Concevoir son système de semoir à semis-direct à dents, avec Julien Senez (Kiwi Agronomy)
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Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !
Aujourd'hui, on continue le cycle avec concevoir son système de semoir à semis-direct à dents, avec Julien Senez (Kiwi Agronomy).
Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.
Présentation de Julien Senez et du centre de formation
Bonjour à tous. Julien Senez, de Kiwi Agronomy, ouvre ce live en expliquant qu’il est très heureux de partager ce sujet, qu’il juge particulièrement d’actualité. Il précise recevoir beaucoup de questions, notamment au niveau de son centre de formation, à propos des semoirs de semis direct à dents. C’est pour cette raison qu’il a préparé un contenu le plus riche possible afin de documenter le sujet et d’échanger avec les participants.
Julien Senez se présente brièvement. Il est agriculteur en agriculture de conservation depuis dix campagnes. Il travaille avec plusieurs agriculteurs et, depuis deux ans, il anime un centre de formation en agriculture de conservation afin de partager concrètement les pratiques mises en œuvre sur leurs fermes.
Il explique que son activité s’articule autour de plusieurs axes :
- la communication et la formation ;
- une chaîne YouTube, sur laquelle il cherche à expliquer, à partir de situations de ferme, ce qui est fait de manière concrète ;
- la formation d’agriculteurs souhaitant faire évoluer leur modèle, en présentiel et désormais aussi à distance ;
- l’accompagnement sur les équipements et les machines, notamment les semoirs de semis direct ;
- l’accompagnement de fermes en semis direct pur, dès la première année, sans outil de travail du sol.
Dans cet accompagnement, les semoirs de semis direct, à disque ou à dents, sont placés au cœur de la réflexion technique.
Objectif du live
L’objectif de ce live est de faire, en une heure, un tour d’horizon des semoirs de semis direct à dents :
- comment Julien Senez les conçoit ;
- comment il les pense ;
- où aller les acheter si l’on souhaite investir ;
- comment, si l’on possède déjà certains outils, on peut concevoir son propre semoir de semis direct à dents.
Pourquoi s’équiper d’un semoir à dents ?
Julien Senez commence par une question essentielle : pourquoi s’équiper d’un semoir à dents ?
Un marché français très orienté vers le disque
Selon lui, le marché français est extrêmement actif en agriculture de conservation à l’échelle européenne. Pourtant, le choix du matériel de semis direct y reste très orienté vers les semoirs à disque. Il avance plusieurs raisons :
- historiquement, les constructeurs étaient très orientés disque ;
- les châssis ont souvent été modifiés progressivement pour faire évoluer les semoirs vers cette logique ;
- il existe en France une véritable culture du semoir à disque.
Cependant, à l’échelle internationale, de nombreux pays utilisent largement les semoirs à dents :
- l’Amérique du Nord ;
- le Canada ;
- l’Amérique du Sud ;
- l’Angleterre.
Une réponse aux nouvelles contraintes climatiques
Julien Senez observe que le réchauffement climatique donne une place croissante au semoir à dents. Celui-ci permet de mieux gérer certaines situations difficiles :
- les mauvaises décompositions de pailles en été ;
- les sécheresses estivales très marquées.
Dans ces conditions, il considère que le semoir à dents permet de produire un travail de meilleure qualité qu’un semoir à disque.
Une solution économiquement accessible
Le deuxième argument en faveur de la dent est le coût. Beaucoup d’agriculteurs souhaitent se lancer en agriculture de conservation sans prendre de risques financiers importants.
Pour limiter les investissements, certains :
- récupèrent un vieux déchaumeur à dents ;
- adaptent une trémie, parfois issue d’un ancien semoir ;
- fabriquent ainsi un semoir à dents à très faible coût.
Cette solution permet de tester le système sans engager de grosses charges de structure.
Le choix fait sur la ferme de Julien Senez
Sur la ferme de Julien Senez, le retour en semis direct pur date d’un an et demi. Depuis, le semoir à dents est devenu le semoir principal, le « semoir de tête », car il offre selon lui une très grande qualité de semis.
Le rôle de la vie biologique dans le semis direct
Julien Senez insiste sur un point central : en semis direct, ce qui est très important, c’est la vie biologique du sol.
Cette vie met un peu de temps à se construire, mais il estime qu’elle se met en place relativement vite. En deux campagnes, on peut déjà obtenir un niveau de vie biologique bien marqué.
Il prend l’exemple d’un profil de sol observé sur la ferme. Ce qu’il trouve très intéressant, c’est que la vie se reconstitue d’abord dans les premiers centimètres du sol, notamment sur les trois ou quatre premiers centimètres, avec en particulier l’activité des vers de terre de surface. Ceux-ci produisent une terre fine superficielle.
En semis direct, l’objectif est justement de venir semer dans cette « tartine » de terre fine superficielle :
- en été ;
- en automne.
Il souligne qu’il n’est pas nécessaire d’aller plus profond, car dès que l’on arrête le travail du sol, cette terre fine se crée très rapidement.
L’importance d’éviter les résidus de culture dans le sillon
Un autre point essentiel est la gestion des résidus de culture. En semis direct, on sème :
- soit après une culture récoltée ;
- soit dans des couverts végétaux.
Il y a donc presque toujours de la végétation ou des résidus au sol, qui peuvent perturber le semis.
Le contact terre-graine comme base de la réussite
Pour que les semences lèvent correctement, elles doivent avoir un excellent contact terre-graine. Dès qu’il y a des matières très lignifiées, en particulier les pailles de céréales en été, cela peut provoquer de gros problèmes.
Julien Senez donne l’exemple des semis de couverts sur sa ferme. Depuis huit ans, il réalise des comptages de levée. En TCS, dans de gros volumes de paille, avec 4 à 5 tonnes de paille, une partie des graines se retrouve dans les pailles et non dans la terre. Il observe alors des faux semis très importants :
- entre 30 et 40 % de faux semis.
Concrètement, lorsqu’un couvert est semé à 70 graines au mètre carré, les comptages peuvent montrer seulement 35 à 40 pieds levés au mètre carré.
Le rôle de la dent pour dégager le sillon
L’enjeu est donc de dégager les résidus de culture, surtout en été. Pour cela, la dent permet de créer un effet proche du strip-till :
- la dent passe ;
- elle ouvre légèrement le sol sur 1 à 2 cm ;
- elle crée de la terre fine ;
- elle favorise aussi une certaine minéralisation ;
- puis la graine est positionnée dans un environnement de terre très sain.
Comparaison entre semis à disque et semis à dents
Julien Senez décrit deux situations observées sur la ferme.
Exemple avec un semoir à disque
Dans une benne de semis réalisée dans des chaumes coupés haut, avec environ 3,5 tonnes de paille, un semis au semoir à disque montre encore beaucoup de résidus de culture dans le sillon. Dans cette situation, la levée constatée n’atteint que 40 à 45 %.
Exemple avec un semoir à dents
À l’inverse, sur un semis à la dent, ici sur un mélange multi-espèces, le sillon est extrêmement bien dégagé. Les graines sont positionnées au fond, dans la terre fine. La levée n’a alors rien à voir :
- 75 à 80 % de levée ;
- et, compte tenu du fait que les lots de semences de couverts ne sont pas toujours à 100 % de faculté germinative, cela revient pratiquement à une levée complète des graines viables.
Pour Julien Senez, la qualité du sillon est donc fondamentale, d’autant qu’en agriculture de conservation, on ne sème qu’une seule fois : il faut donc obtenir des implantations extrêmement régulières.
Très peu d’échecs à la dent
Il présente également d’autres exemples :
Dans les deux cas, la dent permet d’obtenir des implantations de qualité. Il précise que, sur sa ferme comme sur les fermes qu’il accompagne, il observe très peu d’échecs avec les semoirs à dents, quasiment aucun. Même en conditions extrêmes, ils n’ont pas eu à refaire de semis réalisés à la dent.
Avec les semoirs à disque, il constate davantage d’écarts, notamment si les résidus de culture ne sont pas correctement dégagés.
Les trois grands intérêts de la dent
Pour Julien Senez, l’intérêt de la dent se résume à trois points principaux.
Perturber très faiblement la ligne de semis
Le premier point est ce qu’il appelle le « low disturbance », c’est-à-dire une perturbation très faible sur la ligne de semis. Pour cela, les dents fines sont cruciales.
Il compare leur action à celle d’un scalpel. La dent travaille avec une largeur très faible, généralement entre 1,2 et 2 cm selon les modèles, et l’objectif est de semer à 1,5 cm, pas plus. Les graines sont positionnées sans bouleverser le sol.
Comme les semoirs à dents ont souvent des écartements entre rangs de 20 à 28 cm, si l’on ramène la largeur perturbée à l’ensemble de la largeur travaillée, on n’est finalement qu’à 4 à 5 % de terre remuée. En volume de terre mobilisé, on est donc très proche d’un semoir à disque.
Positionner semence et fertilisation dans le meilleur environnement
Le deuxième point est de positionner à la fois la semence et la fertilisation localisée dans le meilleur environnement possible :
- au contact de l’eau ;
- dans la terre fine ;
- avec un bon contact sol-graine.
Éviter le phénomène « paille dans le sillon »
Le troisième point, que Julien Senez considère même comme le plus important, est d’éviter la présence de résidus, surtout les pailles très carbonées, dans le sillon. Pour lui, seule la dent permet aujourd’hui de faire un travail vraiment propre sur ce point.
Peut-on semer à 16 cm avec des pointes fines ?
À une question posée pendant le live, Julien Senez répond qu’avec des pointes fines, on ne sème pas à 16 cm d’écartement. Selon lui, si l’on descend aussi bas, les résidus ne passent pas suffisamment bien entre les dents.
Pour que cela fonctionne, il faut :
- plusieurs rangées de dents ;
- un bon écartement entre les rangées, souvent entre 70 et 90 cm ;
- beaucoup d’espace entre les dents.
C’est pourquoi les semoirs à dents sont souvent en 20 cm d’écartement, parfois un peu plus.
Il ajoute qu’il ne faut pas avoir peur des semis à 20 ou 25 cm. Il cite les expérimentations de Frédéric Rémy, du domaine de Saint-Lubin, qui a comparé des blés semés à 16 cm et à 25 cm. Le résultat observé est qu’à un quintal près, le rendement est identique.
Pour Julien Senez, l’écartement de 25 cm n’est donc pas un blocage technique ; c’est surtout un blocage psychologique au démarrage.
Le semoir à dents assèche-t-il moins qu’un semoir à disque ?
À cette question, Julien Senez répond qu’il ne fait pas vraiment de différence entre les deux sur ce point. Pour lui, ce qui compte surtout, quel que soit le semoir, c’est de remettre des résidus de culture ou de couvert sur le rang après le semis, surtout au printemps et en été.
Pour cela, certains utilisent :
- des chaînettes à l’arrière du semoir ;
- parfois des herses légères.
L’objectif est de ramener un peu de résidus sur le rang pour éviter le dessèchement lorsque les conditions sont chaudes.
Quel semoir à dents choisir ?
Julien Senez rappelle d’abord qu’avant de choisir une machine, il faut construire son système de culture :
- sur trois ou quatre ans ;
- en travaillant les rotations ;
- en adaptant ces rotations à l’agriculture de conservation.
Selon lui, les rotations en agriculture de conservation peuvent être très différentes de celles d’un système conventionnel. Ce n’est qu’une fois ce travail réalisé qu’on peut déterminer si le semoir à dents ou le semoir à disque doit être prioritaire dans les investissements.
Le meilleur cas : avoir les deux
Pour lui, l’idéal est d’avoir les deux :
- un semoir à dents ;
- un semoir à disque.
Il préfère voir une ferme équipée de deux semoirs d’occasion, voire autoconstruit, plutôt qu’une ferme qui achète un seul semoir neuf, à dents ou à disque, mal adapté à son système. Le fait de disposer des deux stratégies permet de couvrir davantage de situations.
L’autoconstruction de semoirs à dents
Julien Senez consacre une partie importante du live à l’autoconstruction, car il reçoit beaucoup de questions à ce sujet.
Une pratique de plus en plus répandue
De nombreux agriculteurs fabriquent aujourd’hui leur propre semoir à dents. Le cas le plus courant consiste à :
- récupérer un vieux déchaumeur à dents ;
- y greffer une trémie, souvent issue d’un ancien semoir ;
- bricoler l’ensemble pour obtenir un semoir de semis direct à dents.
Le coût est très faible :
- souvent entre 1 000 et 1 500 euros ;
- parfois 2 000 euros avec quelques achats complémentaires.
Pour ce budget, on peut obtenir un semoir très performant. Pour Julien Senez, cela répond à un enjeu majeur actuel : la baisse des charges de structure. Il insiste sur la nécessité de rester raisonnable dans les investissements et de faire simple avec ce que l’on a.
L’exemple de Fabien Bruni
Julien Senez cite l’exemple de Fabien Bruni, dans la Loire, qui a entièrement reconstruit son semoir à dents. Une vidéo d’une trentaine de minutes lui est consacrée et Julien la recommande vivement, car elle explique de manière très concrète comment le semoir a été conçu.
Le système présenté repose sur :
- un châssis ;
- une trémie ;
- des dents adaptées ;
- des chaînettes à l’arrière pour recouvrir le rang.
Pour Julien Senez, cet exemple est très inspirant car Fabien Bruni a conçu son semoir en fonction des intérêts et des besoins de sa ferme.
Les points clés de conception
Dans la conception d’un semoir à dents, le choix de la dent est fondamental. Il faut notamment :
- une dent fine ;
- un tube de descente collé au plus près de la dent ;
- un bon positionnement de la graine dans le flux de terre ;
- une bonne ventilation pour que la graine soit « plombée » au fond du sillon ;
- un flux de terre qui referme naturellement le sillon sans dispositifs trop agressifs ;
- éventuellement une chaînette à l’arrière pour ramener un peu de résidus sur le rang.
Le rôle de Français Carbure dans l’autoconstruction
Julien Senez conseille de s’intéresser à un constructeur appelé Français Carbure. Selon lui, ils ont repris un modèle de dent et l’ont décliné sur de nombreux déchaumeurs présents sur le marché.
Ainsi, lorsqu’un agriculteur possède déjà un déchaumeur et veut le transformer en semoir de semis direct à dents, il peut retrouver chez ce fournisseur :
- une dent compatible avec son outil ;
- une base de travail intéressante pour concevoir son semoir.
Il souligne que c’est un gros travail d’adaptation, probablement poussé par la demande des agriculteurs. Il apprécie aussi le fait qu’il s’agisse d’une entreprise française, capable de travailler sur mesure à partir de croquis et de plans.
Acheter un semoir à dents d’occasion ou neuf
Lorsque l’on ne souhaite pas autoconstruitre, l’autre option est d’acheter un semoir à dents, d’occasion ou neuf.
Quelques marques citées
Julien Senez donne plusieurs exemples de semoirs présents sur le marché de l’occasion :
- Jammet ;
- Horsch, avec notamment le Sprinter et le Serto ;
- Simtech Aitchison, avec l’Hybrid et le T-Sem ;
- Weaving ;
- Sly, en particulier pour des outils rustiques, simples et efficaces ;
- Badger, avec le Seed Hawk.
Il précise que Jammet est un semoir à dents classique, que l’on trouve en porté ou semi-porté, mais qu’il y a peu d’occasions sur le marché.
Concernant le Horsch Sprinter, il explique qu’il existe davantage d’occasions, surtout dans les pays de l’Est, un peu en Angleterre et dans les pays nordiques. Ces machines n’étaient pas conçues initialement pour le semis direct pur mais plutôt pour le TCS, avec des pointes de type « patte d’oie ». Toutefois, leur châssis est très robuste, et beaucoup d’agriculteurs les transforment en remplaçant les pointes par des dents étroites. Cela donne de très bons résultats grâce à leur forte capacité de pénétration.
Il évoque aussi le cas de Sly, qu’il présente comme une sorte de « Français Carbure des semoirs » : des outils rustiques, simples, efficaces et peu coûteux.
Le marché de l’occasion en Europe
Julien Senez explique que le marché de l’occasion est surtout constitué de machines achetées entre 2005 et 2010, qui ont ensuite été revendues.
Les pays où l’on trouve des machines
Il distingue deux grands ensembles :
- des pays comme l’Allemagne, le Danemark ou l’Autriche, où l’on trouve des machines ayant fait des hectares mais souvent en bon état ;
- d’autres pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie, où il existe aussi beaucoup de machines, parfois très usées, nécessitant un tri important.
Selon lui, l’achat dans ces pays ne s’improvise pas :
- il faut bien connaître les machines ;
- bien connaître les interlocuteurs ;
- être au clair sur les transferts d’argent ;
- s’appuyer si besoin sur des transporteurs capables de gérer le rapatriement, voire les démarches douanières pour les pays hors Union européenne.
L’intérêt actuel du marché anglais
Il souligne également l’intérêt du marché anglais, notamment à cause de la parité euro-livre. Avec la baisse de la livre, les machines anglaises deviennent plus attractives.
L’Angleterre présente en outre un autre avantage :
- on y trouve de grosses fermes ;
- avec du matériel souvent bien entretenu ;
- et des entreprises qui récupèrent les reprises de concessionnaires, puis reconditionnent les machines.
Cela permet de trouver du matériel de bonne qualité, parfois un peu plus cher, mais avec moins de mauvaises surprises.
L’importance de la fertilisation localisée
Pour Julien Senez, qu’il s’agisse d’un semoir à dents ou à disque, il est fondamental d’avoir de la fertilisation localisée sur le semoir.
C’est, selon lui, un critère de choix majeur. La plupart des agriculteurs en agriculture de conservation cherchent des semoirs équipés de doubles cuves. Toutefois, on peut aussi partir d’un semoir en simple cuve et lui ajouter une trémie frontale ou une petite trémie complémentaire.
Il cite le cas de François Ranou, qui a ajouté une trémie frontale sur son semoir pour disposer d’une fertilisation localisée, puis une petite trémie supplémentaire afin d’obtenir un semoir tri-cuve.
Pour Julien Senez, c’est une adaptation intéressante :
- soit pour équiper un semoir déjà présent sur la ferme ;
- soit pour valoriser un semoir d’occasion simple cuve acheté à bas prix.
Un disque ouvreur est-il indispensable en végétation vivante ?
À la question de savoir si un disque ouvreur est indispensable pour semer dans du vert ou en présence de végétation traçante, Julien Senez répond qu’il faut d’abord se demander pourquoi on en a besoin.
Selon lui, avant d’ajouter un disque ouvreur, il faut réfléchir à la cause du problème :
- la manière de conduire le couvert ;
- la façon d’implanter la culture précédente ;
- ou plus largement la gestion agronomique de la parcelle.
Il voit là un risque de traiter la conséquence plutôt que la cause. Sur leur propre semoir, ils n’ont pas de disque ouvreur et cela ne pose pas de problème. Il admet toutefois que, dans certaines situations ou avec des semoirs ayant moins de capacité de pénétration, un disque ouvreur peut être utile.
Concevoir et choisir la dent
Julien Senez explique que le choix de la dent est un sujet à part entière. Il existe :
- le marché des constructeurs de semoirs ;
- et, séparément, le marché des fabricants de dents.
Cela demande donc de bien connaître ses besoins et de faire le tour de fournisseurs parfois peu connus, souvent étrangers, notamment au Canada, aux États-Unis ou en Angleterre.
Les deux grands types de dents
Julien distingue deux grandes familles.
Les dents à pointe fine
Ce sont les dents les plus fines, généralement entre 1,2 et 2 cm. Elles permettent de semer avec un faible dérangement du sol, sur des interrangs autour de 20 à 25 cm.
Ce sont aujourd’hui, selon lui, les dents qui prennent le marché français.
Les dents type « wings » ou dents plus larges
Dans d’autres pays, comme le Canada ou l’Australie, on utilise aussi des dents plus larges, autour de 5 à 6 cm, capables de semer en bande. Elles sont conçues pour faire peu de foisonnement tout en implantant sur une bande plus large.
Ces dents peuvent être intéressantes :
- dans des contextes de faible tallage ;
- ou sur des semoirs dont l’interrang est plus large, par exemple 28 cm.
Certaines fermes utilisent d’ailleurs les deux jeux de pointes :
- les pointes fines pour les couverts, le colza, les féveroles, les pois ;
- les pointes plus larges pour les céréales, comme le blé ou l’orge.
Le changement de pointe se fait en quelques minutes.
Ce qui est important dans une dent
Julien Senez détaille les critères qu’il juge essentiels dans la conception d’une dent.
Un support de pointe le plus vertical possible
L’idéal est un support de pointe le plus vertical possible. Si l’angle d’attaque est trop vers l’avant, il génère trop de flux de terre. L’objectif est d’avoir :
- un petit flux de terre ;
- assez pour faire un léger effet strip-till et de la terre fine ;
- mais pas trop, afin de ne pas perturber excessivement le sol.
Il précise que le réglage idéal dépend aussi du type de sol :
- dans les argiles, on peut chercher à ouvrir un peu plus ;
- dans les sols sableux ou limoneux, on cherchera plutôt à refermer l’angle.
Pouvoir changer uniquement la pointe d’usure
Il insiste sur le fait que le support de pointe doit être dissocié de la pointe elle-même. Ainsi, lorsqu’il y a de l’usure, on ne remplace que la pointe, et non tout l’ensemble. Pour lui, c’est important :
- économiquement ;
- et aussi d’un point de vue de la sobriété en ressources.
Des flux distincts pour la semence et la fertilisation
L’idéal serait d’avoir deux flux distincts :
- un tube pour la semence ;
- un tube pour l’engrais.
Mais techniquement, c’est complexe, car il faut réussir à positionner les deux éléments au plus près du flux de terre créé par la dent. C’est pourquoi certains constructeurs :
- conçoivent une dent pour un seul flux ;
- ou utilisent un tube commun pour semence et fertilisation.
Exemple de pointe fine et fonctionnement
Julien Senez évoque ensuite l’exemple d’une dent de type pointe fine développée notamment par Mike M Cault en Angleterre. Le principe est le suivant :
- la pointe est très tranchante ;
- le flux de terre passe au-dessus ;
- les côtés de la dent écartent légèrement la terre ;
- puis la terre retombe derrière avec une perturbation limitée ;
- un tube amène la semence, parfois avec l’engrais, au fond du sillon.
Ce principe est commun à beaucoup de pointes fines du marché, même si les angles d’attaque diffèrent selon les fabricants.
Pourquoi la fertilisation localisée est indispensable
Julien Senez insiste à nouveau sur ce point avec un exemple concret observé chez un voisin sur un semis de sarrasin.
Deux modalités ont été comparées :
- d’un côté, un semis avec environ 30 unités d’ammonitrate 33 localisées ;
- de l’autre, un semis sans engrais, faute de stock disponible.
Vingt-cinq jours après semis, la différence est très nette : le sarrasin fertilisé explose littéralement, alors que l’autre partie reste nettement moins développée.
Pour Julien Senez, cela montre que, dès lors qu’on travaille moins le sol, on perd une partie de l’effet de minéralisation lié au travail du sol. Il faut donc souvent compenser par un apport localisé, même modeste. Il précise qu’un petit apport de type 18-46 ou équivalent, à faible dose, suffit souvent à lancer la culture.
Quelques fabricants de dents cités
Julien Senez présente ensuite plusieurs fabricants de dents.
Dutch Openers
C’est un constructeur américain. Le système repose sur :
- un support de pointe ;
- puis un large choix de pointes adaptables.
L’intérêt principal est la richesse de la gamme. À partir d’une base, on peut choisir :
- le type de semoir ;
- la présence d’un ou deux flux ;
- la largeur de dent souhaitée ;
- le type d’engrais, liquide ou solide ;
- la configuration semence / fertilisation.
Julien Senez apprécie beaucoup cette logique de configurateur, qui permet de réfléchir précisément à son système. En revanche, il souligne que ces pièces sont onéreuses et qu’il existe encore peu de revendeurs en France.
Bourgault
Bourgault propose aussi des pointes robustes avec séparation des flux. Julien Senez considère qu’il s’agit de très belles pointes, mais il note deux limites :
- une largeur un peu importante, autour de 19 mm ;
- un risque d’effet de lissage au fond du sillon, surtout dans certaines conditions sèches et argileuses, à cause de l’épaisseur de carbure sous la pointe.
Malgré cela, il juge que cela reste du très bon matériel.
M Cault
Julien Senez semble particulièrement satisfait de cette marque anglaise. Il explique que la dent se compose de trois éléments :
- le support de pointe ;
- la pointe ;
- le tube qui suit derrière.
Cette solution est adaptable sur plusieurs semoirs comme :
- les Horsch Sprinter ;
- les Serto ;
- les Seed Hawk ;
- les Simba.
Il met en avant plusieurs avantages :
- des pointes très fluides ;
- des pointes étroites, jusqu’à 12 mm ;
- des pointes interchangeables ;
- la possibilité d’équiper le semoir pour travailler avec fertilisation liquide ou solide.
Il cite l’exemple d’un semoir de Frédéric Rémy, équipé avec fertilisation liquide, où l’on voit :
- le tube de semence ;
- le tube d’azote liquide ;
- un très bon positionnement des deux flux.
Julien Senez explique que sur sa ferme, 70 % des semis sont réalisés avec le semoir à dents et 30 % avec un semoir à disque Avatar. Cela reflète leur niveau de satisfaction vis-à-vis du semoir à dents et des dents associées.
Il mentionne aussi des détails de conception utiles, comme les déflecteurs d’air, qui permettent d’améliorer le positionnement des graines, notamment pour les semences plus volatiles.
Amazone
Il évoque également la dent du Condor d’Amazone :
- avec support de pointe ;
- pointe ;
- tôles de part et d’autre.
Ces éléments peuvent parfois être adaptés sur d’autres semoirs. Les pointes sont disponibles notamment chez Français Carbure, à des tarifs raisonnables.
Il juge cette pointe intéressante, mais avec certaines limites :
- un effet de lissage possible à cause de la géométrie sous la dent ;
- une robustesse un peu moindre sur certaines tôles.
Il se montre donc plus réservé sur cette solution.
Le coût des dents
Julien Senez donne quelques ordres de grandeur.
Pour un semoir autoconstruit :
- une pointe simple peut coûter entre 35 et 50 euros ;
- il faut ensuite ajouter les tubes et les accessoires ;
- on arrive souvent à 60 à 80 euros par dent.
Pour des marques plus techniques et plus reconnues :
- autour de 100 euros pour une pointe simple ;
- 120 à 130 euros avec fertilisation liquide ou solide ;
- jusqu’à 200 à 250 euros pour des pointes très haut de gamme.
Selon lui, on peut économiser sur l’achat ou la rénovation du semoir, mais il ne faut pas rogner sur la qualité des dents. Ce sont elles qui font :
- la terre fine ;
- la qualité du sillon ;
- la qualité de l’implantation.
Il estime qu’il existe de gros écarts de résultats entre différentes dents et que l’on verra sans doute se développer davantage d’essais comparatifs dans les années à venir.
Quelle profondeur de semis avec un semoir à dents ?
À une question sur la profondeur de semis, Julien Senez explique que son raisonnement a beaucoup évolué.
En conventionnel
En conventionnel, les repères étaient assez classiques :
- blé à 1,5 cm ;
- pois à 2 ou 2,5 cm ;
- féverole un peu plus profond.
En TCS avec semoir à disque
Quand il travaillait en TCS avec un semoir à disque, il cherchait plutôt à aller chercher la fraîcheur. Il adaptait donc beaucoup ses réglages selon l’humidité du sol, parfois jusqu’à 4 ou 5 cm de profondeur sur les couverts, sauf pour les espèces demandant un semis très superficiel.
En semoir à dents
Avec le semoir à dents, il a complètement changé de logique. Désormais, sur leur ferme, ils sèment pratiquement tout à 1 cm ou 1,5 cm :
Ils ne modifient quasiment pas les réglages au cours de la saison. Pour Julien Senez, c’est un véritable avantage : on gagne du temps, on simplifie le travail, et on garde une grande régularité.
Les cailloux avec un semoir à dents
À une question sur les cailloux, Julien Senez répond qu’en effet, en semis direct avec un semoir à dents, on peut remonter un peu plus de cailloux qu’avec un disque, car la dent ouvre légèrement le sol.
Mais il ajoute qu’avec la montée en puissance de la vie biologique, les vers de terre finissent progressivement par recouvrir les cailloux en remontant de la terre fine. Sur plusieurs années d’agriculture de conservation, il observe donc une diminution nette des pierres visibles en surface.
Il estime qu’après quatre ou cinq ans, sur certaines parcelles caillouteuses, on peut retrouver des surfaces bien plus propres et même envisager des cultures qu’on ne faisait pas auparavant à cause des pierres.
Conclusion
Pour conclure, Julien Senez rappelle que le semoir à dents prend une place de plus en plus importante dans les systèmes en semis direct, notamment parce qu’il permet :
- de mieux gérer les résidus ;
- d’obtenir un sillon propre ;
- de positionner correctement la graine dans la terre fine ;
- d’assurer des levées régulières ;
- de limiter les coûts lorsqu’il est autoconstruit ou acheté d’occasion.
Il insiste néanmoins sur plusieurs points clés :
- le choix du semoir doit être cohérent avec le système de culture ;
- l’idéal est souvent de disposer à la fois d’un semoir à dents et d’un semoir à disque ;
- la fertilisation localisée est essentielle ;
- la qualité des dents est un élément fondamental de la réussite.
Il termine en remerciant les participants pour ce premier live, en précisant qu’il reste disponible pour répondre aux questions, notamment par mail ou via WhatsApp.