Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Parcours Agroforestiers - 6/7

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Dans cette intervention, Alain Canet explique comment concevoir des parcours agroforestiers efficaces pour les poulets de chair et les poules pondeuses. Il insiste sur la dispersion des animaux, afin d’éviter la concentration autour du bâtiment, des abreuvoirs et des mangeoires, source de boue, de dégradation des arbres et de problèmes sanitaires. L’agroforesterie permet de mieux répartir les animaux, de réguler le microclimat, d’apporter ombre, biomasse, fruits, bois, litière et bien-être. Alain Canet souligne aussi l’intérêt du pâturage tournant dynamique, des haies, des arbres têtards, du BRF et des couverts végétaux pour maintenir des sols vivants et productifs. Il rappelle que ces aménagements doivent être pensés dans le temps, selon les besoins de la ferme, avec un vrai travail d’observation. Enfin, il montre que ces systèmes améliorent à la fois l’économie des fermes, l’autonomie, la fertilité et la qualité des paysages.

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Résumé
Dans cette intervention, Alain Canet explique comment concevoir des parcours agroforestiers efficaces pour les poulets de chair et les poules pondeuses. Il insiste sur la dispersion des animaux, afin d’éviter la concentration autour du bâtiment, des abreuvoirs et des mangeoires, source de boue, de dégradation des arbres et de problèmes sanitaires. L’agroforesterie permet de mieux répartir les animaux, de réguler le microclimat, d’apporter ombre, biomasse, fruits, bois, litière et bien-être. Alain Canet souligne aussi l’intérêt du pâturage tournant dynamique, des haies, des arbres têtards, du BRF et des couverts végétaux pour maintenir des sols vivants et productifs. Il rappelle que ces aménagements doivent être pensés dans le temps, selon les besoins de la ferme, avec un vrai travail d’observation. Enfin, il montre que ces systèmes améliorent à la fois l’économie des fermes, l’autonomie, la fertilité et la qualité des paysages.

6/7 - Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Parcours Agroforestiers


Sixième volet d'une formation en sept parties sur le thème du poulet de chair et de l'oeuf agroforestier. Formation présentée par Alain CANET, directeur d'Arbres et Paysages 32, président de l'AFAF (Association Française d'Agroforesterie).

Réalisée en partenariat avec Gaia Consulting/Caroline HEBERT.



Gestion des arbres au contact des animaux

Les premiers arbres, ceux qui sont à l’interface de l’abreuvoir, de la mangeoire ou du logement, sont toujours les plus touchés. C’est là que les animaux se reposent, se posent, se grattent. Cela signifie aussi que, comme pour les vaches et les cochons, il faut prévoir des grattoirs. Les grattoirs ne doivent pas être les arbres eux-mêmes, sauf éventuellement du bois mort tombé, laissé dans un coin pour cet usage.

Alain Canet revient donc sur une idée essentielle : la dispersion. Il faut que l’animal ait la possibilité d’aller loin, tout de suite. S’il n’y a qu’une seule zone boisée, les animaux vont s’y concentrer. C’est un problème rencontré dans certaines filières, avec des bois d’un côté et des prairies de l’autre : les animaux restent en permanence dans les bois, parce qu’il fait soit trop chaud, soit trop froid. L’agroforesterie permet justement de réguler cela en organisant une meilleure répartition dans l’espace.

Arrosage, potentiel du sol et fonctionnement mycorhizien

Sur la question de l’arrosage, Alain Canet explique qu’avant de mettre du goutte-à-goutte, il faut d’abord regarder le potentiel du lieu, ce qui est possible, et bien connaître son sol. Il évoque notamment des systèmes de maraîchage sur sol vivant optimisé, avec des champignons mycorhiziens très actifs. S’il faut arroser, il faut arroser, le sujet n’est pas tabou. Mais il faut se donner les conditions nécessaires et suffisantes.

Il rappelle cependant que les arbres arrosés s’habituent à cet apport. Il faut donc s’inscrire dans la durée. Il donne aussi un exemple parlant : des pêches issues d’arbres arrosés sont souvent moins bonnes que celles d’arbres non arrosés. L’arrosage peut aussi être utilisé pour faire naître certains couverts végétaux qui, sans eau, ne lèveraient pas.

Dans un sol bien mycorhizé, le goutte-à-goutte est moins perturbant qu’un apport brutal d’eau. À l’inverse, envoyer d’un coup 50 litres d’eau au pied d’un arbre est beaucoup plus brutal. Alain Canet rappelle que ce n’est pas seulement la racine qui nourrit l’arbre, mais tout le cortège de symbioses, en particulier les mycorhizes, qui vont chercher l’eau dans les interstices du sol inaccessibles autrement.

Gibier et parcelles agroforestières

Sur la question des dégâts de gibier, Alain Canet est très clair : les parcelles agroforestières attirent davantage de gibier. Elles créent des corridors, des zones de refuge, des endroits où les animaux peuvent rester. On observe ainsi davantage de chevreuils, parfois de cerfs, et de sangliers.

Le problème est aujourd’hui aggravé par la surpopulation de certaines espèces, en particulier les sangliers et les chevreuils. Selon lui, il faut réguler les populations, qu’on aime ou non la chasse. La question, pour lui, ne se pose plus dans certaines zones tant la présence des sangliers est généralisée. Avec des températures plus élevées, les phases de reproduction deviennent aussi plus fréquentes.

Dans les parcelles agroforestières, les sangliers viennent notamment fouiller sous les paillages pour chercher des vers de terre. Or dès qu’on met des couverts végétaux, donc de la vie dans le sol, on attire aussi cette faune. Cela crée un vrai travail de gestion. C’est pourquoi il insiste sur la nécessité de travailler avec les chasseurs pour trouver des solutions collectives.

Il souligne cependant qu’en parallèle, ces systèmes favorisent aussi beaucoup d’autres espèces : plus de faisans, plus de perdrix, plus d’éperviers, plus de moineaux, plus de pies-grièches, et bien d’autres. Mais sur les grosses bêtes à quatre pattes, omniprésentes, il faut aujourd’hui trouver des solutions d’ajustement.

Le programme agro et la caractérisation des fermes

Alain Canet explique qu’un important travail est en cours sur un programme « Agro » mené sur 25 départements. L’objectif est de caractériser des fermes, de comprendre qui fait quoi, dans quelles conditions, et d’agréger les bonnes idées et les bonnes pratiques. Chaque fois qu’un agriculteur a trouvé quelque chose qui fonctionne, on le retient, on le met en œuvre et on le met en scène.

La biomasse constitue l’une des grandes entrées de ce travail. Cela suppose une coopération importante avec les techniciens de rivière, les collectivités, les fédérations de chasse, et plus largement tous les opérateurs qui produisent de la biomasse sur le territoire. Il s’agit de savoir où elle est, à quoi elle sert, et comment mieux l’utiliser. Par exemple, en bord de route, on paie parfois pour exporter de la biomasse alors qu’un agriculteur pourrait potentiellement en bénéficier.

L’échelle de travail évoquée est celle d’un territoire d’environ 5 000 hectares, suffisamment grand pour être pertinent, mais pas trop vaste pour rester pilotable. Sur cette surface, il s’agit d’évaluer la biomasse disponible à un instant donné, puis celle qui sera disponible quelques années plus tard après plantations et régénérations. Pour Alain Canet, ce type d’approche permet de créer de l’emploi, des biens et des services.

Le premier travail de ce type a été commandé sur un bassin versant confronté à des besoins de régulation des inondations. L’idée initiale était de faire du ralentissement dynamique des cours d’eau sur le bassin versant. Cette approche a ensuite été traduite en production de biomasse, mais aussi en biodiversité et en paysage.

Résultats économiques des fermes agroforestières

Le dispositif présenté donne aujourd’hui des résultats jugés très intéressants. Des mesures sont réalisées dans tous les sens, y compris des évaluations économiques sur les fermes. Alain Canet souligne que, de manière assez constante, les résultats économiques des fermes engagées en agroforesterie et en couverts végétaux — parfois l’un, parfois l’autre, parfois les deux — sont globalement supérieurs à la moyenne.

Pour simplifier, il résume cela ainsi : quand on réduit le travail du sol et quand on augmente la photosynthèse, on gagne mieux sa vie. Il insiste sur le fait que ce constat est important dans un contexte économique agricole souvent difficile, où la plupart des filières gagnent peu d’argent, à l’exception de certaines filières spécialisées avec des produits très élaborés.

Selon lui, l’entrée par le végétal ne sert pas seulement à protéger ; elle sert aussi, et surtout, à produire.

Des fermes pilotes représentatives

Les fermes pilotes sont réparties de manière à représenter la diversité des agricultures. L’idée est qu’elles soient implantées un peu partout et couvrent des situations très différentes : coteaux, bas-fonds, bio, conventionnel, maïs, élevage, etc. Toutes les agricultures obéissent selon lui aux mêmes grandes règles de fertilité agronomique, mais leurs contextes diffèrent fortement.

L’objectif est donc de disposer de tous les grands faciès de production pour en faire une caractérisation précise. Alain Canet insiste aussi sur l’importance des vérifications au sol.

Il prend l’exemple d’une comparaison visuelle entre un maïs conduit avec beaucoup de travail du sol et un maïs associé à des couverts végétaux. Avec un simple test de terrain, on peut observer des différences très parlantes. Cela permet de comprendre pourquoi certains cours d’eau sont marron : ces eaux chargées sont le reflet de l’agriculture environnante, et emportent finalement une partie des richesses du sol jusqu’aux estuaires.

Fiches fermes, vidéos et diffusion

Alain Canet présente ensuite le principe des fiches fermes, avec l’exemple de la ferme de la Patte d’Oie à Saint-Michel. Ces fiches permettent de décrire qui fait quoi, dans quelles conditions, à quel moment, et en quoi l’arbre et les couverts végétaux ont permis d’améliorer le système : baisse des antibiotiques, plus grande sortie des animaux, etc.

L’idée est de vérifier, paramétrer et contrôler. Ces supports servent ensuite à diffuser les références : fiche ferme, petite vidéo, visites, ateliers techniques. Cela fonctionne très bien pour permettre à un agriculteur d’entrer dans le sujet.

Mais Alain Canet souligne aussi un problème majeur : celui de la diffusion. Il manque aujourd’hui des formateurs de formateurs, et plus largement une capacité à diffuser ces pratiques pour changer d’échelle.

Télédétection et quantification de la biomasse

L’agroforesterie bénéficie aujourd’hui de nouveaux outils, notamment de télédétection. Ceux-ci commencent à permettre d’estimer combien il y a d’arbres, leur âge, la quantité de biomasse présente, ainsi que l’accroissement annuel.

Grâce à ces outils, il devient possible d’évaluer, à l’échelle d’une ferme, des tonnages de matière sèche produits annuellement, et donc de raisonner leur mobilisation potentielle, à condition bien sûr que les arbres soient en bon état.

Intégration paysagère et interface avec les riverains

Les plantations peuvent répondre à différents enjeux, y compris des enjeux paysagers. Alain Canet insiste sur le fait qu’un bâtiment agricole peut être intégré dans le paysage grâce aux arbres. Il ne s’agit pas simplement de le cacher, mais de mieux gérer son interface avec l’extérieur : réduction des odeurs, atténuation du bruit, amélioration de l’acceptabilité sociale.

Dans des zones où l’urbanisation progresse, cette question devient stratégique. Il faut rendre compatibles la présence de riverains qui viennent habiter, dormir, profiter de leur jardin ou de leur piscine, et le maintien d’une activité agricole productive. Les arbres servent alors aussi d’écran.

Le paysage ne doit pas être négligé. Une plantation bien pensée s’intègre dans un paysage relativement ouvert sans choquer. À l’inverse, si les plantations « jurent », cela se voit immédiatement et cela dégrade l’ensemble. Alain Canet va jusqu’à faire un parallèle entre un produit bien élaboré, qui est bon, et un système mal élaboré, qui devient moins efficace, y compris fonctionnellement.

Planter en tenant compte du contexte global

Alain Canet insiste sur la nécessité de toujours dézoomer. Lorsqu’on plante un arbre, on ne traite pas seulement une question locale. On agit en même temps sur l’eau, le sol, le climat, le paysage, la biodiversité, la productivité de l’agriculteur.

Il critique une approche trop spécialisée des plantations : planter un arbre « pour les abeilles », « pour le gibier », « pour le brise-vent », « pour le paysage ». Selon lui, cela n’a pas de sens de raisonner ainsi de manière isolée. Il faut penser une haie champêtre, un aménagement cohérent, avec les bons végétaux dans les bonnes conditions, au bon endroit.

Il donne plusieurs exemples. Il n’irait pas planter un arbre de Judée en plein champ s’il n’est pas à sa place ; celui-ci conviendrait davantage près d’une maison. De même, certaines espèces ne doivent pas être mises partout sous prétexte qu’elles hébergent des auxiliaires ou présentent une vertu particulière. Un sureau pourra avoir son intérêt, mais pas forcément juste à côté d’un verger si les conditions ne conviennent pas.

Cette logique appelle parfois l’intervention de techniciens, notamment pour éviter de multiplier les petits échecs. Mais il rappelle aussi que l’observation et le bon sens comptent énormément.

Régénération naturelle assistée et vigilance sur les espèces invasives

L’observation fait, selon Alain Canet, la moitié du métier. Mais cette observation doit aussi s’accompagner de vigilance. Il cite le cas du Pays basque, où les plantes invasives sont très présentes, dans un contexte très favorable à la végétation. Des plantes sortent des jardins, des routes, des aménagements, puis colonisent les milieux.

Il cite notamment la renouée du Japon, l’ailante, l’acacia, ou encore l’érable negundo. Certaines de ces espèces deviennent ensuite très difficiles à éliminer.

Dans le cadre de la régénération naturelle assistée, il faut donc bien garder les yeux ouverts. L’idée n’est pas de tout laisser faire, mais d’accompagner ce qui pousse naturellement, à condition que cela soit adapté et non problématique. Alain Canet rappelle aussi que certains végétaux développent des cortèges fongiques et mycorhiziens qui peuvent dégrader les équilibres locaux. À l’inverse, sur une ripisylve, certaines espèces locales comme l’aulne glutineux, le noisetier, le sureau ou l’érable champêtre ont toute leur place.

Construire un parcours agroforestier par étapes

Un parcours agroforestier ne se construit pas forcément d’un seul coup. Alain Canet montre l’exemple d’une ferme, visitée au cours de la journée, qui a été structurée progressivement sur une quinzaine d’années. Au départ, le site n’avait que trois ou quatre arbres.

Cette ferme comprend aujourd’hui plusieurs ateliers : poulet, poules pondeuses, porc, grandes cultures, et désormais maraîchage. Mais tout cela s’est construit par phases.

La logique est la suivante : ne pas tout planter la première année. D’abord parce qu’il faut du temps pour s’approprier les techniques, ensuite parce qu’un jeune aménagement est vulnérable au passage des vaches, des chevreuils ou des sangliers. Il est donc plus réaliste de raisonner un phasage, par exemple sur trois ans pour trois hectares.

La première année, on peut commencer par planter les endroits les plus stratégiques, comme un couloir de vent dominant. Par exemple, des chèvrefeuilles ou des lilas en bord de chemin, là où c’est pertinent. La deuxième année, on plante autour du bâtiment pour mieux l’intégrer, le rafraîchir l’été et le protéger l’hiver. Puis on ajoute d’autres structures brise-vent et des lignes directrices qui guideront les animaux dans le parcours.

Ensuite vient le temps d’introduire des arbres têtards pour la litière ou le chauffage, ou des fruitiers pour diversifier économiquement la ferme. Alain Canet insiste sur le fait que rien n’interdit de mélanger dans un même parcours des arbres pour le bois d’œuvre, des fruitiers, des haies fruitières, et des arbres têtards.

Diversité des essences et rotation des récoltes

L’un des messages importants est qu’il faut éviter les systèmes à une seule essence. Si l’on plante tout le même jour, on récolte tout le même jour, et on repart à zéro. Ce n’est pas l’objectif.

Au contraire, la diversité des essences permet de ne jamais retomber à zéro. Des arbres peuvent être prélevés et remplacés progressivement, selon des temporalités différentes. Alain Canet donne l’exemple d’un assemblage de cormiers, d’alisiers, de merisiers et de figuiers. On peut récolter certains arbres, en replanter d’autres, et maintenir ainsi un système en fonctionnement continu.

Cette diversité apporte aussi de la résilience, de la biodiversité, une meilleure résistance, et un intérêt paysager supérieur.

Découpage des parcours et pâturage tournant dynamique

Alain Canet explique ensuite qu’une fois le parcours équipé, avec des arbres et de l’herbe partout, il devient possible de le découper pour gérer des rotations. Cela permet notamment de pratiquer des vides sanitaires, de maintenir de l’herbe en permanence, et de mieux répartir les animaux.

Il fait ici le lien avec le pâturage tournant dynamique, bien connu en élevage d’herbivores, et qu’il propose d’adapter aux volailles et aux canards. La question posée est simple : pourquoi ne pas le faire pour les poulets et les canards ?

Il constate que des canards restent parfois en permanence dans leurs déjections, et que cette concentration peut amplifier les problèmes sanitaires, y compris des maladies comme la grippe aviaire. Il s’agit donc de réfléchir à la diversification des parcours, à l’autonomie du système, et à une occupation dynamique de l’espace.

Pour Alain Canet, trois mots-clés structurent ces démarches : fertilité, cohérence et autonomie.

  • Fertilité : d’où vient-elle, où va-t-elle, comment la maintenir ?
  • Cohérence : va-t-on chercher la paille, le guano, le compost à l’autre bout du pays ou du monde, ou bien construit-on un système autofertile ?
  • Autonomie : combien met-on sur la table en travail du sol, en engrais, en [[matière organique]], en « béquilles » chimiques, pour produire une unité ?

Quand les animaux mangent davantage d’herbe, de fruits et de feuilles, une partie des intrants peut être réduite.

Faire circuler les animaux dans le parcours

Dans un parcours, tout se joue souvent près du bâtiment si rien n’est fait pour pousser les animaux à explorer. C’est là que se concentrent tous les problèmes. D’où l’importance de couloirs, d’ombrages, de points d’eau, et de structures qui incitent les animaux à prospecter l’espace.

Le pâturage tournant dynamique consiste à laisser les animaux quelques jours, parfois un seul jour, sur une zone, puis à les déplacer. Cela permet à l’herbe de repousser, limite le gaspillage, la compaction, le tassement et la surexploitation. Une plante piétinée et broutée tous les jours pousse mal ; si on lui laisse un temps de repos, elle exprime mieux son potentiel.

Dans certains cas, disposer les abreuvoirs à différents endroits aide aussi à faire circuler les animaux. L’objectif est qu’ils trouvent ailleurs dans le parcours de quoi boire, rester, se protéger et manger.

Renforcer l’appétence du parcours

Même si les techniques de prospection sont essentielles, Alain Canet insiste sur la nécessité d’augmenter l’appétence du parcours. Il faut y mettre des plantes qui servent réellement la cause : feuilles nutritives, riches en substances intéressantes, baies, grains, ressources diverses.

Il prend l’exemple d’un parcours de poulet qui commence à s’essouffler. Plutôt que de maintenir seulement un gazon pauvre, on peut passer avec un semoir direct et implanter du sarrasin, ou d’autres espèces, dans certaines bandes. Cela apporte de la matière, de la diversité, et surtout redonne envie aux animaux de sortir et de prospecter.

Ce réflexe est encore peu répandu, mais pour lui il est souhaitable et nécessaire. Dans certains secteurs, des végétations spontanées abondantes peuvent suffire. Dans d’autres, sur des sols compactés ou dégradés, il faut choisir des plantes qui feront le travail à la place des outils : aérer le sol, produire de la biomasse, nourrir les animaux et éventuellement les ombrer.

Intérêt des arbres têtards dans les parcours

Les arbres têtards sont présentés comme très utiles dans les parcours. Ils rendent plusieurs services :

  • ils créent de l’ombre sans forcément fermer totalement la sortie du bâtiment ;
  • ils permettent d’ajuster l’ensoleillement et le séchage des abords ;
  • ils fournissent potentiellement de la litière ou du bois ;
  • ils peuvent contribuer au confort thermique du bâtiment.

Alain Canet rappelle qu’il ne faut pas non plus trop ombrer les sorties, sinon on recrée de la boue. Les branches n’ont pas besoin d’aller jusqu’au toit ; il faut trouver les bons réglages pratiques.

Usage du BRF dans les parcours

Le BRF est présenté comme un outil très intéressant dans les zones humides ou dégradées. En paillage au sol, il permet de créer un tapis qui redonne de la porosité et de la verticalité au sol, limite la stagnation de l’eau en surface, et améliore le confort des animaux.

Il évoque notamment l’aulne glutineux parmi les essences intéressantes pour ce type d’usage.

Concernant la fabrication du BRF, Alain Canet rappelle qu’on n’en est plus aux balbutiements. Les premiers essais, il y a une vingtaine d’années, étaient très artisanaux. Aujourd’hui, il existe de grosses machines, peu nombreuses mais bien identifiées, qui permettent de faire ce travail rapidement. Selon lui, il vaut souvent mieux faire intervenir une entreprise équipée plutôt que d’investir soi-même dans un petit broyeur peu performant.

Le BRF doit idéalement être produit avec du bois frais, en général en hiver au moment de la taille. Il est préférable de l’utiliser assez rapidement, mais un stockage temporaire reste possible. Les usages sont nombreux : paillage, stabilisation de chemins, litière dans les zones humides, puis récupération ultérieure pour le jardin.

Les limites des parcours et l’intérêt d’aller plus loin

Même sur un parcours agroforestier déjà bien équipé, Alain Canet montre qu’en sortie de trappes il n’y a parfois toujours pas un brin d’herbe. Cela rappelle qu’il existe des limites liées à la densité animale, notamment en production label ou autre système de production standardisé.

Le « zéro poulet à l’hectare » n’existe pas en élevage de production courant. Il faut donc composer avec des densités réelles, et trouver des marges d’amélioration. Cela renforce l’intérêt des arbres, des couverts, des semis adaptés, et de toutes les techniques favorisant la prospection.

Pour lui, les animaux doivent trouver à l’extérieur à la fois un terrain de jeu et un garde-manger.

Bien-être animal, normes et réduction des médicaments

En conclusion de cette partie, Alain Canet souligne que ces aménagements ont de la valeur en matière de confort, d’intégration, et de bien-être animal. Même si les normes continuent d’évoluer, il estime qu’il faut être force de proposition pour montrer que ces dispositifs fonctionnent.

Lorsque les parcours sont bien conçus, avec moins de stress et davantage de confort pour les animaux, le recours aux médicaments diminue fortement, voire disparaît, sauf cas très particuliers. Les témoignages d’éleveurs sont, selon lui, extrêmement clairs sur ce point.