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La ferme de Dominique et Aurélie Moulin

De Triple Performance
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Exploitation laitière montbéliarde en pâturage tournant dynamique
Dominique et Aurélie Moulin
Terraé Wallonie Élevage bovin lait

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Dominique et Aurélie ont une exploitation de vaches laitière montbéliardes nourries exclusivement avec les produits de leur ferme ou des fermes autour offrant la qualité au lait de foin bio. Dans cet article, il est question de l'évolution des pratiques de la ferme dont l'objectif est de favoriser la santé du cheptel, l'autonomie alimentaire et la qualité du lait. Ils nous parlent du pâturage tournant dynamique, du robot de traite, du séchage du foin en bottes et des bénéfices de la collaboration avec les agriculteurs.

Fiche d'identité

  • Localisation : Béclers dans le village de Tournai.
  • SAU : 60 ha, dont 18 ha de prairies permanentes.
  • Races : Montbéliardes mixtes. 55 vaches traites.
  • OTE (Orientation Technico-Economique) principale : Bovine laitière.
  • Pratiques agroécologiques : Séchage de foin en grange, pâturage tournant dynamique, initiateur d'une CUMA.


Installés depuis 1997, Dominique et Aurélie ont progressivement transformé leur ferme pour aboutir sur une exploitation laitière montbéliarde. Depuis 2021, ils produisent du lait de foin bio certifié Spécialité Traditionnelle Garantie (STG).

Les vaches de Dominique et Aurélie sont exclusivement nourries avec les produits de la ferme et des fermes voisines. L’objectif d’Aurélie et de Dominique est de produire du lait de qualité avec des vaches en bonne santé qui pâturent un maximum de leur temps.

Pour le futur, leur souhait est de trouver un partenaire qui s’occuperait de transformer et commercialiser leur production.

Ligne du temps

Evolution de la ferme.

Présentation générale

Dominique a repris la ferme familiale en 1997. Durant ces 25 années, et surtout depuis 2017, il a amené de nombreux changements.

En 2023, son assolement se composait de la manière suivante :


Grâce à une diminution de son troupeau (passant de 65 à 55 vaches), ces surfaces permettent de produire l’entièreté de l’alimentation du bétail sur la ferme, complété par quelques achats à des agriculteurs voisins.


"Nos vaches sont locavores."


Un des objectifs de Dominique est d’avoir un sol couvert toute l’année. Ainsi, les cultures pluriannuelles comme la luzerne sont favorisées par rapport aux cultures annuelles comme le maïs. En complément, il pratique le semis direct dès que les conditions climatiques le permettent. Dominique innove constamment. Récemment, il a testé pour la première fois un mélange triticale-avoine-pois semé directement dans une luzerne-fétuque de 4 ans. Après la moisson du mélange, il peut encore faucher les repousses de la luzerne. Dominique explique aussi qu’un sursemis d’un mélange seigle-avoine dans une luzerne avait également bien fonctionné.

Mise en place du pâturage tournant dynamique par Dominique

"Pour moi, la vache est un herbivore qui doit aller manger l’herbe en prairie et ce n’est pas parce qu’on a un robot qu’on doit changer sa nature. Nous prouvons que c’est possible de nourrir à l’herbe, de faire pâturer et avoir un robot de traite. D’ailleurs, selon moi, c’est un très bon outil adapté au pâturage."

Pâturer avec un robot de traite, c'est possible ! (vidéo)

Vue aérienne du parcellaire pâturé par le troupeau laitier.


Souhaitant coupler le pâturage et le robot de traite, Dominique a mis en place le système de pâturage tournant dynamique sur son exploitation. Le pâturage tournant dynamique (PTD) repose sur la division des prairies en petites parcelles (paddock), un chargement instantané élevé et un temps de séjour court (entre 0,5 et 3 jours). L’objectif est d’optimiser la gestion de la ressource en herbe et d’allonger la période de pâturage. Cette technique s’inscrit dans une démarche agroécologique en favorisant l’autonomie fourragère et alimentaire des élevages herbivores tout en réduisant la consommation de carburants par les tracteurs.

Représentation schématique du parcellaire pâturé par les 50 vaches Montbéliardes. Le bloc B est accessible le matin, le bloc A l'après-midi et le bloc C la nuit.

Depuis l’installation de son robot de traite en 2017, Dominique a peaufiné sa gestion de pâturage pour en arriver au système de pâturage tournant dynamique « A-B-C ». Le parcellaire est divisé en 3 blocs différents qui correspondent à 3 périodes de la journée :

  • Bloc A : Après-midi (20 paddocks).
  • Bloc B : Matin (20 paddocks).
  • Bloc C : Nuit (10 paddocks).


Le point central de la réflexion est de motiver les 50 vaches montbéliardes à circuler en leur offrant une nouvelle herbe à chaque changement de paddock, soit 3 fois par jour. Elles ne restent donc que 6 à 7 heures dans chacun d’entre eux.

Porte de tri automatique, commandée par le robot de traite.


Pour accéder au paddock suivant, les animaux doivent obligatoirement passer par l’étable, où ils sont dirigés vers le robot de traite OU vers la parcelle suivante, selon les permissions de traite et de sortie délivrées par le robot. Une porte de tri automatique dirige la vache vers la zone adéquate.


Actuellement, 50 paddocks de +/- 25 ares sont pâturés par le troupeau, soit 13 hectares. Conforté par les bons résultats de cette technique, Dominique souhaite étendre la surface pâturée à 20 hectares d’ici 2 à 3 ans, en convertissant davantage de terres de culture en prairies pâturées. Cela permettra de limiter la complémentation à l’étable uniquement aux périodes de sécheresse, alors qu’actuellement, elle est nécessaire durant la nuit vu le nombre réduit de paddock présents dans le bloc C.


La période de pâturage s’étale de fin février/début mars à mi/fin novembre, soit une durée de 8 à 9 mois selon les années. En sortant les vaches tôt, Dominique a rarement recours au débrayage de paddocks quand la pousse printanière est importante.

Chemin de terre chaulée.

Chemins

Pour accéder aux paddocks, des chemins ont été aménagés sur une longueur de 500m avec de la terre chaulée. Il s’agit d’un mélange de terre de recyclage argileuse et de chaux qui, une fois compacté, permet une portance suffisante pour le passage des bovins. Par rapport au béton, ce matériau présente les avantages d’être plus économique, plus confortable pour les vaches et de ne pas imperméabiliser le sol. "Ça fait 10 ans que j’utilise ça et ça fonctionne super bien".


Dominique a fait vider les camions de terre chaulée directement sur un sol bien sec, sans aucune préparation (sans décaissement ni géotextile). Il l’a étalée et damée lui-même avec son Merlo pour former une couche de 30 à 40 cm. La terre chaulée était gratuite, seul le transport était à ses frais.

Abreuvoirs

Abreuvoirs

Les abreuvoirs sont situés sur les chemins d’accès pour limiter le piétinement des parcelles. Ce sont des bacs à niveaux constants d’une contenance de 1000 litres, situé tous les 60 mètres le long des chemins.


Coûts des aménagements

Clôture extérieure qui délimite les blocs.

En tenant compte des clôtures, des conduites d’eau et des abreuvoirs, le coût pour aménager 1 hectare de pâture varie entre 300€ et 500€ selon le type de clôture. Les séparations intra parcellaires se composent d’un fil rond électrifié et de piquets légers. La clôture qui fait le périmètre compte 2 fils barbelés, 1 fil rond électrifié et des piquets solides.

Eléments à prendre en compte avant de se lancer

Le pâturage tournant dynamique présente de nombreux intérêts agronomiques, environnementaux et socio-économiques. On peut citer la moindre dépendance aux intrants (fourrage, aliments concentrés, carburant et engrais), des prairies en meilleur état, des animaux plus dociles ou encore une image positive renvoyée aux citoyens. Toutefois, certains points de vigilance sont à considérer avant de se lancer :

  • Le parcellaire devra être groupé autour de l’étable (maximum 800 à 1000m) et homogène.
  • Il devra être aménagé avec des clôtures, abreuvoirs et chemins rigoureusement entretenus. Les chemins doivent être confortables pour les vaches et durables dans le temps (surtout valable pour les troupeaux laitiers qui les empruntent plusieurs fois par jour).
  • Un temps d’adaptation sera nécessaire pour que les animaux comprennent le système. L’éleveur devra consacrer du temps lors de la mise en route pour guider le troupeau.
  • Le surpâturage doit être évité : Si les animaux entament la gaine des graminées, ils pénalisent fortement la taille des futurs limbes. En cas de pousse ralentie, il vaut mieux complémenter avec du fourrage conservé plutôt que de raser les paddocks.
  • Il convient de retenir que toute forme d’exploitation précoce et fréquente d’une prairie, que ce soit par fauche ou pâturage, tend à réduire la diversité floristique, en comparaison avec des prairies à fauche tardive qui permettent aux plantes de terminer leur cycle et de se ressemer.

Lait de foin et séchage en grange

Le lait de foin (définition)

Le lait de foin est reconnu comme une Spécialité Traditionnelle Garantie (STG) par l’Union Européenne. Ce label atteste qu’un produit alimentaire a été élaboré selon une composition, une recette ou un mode de production traditionnel. Dans ce cas, c’est le mode de production qui nous intéresse : les animaux sont alimentés avec au moins 75% d’herbe, sans aliments fermentés, ni OGM. Les principaux avantages de cette production sont le bien-être animal, la qualité nutritionnelle du lait (plus d'acide gras oméga-3 et d'acide linoléique conjugués), le goût et la protection de l’environnement. Plus d’informations ici.

Le séchage du foin (définition)

Le séchage du foin (en vrac ou en botte) est une technique qui permet de récolter l’herbe à un stade précoce (comme un ensilage), qui limite les pertes nutritives causées par la respiration cellulaire (séchage accéléré) ou par les UV (séchage à l’abri du soleil) et qui réduit les pertes mécaniques. Il permet d’obtenir un fourrage très riche en protéines, en énergie, en minéraux et en oligo-éléments qui convient aux animaux à besoins élevés (bovins laitiers ou à l’engraissement par exemple). C’est un levier efficace pour atteindre l’autonomie alimentaire du troupeau.

Séchage de foin en bottes (vidéo)

Bâtiment de stockage et de séchage du foin en bottes et des céréales.

En 2021, Dominique a construit un bâtiment de 800m² (40m x 20m) pour sécher et stocker du foin en bottes et des céréales. Il est équipé d’un séchoir AgriCompact qui occupe 125 m² au sol. Cinq cellules de stockage à céréales de 30 à 40 tonnes chacune ont été aménagées. Le reste de l’espace est dédié au stockage du foin et à la manutention. La capacité de séchage instantanée est de 30 boules et 15 tonnes de céréales. Des trappes permettent de canaliser le flux d’air dans les 2 cellules (céréales et foin) ou dans une seule selon les besoins de séchage. Un pré séchoir permet de ventiler 60 bottes avec l’air ambiant en attentant le séchage.


Pour faire tourner le séchoir à l’électricité, une installation photovoltaïque produisant 60.000 kWh est nécessaire. Cependant, le raccordement au réseau aurait représenté un investissement important estimé à 100 000€. En attendant qu’une solution abordable se présente, le mazout constitue la source d’énergie. Un moteur de 170 CV fait tourner une turbine débitant 90.000m³/h et un bruleur génère de la chaleur pour amener l’air pulsé à une température proche de 40°C. Le séchage d’une boule nécessite 6 à 9 litres de mazout selon la teneur en humidité du foin et des conditions météorologiques. Dominique sèche entre 700 et 900 bottes par an. En 2021, année compliquée pour moissonner en conditions sèches, il a également séché 200 tonnes de céréales.


L’intérêt principal du séchoir à foin en bottes est de produire un foin riche pour nourrir des animaux ayant des besoins élevés. Le tableau ci-dessous présente les analyses des fourrages produits en 2022 par Dominique.

Valeur alimentaire des fourrages récoltés en 2022.Légende : MS : matière sèche, VEM : VoederEeenheid Melk, UFL : Unité Fourragère Lait, CB : Cellulose brute, PBT : protéines brutes totales, DVE : DarmVerteerbaar Eiwit, OEB : Onbestendige Eiwit-Balans, PDIN : Protéines Digestibles dans l'Intestin permises par l'azote apporté par l'aliment, PDIE : Protéines Digestibles dans l'Intestin permises par l'énergie apportée par l'aliment.


Globalement, ces fourrages contiennent suffisamment de protéine (PBT) pour produire 25 litres de lait mais la luzerne est déficitaire en énergie. Pour que la ration soit équilibrée, Dominique complémente ses vaches avec des céréales (méteil grain autoproduit et maïs grain acheté à un voisin) ou des betteraves fourragères autoproduites. Les céréales sont distribuées par le robot, à raison de 5kg/v/j en moyenne. Les betteraves sont distribuées à l’auge avec un bac nettoyeur et hacheur à raison de 8 à 10 kg/v/j de septembre à mars.

Effets du changement de ration (ensilage d’herbe > foin) sur la proportion d’acides gras saturés et insaturés dans la matière grasse du lait. Ces moyennes sont calculées sur 86 livraisons de « lait d’ensilage » et 31 livraisons de « lait de foin ». Les différences sont statistiquement significatives.


Cette alimentation basée sur l’herbe pâturée ou le foin a amélioré la qualité nutritionnelle du lait, en comparaison à l’ancienne ration à base d’ensilage d’herbe. La laiterie qui achète le lait à Dominique a constaté une augmentation des acides gras insaturés et une diminution des acides gras saturés, comme le montre ce graphique.


A l’exception d’un petit volume qui est vendu directement dans des boulangeries, le lait de Dominique et Aurélie rejoint la filière bio d’une laiterie classique. Actuellement, la qualité supérieure de leur lait n’est donc pas valorisée à sa juste valeur. Leur souhait est de trouver un partenaire qui s’occuperait de transformer et commercialiser leur production bio labelisée « lait de foin ».

Intérêts et limites du séchage de foin en grange en bottes



A noter également : Comparativement au séchage en vrac, le séchage en bottes demande souvent plus de manutention : chaque botte doit être ramassée, déplacée dans le séchoir puis stockée, avec éventuellement un passage dans le pré-séchoir. Cependant, un séchoir en botte représente un investissement plus faible qu’un séchoir en vrac, et permet de trier facilement les fourrages selon leur qualité afin de les distribuer de façon ciblée aux animaux en fonction de leurs besoins.

Pour pouvoir se passer au maximum des industriels, Dominique mise sur la collaboration entre agriculteurs. Grâce à un groupe Whatsapp entre agriculteurs de la région, ils peuvent facilement se dépanner, s’acheter leurs productions, échanger de biens divers ou encore faire le partage de leurs essais, réussites et échecs sur leur ferme.  

En 2020, face à l’augmentation du prix des intrants et aux difficultés à s’accorder avec des entrepreneurs agricoles, Dominique et Aurélie décident d’initier la création d’une CUMA. Ils parviennent ainsi à rassembler sept agriculteurs voisins ayant une structure et une philosophie similaire à la leur. La coopérative regroupe des agriculteurs bio et non bio, ce qui facilite l’organisation : comme le suivi des parcelles est différent, la rotation est équitable et intéressante pour tout le monde, confient-ils.

"C’est pour cela que la CUMA s’appelle CUMA de la ligne 94 car nous longeons tous la ligne de chemin de fer 94".

Les projets de Dominique

Pour le futur Dominique souhaite continuer d’améliorer son système notamment :

  • En développant d’avantage le maillage écologique sur la ferme bien que ses possibilités sont plus limitées sur les parcelles en location.
  • Développer un partenariat avec un transformateur pour mieux valoriser sa production de lait de foin.

Pour aller plus loin ...

Site de l’association des producteurs de Lait de Foin en Wallonne PROLAFOW

Sources

Terraé, Portraits d'agriculteurs


Annexes





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