Pratiquer la vitiforesterie

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Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
Cerisiers et vignes


La vitiforesterie désigne l’agroforesterie appliquée à la viticulture. Cette pratique présente des intérêts d’un point de vue[1] :

  • sociétal (impact minimal sur les ressources naturelles)
  • environnemental (maintien de la biodiversité)
  • économique.

Elle permet ainsi d’atteindre une triple performance du système.


La vitiforesterie, qu’est-ce-que c’est ?

L’agroforesterie est l’association d’arbres et de cultures sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ. Inspirée de la conduite de vignes arbustives, déjà pratiquée dans l'Antiquité, la pratique moderne de la vitiforesterie s'adapte aux systèmes viticoles mécanisés. En viticulture, cette pratique présente des caractéristiques d’innovation qui répondent aux principes de l’agro-écologie[1]. La vitiforesterie est une solution intéressante dans l’adaptation des systèmes viticoles aux changements climatiques.


Selon Alain Canet, le principe de la vitiforesterie repose sur trois piliers :


Il existe à l’heure actuelle différents types d’aménagements agroforestiers[1] :

  • rangées d’arbres intercalées entre rangs de vignes
  • haies arbustives en bordure de parcelle ou s’intercalant entre îlots de vignes
  • arbres isolés plantés au sein du rang de vignes


La pluralité d’aménagements et de combinaisons de leviers utilisée en vitiforesterie permet de s’adapter à de nombreux systèmes et de répondre à diverses finalités de l'exploitant.

Mise en place de la technique

Quels critères prendre en compte ?

L’introduction d’arbres dans une parcelle de vignes nécessite de prendre en compte différents facteurs intervenant dans le système de culture[1] :

  • Le cépage associé à son porte-greffe
  • Le système de conduite
  • Le type de sol et l’environnement (lumière, température, pluie)
  • La couverture du sol

Ces différents facteurs sont choisis dans le but d'assurer une précocité et une maturité suffisantes des raisins et doivent permettre une alimentation hydrique et azotée modérée et efficiente de la vigne, qui entrainera une optimisation des conditions de maturation des raisins[1].


Les avantages ou inconvénients, dans la mise en œuvre d'une parcelle de vigne en agroforesterie, dépendent également[1] :

  • des objectifs de production,
  • du style de vin souhaité,
  • de sa valorisation,
  • des règles dans les cahiers des charges dans les vignobles d’appellation,
  • du risque de pertes de surfaces en production si elles sont remplacées par des arbres, dans les vignobles à forte valeur ajoutée.


Quelles essences d’arbres choisir ?

Le choix des essences doit s’effectuer en tenant compte de plusieurs règles[1] :

  • Choisir des espèces d’arbres rustiques et adaptées aux conditions pédoclimatiques locales.
  • Favoriser une diversité d’espèces permettant d’abriter une faune auxiliaire plus variée. Ces auxiliaires (acariens, araignées, punaises, coccinelles, Anagrus atomus) sont alors utilisés comme agents de lutte biologique contre les ravageurs de la vigne (notamment cicadelle verte et vers de la grappe). Par exemple, le noisetier, le charme commun, l'orme champêtre et le frêne commun favorisent le développement de la guêpe Anagrus atomus, prédatrice de la cicadelle verte. De même, l'amandier commun est l'un des principaux hôtes des prédateurs des vers de grappe[2].
  • Prendre en compte les objectifs de valorisation du viticulteur (bois d’œuvre, de chauffage, fruits, ...)
  • Choisir des espèces d’arbres adaptées au terroir de la vigne et si possible avec un feuillage léger et peu concurrentiel pour la lumière.
  • Tenir compte de l’hétérogénéité de la parcelle (humidité, profondeur...).
  • Privilégier des essences tardives (aulnes, noyers, frênes) afin que la demande de l’arbre et la demande de la vigne ne soient pas en concurrence[3].


Le matériel végétal utilisé devra être de premier choix et certifié tant du point de vue sanitaire que génétique. De plus, il est préférable de travailler avec de jeunes plants (1 an, 30/60 cm), en racines nues, qui présentent une meilleure reprise que les plants déjà âgés[4].

Quels aménagements ?

Au moment de la conception d'un projet d'agroforesterie viticole, divers paramètres sont considérés. Concernant le type de formations arborées (haies, arbres isolés, alignement, bosquet), plusieurs choix sont possibles en fonction des contraintes de production et des attentes du viticulteur[5] :

  • seuls
  • combinés
  • en bordure de parcelle
  • intercalés entre les rangs de vigne.


Voici quelques exemples d'aménagements à privilégier selon les contraintes de l'exploitation[5] :

  • si la priorité est de limiter l'effet de vents latéraux, il est plus adéquat d'installer une haie en bord de parcelle.
  • si la pratique de l'agroforesterie à pour objectif de créer des ressources et des habitats pour la biodiversité et la faune auxiliaire, il est préférable de favoriser une diversité d'espèces végétales et de formes arborées (buissons, haie, arbres) connectées entre elles.
  • si le viticulteur souhaite implanter des arbres au sein même de la vigne, les arbres isolés, alignés ou une haie basse régulièrement taillée sont les formes les plus adaptées.


Sur les parcelles de vigne déjà en place, les choix d'aménagements sont contraints par la conduite déjà mise en place (orientation des rangs de vigne, écartements). Dans ce cas de figure, plusieurs pratiques sont envisageables[5] :

  • arracher un rang de vigne pour y implanter des arbres
  • planter les arbres de manière plus aléatoire en remplacement de ceps de vigne manquants

Pour une parcelle en cours de création ou de restructuration, les choix d'aménagements des arbres sont beaucoup plus libres[5].


Pour en savoir plus sur les aménagements possibles et leurs fonctions, consultez cet article.

Recommandations pour la conduite des arbres

Dans la mesure du possible, il est recommandé de [5]:

  • Privilégier les orientations Nord-Sud pour limiter et équilibrer l'ombrage des arbres portés sur la vigne.
  • Prévoir une distance minimale de 3 mètres entre la ligne d'arbres et le premier rang de vigne, idéalement 4 mètres.
  • Essayer de viser une distance de 25 à 30 m entre chaque ligne d'arbres.
  • La distance des arbres sur la ligne dépendra de la densité visée.
  • Rester sur une faible densité d'arbres: 30-50 tiges/ha.
  • Respecter les tournières en bout de rangs pour les manœuvres d'engins.


Maîtriser les compétitions

Pour qu’une parcelle agricole soit considérée en agroforesterie, elle doit contenir moins de 100 arbres par hectare. En viticulture, il est conseillé de se cantonner à une faible densité soit entre 30 et 40 arbres par hectare. Dans ce type de configuration, il n’y a pas de compétitions mises en évidence sur les 10 premières années de coplantation (projet Vitiforest)[5].

Il existe ensuite divers leviers pour maîtriser les compétitions entre les arbres et la vigne.

Par la gestion des arbres

Afin de limiter l’ombrage mais aussi le développement racinaire, plusieurs techniques existent[5] :

  • réduction du système aérien en hiver (et par conséquent diminution du réseau racinaire) par étêtage de l’arbre tous les 5 à 10 ans (trogne),
  • élagage du houppier en vert pour limiter la transpiration donc l’évaporation de l’eau,
  • cernage racinaire par passage d’un outil à dent tous les 3 ans pour limiter  le développement des racines en direction de la vigne.


Par l’adaptation de l’entretien du sol de la vigne

  • Le pourcentage d’enherbement à la parcelle doit être ajusté en fonction des objectifs de production (enherbement tous les inter-rangs, un inter-rang sur deux…).
  • Le recours à des couverts temporaires de type « engrais verts » peut également être une solution afin de limiter la lixiviation des nitrates, tout en enrichissant le sol en matière organique. Un couvert à base de légumineuses présente l’avantage de fixer l’azote atmosphérique, enrichissant d’autant plus le sol.[5]


Par les techniques viticoles classiques

  • Des techniques de fertilisation ciblées peuvent être mises en œuvre pour palier la concurrence, notamment pour les rangs de vigne proches des lignes d’arbres. Les actions peuvent s’envisager en mode localisé au sol sur un rang travaillé ou par voie foliaire à différents stades du cycle de la vigne.
  • Les phénomènes de compétition hydrique peuvent être compensés grâce à des techniques telles que l’irrigation ou la fertirrigation.[5]

Réglementation

Du point de vue règlementaire[5] :

  • des arbres peuvent être présents au sein d’une parcelle de vigne ou peuvent y être intégrées, sauf si le cahier des charges d’une appellation (AOC, IGP) l’interdit.
  • il n'existe pas de réglementation nationale concernant l'inscription et les déclarations des parcelles agroforestières agricoles au Casier Viticole Informatisé.
  • il faut conserver des îlots de 10 ares de vignes entre chaque alignement d’arbres.
  • les aides à la plantation sont basées sur les surfaces réelles en vigne, sans prise en compte des surfaces occupées par les arbres.


Avantages

A l'échelle de la parcelle

Tempérer les excès climatiques[6]

  • Les arbres jouent le rôle de véritables climatiseurs à l’échelle de la parcelle par leur effet mécanique de barrière, de cloisonnement et de lisière.
  • Leur effet brise-vent limite les stress climatiques sur les cultures.
  • Leur effet « parasol » s’avère par ailleurs particulièrement pertinent dans le contexte de changement climatique. En effet, la baisse des précipitations en été et des températures plus élevées mène souvent à une maturité précoce des raisins et un degré d’alcool plus élevé. Ainsi, la présence d’arbres permet de maintenir voire retarder la période de vendanges.
  • Ils créent un micoclimat en faisant bénéficier la vigne d’une hygromètrie supérieure et en créant du tampon thermique de 3 à 5°C.
  • L’évapotranspiration des pieds de vigne est diminuée, les systèmes racinaires moins échaudés.
  • Dans le cas d’un vin rouge, l’action de l’arbre diminuerait le taux d’alcool.


Améliorer la ressource en eau[6]

  • Les arbres agroforestiers développent un système racinaire en profondeur, de par la présence des cultures. Ils ont la capacité de remonter l’eau des couches profondes du sol vers la surface pour les cultures.
  • L’eau est également mieux retenue dans la parcelle grâce à la structuration du sol par les racines (d’autant plus quand les arbres sont associés à des couverts végétaux).
  • Enfin, le filet racinaire en profondeur des arbres filtre les pollutions, limitant ainsi que les éléments ne se retrouvent dans les nappes phréatiques.


A l'échelle de l'exploitation

Diversifier les productions[6]

  • Du bois d’œuvre : en agroforesterie, on utilise des feuillus précieux (noyers, merisiers, alisiers, cormiers…) pour produire du bois d’œuvre de qualité. Les récoltes se feront après plusieurs dizaines d’années.
  • Du bois énergie et du Bois Raméal Fragmenté (BRF) : les haies, les arbres têtards, ou des essences adaptées telles que le peuplier peuvent être taillés plus régulièrement pour fournir du bois énergie ou du BRF.
  • Des fruits : associer fruitiers et vignes est souvent recherché par les viticulteurs, pour diversifier les productions mais aussi donner une image au terroir.


Recréer une fertilité et une biodiversité in situ

L’arbre est un réel allié dans la restauration des sols viticoles. L’apport de matière organique sous la forme de feuilles et racines voire de bois broyé est un atout majeur dans l’enrichissement du sol, sans oublier que le système racinaire profond de l’arbre décompacte le sol et réduit les potentielles asphyxies : la vie du sol s’en retrouve stimulée et les humus se stabilisent. La présence d'arbre dans une parcelle a un impact fort sur l’abondance de lombrics, en raison de la présence d’enherbement, et sur l’abondance de certains taxons microbiens[5].


Lutter naturellement contre les ravageurs

L’agroforesterie apporte une diversité botanique et une strate de végétation supplémentaire créant de nouvelles niches écologiques. Les arbres permettent d’améliorer la lutte biologique par conservation ou amélioration de l’habitat[3].


Contribuer à l’image du domaine

L’agroforesterie contribue également à renforcer une image positive d'un domaine viticole ou d'une appellation. Dans un contexte où les pratiques viticoles sont souvent pointées du doigt, les arbres permettent de réduire leur impact sur l’environnement.[6]

A l'échelle du territoire

Stocker du carbone

Les arbres sont de réels puits de carbone. Ils permettent non seulement d’atténuer les effets du changement climatique mais participent également à recapitaliser les sols en carbone. L’agroforesterie est reconnue pour sa capacité à séquestrer le carbone par le protocole de Kyoto (article 3.3 et 3.4). Avec une densité de 50 arbres/ha gérés en agroforesterie, on estime que l’on pourrait piéger 40 tonnes de carbone par hectare[4].

Recréer une trame écologique

Tous les éléments arborés sont d’excellentes sources d’habitats pour tout un cortège floristique et faunistique. Un très bon moyen de restaurer des corridors écologiques et de contribuer aux objectifs de la Trame Verte et Bleue[6].

Combien ça coûte ?

Le prix unitaire et global d’un arbre intra-parcellaire planté et protégé est de 18€ HT et se décompose de la manière suivante[1] :

  • fournitures (plants, paillage, protection cervidés, tuteurs) à hauteur de 7,30€
  • travaux (préparation du sol, pose du paillage, des protections et plantation) à hauteur de 5,20€
  • ingénierie du projet et suivi sur 3 ans à hauteur de 3,50€.

Les prix augmentent pour des essences fruitières.


En terme de temps de travail, pour 50 arbres à l’hectare, il faut compter[7] :

  • une demi journée pour la préparation
  • une journée à 3 ou 4 personnes pour la plantation (avec paillage, protections etc.)

La taille des arbres demandera quelques heures par an les premières années puis une demi-journée par an et par hectare pour des élagages d’arbres déjà formés.

Pour aller plus loin

Sources

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 et 1,7 Dufourcq T., Gontier L., en ligne, L'agroforesterie, Institut Français de la Vigne et du Vin.
  2. Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, Fiche Agroforesterie et Viticulture, document réalisé selon la Convention relative à la promotion et au développement de l’agroforesterie.
  3. 3,0 et 3,1 FURETA., OLIVON M., PELLEQUER D., 2017, L'agroforesterie appliquée à la viticulture bio, édité par l’ADABio, l’ARDAB et la FNAB.
  4. 4,0 et 4,1 Arbres et Paysages 32, Viticulture et agroforesterie.
  5. 5,00 5,01 5,02 5,03 5,04 5,05 5,06 5,07 5,08 5,09 et 5,10 Bourgade E. et al., 2018, Itinéraires n°28 : Agroforesterie et viticulture, Institut Français de la Vigne et du Vin.
  6. 6,0 6,1 6,2 6,3 et 6,4 Association Française d'Agroforesterie, Agroforesterie et Viticulture : produire et protéger
  7. Association Française d'Agroforesterie, 2014, L’agroforesterie en 10 questions.

Annexes et liens

Retours d'expériences évoquant cette page

Est complémentaire des leviers

S'applique aux cultures suivantes

Défavorise les bioagresseurs suivants