonctions réglementaires ou techniques à enfouir systématiquement :

  • lisier ;
  • digestat ;
  • fumier ;
  • engrais minéraux.

Selon lui, l’enfouissement ne résout pas réellement les pertes, notamment lorsque l’odeur d’ammoniaque est déjà perceptible : à ce stade, l’azote est déjà perdu.

Il propose au contraire de travailler sur la qualité biologique des effluents et mentionne deux pistes :

  • les bactéries lactiques ;
  • l’association avec du bois, dont la lignine piège très bien l’ammoniaque.

Le ver de terre comme indicateur du rythme de transition

Konrad Schreiber mobilise aussi les travaux de Marcel Bouché et Daniel Cluzeau sur les vers de terre anéciques. Ces vers sont présentés comme des acteurs majeurs de la reconstruction de la structure.

Il rappelle leur dynamique de population :

  • un ver de terre met environ 12 à 18 mois à devenir adulte ;
  • il peut produire plusieurs descendants ;
  • si le milieu est favorable, la population augmente fortement au fil des années.

Cette dynamique explique pourquoi la reconstruction biologique demande du temps. Si l’on retravaille le sol trop tôt, on revient au point de départ.

D’où la nécessité, selon lui, d’être :

  • organisé ;
  • patient ;
  • courageux.

La stratégie proposée pour passer la transition

À partir de tous ces constats, Konrad Schreiber propose une stratégie en plusieurs temps.

Faire un dernier travail de décompaction

Il peut y avoir un dernier travail du sol, non pour entretenir le système labouré, mais pour ouvrir le profil une dernière fois, par exemple avec un fissurateur ou un outil de décompaction.

Implanter une plante d’ouverture

Ensuite, il faut installer ce que Lucien Séguy appelait une plante d’ouverture :

  • un couvert à biomasse maximale ;
  • fortement développé ;
  • fertilisé si nécessaire ;
  • non exporté ;
  • destiné à coloniser, couvrir, nourrir et préparer le sol.

Cette culture doit devenir une litière structurante dans laquelle on viendra semer la suite.

Passer rapidement au semis direct dans le végétal

La troisième étape est le semis direct dans le végétal, éventuellement vivant. Le but est de ne plus retravailler le sol, tout en gardant une couverture et une alimentation biologique continues.

Choisir des cultures adaptées à la phase de compaction

Pendant les premières années, il faut raisonner les cultures en fonction de la disponibilité en eau. Comme les sols en transition risquent de manquer d’eau au printemps, Konrad Schreiber recommande de privilégier d’abord :

  • les cultures d’automne ;
  • les cultures d’hiver ;
  • les céréales ;
  • éventuellement le colza si l’implantation est bien maîtrisée.

Les cultures de printemps sont jugées beaucoup plus risquées durant cette phase. Elles ne devraient revenir qu’une fois la biologie suffisamment installée.

Exemples de successions évoquées

Parmi les pistes de rotation ou de transition mentionnées :

Il évoque aussi la possibilité de cumuler des fonctionnements de type prairie et céréale, par exemple :

Il précise toutefois que ces systèmes ne sont pas encore tous stabilisés dans tous les contextes, notamment en bio.

La biomasse maximale comme outil de restauration

Konrad Schreiber insiste sur la nécessité de produire énormément de biomasse au début de la transition. Pour cela, il évoque plusieurs pistes, notamment :

  • les méteils fourragers ;
  • le chanvre ;
  • des couverts très puissants ;
  • des mélanges capables de produire beaucoup de matière sèche.

Le principe est que cette biomasse ne doit pas être exportée, mais rendue au sol. Elle sert à nourrir la biologie et à accélérer la reconstruction structurelle.

Il ajoute deux consignes pratiques importantes :

  • intervenir de préférence à floraison ;
  • éviter le broyage.

Selon lui, broyer une plante entraîne des pertes importantes d’azote, notamment sous forme ammoniacale. Il vaut mieux faucher ou coucher la végétation en la laissant entière.

L’azote dans un système biologique

Enfin, Konrad Schreiber rappelle que les systèmes biologiques performants doivent être capables de mobiliser des quantités très importantes d’azote. Il avance comme repère stratégique un objectif de l’ordre de 600 unités d’azote par hectare et par an à faire circuler dans le système.

L’idée n’est pas forcément d’apporter cet azote de l’extérieur, mais de construire un système capable de :

  • le capter ;
  • le produire ;
  • le recycler ;
  • le rendre disponible au bon moment.

Il souligne que les vers de terre et l’activité biologique y participent fortement, mais qu’au démarrage il faut piloter soigneusement la nutrition azotée.

Conclusion

L’intervention de Konrad Schreiber propose une lecture cohérente de l’agriculture de conservation des sols fondée sur quelques idées fortes :

  • partir du couple sol-plante ;
  • comprendre que le principal verrou est la compaction ;
  • admettre que le travail du sol crée une porosité artificielle, instable et destructrice d’humus ;
  • accepter une phase de transition difficile ;
  • reconstruire la porosité par la biologie ;
  • nourrir le sol avec de la biomasse fraîche, surtout racinaire et ligneuse ;
  • utiliser des plantes de service puissantes ;
  • raisonner l’eau, les rotations et l’azote avec prudence ;
  • s’appuyer sur l’observation, la formation et le collectif.

Au fond, il s’agit moins d’appliquer un paquet de recettes que d’entrer dans une autre logique agronomique : une logique où l’on cesse de forcer le sol mécaniquement pour le laisser retrouver une structure vivante.