Pratiquer le piégeage massif pour limiter les populations de ravageurs

De Wiki Triple Performance
Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
Photo d'en-tête : Pièges chromatiques installés dans une culture de tomates sous serre - © M. Goude, Inra
Cet article est issu de la base GECO[CC BY-NC-SA 3.0]. Cliquez ici pour accéder à la page d’origine : Logo Geco

1. Présentation

Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Informations issues initialement du Guide pratique pour la conception de systèmes de culture légumiers économes en produits phytopharmaceutiques (2014) / Fiche technique T13. Pour en savoir plus : voir lien et du Guide pour la conception de systèmes de production fruitière économes en produits phytopharmaceutiques (2014) / Fiche technique n°18. Pour en savoir plus : voir lien


Principe :


La technique consiste à installer dans une parcelle un nombre de pièges siffisant pour collecter des adultes, des larves ou des oeufs d’un ravageur précis de manière à limiter fortement sa population et sa descendance. Plusieurs types de piégeage massifs peuvent être utilisés : le piégeage à phéromones qui attire et piège les insectes ravageurs ; l’utilisation d’appâts alimentaires ou de kairomones qui attirent et neutralisent les ravageurs dans les pièges ; les pièges chromatiques englués qui attirent les ravageurs selon la couleur ; les pièges lumineux... Ces techniques peuvent aussi être utilisées en surveillance pour détecter les périodes de vols et assurer le suivi des populations.


Exemple de mise en oeuvre :


Exemples d'application en production légumière :

Piégeage à phéromones : « phéromone Tuta absoluta »

Cible : les mâles adultes de Tuta absoluta en culture sous serre ou sous abri.

  • Mise en place pour la détection des premiers adultes et le suivi des populations : la capsule de phéromones doit être posée sur la plaque engluée d’un piège Delta. Celui-ci est suspendu à environ 10 cm au-dessus de la culture, à un endroit où les contrôles réguliers ne posent pas de difficulté. La répartition doit être uniforme pour éviter toute interférence.
  • Mise en place pour le piégeage de masse des mâles : la capsule est placée dans un panier situé au dessus et au centre du piège rempli d’eau additionné d’une petite quantité d’huile végétale ou de savon. Entre chaque piège, une distance minimum de 15 à 20 m est recommandée. Les pièges sont placés au sol  ou à une hauteur de 40 cm maximum et doivent être en permanence remplis d’eau.
  • Dose et application : pour la détection, il est recommandé de placer quatre pièges par hectare d’abri. Pour le piégeage de masse, la densité sera comprise entre 20 et 25 pièges par hectare. Dans les deux cas, les capsules de phéromones sont efficaces pendant 4 à 6 semaines après leur mise en place dans le piège. Le même type de phéromone doit être utilisé pour le remplacement. Désormais, on trouve des phéromones sous forme de gel  à renouveler tous les 3 mois.
  • Conditions d’application : les pièges sont placés dès la préparation du sol ou à la plantation. Respecter les conditions d'emploi des phéromones.
  • Stockage du produit : Respecter les conditions de stockage et la durée de conservation indiquées par le fournisseur


Exemple de piégeage pour la mouche de la cerise et Drosophila susukii en verger de cerise

CTIFL%E2%80%931020-Mouche_cerise_DS_jfm_4.jpg


Image : Piège chromatique pour capture mouche de la cerise (Rhagoletis cerasi) et piège pour Drosophila suzukii- © Mandrin Jean François, CTIFL. voir lien


Précision sur la technique :

L'efficacité de la technique pour limiter les populations de bioagresseurs est conditionnée par le type de piégèage (phéromones, chromatiques...), le type de piège (Delta, plaques engluées...), ainsi que par leur densité et leur localisation en culture. Alors, pour une efficacité maximale, il est conseillé de :

  • installer les pièges le plus tôt possible avant la présence des ravageurs ou dès la detection des premiers bio-agresseurs (pour la detection, un piège doit être mis en place dès l'installation de la culture)
  • disposer d'un attractif efficace
  • prevoir un dispositif de piégeage sur de parcelles suffisament grandes (en systèmes de verger 1ha minimum)
  • en production fruitière, laisser les pièges au moins 15 jours après la dernière cueille dans le cas des cératites sur pêchers.


D'autre part, l’association plusieurs types de protection biologique et de méthodes préventives est recommandée pour une meilleure efficacité.


Période de mise en œuvre Sur culture implantée


Echelle spatiale de mise en œuvre Parcelle


Exploitation


Le piégeage massif fonctionne d'autant mieux quand il est mis en oeuvre sur de grands ensembles de parcelles (toute une zone de production par exemple)


Application de la technique à...

Positif Toutes les cultures : Facilement généralisable


Cette technique peut s'appliquer sur toutes les cultures légumières (sous serre, sous abris) et aussi sur les espèces fruitières


Tous les types de sols : Sans objet


Réglementation

Le recours à de méthodes de piégage massif des bioagresseurs fait l'objet de plusieurs fiches CEPP :

  • Action n°41 : Lutter contre les mouches dans les vergers et la vigne au moyen de pièges listés comme produits de biocontrôle
  • Action n°56 : Lutter contre les insectes volant sous abris au moyen de pièges colorés englués posés à haute densité




2. Services rendus par la technique



3. Effets sur la durabilité du système de culture

Critères "environnementaux"

Positif Effet sur la qualité de l'air : En augmentation


émission phytosanitaires : DIMINUTION


émission GES : DIMINUTION


Positif Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation


pesticides : DIMINUTION


Positif Effet sur la consommation de ressources fossiles : En diminution


consommation d'énergie fossile : DIMINUTION


Neutre Autre : Pas d'effet (neutre)


Commentaires

Diminution des transferts de polluants vers l’eau, l’air et le sol grâce à la réduction de produits phytopharmaceutiques.


Pas d’intervention mécanisée, donc diminution des énergies.


Critères "agronomiques"

Neutre Productivité : Pas d'effet (neutre)


Pas d'effet


L'effet est positif dans la mesure où la technique est efficace (ou contribue à l'efficacité) sur les ravageurs visés.


Neutre Qualité de la production : Pas d'effet (neutre)


Pas d'effet


L'effet est positif dans la mesure où la technique est efficace (ou contribue à l'efficacité) sur les ravageurs visés.


Neutre Fertilité du sol : Pas d'effet (neutre)


Pas d'effet


Neutre Stress hydrique : Pas d'effet (neutre)


Pas d'effet


Neutre Biodiversité fonctionnelle : Variable


Variable


En principe, pas d’impact sur la biodiversité fonctionnelle, car la technique est en général très sélective (sauf peut-être dans le cas de certains attractifs alimentaires peu spécifiques qui pourraient tuer des auxiliaires : des hyménoptères parasitoïdes par exemple). Ou dans le cas de pièges chromatiques ou lumineux qui peuvent attirer d'autres insectes que ceux qui sont ciblés. Prendre les mesures nécessaires pour limiter ce risque.


Critères "économiques"

Neutre Charges opérationnelles : Variable


Variable


La différence est fonction de l'écart de prix entre les programmes de traitement chimique et les programmes à base de piégeage de masse, en sachant que c’est généralement une méthode complémentaire pour améliorer l’efficacité de la protection tout en limitant l’application des produits phytopharmaceutiques.


à titre d'exemple en production fruitière:

  • Coût du piégeage de la cératite : 250 €/ha de fourniture (50 pièges/ha)
  • Coût du piégeage du xylébore : environ 300 €/ha (avec 8 pièges/ha)


Prendre en compte le cout des pièges, de la mise en place et de l'entretien.


Critères "sociaux"

Neutre Effet sur la santé de l'agriculteur : Pas de connaissance sur impact


Pas de connaissance sur impact


Cette alternative n’a en général pas de classement toxicologique pour l'applicateur (sauf phéromones = utiliser des gants)


Moins d'application de produits phytosanitaires


Négatif Temps d'observation : En augmentation


En augmentation


Le temps de travail dépend du nombre de pièges mis en place et de la durée de vie du piège. Cependant, la technique demande du temps pour la pose, l'entretien des pièges ainsi qu'une surveillance régulière.


Quelle que soit la technique employée, la surveillance des cultures doit être précise et régulière pour repérer les attaques et suivre leur évolution.




4. Organismes favorisés ou défavorisés

Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Zeuzère (Zeuzera pyrina) ravageur, prédateur ou parasite Le piégeage massif de zeuzère peut avoir un effet inverse avec attraction de papillons issus de l’environnement du verger.
thrips des cultures légumières MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite L’utilisation de pièges bleus englués associés à une kairomone peut parfois avoir un effet démultiplicateur sur les populations de thrips et provoquer un résultat contraire à celui escompté (?)


Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Drosophile (Drosophila suzukii) ravageur, prédateur ou parasite Technique utilisée comme levier complémentaire sur framboisier dans certaines régions
Mouche de la cerise (Rhagoletis cerasi) ravageur, prédateur ou parasite
Scolyte (Xyleborus disparate) ravageur, prédateur ou parasite En condition de faible pression, la technique est utilisée sur châtaignier dans certaines régions.
Tuta absoluta FORTE ravageur, prédateur ou parasite Il existe des pièges à phéromones efficaces pour piéger en masse les mâles deTuta absoluta, surtout sous abri
aleurodes FORTE ravageur, prédateur ou parasite Les pièges jaunes engluées sont très efficaces pour piéger les aleurodes, surtout sous abris
mouche méditerranéenne (Ceratitis capitata) ravageur, prédateur ou parasite Cette technique représente un levier principal contre la cératite (mouche méditerranéenne) sur fruits à noyau et à pépins (variétés tardives)
mouches des cultures légumières FORTE ravageur, prédateur ou parasite Les pièges jaunes englués et les bols jaunes remplis d’eau savonneuse sont très efficaces pour piéger les mouches (delia platura, delia radicum, psila rosae) mais l’efficacité dépend de la nuance de jaune utilisée
noctuelles des cultures légumières FORTE ravageur, prédateur ou parasite Il existe des pièges à phéromones efficaces pour piéger en masse les noctuellles, en plein champ ou sous abri
thrips des cultures légumières FORTE ravageur, prédateur ou parasite Les pièges bleus englués sont très efficaces pour piéger les thrips, surtout lorsqu’ils sont associés à une kairomone spécifique
ver des framboises (Byturus tomentosus) ravageur, prédateur ou parasite En condition de faible pression, la technique est utilisée sur framboisier dans certaines régions.


Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Parasitoïdes MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Les pièges chromatiques utiliser pour réguler les populations de mouches phytophages ne sont pas sélectifs (bol jaune et plaques jaunes engluées) et risquent en particulier d'attirer et tuer les hyménoptères parasitoïdes.
Thrips prédateurs FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Les pièges bleus englués utilisés pour tuer les thrips phytophages attirent aussi les aeolothrips


Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions




5. Pour en savoir plus

  • Fiche thématique : capture en masse des ravageurs
    -2011


Groupe de travail du Guide AFPP

  • L'hoplocampe, un ravageur en progression dans les vergers cidricoles
    -Corroyer N., Cardon J.-C., Corroyer B., Dupont N.


Brochure technique, 2014


Pomme à cidre, 35, 11-13.

  • Lutte contre la cératite par piégeage massif
    -Tison G., Bénaouf G.


2010


Alter Agri, 104, 17-18

  • Piéger les xylébores : moins d’alcool sur les pruniers
    -Coutal T., Courtois C.


Brochure technique, 2008


Phytoma-La défense des végétaux n° 612, 21-25


voir lien

  • Protection contre la mouche méditerranéenne des fruits 2004-2012.
    -Bouniol M.


2013


MedEx, 26 mars 2013, Station expérimentale La Tapy, Carpentras-Serres.

  • évaluation du piégeage massif en alternative à la lutte chimique contre Ceratitis capitata sur pêchers dans les Pyrénées-Orientales.
    -Fratantuono M


Travaux universitaires, 2009


Mémoire de diplôme d'Ingénieur, Montpellier SupAgro.




6. Mots clés

Méthode de contrôle des bioagresseurs : Lutte biologique


Mode d'action : Evitement Rattrapage Action sur le stock initial Atténuation


Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Substitution


Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page

S'applique aux cultures suivantes

Favorise les bioagresseurs suivants

Défavorise les bioagresseurs suivants

Défavorise les auxiliaires