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Les alternatives au cuivre en viticulture biologique

De Wiki Triple Performance
Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
Vignes en automne

Contexte

Le cuivre est utilisé en agriculture, et tout particulièrement dans les systèmes biologiques pour contrôler diverses maladies fongiques ou bactériennes. Il est notamment utilisé sous forme de bouillie bordelaise en viticulture, arboriculture ou encore maraîchage. Présent naturellement dans le sol, il est autorisé en agriculture biologique (AB) et représente la seule substance active à effet fongicide et large spectre d'action. Or, la mise en évidence d'effets négatifs du cuivre sur l'environnement (sols, biodiversité) et les restrictions réglementaires qui en découlent poussent la recherche et les viticulteurs à trouver des alternatives aux traitements cupriques.

Usage majeur du cuivre

En viticulture biologique, le cuivre est principalement utilisé dans le contrôle du mildiou de la vigne et la nécrose bactérienne pour lesquels il est homologué mais son efficacité est également reconnue en cas de black rot sur les vignes. Le cuivre est principalement utilisé sous sa forme ionique (Cu2+) et pulvérisé sur les parties aériennes des vignes, il peut cependant également être appliqué de façon locale sur les plaies ou encore au sol.

Réglementation

En 2019, la dose maximale de cuivre autorisée en viticulture biologique a été réduite à 4 kg / ha / an. Des dérogations existent les années à forte pression de mildiou. Dans le cas d'une dérogation, la dose de cuivre ne doit pas dépasser 28 kg sur 7 ans. Déjà interdit dans plusieurs pays européens (Pays-Bas, Scandinavie, Allemagne) en agriculture biologique et en agriculture conventionnel, les législations ne cessent d'évoluer concernant le cuivre.

Les alternatives au cuivre

En réponse au contexte plus que tendu du cuivre en viticulture biologique, diverses alternatives ont été identifiées, à la fois par des instituts de recherche mais également par des viticulteurs.

Les méthodes à action directe sur le pathogène

Ces méthodes agissent directement sur la germination des spores ou sur le développement des pathogènes.

Préparations naturelles à activité biocide

Il est possible de soigner les vignes avec des extraits végétaux. Ces préparations de composition souvent complexe ont une activité biocide sur les pathogènes mais peuvent également agir comme stimulateurs de défense des plantes (SDP).

Les produits suivants sont autorisés en viticulture biologique (données de 2017) :

  • Le bicarbonate de potassium, dont deux préparations sont autorisées sur le marché - Armicarb et K-BLOC -, réduit de façon significative les maladies de la vigne. L'efficacité est plus grande quand le produit est appliqué proche de la période d'inoculation de la maladie.
  • La prêle a montré son efficacité contre le mildiou de la vigne en cas de faible pression de la maladie, et en combinaison avec une dose réduite de cuivre.
  • Le purin d'ortie, vanté par de nombreux ouvrages, n'a montré son efficacité qu'au cours d'une étude menée en 1990 mettant en évidence un efficacité moyenne face à une pression de mildiou dite normale.
  • Trois préparations commerciales à base d'huiles essentielles d'agrumes, [1], [2] et [3], sont autorisées en AB pour applications sur mildiou de la vigne.

Lutte biologique directe par des organismes

La lutte biologique directe par des organismes fait appel à des agents microbiologiques de biocontrôle. Les organismes permettant de limiter les traitements cupriques peuvent être des champignons, des levures, des bactéries ou encore des virus. Ils agissent selon divers modes d'action :

  • Inhibition directe de l'agent pathogène
  • Compétition pour les nutriments ou l'espace
  • Interaction avec le processus de pathogénèse

En France, peu de produits à base de microorganismes sont mis sur le marché : seulement 11 ont une autorisation. Parmi eux, seulement deux produits permettent de contrôler les maladies en viticulture bio :

  • Esquive utilise un actinomycète (souche I-1237 de trichoderma artroviride) afin de lutter contre les maladies du bois de la vigne
  • Roméo utilise une levure (parois de cerevisane) afin de lutter contre le mildiou


L'utilisation des capacités de résistance des plantes

Les variétés résistantes

Il existe de nouvelles variétés résistantes inscrites au Catalogue Officiel permettant de réduire les traitements cupriques, dont en particulier les cépages suivants :

  • Artaban : Cépage rouge, résistance totale à l'oïdium et forte au mildiou
  • Vidoc : Cépage rouge, résistance totale à l'oïdium et forte au mildiou
  • Floreal : Cépage blanc, résistance totale à l’oidium et forte au mildiou
  • Voltis : Cépage blanc, résistance totale à l’oidium et forte au mildiou

La mise en place de la prophylaxie

La prophylaxie a pour objectif de limiter les contaminations primaires du pathogène. Il s'agit de pratiques physiques et agronomiques permettant de diminuer l'application de produits fongicides en instaurant des pratiques préventives dans les parcelles viticoles.

Protections physiques

Parmi les protections physiques à disposition pour limiter les contaminations des vignes par le pathogène, on trouve :

  • Les bâches Viti-tunnel (ou couverture anti-pluie) : ces bâches imperméables et rétractables créées en 2018 par la startup Mo.Del offrent une protection anti-pluie aux vignes et limite ainsi les risques de contamination du mildiou, du black rot et de l'excoriose, trois maladies liées à l'humidité sur les vignes. Ces filets imperméables offrent une aération optimale permettant de limite la condensation. Muni de capteurs d'humectations et de radars détecteurs de pluies, le Viti-tunnel se déclenche automatiquement pour empêcher la pluie de tomber sur les pieds de vigne. Le dispositif permet également de pulvériser de façon confinée de la fleur de soufre pour lutter contre l'oïdium si besoin. Tel qu'imaginer par ses créateurs, le Viti-tunnel permet une réduction importante de l'utilisation de produits phytosanitaires et de pesticides et permettre de maintenir les rendements des récoltes en cas de forte pression des maladies de la vigne ou en cas d'accident climatique.

Stratégies de diminution des doses de cuivre

Diverses stratégies de diminution des doses de cuivre peuvent être imaginées, au regard des alternatives actuellement à disposition des viticulteurs.


Stratégies imaginées permettant la diminution du cuivre en viticulture biologique.


  • Prototype 1 : il repose essentiellement sur une réduction directe des doses de cuivre, avec l’appui d’Outils d'Aide à la Décision (type Mildium) pour choisir au mieux les doses, les dates d’intervention et les systèmes de pulvérisation.
  • Prototype 2 : La réduction des doses de cuivre peut être renforcée par l’apport de Stimulateurs de Défense des Plantes ou encore de préparations biocides, qui pourront se substituer à certains des traitements au cuivre.
  • Prototype 3 : L’objectif d’une protection "zéro cuivre" devra impérativement mobiliser, outre les solutions de biocontrôle du prototype 2, l’emploi de cépages résistants, mais aussi des interventions à visée prophylactique, comme la gestion du microclimat grâce à la taille et l’élimination des litières infectées par ramassage.


Pour en savoir plus


Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page

Est complémentaire des leviers

S'applique aux cultures suivantes

Défavorise les bioagresseurs suivants