Bio-électronique & santé des troupeaux, avec Pierre-Emmanuel Radigue

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette conférence, Pierre-Emmanuel Radigue présente l’approche d’un collectif de vétérinaires et d’agronomes qui travaille depuis 30 ans sur la santé globale des fermes. Leur méthode repose sur cinq piliers : l’hydratation, la nutrition, l’équilibre minéral et acido-basique, la qualité de l’environnement, et le bien-être. L’idée centrale est de ne pas attendre la maladie, mais de piloter l’élevage et les cultures pour éviter les déséquilibres en amont. En s’appuyant notamment sur la bioélectronique de Vincent et sur de nombreux outils de mesure, le collectif observe les sols, les plantes, les animaux, l’eau, l’air et même l’état de l’éleveur. Pierre-Emmanuel Radigue insiste sur la cohérence entre sol, plante, rumen et santé animale : une ferme performante repose sur des sols vivants, des fourrages équilibrés, des animaux bien hydratés et peu stressés, avec un recours minimal à la chimie.

auto_awesome
Résumé
Dans cette conférence, Pierre-Emmanuel Radigue présente l’approche d’un collectif de vétérinaires et d’agronomes qui travaille depuis 30 ans sur la santé globale des fermes. Leur méthode repose sur cinq piliers : l’hydratation, la nutrition, l’équilibre minéral et acido-basique, la qualité de l’environnement, et le bien-être. L’idée centrale est de ne pas attendre la maladie, mais de piloter l’élevage et les cultures pour éviter les déséquilibres en amont. En s’appuyant notamment sur la bioélectronique de Vincent et sur de nombreux outils de mesure, le collectif observe les sols, les plantes, les animaux, l’eau, l’air et même l’état de l’éleveur. Pierre-Emmanuel Radigue insiste sur la cohérence entre sol, plante, rumen et santé animale : une ferme performante repose sur des sols vivants, des fourrages équilibrés, des animaux bien hydratés et peu stressés, avec un recours minimal à la chimie.

Toujours sur la thématique de l'élevage, on continue cette session avec Pierre-Emmanuel Radigue de Natur'Ethique sur la relation entre bio-électronique de Vincent & santé des troupeaux !


Présentation du collectif et de la démarche

Pierre-Emmanuel Radigue présente le travail d’un collectif de vétérinaires et d’agronomes qui travaille depuis environ trente ans sur des formes d’agriculture différentes, applicables aussi bien à de très petites fermes qu’à de très grandes structures, et même transposables à l’échelle de la santé humaine.

Il explique être issu à la fois d’une culture normande, avec l’image des vaches dans les pommiers et les herbages, et d’une culture alsacienne, frontalière de la Suisse et de l’Allemagne, marquée par des fermes de petite taille, herbagères, avec pâturages, bois et vaches à l’herbe. Cette double origine nourrit sa vision de l’élevage.

Il insiste sur le fait qu’il ne travaille pas seul, mais au sein d’un collectif :

  • Chantal, agricultrice en Franche-Comté, issue d’une tradition centrée sur l’agrobiologie des sols, l’herbe, les vaches à l’herbe, l’agro-sylvo-pastoralisme, le foin, les regains, avec très peu de concentrés et très peu de chimie.
  • Gilles, ancien agriculteur, dont le métier est aujourd’hui centré sur la qualité de l’air, de l’eau, des sols, et la géobiologie.
  • Pierre-Emmanuel Radigue, vétérinaire, qui intervient sur la santé des troupeaux en lien avec l’ensemble du système de production.

La société de base s’appelle Nature et technique. Sa vocation, inscrite dans ses statuts, est de développer des formes d’agriculture différentes de celles qui dominent aujourd’hui, quels que soient le climat et la région du monde. Sa sphère d’activité est pensée à l’échelle de la planète, avec l’eau placée au centre du système.

Plusieurs départements sont évoqués :

  • AnAqua, centré sur la problématique de l’eau.
  • Cinquième, consacré au travail vétérinaire et à l’enseignement autour des cinq piliers de la santé.
  • Simao, orienté vers des technologies de mesure du vivant à l’échelle de l’infiniment petit, en collaboration avec des partenaires canadiens et suisses.

Références et inspirations

Le collectif s’appuie sur plusieurs héritages intellectuels et techniques :

  • les travaux de la famille Bourguignon pour les sols ;
  • les travaux d’André Voisin, agronome important dans la compréhension des systèmes d’élevage ;
  • des traditions allemandes, suisses et autrichiennes sur l’eau, notamment autour de Viktor Schauberger ;
  • la bioélectronique de Vincent, développée en France dans les années 1960, mais très peu utilisée en France aujourd’hui, alors qu’elle l’est largement à l’étranger pour les sols, les plantes, les procédés de transformation ou les systèmes animaux.

Pierre-Emmanuel Radigue souligne que beaucoup de techniques pensées en France ne sont paradoxalement pas utilisées en France, alors qu’elles sont exploitées ailleurs.

Une vision globale de la ferme

Dans l’approche présentée, la ferme est un système vivant cohérent. Sa bonne santé suppose une mise en harmonie de plusieurs niveaux :

  • l’eau ;
  • les sols ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • l’éleveur.

La bonne santé de la ferme doit permettre d’aboutir à une production végétale ou animale de qualité pour les humains. Les animaux ne sont pas considérés comme des éléments séparés du système, mais comme des composants intégrés du fonctionnement de la ferme. L’éleveur lui-même est central, car il est le pilote du système.

Le collectif utilise donc des instruments de mesure qui permettent d’évaluer :

  • les sols ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • l’homme lui-même.

Il ne s’agit pas de faire de la médecine sur l’éleveur, mais de vérifier qu’il va bien et qu’il est apte à piloter son système.

La santé comme prévention, et non comme réparation

L’objectif n’est pas de soigner une fois la casse arrivée, mais de piloter les élevages pour ne pas arriver :

  • à la case de l’animal malade ;
  • à la case du soin.

Cela ne signifie pas que les accidents, les blessures ou les maladies n’existent pas, mais que le travail consiste à partir des désordres observés pour remonter aux causes, puis rechercher dans la ferme les réglages à corriger pour éviter leur répétition.

L’objectif affiché est de travailler avec :

  • pas ou très peu de chimie ;
  • très peu d’antibiotiques ;
  • peu d’anti-inflammatoires ;
  • peu d’antiparasitaires.

Pierre-Emmanuel Radigue rappelle qu’il est plus facile de maîtriser ces paramètres chez les animaux que chez les humains, car on peut décider pour les animaux de ce qu’ils mangent, boivent, font et de l’endroit où ils vivent.

Les cinq piliers de la santé

Pierre-Emmanuel Radigue structure son approche autour de cinq piliers de la santé.

L’eau et l’hydratation

Le premier pilier est l’hydratation. L’eau est placée au centre du système vivant.

Quand le collectif entre dans une ferme, le premier travail consiste à regarder :

  • comment est l’eau dans cette ferme ;
  • comment est l’eau dans les sols ;
  • comment est l’eau au-dessus des sols ;
  • comment est l’eau dans les animaux ;
  • comment est l’eau dans l’homme.

Il s’agit de se demander :

  • si le moteur de la vie est en état de fonctionnement optimal ;
  • s’il y a surconsommation ou sous-consommation ;
  • s’il y a gaspillage ;
  • si la ressource est polluée ou non.

Pierre-Emmanuel Radigue insiste sur le fait qu’on peut rester plusieurs semaines sans manger, mais seulement quelques jours sans boire. Il affirme que, dans la plupart des fermes, 80 à 85 % des animaux observés au quotidien ne sont pas correctement hydratés. Selon lui, si l’on mesurait l’hydratation d’un groupe humain, on retrouverait probablement des chiffres comparables.

Les causes peuvent être multiples :

  • système d’abreuvement mal conçu ;
  • accès à l’eau insuffisant ;
  • qualité de l’eau inadaptée ;
  • nature de l’eau elle-même défavorable à l’hydratation.

La nutrition

Le deuxième pilier est la nutrition. Nourrir un animal, ce n’est pas seulement lui donner à manger, c’est assurer ses fonctions :

  • croissance ;
  • reproduction ;
  • production laitière ;
  • production de viande ;
  • entretien du corps.

Pierre-Emmanuel Radigue simplifie fortement le discours nutritionnel : pour lui, les ruminants ont surtout besoin de :

  • chaînes carbonées ;
  • chaînes azotées ;
  • hydrogène ;
  • oxygène.

Autrement dit, ils ont besoin d’un bon équilibre entre énergie et protéines. Cet équilibre est la clé de la santé et de la production. Une mauvaise alimentation peut tuer lentement chez l’homme, mais chez l’animal, une erreur importante sur l’équilibre énergie/protéines peut conduire très vite à des désordres graves.

L’intégrité physique et la fraction minérale

Le troisième pilier consiste à préserver l’intégrité physique au cours du temps.

Cette notion est liée à la déstructuration progressive du système musculo-squelettique. Chez l’homme comme chez l’animal, le vieillissement s’accompagne d’une perte de structure. Pour Pierre-Emmanuel Radigue, ce processus est fortement lié à des désordres acido-basiques et à la manière dont l’organisme est contraint de puiser dans sa fraction minérale pour tamponner les excès d’acidité ou d’alcalinité.

La fraction minérale est donc essentielle pour :

  • maintenir la structure osseuse ;
  • préserver la longévité ;
  • conserver l’intégrité fonctionnelle au cours du temps.

Il explique qu’il a fallu plusieurs années de travail pour comprendre ce pilier avec précision, mais qu’il est aujourd’hui central dans leur approche.

L’environnement

Le quatrième pilier est l’environnement.

Dans les bâtiments, il faut s’assurer :

  • de la qualité de l’air ;
  • de l’oxygénation ;
  • de l’absence d’accumulation excessive de CO₂, de méthane et d’oxydes azotés.

À l’extérieur, il faut préserver :

  • l’aération du sol ;
  • sa capacité à valoriser les ressources naturelles comme le carbone et l’azote de l’air.

Pour Pierre-Emmanuel Radigue, la première limite des sols est l’asphyxie :

  • par excès d’eau ;
  • ou par compaction.

Il insiste aussi sur le fait qu’en élevage, le réglage du moteur digestif doit viser l’efficacité alimentaire : il ne s’agit pas d’avoir des animaux qui « pétaradent et fument », mais des animaux qui valorisent bien la ration sans excès de rejets.

Il rappelle enfin que, selon lui, les émissions les plus préoccupantes sur le plan de la santé ne sont pas seulement le CO₂ ou le méthane, mais aussi les transformations de l’azote de l’air en oxydes d’azote.

Le bien-être

Le cinquième pilier est le bien-être.

Pour Pierre-Emmanuel Radigue, si l’on élève des animaux en sachant qu’ils seront un jour sacrifiés pour l’usage humain, la moindre des choses est de s’assurer que leur vie se déroule dans un état de bien-être.

Ce bien-être est présenté comme une condition hormonale :

  • d’un côté, des hormones liées au calme, à la production, à la reproduction et à l’immunité, comme l’ocytocine et les hormones thyroïdiennes ;
  • de l’autre, des hormones de stress comme l’adrénaline et le cortisol.

L’objectif est d’avoir des animaux dans un état de calme, de sécurité et de production, et non dans un état chronique de stress. Un animal en mode adrénaline/cortisol peut sauver sa peau, mais il ne produit plus correctement.

La même logique vaut aussi pour les humains.

Une méthode d’intervention en ferme

Quand le collectif intervient dans une exploitation, il suit toujours plusieurs étapes.

L’histoire du lieu

La première étape, la plus longue, consiste à interroger l’éleveur, son père, son grand-père, parfois plusieurs générations, pour comprendre :

  • l’histoire du lieu ;
  • ce qui s’est passé sur les sols ;
  • ce qui a été fait sur les plantes ;
  • ce qui a été fait avec les animaux ;
  • les évolutions du système ;
  • les convictions de la famille.

Il n’y a pas de jugement moral sur ce qui a été fait, mais une recherche de compréhension.

L’observation

La deuxième étape est l’observation :

  • regarder ;
  • sentir ;
  • entendre ;
  • photographier ;
  • décrire.

Les méthodes d’observation utilisées peuvent concerner :

L’observation peut parfois suffire à faire comprendre à l’éleveur qu’il faut changer certaines pratiques.

Les mesures

Si l’observation ne suffit pas, viennent les mesures.

Le collectif a passé trente ans à aller chercher dans la littérature scientifique et auprès de scientifiques des outils de mesure applicables au terrain. Le but n’est pas de faire des mesures pour faire des mesures, mais de disposer :

  • d’indicateurs qui déclenchent la compréhension et l’envie de changer ;
  • d’outils de suivi pour vérifier que les réglages décidés fonctionnent.

Les outils portent sur :

  • les sols ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • l’eau ;
  • les fourrages ;
  • les matières fécales ;
  • les urines ;
  • le lait.

Les analyses de laboratoire

Pierre-Emmanuel Radigue insiste sur une différence qu’il observe entre la France et certains pays voisins : en France, les analyses de fourrages, de sols ou d’effluents sont encore peu fréquentes, alors qu’en Belgique, en Suisse ou au Luxembourg, les éleveurs conservent souvent une mémoire analytique très importante de leur troupeau et de leur ferme.

Pour lui, ces analyses sont essentielles, mais à condition qu’elles s’inscrivent dans une démarche globale et qu’elles soient interprétées à partir du terrain.

Le rôle central de l’eau

L’eau revient en permanence dans son exposé. Elle est décrite comme :

  • le moteur de la vie ;
  • le premier facteur de fonctionnement du système ;
  • un élément qu’il faut à la fois gérer, économiser, ne pas polluer, et rendre disponible sous une forme correcte.

Il rappelle que, du point de vue de la masse atomique, les êtres vivants sont composés à plus de 99 % d’eau, tandis que les minéraux et la matière organique représentent une part infime. Cela justifie selon lui de remettre l’eau au centre de la réflexion agronomique et sanitaire.

Une approche pH-redox du vivant

Pierre-Emmanuel Radigue explique que sa lecture du vivant repose sur deux grands principes physiologiques :

  • la régulation acido-basique ;
  • les réactions d’oxydo-réduction.

Ces deux dimensions sont liées à la vie du sol, à la photosynthèse, à la digestion, et aux transformations dans l’animal.

Le rôle des plantes

Dans le jardin des vaches, des moutons ou des chèvres, les plantes ont pour fonction de :

  • capter l’énergie solaire ;
  • transformer cette énergie en énergie électrique mesurable ;
  • utiliser l’eau ;
  • construire des chaînes carbonées et azotées ;
  • stocker de l’énergie, de l’eau, des protéines et des minéraux.

Pour le collectif, l’intérêt du végétal vivant est majeur. Il insiste sur le fait qu’un animal pâturant directement de l’herbe fraîche ne reçoit pas la même eau ni la même énergie qu’un animal nourri avec un produit récolté, conservé, déshydraté, acidifié puis réhumidifié à l’auge.

C’est pourquoi leur système préféré reste l’agro-sylvo-pastoralisme avec une longue période de pâturage.

Le rumen comme équivalent du sol

Pierre-Emmanuel Radigue établit un parallèle fort entre le fonctionnement du sol et celui du rumen :

  • tous deux dégradent de la matière organique ;
  • tous deux ont besoin de carbone et d’azote ;
  • la différence principale est que le sol fonctionne en milieu aérobie, alors que le rumen fonctionne en anaérobie.

Les ruminants sont décrits comme des animaux faits pour un régime riche en :

  • fibres ;
  • sucres ;
  • eau végétale ;
  • minéraux.

Il les rapproche d’un « régime crétois » : du végétal, du cru, des fibres, peu de gras, beaucoup de minéraux.

L’efficacité alimentaire

Une fois que l’animal reçoit la ration, la question devient : combien faut-il de matière pour produire :

  • un kilo de viande ;
  • un kilo de lait ?

Moins l’animal mange pour produire, mieux c’est :

  • économiquement ;
  • écologiquement ;
  • sanitairement.

Tout ce qui n’est pas valorisé par l’animal ressort :

  • sous forme de gaz ;
  • sous forme d’urine ;
  • sous forme de fèces.

L’efficacité alimentaire est donc un indicateur majeur du réglage du système.

Mesurer pour piloter

Pierre-Emmanuel Radigue détaille plusieurs outils utilisés au quotidien.

Le réfractomètre

Le réfractomètre est présenté comme un outil fondamental, peu coûteux, robuste, utilisable partout, sans pile ni alimentation électrique. Historiquement utilisé par les arboriculteurs et les vignerons pour mesurer le taux de sucre, il permet selon lui d’évaluer :

  • les plantes ;
  • les fruits ;
  • les jus ;
  • le lait ;
  • les urines.

Sur les plantes, il renseigne sur l’intensité de la photosynthèse et donc, indirectement, sur leur état de santé.

Il indique que, pour la plupart des plantes, une bonne feuille se situe autour de 10 à 12 % de Brix. Les animaux pâturant choisissent spontanément les plantes les plus intéressantes, souvent celles qui présentent les meilleurs niveaux en sucres.

Il affirme aussi qu’un consommateur pourrait s’en servir pour évaluer la qualité nutritionnelle des fruits qu’il achète.

La glycémie

La glycémie est présentée comme le reflet de ce que le système digestif a réussi à transformer et à mettre à disposition du sang pour l’ensemble des cellules.

Pierre-Emmanuel Radigue établit ici un parallèle entre le taux de sucre mesuré dans la plante et le glucose mesuré dans le sang.

Le pH et le redox

Le collectif utilise aussi des appareils simples permettant de mesurer :

  • le pH ;
  • le potentiel d’oxydo-réduction (redox).

Ces outils sont utilisés sur :

  • les sols ;
  • les jus de plantes ;
  • les fèces ;
  • les urines ;
  • le lait.

Pierre-Emmanuel Radigue montre qu’on retrouve souvent des cohérences de valeurs entre ces différents milieux :

  • un bon sol autour de pH 6,5 à 6,8 ;
  • une plante en bonne santé autour de pH 6,5 ;
  • un rumen équilibré autour de pH 6,5 ;
  • des fèces normales autour de pH 6,5 à 6,8 ;
  • des urines humaines normales autour de pH 6,5 à 6,8 ;
  • des urines de ruminants adultes plus alcalines, autour de 7,8 à 8,25.

Le redox permet de compléter cette vision en renseignant sur l’état énergétique et oxydatif du système.

Les testeurs portables

Il présente aussi des appareils capables de mesurer rapidement :

Ces outils ont été étalonnés aux États-Unis sur les sols, les plantes, le lait, le sang, les urines et même la sueur. Ils permettent de suivre :

  • l’hydratation de la plante ;
  • sa gestion du potassium ;
  • sa nutrition azotée ;
  • sa capacité à produire des sucres.

Selon lui, avec quelques paramètres simples — Brix, nitrates, conductivité, potassium — on peut déjà disposer d’une vision très utile de l’interaction sol-plante.

Les analyses minérales

Pierre-Emmanuel Radigue insiste fortement sur l’importance des analyses minérales.

Pour les élevages, il considère qu’il faut impérativement connaître dans les fourrages :

  • les valeurs énergie/protéines ;
  • les minéraux majeurs ;
  • les oligo-éléments ;
  • les éventuels polluants.

Les minéraux sont pour lui le révélateur principal de l’état de fonctionnement du système sol-plante. Si les plantes sont pauvres en minéraux, cela signifie que le système ne fonctionne pas correctement.

Observer les animaux

En élevage, l’observation des animaux reste essentielle :

  • état corporel ;
  • ventre rempli ou non ;
  • structure musculo-squelettique ;
  • locomotion ;
  • allure générale.

L’animal doit être :

  • ni trop gras ni trop maigre ;
  • structuré ;
  • fonctionnel ;
  • mobile.

L’hydratation : comment l’évaluer

Pierre-Emmanuel Radigue détaille plusieurs moyens d’évaluer l’hydratation.

Chez les animaux :

  • fréquence des mictions ;
  • durée des mictions ;
  • remplissage du rumen ;
  • consistance des bouses ;
  • densité urinaire ;
  • Brix urinaire ;
  • pH urinaire.

Pour les mammifères, il donne comme valeur normale de densité urinaire une fourchette d’environ 1015 à 1025. Une densité très élevée traduit une mauvaise hydratation. Une densité effondrée peut indiquer un problème rénal.

Le Brix urinaire doit rester faible :

  • autour de 1 à 1,5 % chez l’humain ;
  • autour de 5 à 6 % chez le ruminant.

Chez les plantes, l’hydratation est évaluée par :

  • la capacité à extraire du jus ;
  • la conductivité ;
  • le potassium ;
  • les nitrates ;
  • le Brix.

La qualité de l’eau

Pierre-Emmanuel Radigue distingue plusieurs sources d’eau :

  • eau de pluie stockée dans des citernes ;
  • puits ;
  • eau de forage ;
  • eau de réseau/château d’eau.

Il exprime une forte préférence pour des eaux peu chargées, naturelles, et se montre très critique envers les eaux profondes de forage, souvent trop minéralisées, ainsi qu’envers les châteaux d’eau portant des antennes, qu’il compare à des « sapins de Noël ».

Selon lui, l’eau est aussi un support d’informations électriques et électromagnétiques. Il considère donc qu’il faut protéger l’eau de ces nuisances.

Le sodium, le potassium et le chlore

Pierre-Emmanuel Radigue rappelle qu’il n’y a pas de mouvement de l’eau possible dans les êtres vivants sans trois ions :

Il insiste sur l’équilibre sodium/potassium. Pour lui, le problème n’est pas seulement l’excès de sel, mais surtout le fait que les produits modernes contiennent trop de sodium et pas assez de potassium en face.

Dans les plantes, il observe fréquemment :

  • un potassium insuffisant ;
  • un sodium trop élevé.

Cela compromet :

  • la gestion de l’eau par la plante ;
  • son bon fonctionnement ;
  • la qualité des aliments produits.

Cette question est également centrale pour les performances estivales des troupeaux laitiers.

L’environnement électromagnétique et la géobiologie

Une partie importante de l’exposé porte sur les nuisances électriques, électromagnétiques et géotelluriques.

Les pollutions électriques dans les fermes

Pierre-Emmanuel Radigue explique qu’en bâtiment d’élevage, des perturbations peuvent venir :

  • des clôtures électriques ;
  • des machines à traire ;
  • des robots ;
  • des installations électriques ;
  • de mises à la terre mal réalisées ;
  • de structures métalliques non correctement reliées.

Ces nuisances se traduisent selon lui par :

  • troubles digestifs ;
  • troubles respiratoires ;
  • lésions cutanées ;
  • mammites ;
  • problèmes podaux ;
  • baisse de production ;
  • réforme précoce.

Il insiste sur la nécessité de mettre correctement à la terre :

  • cornadis ;
  • tubulaires ;
  • poteaux ;
  • abreuvoirs ;
  • équipements de traite.

Les perturbations géotelluriques

Il évoque aussi :

  • les failles ;
  • les veines d’eau souterraines ;
  • certains réseaux telluriques.

Il considère que ces phénomènes, connus de longue date, influencent fortement le bien-être et la santé des animaux comme des humains, et qu’il faut en tenir compte lors de la construction.

Il rappelle par exemple que les moines cisterciens choisissaient soigneusement leurs lieux d’implantation, en observant les animaux et en tenant compte de l’eau.

Le bien-être comme préalable

Même si le bien-être est présenté comme le cinquième pilier, Pierre-Emmanuel Radigue explique qu’avec l’expérience il tend à le considérer presque comme le premier. Un lieu mal choisi ou mal harmonisé agit sur l’eau, le microbiote, le stress, et perturbe donc l’ensemble du système.

La fraction minérale et l’intégrité physique

Pierre-Emmanuel Radigue revient ensuite longuement sur la question de l’intégrité physique et du vieillissement.

Les grands minéraux qu’il met au centre sont :

Il distingue :

  • des minéraux plus mobiles, liés à l’eau et aux échanges membranaires ;
  • des minéraux plus structurels, impliqués dans la construction des tissus.

Quand les plantes n’apportent pas ces minéraux, il faut les compenser. Si cela n’est pas fait, on observe :

  • troubles de croissance ;
  • déstructuration progressive ;
  • perte de solidité.

La fraction minérale est donc à la fois :

  • un révélateur de l’état du sol ;
  • une condition de la santé des plantes ;
  • une base indispensable de la santé animale et humaine.

La balance cations-anions

Pierre-Emmanuel Radigue rappelle que, dans l’alimentation animale, on doit raisonner la balance cations-anions, c’est-à-dire l’équilibre entre ions positifs et ions négatifs.

Ce calcul permet de compenser les tendances acidifiantes ou alcalinisantes des rations.

Il explique que :

  • les régimes très riches en glucides et végétaux crus tendent à acidifier le tube digestif ;
  • les régimes très riches en protéines animales tendent à l’alcaliniser.

Il faut donc équilibrer avec les minéraux appropriés.

Le pH fécal comme indicateur

Le pH des matières fécales est présenté comme un indicateur extrêmement simple et puissant.

Chez l’humain comme chez l’animal, un pH fécal normal tourne autour de 6,5 à 6,8. Si l’on s’éloigne trop de cette plage, on entre dans des zones de déséquilibre digestif et donc de risque de désordre sanitaire.

Il cite des travaux étrangers montrant que le pH fécal est fortement lié :

  • au régime alimentaire ;
  • aux risques de santé.

Le cas des jeunes animaux

Chez le jeune :

  • l’équilibre digestif est très sensible ;
  • le lait est l’aliment de référence ;
  • la concentration du lait, notamment quand il est reconstitué, doit être contrôlée.

Le réfractomètre peut servir à vérifier la concentration correcte d’un lait reconstitué, de la même manière qu’on pourrait l’utiliser pour des biberons humains.

Pierre-Emmanuel Radigue rappelle aussi que le microbiote digestif du jeune est fortement influencé par celui de la mère, notamment par le léchage et la proximité. La séparation précoce modifie donc profondément cette construction du microbiote.

Le pâturage et la gestion des prairies

L’approche défendue repose fortement sur des systèmes herbagers bien gérés.

Les principes mis en avant sont :

  • limiter la compaction ;
  • réduire le temps de présence sur une parcelle ;
  • faire tourner les animaux rapidement ;
  • éviter qu’ils descendent trop bas sur la prairie ;
  • maintenir une hauteur résiduelle suffisante ;
  • alterner pâturage et fauche.

L’objectif est de préserver à la fois :

  • la plante ;
  • le sol ;
  • la capacité d’enracinement ;
  • la qualité minérale des fourrages.

Les plantes recherchées et les plantes problématiques

Une prairie équilibrée doit comporter un bon mélange :

  • de graminées, porteuses d’énergie ;
  • de légumineuses, porteuses d’azote.

Pierre-Emmanuel Radigue évoque un équilibre de l’ordre de :

  • 70 % de bonnes graminées ;
  • 30 % de légumineuses.

Certaines plantes sont vues comme défavorables ou révélatrices de déséquilibres :

  • rumex ;
  • renoncules ;
  • espèces indicatrices de compaction, d’hydromorphie ou de dysfonctionnement du sol.

Les analyses de fourrages comme révélateur du sol

Une partie importante de la présentation insiste sur l’analyse minérale des fourrages comme miroir de la santé du sol.

Dans certains cas, le collectif observe :

  • des niveaux de calcium, phosphore, magnésium insuffisants ;
  • des taux excessifs d’aluminium, de fer, voire d’arsenic.

Ces résultats révèlent des sols fortement dysfonctionnels. Les fourrages deviennent alors eux-mêmes des vecteurs de désordres sanitaires pour les animaux, et indirectement pour les humains via le lait et la viande.

Pierre-Emmanuel Radigue rapporte le cas de fermes où des problèmes chroniques de santé et de production étaient liés à l’achat ou à l’exploitation de terres dont le fonctionnement sol-plante était très perturbé.

Produire des aliments de qualité

Au final, la qualité d’un produit alimentaire est définie à travers plusieurs dimensions :

  • capacité à nourrir correctement ;
  • bon équilibre énergie/protéines ;
  • bon équilibre acido-basique et minéral ;
  • bon potentiel antioxydant ;
  • absence de désorganisation du système vivant.

L’objectif est de produire non seulement des aliments, mais des produits qui nourrissent, protègent et soutiennent la santé.

Conclusion

La thèse de Pierre-Emmanuel Radigue est que la santé d’un troupeau, comme celle d’une ferme ou même d’un humain, repose sur le respect d’un certain nombre d’équilibres fondamentaux :

  • l’eau et l’hydratation ;
  • l’équilibre énergie/protéines ;
  • la fraction minérale et la régulation acido-basique ;
  • la qualité de l’environnement ;
  • le bien-être.

Si ces équilibres sont respectés et mesurés, alors :

  • la performance est au rendez-vous ;
  • la santé suit ;
  • le recours à la chimie peut être fortement réduit.

Il conclut que l’agriculture de demain doit s’appuyer sur des outils de mesure simples, utilisables en ferme, pour piloter les systèmes vivants avant la casse plutôt qu’après. Selon lui, tant que l’on n’a pas reconstruit l’équilibre du système, il est illusoire de vouloir être réellement autonome ou « bio ».

Pour résumer son approche : avant de changer d’étiquette, il faut remettre le système vivant en équilibre.