Agroforesterie : l'arbre et la manière - session 1 : Voyage dans le monde et dans le temps, avec Bruno Sirven

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Dans cette première session, Bruno Sirven propose un vaste voyage dans le temps et à travers le monde pour montrer combien l’arbre a toujours été un partenaire essentiel de l’agriculture. Des forêts tropicales aux savanes sahéliennes, des oasis méditerranéennes aux bocages européens, il explore la diversité des formes d’agroforesterie : arbres dans les champs, prés-vergers, haies, parcours d’élevage, jardins, vignes et paysages habités. L’arbre y apparaît à la fois comme production, équipement technique et régulateur du milieu : il fournit bois, fruits, fourrage, fertilité, ombre, eau, biodiversité et microclimat. Bruno Sirven rappelle aussi que ces systèmes relèvent d’un véritable « génie paysan », fondé sur l’observation, l’adaptation locale et la complémentarité entre cultures, élevage et végétation. Une invitation à redécouvrir l’arbre non comme un décor, mais comme une infrastructure vivante indispensable à des paysages agricoles durables.

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Résumé
Dans cette première session, Bruno Sirven propose un vaste voyage dans le temps et à travers le monde pour montrer combien l’arbre a toujours été un partenaire essentiel de l’agriculture. Des forêts tropicales aux savanes sahéliennes, des oasis méditerranéennes aux bocages européens, il explore la diversité des formes d’agroforesterie : arbres dans les champs, prés-vergers, haies, parcours d’élevage, jardins, vignes et paysages habités. L’arbre y apparaît à la fois comme production, équipement technique et régulateur du milieu : il fournit bois, fruits, fourrage, fertilité, ombre, eau, biodiversité et microclimat. Bruno Sirven rappelle aussi que ces systèmes relèvent d’un véritable « génie paysan », fondé sur l’observation, l’adaptation locale et la complémentarité entre cultures, élevage et végétation. Une invitation à redécouvrir l’arbre non comme un décor, mais comme une infrastructure vivante indispensable à des paysages agricoles durables.

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Aujourd'hui, on continue le cycle avec l'agroforesterie : l'arbre et la manière - session 1 : Voyage dans le monde et dans le temps, avec Bruno Sirven.


En partenariat avec Arbre & Paysage 32 & Pour une Agriculture du Vivant


Introduction

Cette première session s’ouvre par un accueil en Gascogne, « au cœur des coteaux de Gascogne », avec Bruno Sirven, présenté comme paysagiste de l’arbre depuis 1995, chef de projet, auteur de plusieurs ouvrages, notamment Paysages du Gers, puis Paysages de l’Aveyron, et plus récemment Le génie de l’arbre.

L’objectif annoncé est de proposer un voyage « dans le monde et dans le temps » pour comprendre comment l’arbre collabore avec l’agriculture sous différentes latitudes, dans différentes cultures, et selon des formes très variées. Il ne s’agit pas seulement de parler des arbres dans les champs, mais plus largement des multiples relations entre l’arbre et l’agriculture : dans les prés, dans les forêts, dans les vergers, et parfois même dans les villes.

Bruno Sirven précise qu’il ne cherche pas à être exhaustif, mais à montrer la diversité des formes par lesquelles l’arbre a été convié à contribuer à la production agricole.

L’arbre dans l’agriculture : plusieurs statuts

Bruno Sirven insiste d’emblée sur le fait que l’arbre, en agroforesterie, a plusieurs statuts à la fois.

D’abord, il est envisagé comme une coproduction. Il produit plusieurs choses en même temps et rend plusieurs services à l’agriculteur. Cette idée de pluralité est essentielle : un arbre ne sert jamais à une seule fonction.

Ensuite, l’arbre est un équipement technique. Beaucoup de plantations et d’aménagements sont réalisés parce qu’on a besoin de l’arbre pour faire fonctionner un système agricole.

Enfin, l’arbre a aussi une vocation nourricière, très visible dans de nombreuses régions du monde. Dans certains contextes, il est même indispensable pour qu’une activité agricole soit possible, notamment parce qu’il met le milieu en condition.

Bruno Sirven revient à plusieurs reprises sur l’idée de « l’arbre miracle », expression employée notamment en Afrique pour désigner des arbres capables de tout faire à la fois : nourrir, fournir du fourrage, du bois, des usages médicinaux, des services agronomiques.

Deux grandes modalités d’aménagement apparaissent fréquemment :

  • des lignes, des bordures, des haies ;
  • des surfaces, souvent sous forme de boisements clairs.

Dans tous les cas, l’idée fondamentale est que les espèces utilisées sont adaptées au pays, au milieu, aux conditions locales. Ce sont parfois des arbres très ordinaires en apparence, mais qui rendent énormément de services.

L’arbre comme coproduction agricole

Lorsque l’arbre est cultivé, travaillé et récolté, il participe pleinement à l’économie agricole.

Le bois est la production la plus évidente, mais Bruno Sirven rappelle qu’on oublie trop souvent d’autres productions :

  • les fruits ;
  • les feuilles ;
  • le fourrage ;
  • les substances médicinales ou aromatiques.

Il prend l’exemple de paysages où un même arbre peut à la fois produire du bois, des fruits et du fourrage. L’image de la dehesa ibérique sert ici à illustrer un système où les chênes sont à la fois exploités pour leur bois, mais aussi comme gros producteurs de glands pour l’alimentation animale, notamment porcine.

L’arbre permet donc une production en cascade :

  • combustible ;
  • matière première ;
  • biomatériaux ;
  • produits comestibles ;
  • substances médicinales et aromatiques.

À cela s’ajoutent les produits indirects, notamment tout ce qui relève de l’ambiance et du milieu de production, éléments jugés essentiels.

Un point important est souligné : l’arbre produit « gratuitement », puisqu’il pousse seul. Cette idée paraît évidente, mais elle est centrale. Là où il pousse, il fabrique de la biomasse de manière renouvelable. Pour Bruno Sirven, cette capacité gratuite et renouvelable est un bénéfice immense pour les systèmes agricoles.

Tous les arbres ne sont pas forestiers

Avant d’entrer dans le tour du monde, Bruno Sirven rappelle une distinction importante : tous les arbres ne sont pas forestiers.

Certaines espèces préfèrent pousser à l’air libre plutôt que sous couvert forestier. Certains milieux ne peuvent pas porter une forte densité d’arbres. D’autres arbres sont volontairement rapprochés des lieux de vie et de production pour être mieux valorisés.

Il insiste aussi sur le fait que tous les arbres ne sont pas dans la forêt. Dans les paysages agricoles, les arbres prennent la forme de points, de lignes ou de surfaces. À l’échelle mondiale, les arbres hors forêt représenteraient environ 30 % de l’ensemble des arbres de la planète.

Ces arbres sont répartis selon la capacité des milieux à produire de la biomasse. Plus on se rapproche de l’équateur, plus la biomasse et la diversité augmentent ; plus on s’en éloigne, plus elles diminuent. Cela explique une très grande diversité de paysages arborés selon les latitudes, les reliefs, les altitudes et la proximité de l’eau.

Les grandes familles de forêts dans le monde

Pour parler d’agroforesterie, Bruno Sirven estime qu’il faut dire un mot de la forêt, car une partie des aménagements agroforestiers s’appuie sur elle.

Il distingue plusieurs grandes familles de forêts :

  • la forêt humide équatoriale ;
  • la taïga, grande forêt boréale ;
  • les forêts tropicales sèches ;
  • les forêts tempérées ;
  • les forêts méditerranéennes ;
  • les mangroves.

Il rappelle notamment l’importance de la taïga, souvent oubliée, alors qu’elle joue un rôle majeur à l’échelle climatique et pluviométrique planétaire.

La forêt humide tropicale est caractérisée par une végétation continue, sans véritable saison d’arrêt. Les sols y sont peu riches, car les nutriments circulent rapidement entre végétation, litière et activité biologique, sans véritable phase de stockage durable en humus.

À l’inverse, dans les forêts tempérées, il existe une saisonnalité plus marquée, avec des phases de ralentissement et de redémarrage. Ces différences conditionnent les formes d’agroforesterie possibles dans chaque région du monde.

Agroforesterie tropicale humide

Dans la zone intertropicale humide, beaucoup de productions agricoles dépendent directement de la forêt.

Bruno Sirven évoque :

  • les agroforêts ;
  • les forêts-jardins ;
  • les plantations utilisant l’arbre comme élément d’aménagement ;
  • certains systèmes rizicoles ou asiatiques intégrant les arbres.

Dans ces milieux, la forêt est dense, sombre, avec une canopée élevée. Pour cultiver, on pratique souvent des trouées, des clairières, de manière modérée. Il rappelle ici la pratique du brûlis, qui permet à la fois d’ouvrir la lumière et de profiter temporairement de la fertilité contenue dans la biomasse.

Certaines cultures ont absolument besoin d’arbres-supports :

  • le poivre ;
  • l’igname ;
  • la vanille ;
  • le rotin.

Les jardins tropicaux illustrent bien une autre caractéristique de l’agroforesterie : la superposition des strates végétales. Cette verticalité permet à la fois d’intensifier la production et de créer des conditions de protection et de complémentarité entre les végétaux.

Des forêts claires à la savane

En quittant la zone tropicale humide vers des climats plus secs, la forêt devient plus claire. On entre progressivement dans des paysages de savane, avec toute une gradation entre forêt claire, savane arborée et savane herbeuse.

Bruno Sirven souligne que ces paysages sont souvent agroforestiers. Il emploie ici la notion de parc agroforestier, parce que ces espaces sont fréquemment dominés par une espèce principale.

Ces milieux peuvent accueillir :

  • du pastoralisme ;
  • des cultures ;
  • des systèmes mixtes.

Il évoque également les tensions possibles entre cultivateurs et éleveurs dans ces espaces partagés.

Un exemple marquant est donné avec des paysages africains où les animaux sauvages, comme les girafes, viennent participer indirectement à la fertilisation du milieu. Cela montre combien les systèmes arborés peuvent être intégrés à des dynamiques plus larges entre végétation, faune et activités humaines.

Bruno Sirven mentionne aussi les travaux de reverdissement au Sahel, notamment avec l’association Terre verte au Burkina Faso, en soulignant que là-bas, remettre de l’arbre dans le paysage est un enjeu vital.

Les milieux arides et le rôle vital de l’arbre

Dans les milieux les plus secs, l’arbre devient encore plus essentiel.

Il apparaît :

  • dans les oasis ;
  • dans les dépressions ;
  • autour des points d’eau ;
  • dans les petits espaces fertiles où la production est intensifiée.

L’arbre est alors celui qui va chercher l’eau en profondeur et la remet en circulation dans le système. Il devient une sorte de « pompier » ou de « foreur du puits ». Certains arbres pionniers sont utilisés justement pour cette capacité.

L’idée d’étagement y est particulièrement visible : on associe des végétaux bas, moyens et hauts, afin d’aller chercher les ressources en haut et en bas, et de créer des synergies.

Les systèmes méditerranéens et la forêt claire

En remontant vers la Méditerranée, on retrouve des formes de boisement clairsemé, utilisées dans des systèmes surtout sylvopastoraux.

L’herbe y est brève et fugace ; l’arbre assure donc une présence durable du vert et du fourrage. Dans ces paysages, la seule manière de produire de façon stable est souvent de passer par l’élevage, donc indirectement par la viande et le lait.

Parmi les grands exemples méditerranéens, Bruno Sirven cite :

  • la dehesa espagnole ;
  • le montado portugais ;
  • les formes grecques comparables ;
  • l’arganeraie marocaine.

L’arganier est présenté comme un autre « arbre miracle » : tout y est bon, notamment parce qu’il fournit des ressources permanentes pour les animaux. L’image emblématique des chèvres montant dans les arganiers est évoquée, mais Bruno Sirven rappelle que l’arganeraie n’est pas seulement un paysage pittoresque : c’est un système productif agroforestier complexe.

Il note aussi qu’au-delà de la diversité d’espèces, la diversité génétique au sein d’une même espèce est fondamentale pour la résilience de ces systèmes.

Terrasses, oliveraies, noyers et châtaigneraies

Dans les paysages méditerranéens et montagnards, l’agroforesterie prend aussi la forme de terrasses, qui permettent :

  • de retenir l’eau ;
  • de créer de la profondeur de sol ;
  • d’accueillir des arbres dans des milieux difficiles.

Les oliveraies traditionnelles sont évoquées comme des systèmes longtemps associés à d’autres cultures, avant leur spécialisation fruitière récente.

Le noyer est présenté comme un arbre particulièrement intéressant parce qu’il peut fournir :

  • du bois ;
  • des fruits ;
  • des revenus à court terme et à long terme.

Bruno Sirven souligne l’intelligence des systèmes où l’on combine différentes valorisations sur un même arbre ou sur une même parcelle.

Le châtaignier apparaît lui aussi comme une espèce majeure dans les milieux difficiles. Longtemps décrié comme « arbre à pain » ou « arbre à pauvre », il a pourtant permis de valoriser des paysages peu favorables à d’autres productions.

Ces arbres ont donné lieu à de véritables sélections variétales, en fonction des usages recherchés :

  • bois ;
  • fruits ;
  • pièces de charpente ;
  • usages artisanaux.

Les chênaies et les plantades

Les chênaies sont abordées à la fois pour leur production de glands et pour leur rôle dans certains systèmes traditionnels.

Bruno Sirven évoque en particulier la plantade, nom local donné à certains paysages du piémont pyrénéen, surtout dans sa partie ouest. La plantade est à la fois :

  • un lieu de production de biomasse ;
  • un lieu communautaire ;
  • un espace de pâturage ;
  • un producteur de glands et de fourrage.

Il montre que certains chênes très gros n’ont pas été conservés seulement par hasard ou pour le paysage : ils ont sans doute été sélectionnés aussi pour leur capacité à produire abondamment des glands.

Autres arbres utiles : mûriers, platanes, micocouliers

Bruno Sirven rappelle que d’autres arbres ont connu des usages agroforestiers importants.

Le mûrier a été massivement planté en lien avec la sériciculture. Même si cette activité a décliné, les paysages qu’elle a façonnés existent encore.

Le platane a lui aussi été largement utilisé, pas seulement en bord de route, mais aussi comme arbre d’aménagement et de production.

Le micocoulier est cité comme exemple d’arbre ayant fait l’objet d’une véritable culture spécialisée, notamment pour produire les célèbres fourches ou manches dans certaines régions.

Cela montre qu’il existe une grande diversité d’arbres « de culture » au-delà des espèces les plus connues.

Agroforesterie séquentielle et vergers pâturés

Bruno Sirven souligne que le paysan ne conçoit pas l’entretien comme une activité improductive. Entretenir un espace signifie en tirer quelque chose.

C’est ce qui explique les systèmes où l’on cultive entre les arbres tant qu’ils n’ont pas encore pris toute la place. Il cite par exemple :

  • les peupleraies pâturées ;
  • les noyeraies où l’on fait du maïs pendant les premières années ;
  • les vergers utilisés temporairement pour d’autres productions.

Cette logique relève d’une agroforesterie séquentielle : tant que la lumière est disponible, on en profite.

Les systèmes sylvopastoraux

Une grande partie de nos paysages ruraux a été façonnée par les animaux, en particulier dans les systèmes d’élevage.

Bruno Sirven montre toute une gradation allant :

  • du pré avec quelques arbres ;
  • au pré-verger ;
  • au pré-bois ;
  • jusqu’à la forêt pâturée.

Le sylvopastoralisme se retrouve dans :

  • les parcours arborés ;
  • les petits bois pâturés ;
  • les hêtraies pâturées en altitude ;
  • les landes et garrigues utilisées par les troupeaux.

Dans ces systèmes, les arbres apportent :

  • du fourrage ;
  • de l’ombre ;
  • de l’abri ;
  • des ambiances variées.

Cette dernière idée est importante : les animaux ont besoin d’une diversité d’ambiances pour choisir où se nourrir, s’abriter et se reposer au fil du jour et des saisons.

Les prés-vergers

Le pré-verger est présenté comme une forme agroforestière très aboutie, notamment dans les régions d’élevage.

On y retrouve :

  • une gradation entre prairie très peu arborée ;
  • prairie-verger ;
  • verger pâturé plus dense.

Ces systèmes sont particulièrement connus en Normandie, mais existent dans de nombreuses régions, et avec de nombreux fruitiers.

Ils permettent une production multiple :

  • fruits ;
  • cidre ou calvados selon les régions ;
  • herbe ;
  • lait ;
  • viande ;
  • fumure ;
  • parfois miel et bois.

Il est rappelé qu’autrefois, dans certaines régions comme la Savoie, il allait de soi que les vaches étaient sous les pommiers. Ce modèle est présenté non comme un simple héritage du passé, mais comme une forme d’avenir possible.

L’apiculture est également mentionnée comme un élevage qui dépend fondamentalement des arbres.

Le bocage : lignes, clôtures vivantes et infrastructure productive

Le bocage occupe une place majeure dans l’exposé.

Bruno Sirven le définit d’abord comme un monde de lignes, de haies, de bordures, de bandes boisées, mais aussi plus largement comme un paysage à boisement peu dense. Il ne s’agit donc pas seulement d’un réseau de haies régulières.

Le bocage remplit plusieurs fonctions :

  • enclore ;
  • protéger ;
  • défendre les cultures et les animaux ;
  • produire du bois ;
  • produire du fourrage ;
  • équiper le paysage.

À l’origine, l’enclos répond à un besoin fondamental : protéger l’espace domestique et cultivé du dehors, qu’il s’agisse d’animaux sauvages ou domestiques.

Ces clôtures peuvent être :

  • en bois mort ;
  • en pierre ;
  • en terre ;
  • vivantes, donc arborées.

Bruno Sirven insiste sur le fait qu’une clôture morte se dégrade, alors qu’une clôture vivante pousse. C’est un argument majeur en faveur des haies.

Il rappelle aussi l’intérêt des trognes, qu’il évoque en lien avec les travaux de Dominique Mansion : elles permettent de produire énormément de biomasse sur une bordure, d’intensifier la production, et de montrer tout le génie paysan à l’œuvre.

Les trois générations de bocage

Bruno Sirven distingue trois grandes phases dans l’histoire du bocage.

Le bocage organique

Il apparaît dans les milieux où une armature minimale d’arbres est indispensable pour que le paysage tienne, notamment dans les piémonts, les versants, les zones humides ou sensibles à l’érosion.

Le bocage productif

Avec le développement agricole des XVIIIe et surtout XIXe siècles, on a reproduit et étendu ces formes bocagères parce qu’elles étaient utiles à la production :

  • bois de chauffage ;
  • fourrage ;
  • lait ;
  • viande ;
  • fruits.

Le bocage à vocation climatique

Aujourd’hui, de nouveaux programmes de plantation visent explicitement des fonctions climatiques : brise-vent, amélioration du milieu, adaptation des systèmes agricoles. L’arbre y redevient un outil de mise en condition du paysage.

Des exemples sont donnés :

  • les grandes plantations brise-vent des plaines américaines à l’époque de Roosevelt ;
  • les projets soviétiques ;
  • les opérations de reverdissement massives en Chine, notamment autour du fleuve Jaune.

Exemples particuliers de bocages et d’aménagements

Parmi les exemples cités :

  • le Comtat Venaissin, avec ses brise-vent contre le mistral pour permettre la production maraîchère ;
  • l’île de Batz, au nord de Roscoff, où un bocage a été créé pour protéger les cultures des vents et embruns ;
  • les bordures de cours d’eau, qui étaient autrefois presque toujours bocagères ;
  • les pare-neige de l’Aubrac ;
  • les systèmes très intensifs du Marais poitevin, où chaque parcelle est bordée d’arbres et de fossés.

Le chemin creux est également cité comme une autre forme remarquable de paysage bocager.

Jardins, complantations et « désordre apparent »

En passant au jardin, Bruno Sirven montre que les jardins totalement nus n’existent pas ou très peu.

Dans les jardins traditionnels, notamment méditerranéens, l’arbre est partout présent :

  • pour protéger ;
  • pour ombrer ;
  • pour climatiser ;
  • pour produire.

Il évoque les horts espagnols, les horta portugaises, les jardins italiens et plus largement les jardins méditerranéens, marqués par un apparent désordre végétal qui est en réalité très organisé.

Dans ces jardins, on retrouve :

  • la superposition des strates ;
  • l’association arbres-légumes-vigne ;
  • l’intensification sur de petits espaces.

Même dans les jardins récents ou partagés en ville, le réflexe du fruitier demeure.

La vigne et l’arbre

Un développement important est consacré à la vigne, en lien avec l’intervention de Marceau Bourdarias.

Il est rappelé que la vigne est une liane. Historiquement, elle a été domestiquée en gardant une part importante de sa naturalité. Elle a évolué avec l’arbre et montre encore aujourd’hui une forte propension à grimper.

Marceau Bourdarias explique que lorsqu’on laisse une vigne grimper dans un arbre, elle peut retrouver une vigueur étonnante. Il souligne que les systèmes viticoles actuels, souvent en monoculture, mettent la vigne dans des conditions trop extrêmes :

  • trop de soleil ;
  • trop de chaleur ;
  • difficulté à faire circuler la sève ;
  • stress hydrique.

Dans ce contexte, l’arbre peut devenir un allié, et non un concurrent, en apportant :

  • de l’ombrage ;
  • une meilleure ambiance climatique ;
  • un partage de l’eau ;
  • une stimulation de la fertilité et de la vie du sol.

Bruno Sirven rappelle les formes historiques de vigne mariée à l’arbre, notamment en Italie, où l’on utilisait des arbres-supports, parfois très hauts, pour porter la vigne. Cela permettait :

  • de l’éloigner de l’humidité et du gel ;
  • d’intensifier la production sur un même espace ;
  • de faire cohabiter vigne et autres cultures.

Il cite notamment :

  • les formes de vigne haute de la plaine du Pô ;
  • les systèmes italiens de complantation ;
  • les dispositifs de brise-vent pour la vigne.

L’idée générale est qu’il faut chercher non pas seulement à associer la vigne à l’arbre pour faire joli, mais comprendre pourquoi cette association a existé partout : parce qu’elle répondait à des besoins agronomiques réels.

L’arbre dans le champ, dans le verger et dans les cultures spécialisées

Après la vigne, Bruno Sirven revient plus rapidement sur :

  • l’arbre dans les champs ;
  • l’arbre dans les alignements ;
  • l’arbre dans les vergers ;
  • les besoins de climatisation et de biodiversité dans les cultures fruitières et maraîchères.

Même lorsqu’on est dans des logiques de vergers intensifs, il rappelle qu’on a besoin d’autres arbres, d’autres ligneux, d’autres formes de végétation pour :

  • abriter les auxiliaires ;
  • produire de l’ambiance ;
  • rendre le milieu vivant.

L’agroforesterie à l’échelle du paysage

Dans la dernière partie de l’intervention, Bruno Sirven élargit la notion d’agroforesterie.

Pour lui, l’agroforesterie ne se limite pas aux arbres plantés dans une parcelle cultivée. Elle concerne aussi tout arbre du paysage qui contribue à l’agriculture.

Cela inclut :

  • les bordures ;
  • les talus ;
  • les haies ;
  • les chemins ;
  • les limites foncières ;
  • les bords de cours d’eau ;
  • les ruptures de pente ;
  • les bosquets ;
  • les clairières.

Il insiste particulièrement sur les bordures : dans des pays comme les nôtres, les kilomètres de voiries, de fossés, de talus et de cours d’eau représentent un potentiel immense. Ce sont souvent des espaces déjà là, parfois libres, parfois régénérés naturellement, donc des lieux très favorables pour remettre de l’arbre.

Les ripisylves sont citées comme des milieux très productifs, où l’eau, les sols et les conditions permettent un fort renouvellement de biomasse.

Même de petites zones laissées en régénération, en bord de champ ou de route, peuvent devenir de vrais réservoirs de biodiversité et de biomasse.

Clairières, airials, clos-masures et habitat rural

Bruno Sirven prolonge encore l’analyse à des formes d’agroforesterie liées à l’habitat rural.

Il évoque :

  • les clairières habitées ;
  • les airials landais ;
  • les clos-masures du pays de Caux.

Dans les airials, l’arbre n’est pas décoratif : il permet l’établissement humain et agricole dans un milieu difficile.

Les clos-masures normands sont présentés comme des systèmes de protection très élaborés, avec double rang d’arbres sur talus pour protéger fermes et cultures des vents.

Même les vieux parcs, les maisons entourées d’arbres, ou certaines zones habitées ré-arborées, peuvent contribuer à la vie du paysage agricole environnant.

Autres formes de production associées à l’arbre

Pour finir son tour d’horizon, Bruno Sirven rappelle que l’arbre peut être associé à de très nombreuses productions :

  • apiculture ;
  • élevage de gibier ;
  • production de champignons ;
  • production de mousses, aiguilles, écorces ;
  • cultures très particulières sous couvert.

Il évoque aussi la production en mangrove, ou encore certains systèmes aquatiques ou forestiers spécialisés.

Enfin, il insiste sur un point important : l’agroforesterie, c’est aussi les arbres morts. Dans la perspective d’un paysage vivant, le bois mort n’est pas l’opposé de la vie, mais une étape essentielle du cycle du vivant.

Échanges de fin de session

La discussion finale ouvre plusieurs pistes.

La plantation des arbres

Il est annoncé qu’une session spécifique sera consacrée à la plantation avec Marceau Bourdarias. Il est rappelé que planter un arbre n’est pas un acte anodin : c’est un traumatisme pour l’arbre, et la qualité de la plantation conditionne largement sa reprise et sa survie.

Les enfants et les arbres

Marie-France Barrier présente l’association Des enfants et des arbres, soutenue par Arbre et paysage 32 et de nombreuses structures forestières. L’objectif est de faire planter massivement des arbres chez et avec des agriculteurs par les jeunes enfants, et de faire entrer ce geste dans les programmes scolaires.

L’enjeu est double :

  • accompagner la transition agroécologique des agriculteurs ;
  • faire participer la société civile, dès l’enfance, à ce réarmement arboré des campagnes.

Agroforesterie et alimentation

Le chef Guillaume Machado intervient à son tour pour dire ce que représente l’agroforesterie dans son métier. Pour lui, l’agroforesterie, c’est d’abord la santé. Elle permet de travailler avec des produits locaux, vivants, savoureux, issus de systèmes agricoles qui respectent les sols et les saisons.

Il explique qu’il construit sa cuisine à partir de ce que les producteurs lui apportent, et non l’inverse. Le lien avec les paysans devient direct. Les légumes cultivés sur sol vivant, dans des systèmes agroécologiques, changent tout :

Conclusion

Cette première session pose ainsi les bases d’une vision très large de l’agroforesterie.

L’arbre y apparaît comme :

  • une production ;
  • un outil ;
  • une infrastructure ;
  • un climatiseur ;
  • un protecteur ;
  • un fournisseur de fertilité ;
  • un compagnon de culture et d’élevage ;
  • un organisateur de paysage.

Le message principal de Bruno Sirven est que l’agroforesterie n’est ni une mode ni une invention récente. Elle s’inscrit dans une très longue histoire, dans une très grande diversité de formes, et dans un patrimoine immense de savoir-faire paysans.

Elle suppose de regarder autrement les paysages, en comprenant que tout arbre compte, qu’il soit dans la forêt, dans un champ, sur une haie, au bord d’un cours d’eau, près d’une ferme ou au milieu d’un verger.

La session se termine sur l’idée que la suite devra approfondir la question du paysage vivant, de ses dynamiques, et de la place centrale de l’arbre dans cette perspective.