Semoir direct à disques vs à dents : ses erreurs et réussites
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Présentation
Jasmin, de l'équipe agro du Centre National d'Agroécologie (CNA), se rend chez Philippe Pierron, un agriculteur qui s'est lancé il y a quelques années en agriculture de conservation des sols (ACS). Ce court format s'attarde sur le matériel, et notamment sur deux semoirs : celui que Philippe a acquis il y a quelques années, sur lequel il fait son retour d'expérience, puis le semoir à dents qu'il projette d'autoconstruire.
Le semoir de semis direct à disques
Un semoir d'occasion simple, mais exigeant sur les conditions
Le semoir de semis direct de l'exploitation a été acheté d'occasion il y a quatre ans, pour 14 000 €. Il date de 2004. Jusqu'à présent, il a fait le travail, mais au fur et à mesure que l'on s'améliore, on devient de plus en plus pointilleux sur l'importance du semis, ce qui amène Philippe à penser qu'il ne s'en servira plus beaucoup : l'implantation est aléatoire, et c'est compliqué quand le sol est trop mouillé. Il faut avoir les bonnes conditions.
C'est un outil qui marche très bien et qui est simple : Philippe veut des outils mécaniques, faciles à régler. Mais il commence à vieillir, il y a beaucoup de pièces, des roulements à changer, et il faut toujours faire attention au bourrage quand on est derrière.
Un sillon mal refermé et des limaces
L'année dernière, au moment de l'implantation, le sol était trop humide. Philippe a eu du mal à refermer son sillon, et le sol était tellement humide qu'il n'a pas pu passer derrière avec un rouleau pour appuyer. Conséquence : une attaque de limaces, avec 30 % de pertes dans certains champs et, dans un champ, 95 % de la culture mangée.
« La priorité pour le semis, c'est de bien implanter et surtout de bien refermer le sillon. Les conditions avant tout, peu importe le type de semoir. »
Ce qui lui manque : l'engrais dans la ligne de semis
Aujourd'hui, Philippe aimerait avoir le même semoir dans sa nouvelle génération, avec une trémie pour placer l'engrais dans la ligne de semis. C'est l'une de ses priorités : ne pas pouvoir mettre l'engrais dans la ligne de semis est ce qui le chagrine le plus.
Caractéristiques et bourrage
- Largeur de 3 m, 18,5 cm d'écartement entre rangs.
- Il est simple et passe bien dans les couverts, même hauts, sans bourrer.
- Le seul bourrage vient des roulements des disques : chaque palier compte deux roulements qui, avec l'usure, se bloquent. Le disque ne tourne plus et bourre alors systématiquement.
- Des outils de fabrication maison permettent de débourrer ou de décrotter sans passer sous le semoir.
Densités de semis des céréales
Philippe tient compte du poids de mille grains (PMG) et vise 300 à 320 grains/m². En début de campagne, s'il sème de bonne heure, vers le 15 octobre, il commence à 140 kg/ha, puis ajoute 10 kg par semaine : 150 kg la semaine suivante, et jusqu'à 180 ou 190 kg/ha au mois de novembre.
La plupart du temps, il s'agit de semence de ferme, ce qui permet de monter en densité. Quand il achète de la semence certifiée, il essaie de semer de bonne heure, car monter à 180 ou 190 kg avec de la semence achetée commence à coûter cher.
Semence de ferme et mélanges de variétés
Sa semence de ferme est triée de façon simple : il règle sa moissonneuse-batteuse et trie à la récolte, quitte à laisser dans le champ un peu de graines qui repousseront. Il n'y a pas de traitement de semence, et il n'a pas de problème de maladie.
Il cultive en revanche beaucoup de mélanges : cinq ou six variétés de blé différentes. Quand des problèmes climatiques l'obligent à racheter de la semence, il remélange systématiquement. Avec plusieurs variétés, si l'une est sensible à une maladie, l'autre se comporte bien ; et selon l'hygrométrie, une variété se comportera mieux qu'une autre. Si l'une décroche, l'autre peut compenser.
Si c'était à refaire
« C'est un vieux semoir, mais il est simple et il marche bien. » Si c'était à refaire, Philippe referait le même choix ; avec l'évolution de ses pratiques, il aimerait simplement pouvoir fertiliser au semis. Le même semoir avec la fertilisation, ce serait le top.
Le maïs
Maïs ensilage en association
Philippe a semé du maïs avec ce semoir, avec de bons résultats en ensilage. Lors de ses essais, il avait associé au maïs du lablab, du niébé et du tournesol, et même du sorgho. La première année, cela a très bien marché : des maïs de 4 m de haut, avec le lablab qui montait dedans. Fort de ce succès, il a doublé la surface l'année suivante en refaisant exactement la même chose, mais cette fois le maïs a complètement décroché.
Pour le maïs ensilage, il sème toujours à 18 cm d'écartement, en visant 95 000 pieds/ha ; les plantes associées (lablab, niébé) ne sont pas comptées dans ce peuplement. Une année, sur 95 000 pieds semés, il n'en a obtenu que 65 000 à la levée, probablement à cause d'une attaque de taupins.
Le sol était travaillé avant le maïs : à l'époque, le fumier était épandu au printemps, suivi de deux passages d'Actisem, puis de deux coups de disques, avant le semis direct. C'était donc du TCS (techniques culturales simplifiées).
Passage au maïs grain
Philippe repart aujourd'hui sur du maïs grain, qu'il ne peut plus semer avec ce semoir. L'année dernière, un ami est venu commencer le semis, puis il a fini avec le semoir traditionnel de la CUMA, toujours sans fertilisation dans la ligne de semis.
Si cela fonctionne, il compte se procurer un semoir monograine et le modifier pour pouvoir faire du semis direct en monograine. Sa philosophie : quand on n'a pas le matériel, il faut essayer d'en modifier un pour l'avoir.
Réglages du semoir à disques
L'appui entre roues avant et rouleaux arrière
Un réglage est essentiel, alors qu'au départ Philippe ne pensait pas qu'il avait de l'importance : celui qui répartit l'appui entre les rouleaux arrière et les roues avant.
- En sol humide, faire trop appuyer les rouleaux arrière n'est pas idéal ; mais si l'on n'appuie pas assez, le sillon ne se referme pas.
- Si le terrain a été un peu gratté auparavant (un passage d'Actisem par exemple) et que les roues avant appuient trop, le semoir bourre.
- En conditions sèches, on relève donc les roues avant et on fait appuyer à l'arrière.
« C'est capital. »
Profondeur
La profondeur se règle simplement. Philippe sème les céréales à 1,5 cm de profondeur et le maïs à 3 ou 4 cm. Il a gardé à peu près les mêmes profondeurs qu'avant le semis direct.
Vitesse et débit de chantier
C'est un outil qui fait du bon travail à 5 ou 6 km/h, éventuellement 7 : ce n'est pas un outil pour partir à la course. Une bonne journée permet de semer 10 hectares. Avec 50 ha de céréales, cela représente cinq jours de semis : inutile de courir.
Un matériel dimensionné pour la ferme
Un semoir de 3 m, personne n'en veut : ce n'est pas assez large. Mais il convient bien, et proportionnellement à la ferme, c'est l'idéal. Philippe ne va pas acheter un semoir de 6 m pour gagner quelques jours de semis, qui lui coûterait 40 000 € et doublerait son coût d'implantation pour arriver au même résultat.
Il sème avec un tracteur de 90 chevaux : pas besoin de grosse puissance, simplement d'un tracteur qui adhère un peu, car le semoir ne tire pas beaucoup. Pour sa ferme en polyculture-élevage, surdimensionner le matériel ne sert à rien.
Ce que l'ACS a changé
Temps de travail
Le passage à l'ACS a beaucoup changé l'organisation du travail. Avant, Philippe labourait, puis nivelait le terrain et déchaumait ; aujourd'hui, il sème, il récolte, il sème. Il a gagné du temps. Le temps qu'il ne passe pas dans le tracteur, il le passe à observer, à bricoler, à s'informer : c'est une autre philosophie.
Consommation de gazole
Sa consommation de gazole est aujourd'hui de 50 à 60 L/ha sur une saison complète, contre 90 à 100 L/ha auparavant : largement moitié moins.
Jours disponibles pour intervenir
La portance s'est améliorée, pas tout de suite, mais aujourd'hui, quand il pleut, Philippe peut passer dans la parcelle deux jours après. En système labour, il fallait attendre que le sol se ressuie. Il est beaucoup plus facile d'intervenir. Cela dit, quand il pleut tous les jours comme l'année dernière, c'est compliqué pour ceux qui labourent comme pour ceux qui sont en ACS.
Sécheresse et luzerne
Le plus important se voit en période de sécheresse : les cultures réagissent mieux et la subissent moins brutalement. L'un des avantages des couverts permanents est que la luzerne pousse toujours, quelles que soient les conditions.
La luzerne doit être implantée dans de bonnes conditions. Une fois en place, le couvert permanent est là pour plusieurs années. Dans un champ où une luzerne tient dix ans, la partie en zone humide ne la gardera que trois ans : au bout de trois ans, elle disparaît systématiquement.
Quatre années pour stabiliser le système
Au départ, Philippe n'a pas trop fait attention au sol : il s'est surtout intéressé au gain de temps et au rendement. Les deux premières années d'arrêt du labour ont été un peu l'euphorie. Puis il a senti que quelque chose n'allait pas, s'est intéressé au sol et a vu ce qui manquait : un peu de tout, une fertilisation positionnée au bon moment, les couverts… C'était tout un ensemble.
« Quand tu es tout seul dans ton coin, tu dis que c'est super. Puis quand ce n'est plus super, tu te dis qu'il faut que tu ailles voir pourquoi ça ne va pas. »
Il a fallu quatre ans pour stabiliser la méthode : deux bonnes années, puis deux années de baisse de rendement, faute d'avoir compris l'importance des couverts. Avant, il faisait un couvert, mais s'il était raté, ce n'était pas grave. Il a constaté que les semis réussissaient bien là où il semait dans la luzerne, en couvert permanent, et moins bien dans les parcelles où il implantait des couverts.
L'autoconstruction d'un semoir à dents
Pourquoi un semoir à dents
L'année dernière, Philippe a eu des difficultés pour implanter avec son semoir à disques en sol trop humide. Par ailleurs, il travaillait jusqu'ici avec des couverts permanents et va revenir à des couverts d'interculture. Il s'est aperçu qu'un outil à dents conviendrait mieux qu'un outil à disques.
Il ne supprime pas totalement les couverts permanents, mais ils sont plus compliqués à gérer qu'il ne le pensait. Leur avantage, les années de sécheresse, est qu'ils sont déjà en place : pas besoin de les semer. À ses débuts, il lui arrivait de rater ses couverts à cause de la sécheresse ; aujourd'hui, il fait plus attention : il regarde les prévisions météo et sème le couvert au bon moment.
Semer un colza associé
Comme il introduit le colza dans sa rotation, Philippe compte semer en premier le colza avec ce nouveau semoir, en colza associé, notamment avec de la féverole, en suivant ce qu'Anthony et M. Pereira ont présenté lors d'une formation. Le conseil : ajouter de la féverole, ou d'autres espèces, pour couvrir le sol au maximum et éviter le salissement, en choisissant des plantes faciles à détruire.
Coût et matériaux
Philippe construit beaucoup de choses lui-même, toujours avec l'idée que cela coûte le moins cher possible. Il associe ici un vieux cultivateur et un vieux semoir. Il utilisera cette année les dents existantes et en achètera d'autres pour compléter s'il le faut. Il adaptera les descentes de semences (les tubes) du semoir d'origine. Coût de revient, tuyaux compris : environ 1 500 €.
Il ne compte pas son temps : il y travaille quand il a cinq minutes, et un agriculteur ne compte pas son temps. C'est la partie « amusement » du métier, une passion. Ce n'est pas un coup de tête : le projet a deux ans, le temps de réunir les éléments — un semoir qui partait à la ferraille, un cultivateur très usé, et un autre outil, accidenté contre un mur, qui partait lui aussi à la ferraille. Maintenant qu'il a tous les éléments, il construit.
Il part du principe que cela ne marchera peut-être pas du premier coup, mais comme cela ne coûte pas cher, le risque est limité. Il aurait voulu acheter un semoir à dents, mais il n'en a pas les moyens pour l'instant au vu de ses surfaces : c'est trop cher.
Se former à l'autoconstruction
Philippe est autodidacte. Son père travaillait la ferraille, et il s'appuie sur son expérience. Il passe aussi pas mal d'heures sur YouTube à regarder des constructions d'autres agriculteurs. Il veut que ses éléments semeurs soient réglables pour maîtriser la profondeur de semis, ce qui lui prendra un peu plus de temps, car la profondeur de semis est importante.
Le compromis sur l'engrais starter
Le seul inconvénient de ce système est qu'il ne permettra pas de fertiliser au semis : il faudrait ajouter une ligne, ce qui est plus compliqué. Philippe continuera donc à épandre son engrais starter comme actuellement, avec le distributeur classique.
L'inconvénient est d'épandre l'engrais starter sur des surfaces qui n'en ont pas besoin. Placé dans la ligne de semis, on sait qu'il est exactement là où il faut. Avec un écartement d'environ 20 cm, le starter (le phosphore) qui tombe au milieu de l'interrang ne sera pas cherché par la plante.
Il faut donc augmenter la dose, pratiquement la doubler au minimum, puisqu'on ne fertilise pas dans la zone de semis. Mais au regard d'un équipement qui coûterait 30 000 €, Philippe estime que le surcoût du doublement de dose n'atteindra pas ce montant.