Entreprendre en Maraichage Sol Vivant, André Trives
![]()
Cette classe virtuelle a eu lieu dans la cadre de la formation Apprentis du Vivant 2022. Pour en savoir plus sur la formation et vous inscrire à la prochaine session (100% finançable), cliquez-ici !
https://formation.verdeterreprod.fr/courses/les-apprentis-du-vivant-2022
Présentation et parcours d’André Trives
André Trives explique qu’il n’est pas issu directement du monde agricole, même s’il a suivi un bac technologique agricole STAE. Après ce bac, il a fait quatre années d’école de commerce et s’est orienté vers les produits de la mer, un secteur lié à sa famille paternelle. Du côté de sa mère, c’était davantage « la terre », mais il a d’abord choisi la voie du poisson.
Pendant une dizaine d’années, il a travaillé entre grossistes en produits de la mer et poissonnerie. Après plusieurs échecs entrepreneuriaux et la liquidation de trois sociétés, il s’est retrouvé dans une situation financière très difficile. C’est dans ce contexte de remise en question qu’il s’est intéressé à une installation agricole.
Il se présente comme un cas typique de reconversion avec très peu de moyens au départ. Lorsqu’il s’installe, il n’a « rien en poche », mais il décide de chercher une activité qui ait du sens.
La découverte de la permaculture et les premiers essais
Au début, André Trives s’intéresse à la biodynamie, car c’est ce qu’il trouve d’abord sur internet. Puis, lors d’une discussion en octobre 2015, un ami lui demande s’il ne parlerait pas plutôt de permaculture. Il découvre alors ce terme pour la première fois.
Le soir même, il recherche ce qu’est la permaculture, et dit avoir immédiatement su que c’était cela qu’il voulait faire de sa vie. Il parle d’un véritable choc, d’un « grand coup de bambou sur la tête », qui l’amène à se former à travers des stages.
Il commence par une approche assez extrême de la permaculture, avec des enseignants qui questionnaient même l’intérêt de faire un potager alors que des plantes sauvages comestibles existent. Cela l’a surpris au départ, mais il reconnaît ensuite que les connaissances en botanique et en lecture des plantes bio-indicatrices sont très utiles lorsqu’on veut remettre un sol en vie et comprendre un paysage.
En 2016, il met en place un premier jardin sur environ 1000 m², chez sa grand-mère. Cette première phase suscite chez lui un fort engouement. Cependant, il reconnaît avoir passé environ un an à « faire des conneries », en reproduisant beaucoup de choses vues sur internet qui, avec le recul, n’étaient pas forcément pertinentes.
Il insiste néanmoins sur le fait que ces erreurs ont été faites sur une petite surface. Pour lui, c’est une chance. Il met aujourd’hui en garde les jeunes porteurs de projet qui rêvent de démarrer directement sur deux, trois ou quatre hectares. Son conseil est clair : commencer petit, monter progressivement, acquérir de l’expérience, de la pratique et des connaissances.
L’importance du mental dans l’installation
Pour André Trives, le plus grand danger lors d’une installation n’est ni un prédateur, ni même le manque de connaissances techniques. Le plus gros problème, c’est l’humain lui-même et son mental.
Il insiste sur le fait que c’est le porteur de projet qui instaure la dynamique de son exploitation. Il faut bien sûr des connaissances, mais il faut aussi bien se connaître. Il revient à plusieurs reprises sur ce point : pour réussir une installation, il ne suffit pas d’avoir des compétences agronomiques, il faut aussi adopter une bonne posture au quotidien, savoir se piloter soi-même et tenir dans la durée.
Choisir le bon terrain
André Trives rappelle qu’il a eu la chance de s’installer dans un bassin maraîcher, sur une plaine alluvionnaire en bord de rivière, avec des sols très profonds et historiquement fertiles. Même si ces sols avaient été dégradés par des décennies de culture conventionnelle, leur structure permettait une régénération rapide et une production quantitative et qualitative assez vite.
Il insiste donc sur l’importance capitale du choix du terroir en fonction de la production envisagée. Il donne l’exemple d’une personne qui voudrait faire de la carotte sur une terre argileuse locale issue d’un contexte viticole : selon lui, ce type de projet partirait « au carton ». Il faut donc observer ce que faisaient les anciens, comprendre les terroirs et adapter son projet au terrain, plutôt que l’inverse.
Pour lui, si l’on veut faire du maraîchage, il faut choisir des terres maraîchères qui permettront de produire rapidement. En agroécologie, la rentabilité économique dépend aussi fortement de cette cohérence entre le projet, le terroir et la dynamique du sol.
Les signes de fertilité à observer
Parmi les éléments à regarder lors de la recherche de foncier, André Trives cite plusieurs indicateurs simples :
- la hauteur de la friche ;
- la couleur du sol ;
- la végétation spontanée ;
- la facilité de pénétration d’une tige de fer à béton ;
- le « test bêche ».
Ces observations permettent déjà d’avoir une première idée du niveau de fertilité et d’activité biologique. Si une parcelle présente des signes de forte fertilité, il estime qu’on peut presque parler de jackpot, car on pourra produire dès la première année, sans passer par une longue phase de régénération.
Il rappelle que le temps, c’est de l’argent. Une phase de régénération de sol ne rapporte rien au départ, elle coûte. Si on peut s’en épargner une partie grâce à un bon choix de terrain, c’est un avantage décisif.
Il mentionne aussi l’intérêt potentiel de terrains embroussaillés ou envahis de ronces. Ces parcelles sont souvent moins chères, alors qu’elles peuvent avoir des niveaux de matière organique et d’activité biologique très élevés. Pour lui, un roncier est le berceau de la forêt : c’est donc un milieu riche qu’il faut savoir reconnaître et valoriser.
Observer les microclimats, le voisinage et l’historique
L’observation du site ne doit pas se limiter au sol. André Trives recommande de regarder aussi :
- les microclimats ;
- les courants d’air froid ;
- les zones plus chaudes ;
- le voisinage ;
- l’historique cultural de la parcelle ;
- l’évolution au fil des saisons.
Dans son cas, certains microclimats lui permettent d’installer des agrumes, tandis que d’autres sont plus sensibles aux gels, notamment à cause de la proximité de la rivière et de poches de froid.
Le voisinage peut représenter une menace, par exemple en cas de dérives de parcelles conduites en conventionnel, mais aussi une opportunité. Il cite le cas de voisins qui alimentent aussi son AMAP avec certains produits, ce qui renforce l’offre collective.
Il conseille aussi d’aller voir les anciens du coin, « les papis et les mamies », pour savoir ce qui se faisait auparavant sur la parcelle, ce qui y poussait, et quels événements ont marqué son histoire. Ces informations permettent d’affiner la stratégie d’installation.
L’eau, l’électricité, les accès et les structures
Pour une installation en maraîchage, André Trives considère comme essentiels :
- la présence de l’eau ;
- la présence de l’électricité ;
- les chemins d’accès ;
- les structures déjà en place.
L’eau est évidemment indispensable. L’électricité, dans son cas, a d’abord servi pour une pompe, puis pour l’éclairage du local de l’AMAP, puis pour l’installation d’une chambre froide. Il rappelle qu’il existe aujourd’hui des solutions solaires, mais qu’au démarrage, un simple compteur électrique peut être économiquement plus pertinent.
Les chemins d’accès sont aussi importants, car s’ils n’existent pas, il faudra les créer, ce qui représente un coût. Quant aux structures déjà présentes, même modestes, elles peuvent faire gagner beaucoup : cabanon, local de rangement, point de vente, etc.
Les ressources proches : matière organique, fournisseurs et clientèle
Un point central de sa stratégie a été l’identification des ressources locales, en particulier en matière organique. André Trives rappelle une formule qu’il utilise souvent : la meilleure matière organique est celle qui est la moins chère et la plus proche de chez soi.
Dans son cas, il avait à proximité :
- une plateforme de traitement de déchets verts ;
- des élevages de chevaux.
Ces deux ressources ont constitué la base de son système.
Il souligne aussi l’intérêt d’avoir des fournisseurs proches pour l’irrigation et les consommables, afin d’éviter de perdre du temps sur la route.
Enfin, il insiste sur la zone de chalandise. Pour lui, un projet économique doit être cohérent avec sa clientèle cible. Il prend l’exemple d’une personne qui voudrait faire 100 000 euros de chiffre d’affaires tout en étant isolée en montagne : selon lui, cela pose immédiatement un problème de cohérence.
Le choix de l’AMAP et de l’organisation commerciale
André Trives explique qu’il a choisi l’AMAP comme mode de commercialisation principal. Cela lui permet d’avoir très peu de temps de présence commerciale dans la semaine :
- une livraison à Perpignan le mardi ;
- une distribution à l’exploitation le jeudi.
Au total, cela représente environ quatre heures de présence commerciale hebdomadaire, ce qui lui laisse l’essentiel de son temps pour produire, récolter et mettre en place les cultures.
Par la suite, le système a évolué avec :
- des restaurants venant directement au jardin ;
- un ancien amapien devenu distributeur pour la restauration haut de gamme.
Ce distributeur prend sa marge, mais cela reste viable grâce au haut niveau qualitatif des produits, qui permet de maintenir une marge suffisante.
Les premières stratégies de production à faible coût
Au démarrage, André Trives a cherché des solutions très peu onéreuses pour générer rapidement du revenu. Il présente notamment deux exemples.
Sur une parcelle envahie par le sorgho d’Alep, il a simplement occulté la végétation puis implanté des courges dès la première année. Cela lui a permis de produire sans gros investissement mécanique ni humain, tout en générant du chiffre d’affaires.
Sur une autre zone, il a utilisé du foin gratuit provenant d’un voisin qui n’avait pas pu récolter certaines bottes destinées à ses chevaux. Ce foin a servi de paillage, dans lequel il a réalisé des semis directs de courgettes.
Ces exemples illustrent sa logique de départ : faire beaucoup avec très peu, en utilisant les ressources disponibles autour de lui.
La remise en vie des sols
La remise en vie des sols a été une étape centrale de son installation. Lorsqu’il récupère son exploitation, les taux de matière organique sont autour de 1,2 %, avec très peu d’activité biologique. Il évoque environ 200 kg de vers de terre par hectare, soit une moyenne assez classique dans des sols dégradés.
Sa stratégie repose alors principalement sur :
- le broyat de déchets verts ;
- le fumier de cheval ;
- des couverts végétaux ;
- un passage de sous-soleuse ;
- une incorporation superficielle dans les cinq premiers centimètres.
Il précise qu’il n’a quasiment jamais apporté d’azote sous forme d’engrais granulés. Il a préféré travailler avec des matières très carbonées, notamment du fumier de cheval contenant souvent de la sciure.
Le passage de sous-soleuse, réalisé par un prestataire, lui a permis de « gommer les erreurs du passé », de décompacter et d’aérer le sol. Il considère qu’il vaut mieux payer un professionnel équipé plutôt que de mal faire soi-même avec une machine coûteuse et difficile à maîtriser.
Ensuite, après apport de broyat et de fumier, il a intégré ces matières dans les premiers centimètres du sol afin de favoriser le développement de l’activité biologique.
Des résultats très rapides sur le sol
Avec le recul, il estime avoir apporté environ 1000 tonnes de broyat végétal sur 1,6 hectare depuis 2017. C’est considérable, mais cela a profondément transformé le fonctionnement de ses sols.
Deux ans avant l’enregistrement de cette intervention, des analyses ont montré :
- des taux de matière organique entre 13 et 18 % selon les parcelles ;
- plus de 3 tonnes de vers de terre par hectare.
Pour lui, ces résultats montrent l’intérêt d’investir tôt dans des outils permettant de gérer ces flux de matière organique. L’un de ses premiers investissements majeurs a ainsi été un petit épandeur à fumier, qui lui sert à la fois pour le fumier et pour le broyat.
Couverts végétaux, pâturage et lancement des cultures
Dans sa phase de remise en vie des sols, André Trives a également utilisé des couverts végétaux. Après incorporation de matière organique et sous-solage, il implante un couvert, puis il fait pâturer des brebis sur la parcelle au printemps, en pâturage tournant dynamique, faute d’avoir alors un rouleau FACA.
Le pâturage permet de coucher le couvert végétal. Ensuite, une fois la végétation morte, l’eau est relancée, l’activité biologique se développe, et il peut commencer à produire. Il ajoute à ce moment-là fumier et broyat en surface, en quelque sorte « comme une lasagne », mais il précise que les plantations sont bien faites dans le sol ; le fumier et le broyat ne servent alors que de paillage.
Il insiste sur le fait que cette phase ne fait pas perdre du temps. Au contraire, elle constitue un investissement. On capitalise dans le sol.
L’évolution des adventices et les plantes bio-indicatrices
Une fois la dynamique biologique relancée, il observe rapidement des changements dans la flore spontanée. Il raconte par exemple avoir vu apparaître des mauves en abondance, indiquant selon lui un blocage de la potasse. Puis, après la poursuite des apports de matière et la mise en place de couverts végétaux, ces plantes ont disparu.
Il souligne que rien n’est figé en agroécologie. Il faut observer en permanence, interpréter les signaux du vivant, comprendre ce qu’ils révèlent sur le fonctionnement du système, puis adapter ses pratiques.
Les limites actuelles : succès commercial et besoin de nouvelles parcelles
André Trives explique que ces dernières années, la forte demande a réduit sa capacité à laisser certaines surfaces en couvert végétal. Il se retrouve donc parfois à produire presque en continu. Cela entraîne localement des signes de tassement en profondeur, repérés notamment par la présence de rumex ou de liseron dans certaines zones.
Pour lui, c’est un signal clair : il faut réintroduire des phases de couvert végétal. Mais si l’on veut maintenir le niveau de chiffre d’affaires, cela suppose alors de trouver de nouvelles parcelles. Il montre ainsi que le développement de l’exploitation ne répond pas seulement à des enjeux commerciaux, mais aussi à des besoins agronomiques.
Une vision systémique de l’agriculture de demain
À partir de son expérience, André Trives développe une conviction forte : l’agriculteur de demain ne pourra pas être seulement maraîcher. Il estime qu’il devra aussi être arboriculteur, éleveur, et parfois céréalier.
Selon lui, la nature pousse vers des systèmes agro-sylvo-pastoraux complexes. L’agroécologie demande donc non seulement une installation, mais aussi une formation continue. Plus on avance, plus il faut acquérir de connaissances et accompagner la complexification du système.
L’agroforesterie dès le départ
L’agroforesterie a été intégrée très tôt dans son exploitation. Tous les 15 mètres environ, il a installé des lignes d’arbres au sein du jardin. Il considère cela comme essentiel, non seulement pour le carbone et la structure globale du système, mais aussi pour diversifier la production.
Dans ses haies champêtres, il a choisi une composition sur trois strates, avec une strate productive de grenadiers.
Il a également installé de l’agroforesterie tropicale sous serre, avec notamment :
- citronniers ;
- bergamotiers ;
- citron caviar ;
- goyaviers ;
- pitangas ;
- canne à sucre ;
- ananas ;
- gingembre ;
- curcuma ;
- vigne.
Il voit dans cette diversification un moyen de créer un avantage concurrentiel fort, notamment auprès des restaurateurs, qui peuvent découvrir dans son jardin des productions inattendues.
L’agroécologie comme argumentaire commercial
Pour André Trives, il ne faut pas hésiter à affirmer la valeur des légumes produits en sol vivant. Il défend l’idée que ce sont les meilleurs légumes, en raison de leur qualité nutritionnelle, du rôle des mycorhizes, du carbone stocké dans les sols et du fonctionnement biologique global de l’exploitation.
Il considère que cet argumentaire commercial doit être assumé, à condition de bien maîtriser le sujet. Il raconte que certains chefs étoilés lui ont dit avoir mangé chez lui « le meilleur légume de leur vie ». Sa réponse est toujours la même : ce n’est pas lui, ce sont les vers de terre.
L’autoconstruction et les investissements raisonnés
Dans sa démarche, André Trives cherche systématiquement à réduire les coûts d’investissement. Il donne l’exemple d’un rouleau FACA qu’il a fait fabriquer à partir de récupération : cadre vigneron, bouteille de gaz, fer plat, et l’aide d’un collègue ferronnier. Coût total : environ 750 euros, contre 3000 à 3500 euros pour un outil équivalent du commerce.
De manière générale, il recommande de démarrer avec un budget limité, de l’ordre de 15 000 à 25 000 euros pour une petite surface en maraîchage sur sol vivant, bien équipée mais sans surinvestissement. Il trouve excessifs les démarrages à 50 000, 60 000 ou 70 000 euros lorsque le projet pourrait être mené plus progressivement.
Il a également acheté beaucoup de matériel d’occasion, y compris l’irrigation, souvent trouvée sur Leboncoin. Dans une zone historiquement maraîchère, cela lui a permis de s’équiper à moindre coût.
Quelques itinéraires techniques utilisés
André Trives présente plusieurs itinéraires techniques, en les reliant toujours à la logique de fertilité biologique et de réduction des coûts.
Pomme de terre
Son itinéraire principal consiste à poser les pommes de terre à 30 cm en tous sens, puis à recouvrir avec environ 20 cm de broyat. Cela permet :
- de générer une forte production ;
- d’apporter une énorme quantité de matière organique ;
- de conserver un paillage utile pour plusieurs cultures suivantes ;
- de protéger les pommes de terre du gel sous serre.
Il peut ainsi planter dès le 20 décembre et récolter fin mars, ce qui lui donne un avantage de précocité sur le marché.
Courges
Il a longtemps fait des plants de courge dans du fumier, en remplacement du terreau. Mais aujourd’hui, il revient davantage au semis direct en pleine terre, qu’il juge plus simple et plus vigoureux.
Il explique aussi que, pour limiter les coûts et gagner du temps, il envisage de plus en plus des techniques de plants en racines nues pour certaines cultures maraîchères.
Carotte
Pour la carotte, il met en place manuellement des cordons de semis dans le broyat, avec du compost en ligne. Cette technique lui demande un peu d’arrosage au départ, mais elle réduit fortement le désherbage.
Fève et petit pois
Après des cultures de courges et une phase d’occultation, il sème directement fèves et petits pois dans les cordons. Comme la saison est moins favorable aux adventices, il peut obtenir des planches propres avec très peu d’intervention.
Gagner en production au mètre carré
Compte tenu du prix élevé du foncier dans son secteur, entre 20 000 et 30 000 euros l’hectare, André Trives cherche à rentabiliser chaque mètre carré.
Il joue donc beaucoup sur :
- les associations de cultures ;
- les successions rapides ;
- les temps de croissance ;
- les différences de port entre espèces.
Il donne par exemple des cas où des salades sont récoltées alors que blettes ou fenouils prennent déjà la relève, ou encore des associations salade-oignon-épinard. Il cherche en permanence à augmenter la production au mètre carré.
Réduire les coûts de production
La réduction des coûts de production est pour lui un levier aussi important que l’augmentation des rendements.
Il cite :
- le remplacement du terreau ;
- l’usage massif du broyat et du fumier ;
- la diminution des achats d’engrais ;
- les économies d’eau grâce à la matière organique ;
- l’usage de petit lait de chèvre pulvérisé contre les maladies fongiques.
Il souligne qu’un sol vivant avec 4 % de matière organique et 3 tonnes de vers de terre par hectare peut fournir des quantités considérables d’azote disponibles chaque année. À ses yeux, cela rend absurde la dépendance à des engrais coûteux achetés en centrale agricole.
L’irrigation et la gestion de l’eau
Concernant l’irrigation, André Trives défend l’aspersion dans son contexte. Il répond à une remarque sur l’évapotranspiration en expliquant que, sur un sol vivant, riche en humus, couvert de paillage et bien structuré, l’eau apportée est stockée et peu perdue.
Il indique qu’il consomme moins d’eau que certains confrères utilisant d’autres systèmes, simplement parce que ses sols retiennent mieux l’eau. Il rappelle aussi que, dans son département, les restrictions sont de plus en plus fortes : réduction de 50 % des volumes, voire coupures d’eau certains jours. Ces contraintes l’amènent à repenser certaines stratégies de plantation et d’irrigation.
En agroforesterie, il note aussi qu’il faut adapter l’aspersion pour ne pas toucher les fleurs des arbres fruitiers, sous peine de compromettre la production.
Les serres, l’ombre et l’adaptation climatique
L’ensemble des tunnels et serres a été acheté d’occasion. Il cite notamment une serre chapelle de 650 m² issue d’un lot plus important démonté avec l’aide d’amis, puis remonté sur sa ferme.
Il cherche aujourd’hui à optimiser au maximum ses serres, en y intégrant de l’agroforesterie multi-étagée. Il développe aussi de la vigne de table sous serre, avec l’idée de créer un effet tampon face aux coups de chaleur croissants.
Il blanchit ses serres chaque été, mais considère que cela ne suffit plus toujours. Après avoir perdu une partie importante de sa production d’aubergines lors d’un épisode de forte chaleur, il cherche de nouvelles solutions biologiques et structurelles pour tempérer le climat sous abri.
Les circuits commerciaux possibles
Même si son cœur de modèle reste l’AMAP, André Trives passe en revue plusieurs circuits commerciaux possibles :
- vente à la ferme ;
- boutiques de producteurs ;
- marchés ;
- restauration ;
- demi-gros ;
- circuits plus longs.
Il rappelle que chacun doit choisir selon ses envies, sa personnalité, son contexte territorial et le temps qu’il veut consacrer à la vente. Dans son cas, la relation avec les clients est importante, mais il veut aussi garder un maximum de temps pour produire.
Étude de marché et cohérence du projet
Il insiste sur la nécessité de faire une étude de marché et de réfléchir à plusieurs points :
- le temps consacré à la commercialisation ;
- la zone de chalandise ;
- la concurrence ou la complémentarité locale ;
- les marges ;
- le potentiel de production ;
- la saisonnalité.
Pour lui, en agroécologie, il n’y a pas vraiment de concurrence directe avec d’autres produits standards, car le niveau qualitatif et le récit autour du produit changent la donne. Il compare cela à la différence entre une Peugeot et une Mercedes : ce n’est pas le même positionnement.
Réseaux sociaux, communication et dynamique territoriale
André Trives affirme que sans Facebook en 2017, il ne serait probablement pas là à raconter la réussite de son projet. Pour lui, les réseaux sociaux ont joué un rôle décisif dans la visibilité de la ferme, le développement des ventes et la reconnaissance du travail accompli.
Il considère également qu’il est essentiel de s’investir dans la dynamique du territoire :
- associations ;
- événements ;
- marchés ;
- transmission de savoirs ;
- liens avec les autres agriculteurs ;
- échanges avec les élus.
Il organise des cours de permaculture gratuits, ouvre régulièrement sa ferme, partage ce qu’il a appris et cherche à susciter la curiosité. Selon lui, on reçoit souvent davantage que ce que l’on donne lorsque l’on s’implique ainsi dans son territoire.
Conclusion
Dans cette intervention, André Trives présente l’installation en maraîchage sur sol vivant comme un projet à la fois agronomique, économique, humain et territorial. Il insiste sur plusieurs idées fortes :
- commencer petit ;
- observer finement les sols et les lieux ;
- choisir un terrain cohérent avec sa production ;
- investir d’abord dans la fertilité biologique ;
- réduire les coûts de production ;
- développer des systèmes complexes et résilients ;
- assumer un discours fort sur la qualité produite ;
- rester en mouvement et continuer à apprendre.
Il conclut en appelant à créer des dynamiques locales, à transmettre les savoirs et à militer pleinement pour les sols vivants.