La trogne & le vieil arbre, sources de vie

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Dans ce webinaire de l’Année des trognes, animé avec le soutien du Groupe national trogne, Hervé Covès explore le rôle du vieil arbre et de la trogne comme réservoirs de vie. Il explique que les vieux arbres accumulent, au fil des siècles, une mémoire d’adaptation à leur environnement, transmise en partie par leurs graines et par leurs réseaux mycorhiziens. Reliés aux champignons du sol, aux oiseaux migrateurs, aux insectes, au lierre et aux jeunes pousses qui les entourent, ils deviennent des centres de résilience écologique capables de soutenir la biodiversité, la fertilité des sols et l’adaptation au changement climatique. La trogne, loin d’être un arbre mutilé, prolonge selon lui des processus naturels de broutage et favorise la longévité. Hervé Covès plaide ainsi pour une nouvelle attention portée aux vieux arbres, aux sous-bois, aux corridors du vivant et à tout ce qui permet aux écosystèmes de rester ouverts, reliés et féconds.

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Résumé
Dans ce webinaire de l’Année des trognes, animé avec le soutien du Groupe national trogne, Hervé Covès explore le rôle du vieil arbre et de la trogne comme réservoirs de vie. Il explique que les vieux arbres accumulent, au fil des siècles, une mémoire d’adaptation à leur environnement, transmise en partie par leurs graines et par leurs réseaux mycorhiziens. Reliés aux champignons du sol, aux oiseaux migrateurs, aux insectes, au lierre et aux jeunes pousses qui les entourent, ils deviennent des centres de résilience écologique capables de soutenir la biodiversité, la fertilité des sols et l’adaptation au changement climatique. La trogne, loin d’être un arbre mutilé, prolonge selon lui des processus naturels de broutage et favorise la longévité. Hervé Covès plaide ainsi pour une nouvelle attention portée aux vieux arbres, aux sous-bois, aux corridors du vivant et à tout ce qui permet aux écosystèmes de rester ouverts, reliés et féconds.

Avec Hervé Coves.


En partenariat avec Arbre & Paysage 32.


https://trognes.fr


Introduction

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de l’« année des trognes », présentée comme une dynamique appelée à durer, car les trognes relèvent certes du passé, mais surtout de l’avenir. La séance accueille Hervé Covès, en présence également de Lou Gauthier, engagé dans la coordination et l’animation de cette année des trognes ainsi que dans le groupe national trogne, qui rassemble une quarantaine de structures et d’opérateurs travaillant sur la création de supports, l’identification, la structuration, la pédagogie et la recherche.

L’échange porte ici plus particulièrement sur les trognes comme vieux arbres, et sur cette idée centrale : les vieux arbres, et tout spécialement les trognes, sont des sources de vie.

Pourquoi les vieux arbres nous touchent

Hervé Covès commence par une remarque simple : beaucoup de personnes trouvent les vieux arbres beaux. Mieux encore, quand quelqu’un ne va pas bien, il ressent souvent le besoin de se rapprocher d’un vieil arbre. Il y a là quelque chose de profond : ces arbres semblent « prendre soin de nous ».

Cette intuition sensible sert de point de départ à toute la conférence. Avant même d’entrer dans les explications scientifiques, il est affirmé que les vieux arbres occupent une place particulière dans notre imaginaire, notre rapport au vivant et notre manière d’habiter le monde.

Où trouve-t-on encore de vieux arbres dans le monde ?

Une première vue d’ensemble montre que les vieux arbres se trouvent encore :

  • dans certaines forêts équatoriales, notamment en Amazonie, en Afrique et encore un peu en Indonésie ;
  • dans le nord du Canada et en Sibérie ;
  • de façon beaucoup plus rare en Europe.

En Europe, les vieux arbres sont devenus très rares. Hervé Covès évoque notamment :

  • la vallée du Danube ;
  • des secteurs entre la Géorgie et l’Arménie ;
  • quelques reliques près de la Sainte-Victoire, vers Marseille.

Selon lui, dans un territoire « normal », on devrait pouvoir trouver de l’ordre d’un très vieil arbre par kilomètre carré, soit un pour cent hectares.

Cette rareté européenne explique que beaucoup de vieux arbres aient été « muséographiés », catalogués et traités comme patrimoine exceptionnel.

Exemples de vieux arbres remarquables

Les forêts du mont Ararat

Au pied du mont Ararat subsistent des massifs forestiers exceptionnels, riches en biodiversité et en vieux arbres, parfois protégés par des monastères. La légende situe là l’atterrissage de l’arche de Noé après le déluge. Pour Hervé Covès, ce type de récit traduit le sentiment d’abondance de vie associé à ces lieux.

La forêt de la Sainte-Victoire

Vue de l’extérieur, elle paraît faite de bosses, de creux, de garrigues, mais elle abrite aussi des arbres millénaires.

Les grands arbres amazoniens

En Amazonie, on rencontre des arbres immenses, parfois hauts de 70 mètres, dépassant largement la canopée. Ce sont des arbres autour desquels les habitants construisent, vivent, cultivent, se ressourcent. Les jardins nourriciers amazoniens, les « abattis », se déploient à proximité de ces arbres.

Les baobabs de Madagascar

Des baobabs séculaires sont mentionnés comme exemples d’arbres anciens aujourd’hui menacés, notamment parce que les animaux qui participaient à la dissémination et à la germination de leurs graines ont disparu.

Mathusalem et les arbres très âgés des milieux difficiles

Hervé Covès évoque des arbres extrêmement âgés, plusieurs milliers d’années, comme Mathusalem. Ces arbres n’ont plus l’allure majestueuse des grands arbres tropicaux : ils apparaissent rabougris, élagués par le vent, les intempéries, la rudesse du milieu.

Le genévrier de Phénicie du Verdon

Présenté comme le plus vieil arbre de France, ce genévrier accroché à une paroi des gorges du Verdon aurait autour de 6000 ans. Son tronc est réduit à une sorte de ruban. Il pousse extrêmement lentement. Cet exemple montre qu’un arbre peut être très petit, très discret, et pourtant extraordinairement âgé.

Pando

Pando est présenté comme une colonie de peupliers faux-trembles reliés par un immense système racinaire souterrain. Ce qui semble être une population d’arbres est en fait un seul organisme. Cette colonie aurait 80 000 ans.

Les vieux arbres et l’idée d’immortalité

Un des premiers messages de la conférence est que certains arbres sont « presque immortels ». Il ne s’agit pas d’immortalité absolue, mais d’une capacité très particulière à durer.

Hervé Covès souligne aussi un contraste :

  • les très grands arbres, lancés vers la lumière, peuvent être plus majestueux mais aussi plus vulnérables ;
  • des arbres plus modestes, plus humbles, dans des conditions difficiles, peuvent vivre beaucoup plus longtemps.

Cela ouvre déjà la voie vers la trogne : une forme d’arbre qui, parce qu’elle est régulièrement reprise, recépée, reconfigurée, entre dans une autre relation au temps.

L’arbre comme mémoire vivante de son environnement

Hervé Covès développe ensuite un long raisonnement sur la manière dont un arbre s’adapte à son milieu.

Une diversité génétique et épigénétique interne

Lorsqu’un arbre grandit, chaque nouveau bourgeon axillaire n’exprime pas exactement la même combinaison de gènes que le bourgeon précédent. L’arbre active ou désactive certaines potentialités selon les conditions rencontrées.

Cela signifie qu’un arbre n’est pas un individu uniforme. Il devient progressivement une sorte de colonie de parties différenciées. Une branche peut être légèrement différente d’une autre dans sa réaction aux pucerons, à la sécheresse, aux maladies ou aux stress.

L’histoire inscrite dans l’architecture

Plus un arbre vieillit, plus il a traversé de situations différentes :

  • petit âge glaciaire ;
  • canicules ;
  • hivers doux ou rigoureux ;
  • sécheresses ;
  • attaques d’insectes ;
  • maladies diverses.

S’il est toujours vivant après plusieurs siècles, cela signifie qu’il a mobilisé en lui une immense gamme de réponses adaptées.

Ainsi, un vieil arbre n’est pas seulement vieux : il est un concentré d’expérience écologique.

Discussion sur l’évolution et le nombre de gènes

Une discussion a lieu avec le tchat à propos de l’idée selon laquelle le nombre de gènes ferait d’un arbre un être « plus évolué » qu’un humain. Hervé Covès maintient l’idée d’une très grande complexité du vivant végétal, tout en précisant que le génome d’un arbre n’a pas la même signification que celui d’un animal.

Selon lui :

  • l’animal est construit sur une logique de protéines ;
  • l’arbre, lui, est fondamentalement un producteur de sucres ;
  • son génome joue un rôle majeur comme mémoire fonctionnelle d’adaptation à l’environnement.

Il évoque aussi des phénomènes de recombinaison ou de variation génétique entre branches, mis en évidence notamment dans des travaux liés aux observations de canopée, y compris chez le chêne.

L’arbre comme colonie

Cette idée est illustrée à plusieurs reprises :

  • par Pando ;
  • par certaines formes japonaises d’arbres taillés à plusieurs niveaux ;
  • par des trognes produisant de nombreuses réitérations.

Chaque réitération peut être vue comme un « petit arbre » porté par l’arbre ancien. L’arbre apparaît alors comme une colonie d’arbres différents, vivant sur une base commune.

Le gros chêne de Salm et les Amish

Hervé Covès présente ensuite un arbre qui lui est cher : le gros chêne de Salm, dans la haute vallée de la Bruche, en Alsace. Il le relie à l’histoire des Mennonites puis des Amish.

Cet arbre est décrit comme porteur de siècles d’histoire et d’adaptation. Des Amish viennent encore s’y ressourcer, y prélever un peu de terre, et certains glands de cet arbre ont été envoyés à Hervé Covès.

L’idée forte est la suivante : un vieil arbre transmet, dans ses glands, une part de sa richesse adaptative. La génétique s’y transmet intégralement, l’épigénétique partiellement, mais dans tous les cas les graines des vieux arbres ont une valeur particulière.

Les arbres anciens et les civilisations humaines

L’exposé insiste sur le fait que certains arbres très âgés ne doivent leur longévité qu’aux soins reçus des humains. L’exemple est donné des genévriers thurifères du sud marocain, étudiés et photographiés notamment par Geneviève Michon.

Ces arbres sont liés à des usages humains et pastoraux. Lorsqu’il n’y a plus d’humains pour s’en occuper, ils dépérissent. Autrement dit, la longévité de certains arbres résulte d’une alliance entre les sociétés humaines et les arbres.

Pourquoi, quand on cherche “vieil arbre”, trouve-t-on souvent des trognes ?

Hervé Covès fait remarquer que lorsqu’on cherche des images de vieux arbres, on tombe très souvent sur des trognes, c’est-à-dire des arbres régulièrement coupés, élagués, relancés.

Il pose alors la question : pourquoi, dans les forêts tropicales, les arbres peuvent-ils devenir très vieux sans être trognés, alors que sous nos latitudes les formes de grande longévité semblent souvent associées à la taille ?

Les forêts européennes comme forêts pionnières

L’explication proposée repose sur une différence majeure entre les continents forestiers tropicaux anciens et les paysages européens.

Une forêt européenne jeune

Les forêts européennes actuelles n’ont qu’environ 12 000 ans depuis la dernière glaciation. En comparaison, certaines grandes forêts tropicales existent sans interruption depuis des dizaines, voire des centaines de millions d’années.

Les forêts européennes sont donc présentées comme des forêts encore pionnières.

Une diversité d’arbres relativement faible

En France, la flore compte environ 8000 plantes, mais seulement environ 135 arbres indigènes, auxquels s’ajoutent des arbres introduits. Cela laisse une très forte majorité de plantes herbacées ou arbustives.

Pour Hervé Covès, cette disproportion traduit des milieux historiquement ouverts, régulièrement entretenus par de grands herbivores.

Le rôle des grands herbivores

Les forêts européennes auraient longtemps fonctionné avec :

  • mammouths ;
  • grands troupeaux de chevaux sauvages ;
  • bisons ;
  • autres herbivores capables de manger, casser, ouvrir, entretenir les arbres.

Dans cette perspective, les arbres européens ont évolué dans un système d’interaction constante avec les animaux brouteurs et les prédateurs.

La trogne comme équivalent du broutage

Une question du tchat permet de faire le lien central avec le thème de la séance.

Hervé Covès affirme clairement que l’action des herbivores sur les arbres est l’équivalent naturel du trognage. Ce que faisaient les mammouths, les girafes ou d’autres animaux en mangeant, cassant ou élaguant les branches, les humains l’ont prolongé avec :

  • la hache ;
  • le sécateur ;
  • la tronçonneuse ;
  • l’épareuse.

La trogne serait donc une manière humaine d’entrer dans la dynamique naturelle des forêts pionnières pâturées.

Taille, trognage et adaptation

Le fait de couper un arbre relance des bourgeons, des réitérations, donc de nouvelles possibilités d’adaptation. Cela permet à l’arbre de rester en quelque sorte jeune en périphérie, même lorsque sa base est très vieille.

Un arbre possède toujours quelque chose de très jeune dans sa partie externe. En vieillissant, il peut aussi spontanément « descendre sa cime », réduire sa hauteur, s’étaler davantage.

Le trognage accompagne et accentue cette dynamique.

Maladies, diversité et adaptation

À propos d’une comparaison avec la tavelure du pommier, Hervé Covès explique qu’une maladie peut aussi devenir un facteur de diversification.

L’exemple des pommiers du Kazakhstan est évoqué :

  • la tavelure sélectionne les individus les plus résistants ;
  • les fruits les plus sains sont davantage mangés et disséminés par les ours ;
  • les arbres mieux adaptés se répandent donc plus.

La maladie n’est alors pas seulement un problème : elle participe à l’évolution du système vivant. Cette idée est ensuite rapprochée des trognes, qui favorisent aussi la diversité interne et la réadaptation.

La trogne, forêt d’arbres sur un même arbre

Une trogne de saule est décrite comme un plateau d’où repart une multitude de branches. Chacune de ces branches est une réitération, donc presque un arbre à part entière.

La trogne peut ainsi être vue comme une forêt portée par un seul arbre. Plus elle vieillit, plus cette colonie interne gagne en richesse et en résilience.

Les champignons mycorhiziens

La seconde grande partie de la conférence porte sur les champignons mycorhiziens, essentiels pour comprendre le rôle des vieux arbres.

Les endomycorhizes

Ces champignons pénètrent à l’intérieur des racines et se placent à l’interface entre la sève élaborée descendante et la sève brute montante. Ils sont décrits comme particulièrement importants pour :

  • l’alimentation hydrique ;
  • l’adaptation à la sécheresse ;
  • la canicule ;
  • la salinité croissante des sols.

Les ectomycorhizes

Elles enveloppent la racine plus qu’elles n’y pénètrent. Elles sont fréquentes chez beaucoup d’arbres forestiers européens. Selon Hervé Covès, elles sont globalement moins adaptées aux stress thermiques et hydriques que les endomycorhizes.

D’autres formes symbiotiques

Sont aussi évoqués les champignons formant des structures variées, capables parfois de stocker leurs nutriments à l’intérieur des cellules végétales comme dans un coffre-fort.

Une géographie mondiale des mycorhizes

Hervé Covès insiste sur un point stratégique : les forêts tropicales et les zones chaudes sont davantage associées aux endomycorhizes, alors que de nombreuses forêts européennes reposent surtout sur des ectomycorhizes.

Pour lui, cela pose un problème majeur face au réchauffement climatique : nos forêts européennes ne sont pas suffisamment associées aux bons partenaires fongiques pour les conditions qui viennent.

Il souligne aussi qu’en Afrique du Nord et autour du Sahara, des discontinuités écologiques ont freiné la remontée naturelle de certains cortèges fongiques adaptés aux milieux chauds.

Les champignons forment des réseaux

Les champignons se connectent entre eux par des anastomoses. Des noyaux, des informations, des substances circulent. Cela permet de constituer un vaste réseau souterrain dans lequel les informations issues d’un arbre peuvent rejoindre d’autres arbres et d’autres plantes.

Hervé Covès évoque notamment la circulation de nombreux facteurs de régulation liés à la santé des plantes. Il cite par exemple l’acide jasmonique et rappelle qu’une plante malade peut envoyer bien plus de signaux que nécessaire à sa propre défense, comme si elle avertissait et aidait largement autour d’elle.

Les vieux arbres comme centres majeurs des réseaux du sol

À partir d’observations réalisées sur de nombreux sites, Hervé Covès affirme que les vieux arbres apparaissent comme les éléments les plus importants des écosystèmes concernant la vie microbienne et fongique du sol.

Selon lui :

  • plus on est près d’un vieil arbre, plus la diversité du sol augmente ;
  • l’effet d’un vieil arbre peut s’étendre jusqu’à 500 mètres de distance ;
  • cela correspond à un rayon d’action d’environ un kilomètre de diamètre, cohérent avec l’idée d’un vieil arbre par kilomètre carré.

Ainsi, les vieux arbres sont présentés comme des centres de résilience écologique.

Les vieux arbres nourrissent leur environnement

Un vieil arbre ne nourrit pas seulement ses propres symbiotes. Il alimente aussi, par le réseau vivant du sol, une diversité de microorganismes et de plantes associées.

Même lorsqu’un arbre forestier est principalement ectomycorhizé, des connexions existent avec des plantes endomycorhizées voisines, notamment les plantes fruitières ou de nombreuses autres espèces du milieu.

Le vieil arbre, parce qu’il a longtemps vécu avec une grande diversité d’espèces, devient capable de soutenir cette diversité.

Les vieux arbres comme balises pour les animaux

Les vieux arbres sont aussi des repères.

Ils servent de :

  • phares ;
  • balises ;
  • lieux de convergence ;
  • perchoirs ;
  • dortoirs ;
  • lieux de passage.

Cela vaut pour les insectes, les oiseaux et d’autres animaux. Dans la neige, explique Hervé Covès, on voit très bien combien de traces animales convergent vers les vieux arbres.

Les vieux arbres abritent ravageurs et auxiliaires

Autour des vieux arbres, on trouve beaucoup d’insectes. Mais cette abondance ne concerne pas seulement les ravageurs. Elle attire aussi et surtout leurs prédateurs.

Hervé Covès insiste sur le fait qu’il existe bien davantage d’auxiliaires que de ravageurs. Le vieil arbre devient donc un réservoir de régulation biologique. Il peut certes porter des organismes qui nous inquiètent, mais il accueille aussi tout ce qui peut les contenir.

Le bois mort, la pourriture et les solutions vivantes

Un message important de la conférence est qu’il ne faut pas voir le bois mort comme quelque chose d’inutile ou de dangereux par principe.

Dans un arbre vieillissant, les processus de décomposition :

  • accueillent des champignons ;
  • accueillent des insectes ;
  • accueillent d’autres organismes ;
  • permettent l’émergence de solutions biologiques.

Pour Hervé Covès, c’est souvent dans ce qui se décompose que naissent les équilibres futurs.

Pourquoi une trogne creuse devient précieuse

Quand une trogne devient creuse, elle entre dans une phase particulièrement précieuse :

  • les processus de pourriture peuvent aller loin sans rendre l’arbre immédiatement dangereux ;
  • les maladies de décomposition s’installent ;
  • les organismes capables de les réguler apparaissent aussi.

La trogne creuse devient alors un lieu où se préparent les protections de l’écosystème environnant.

Elle peut ensuite accueillir :

  • des abeilles, symbole de fécondité ;
  • une chouette chevêche, symbole de sagesse.

Les oiseaux migrateurs et le transport des inoculums

Un autre volet majeur de la conférence concerne les oiseaux migrateurs.

Hervé Covès explique qu’ils transportent sur leurs pattes et dans leur appareil digestif des champignons, notamment issus de sols ou de chaînes alimentaires liées à ces sols.

Par ce biais, ils assurent un déplacement d’inoculums du sud vers le nord, et donc potentiellement d’organismes mieux adaptés :

  • à la chaleur ;
  • à la sécheresse ;
  • à la canicule ;
  • à la salinité.

Les vieux arbres et les vieilles trognes, servant de haltes, de dortoirs et de repères, deviennent alors des points de collecte et de redistribution de cette vie venue du sud.

Les grands corridors biologiques

Hervé Covès mentionne un projet international, « Passage », qui réfléchit à la reconstitution de grands corridors biologiques permettant aux flux du vivant de circuler.

Deux grands axes de migration sont évoqués depuis le nord de l’Europe vers :

  • la mer Rouge et l’Éthiopie ;
  • le détroit de Gibraltar et la bande sahélienne.

Ces couloirs doivent permettre la remontée des formes de vie nécessaires à l’adaptation des écosystèmes européens.

Le lierre, compagnon indispensable des vieux arbres

Hervé Covès affirme qu’un vieux arbre est presque toujours lié à un vieux lierre.

Le lierre nourrit en hiver

Le lierre fleurit à une période où peu d’autres plantes offrent nectar et pollen. Il nourrit donc de nombreux insectes au moment où les ressources manquent.

Le lierre offre des refuges

Ses tiges, ses masses feuillues et ses anfractuosités abritent un grand nombre de petites bêtes.

Le lierre n’est pas un parasite

Selon Hervé Covès, le lierre doit être vu comme une plante symbiotique du vieil arbre.

Le lierre capte l’humidité de l’air

En été, le lierre reste frais. Il favorise la condensation de l’humidité atmosphérique, ce qui crée des micro-circulations d’air et d’eau. Une partie de cette eau peut être réintroduite dans le système vivant local.

Hervé Covès évoque même des mesures montrant, pendant la canicule de 2019, l’équivalent de plusieurs millimètres d’eau par jour ainsi captés dans certains contextes, soit sur dix jours l’équivalent d’un gros orage.

Le sous-bois et les jeunes plants sont indispensables aux vieux arbres

Un point capital est souvent négligé : un vieux chêne, par exemple, vit normalement entouré de nombreux semis issus de ses glands.

Ces jeunes plants produisent chacun un pivot qui descend en profondeur. Même s’ils restent petits faute de lumière, ils constituent des liens verticaux entre :

  • la surface ;
  • le sous-sol ;
  • les réserves d’eau profondes.

Pour Hervé Covès, un vieux arbre ne vit bien que s’il est entouré d’une pépinière de jeunes plants. Nettoyer systématiquement le sous-bois prive les vieux arbres de cette aide essentielle, notamment pour l’accès à l’eau.

Les sources, les arbres et l’eau

Cette dynamique profonde contribue, selon lui, à faire revenir ou mieux circuler l’eau. L’arbre, le lierre, l’humus, les mycorhizes, les jeunes plants, les condensations locales forment un système capable de réouvrir des circulations.

Il évoque ainsi l’image d’une source apparaissant au pied d’un arbre, comme expression visible de cette pompe du vivant.

Arbres sacrés et protection culturelle

Partout dans le monde, des vieux arbres ont été associés à des lieux sacrés :

  • en Éthiopie, près de chapelles ;
  • au Japon, dans des ensembles religieux protégés ;
  • en Europe, autour de chapelles ou de lieux de culte.

Au Japon, il est dit qu’abattre un vieil arbre est encore considéré comme un crime extrêmement grave.

Cette sacralisation traduit la reconnaissance ancienne de leur valeur.

Un exemple de chute : le vieil arbre de la chapelle

Hervé Covès montre un vieil arbre photographié en 2014 près d’une chapelle, puis le même lieu après la chute de l’arbre, tandis qu’une trogne voisine est restée debout.

Cette image permet de rappeler que les vieux arbres, même potentiellement immortels, peuvent mourir. Mais leur mort n’est pas vaine :

  • ils ont déjà énormément donné ;
  • leur décomposition continue à nourrir la vie ;
  • ce qu’ils ont accumulé est repris par ce qui reste, ici la trogne voisine.

La transmission se poursuit.

Que peut-on faire nous-mêmes ?

Transporter un peu de vie, comme les oiseaux migrateurs

À la question de savoir si les humains pourraient jouer un rôle analogue à celui des oiseaux migrateurs, Hervé Covès répond oui, avec beaucoup de prudence.

Il suggère de transporter de petites quantités de terre ou d’inoculum :

  • depuis des lieux aimés ;
  • vers un vieux arbre ou une vieille trogne ;
  • de proche en proche ;
  • à petite distance.

Il insiste fortement sur le fait qu’il ne s’agit pas de déplacer massivement des terres sur de grandes distances, mais de travailler avec une logique pédestre, locale, progressive, compatible avec l’adaptation naturelle des écosystèmes.

Se projeter sur le temps long

Dans un jardin, même périurbain, il propose d’abord de se demander ce qu’on veut laisser dans un siècle ou deux. La vraie échelle est celle du temps long.

Laisser des espaces où l’on ne fait rien

Il recommande aussi de garder des endroits où l’on n’intervient pas, pour observer ce que fait spontanément la vie.

Sortir, observer, aimer

Enfin, il insiste sur la nécessité de sortir, de vivre dehors, de s’asseoir dans les bois, de sentir l’humus, d’écouter les oiseaux, de regarder les arbres. On n’apprend pas à aimer la nature uniquement par les livres ou les vidéos, mais par une fréquentation directe.

Ronces, framboisiers et lisières

À une question sur les ronces, Hervé Covès répond qu’elles sont des alliées de la transformation écologique.

La ronce joue un rôle essentiel dans les lisières :

  • elle fait le lien entre milieu ouvert et milieu forestier ;
  • elle permet à l’énergie de la forêt de sortir vers l’extérieur ;
  • elle prépare les relations entre arbres, cultures et autres plantes.

Si l’on ne veut pas trop de ronces, on peut recourir à des équivalents plus doux :

Mais il répète que la ronce fait cela « en mieux ».

Références citées

Un livre est explicitement recommandé :

Hervé Covès renvoie aussi, pour les questions plus techniques sur les mycorhizes, à la littérature scientifique spécialisée.

Conclusion

La conférence se referme sur une idée simple et répétée tout au long de l’intervention : la vie est belle.

Les vieux arbres, et en particulier les trognes, apparaissent ici comme :

  • des mémoires vivantes ;
  • des centres de biodiversité ;
  • des relais entre passé et futur ;
  • des alliés face au réchauffement climatique ;
  • des lieux de soin, de transmission et de résilience.

Ils ne sont jamais seuls : ils vivent avec les champignons, les insectes, les oiseaux, le lierre, les jeunes plants, les animaux, et souvent avec les humains.

La trogne n’est donc pas seulement une forme paysanne du passé. Elle est une manière d’entrer dans une relation durable avec l’arbre et, à travers lui, avec l’ensemble du vivant.