Petite méthanisation et non labour depuis 20 ans - Ferme de Warelles
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Présentation de la ferme
La ferme de Warelles est une exploitation de polyculture-élevage. Elle comprend principalement des cultures et un atelier laitier en système robotisé depuis 2007.
Au niveau de la main-d’œuvre, l’exploitation fonctionne avec environ 2,5 UTH : l’exploitant, son épouse, un fils revenu sur l’exploitation, ainsi qu’un autre fils qui travaille occasionnellement sur la ferme.
L’exploitation a engagé plusieurs diversifications au fil des années, notamment :
- la production de farine à la ferme ;
- la mise en place d’une unité de méthanisation en 2015.
L’objectif général présenté est clairement celui de la transition agroécologique, avec un travail important sur les sols, la diversification des rotations, la réduction des intrants et l’augmentation de l’autonomie de la ferme.
Une micro-méthanisation orientée vers l’autoconsommation
En 2015, la ferme a installé une station de méthanisation. Il s’agit d’une très petite unité, une micro-méthanisation de 29,7 kW.
L’intervenant précise que la législation belge est très différente de la France. En Belgique, il est plus intéressant de produire pour autoconsommer que pour vendre, car le tarif de vente de l’électricité est faible par rapport au prix de l’électricité achetée.
L’installation produit environ 50 000 kWh par an. D’après l’exploitant, c’est même un peu trop peu par rapport aux besoins de la ferme : l’unité aurait pu être dimensionnée plus largement, mais le choix a été fait de rester sur cette taille.
Diversification avec un moulin à la ferme
En 2020, la ferme a également mis en place un moulin à la ferme. Cela permet de valoriser une partie des céréales produites sur l’exploitation.
Cette valorisation se fait auprès :
- de boulangers ;
- de particuliers ;
- d’autres débouchés locaux.
Cette démarche s’inscrit dans une logique plus large de valorisation des productions agricoles issues d’un système en agriculture de conservation.
Une rotation fortement diversifiée
L’un des constats faits sur l’exploitation est qu’une rotation trop courte devenait problématique, notamment pour les questions de désherbage. Cela a conduit à une réflexion approfondie sur l’allongement et la diversification de la rotation.
Aujourd’hui, l’exploitation cherche à intégrer davantage de cultures différentes, y compris des cultures nouvelles. Sont notamment citées :
- la moutarde de grain ;
- l’orge brassicole ;
- le colza ;
- les céréales ;
- les betteraves sucrières ;
- le maïs ;
- des prairies temporaires riches en légumineuses ;
- la luzerne ;
- la féverole.
L’objectif est de disposer d’une rotation plus équilibrée, avec davantage de leviers agronomiques et moins de dépendance à une logique simplifiée de succession culturale.
Travailler le sol comme levier principal
L’exploitation explique qu’elle s’est rendu compte que, pour évoluer, il fallait d’abord travailler sur le sol. La priorité a donc été de viser des sols les plus vivants possible.
Pour cela, un grand nombre de leviers ont été mobilisés :
- simulations de bilans humiques ;
- augmentation des restitutions organiques ;
- allongement des rotations ;
- couverts végétaux ;
- réduction du travail du sol ;
- recherche d’une meilleure nutrition des plantes ;
- maintien d’une activité biologique élevée.
Le but est d’améliorer durablement la fertilité des sols et leur résilience face aux aléas climatiques.
L’augmentation du taux de matière organique
Un point très important mis en avant est l’évolution du taux de matière organique des sols.
L’exploitant indique qu’au départ, les sols étaient à des niveaux faibles, de l’ordre de 1 à 1,5 % de matière organique. Après plusieurs années de travail, et en particulier depuis trois à quatre ans avec une stratégie plus poussée, toutes les parcelles se situent désormais entre 2 et 3 % de matière organique, parfois davantage.
Cette progression est considérée comme une garantie pour l’avenir, notamment face aux épisodes climatiques extrêmes, avec des alternances de périodes très humides et très sèches. Selon l’intervenant, des sols plus riches en matière organique devraient mieux résister à ces variations.
Réduction du travail du sol et contexte local
La ferme est située dans une région où l’on cultive beaucoup de plantes sarclées, notamment :
- pommes de terre ;
- betteraves sucrières ;
- légumes.
Même si toutes ces cultures ne sont pas présentes sur l’exploitation, elles marquent fortement le contexte pédoclimatique et technique local. Ces cultures sont décrites comme agressives pour les sols, en raison :
- des préparations de semis ;
- des conditions de récolte parfois difficiles ;
- du risque de dégradation structurale.
Dans ce contexte, l’augmentation du taux de matière organique est vue comme un moyen essentiel de mieux supporter les contraintes liées aux récoltes, surtout à l’automne.
Le développement des cultures associées
La ferme a développé des cultures associées, notamment sur colza. L’exploitant indique qu’il avait déjà essayé le colza auparavant, puis l’avait abandonné avant d’y revenir.
Le retour du colza s’inscrit à la fois :
- dans une logique d’allongement de rotation ;
- dans une recherche de diversification ;
- dans une stratégie de diminution des insecticides.
Ces associations font partie des leviers agronomiques mobilisés pour rendre les systèmes plus robustes.
L’importance majeure des couverts végétaux
L’exploitation accorde une très grande importance aux couverts végétaux, en particulier lorsqu’il existe des intercultures longues.
Dans ces situations, la stratégie est de semer des couverts rapidement après la moisson, le plus tôt possible. L’idée, issue notamment de formations suivies, est qu’il vaut mieux capter au maximum la lumière et la croissance de fin d’été plutôt que de retarder le semis. L’exploitant rappelle en substance que quelques jours gagnés fin août ou début septembre peuvent être plus intéressants que plusieurs semaines plus tard.
Cela conduit parfois à revoir l’organisation des chantiers, notamment l’épandage des digestats ou des fumiers, afin de privilégier l’implantation rapide des couverts.
Les couverts implantés comportent désormais systématiquement au moins 50 % de légumineuses. Dans le cas des maïs, les couverts sont semés très tôt, au début du mois d’août, et peuvent rester en place jusqu’en février, mars, avril voire mai avant un maïs. Cela permet de produire de grosses biomasses restituées ensuite au sol.
Vers le semis direct
La ferme est actuellement en techniques culturales simplifiées pour l’implantation des céréales et des cultures de printemps. L’objectif est d’évoluer progressivement vers davantage de semis direct.
La démarche envisagée est progressive :
- commencer par les couverts végétaux ;
- se faire la main sur ces implantations ;
- passer ensuite sur colza ;
- puis sur céréales.
L’exploitant précise toutefois qu’il ne pense pas pouvoir atteindre 100 % de semis direct sur l’exploitation. Les récoltes d’automne, parfois très dégradantes pour les sols, imposent parfois un travail du sol pour remettre les parcelles en état et permettre les implantations suivantes.
Le fait de réaliser tous les travaux soi-même est présenté comme un avantage, car cela permet de choisir le meilleur moment d’intervention. Malgré cela, certaines conditions automnales rendent les choses compliquées.
Des analyses de sol plus poussées
Pour avancer sans faire fausse route, l’exploitation s’appuie sur des analyses de sol approfondies.
L’objectif n’est pas seulement d’obtenir des données chimiques classiques, mais aussi d’aller plus loin sur l’état du sol et sur la nutrition des cultures. L’intervenant évoque notamment des analyses orientées vers l’équilibre nutritionnel, ainsi que des analyses sur sève pour suivre la nutrition des plantes.
Ces démarches sont utilisées pour :
- rechercher une nutrition plus équilibrée ;
- diminuer au maximum les intrants de synthèse ;
- améliorer l’état sanitaire et la régularité des cultures.
Des analyses ont également été réalisées sur prairies temporaires pour essayer de maximiser la production de matière à l’hectare.
Le pilotage fin de l’alimentation du troupeau
Le fait d’être en élevage permet également de confirmer certains choix techniques. Pour cela, la ferme réalise régulièrement, et au moins à chaque changement de ration, des analyses de bouses.
Ces analyses servent à vérifier l’état de digestion des rations et à ajuster les apports. Cela permet de mieux choisir les compléments nécessaires et de limiter les intrants.
L’exploitation indique en utiliser de moins en moins, même si elle n’est pas dans une logique de suppression totale. Elle reste dans un système relativement intensif, sans viser le zéro intrant.
L’autonomie alimentaire du troupeau
L’énergie ne pose pas de problème particulier sur la ferme grâce à :
- la luzerne ;
- la betterave fourragère ;
- le maïs ;
- les céréales si nécessaire.
Le point le plus sensible reste la matière azotée. L’exploitation se dit encore partiellement dépendante de l’extérieur sur ce poste.
Pour les vaches laitières, la ration repose surtout sur la logique défendue par le réseau de la Blanc-Bleu ? Non, ici le terme évoqué est vraisemblablement la méthode de la “vache heureuse”, c’est-à-dire viser un maximum de matière produite à l’hectare avec des fourrages riches en légumineuses.
La ferme est proche de l’autonomie complète pour l’alimentation du troupeau. Elle achète encore un peu de correcteur, autour de 2,5 kg par vache laitière, principalement :
- du colza ;
- un correcteur à base d’urée.
Cela permet de soutenir des niveaux de production de l’ordre de 8 500 à 9 000 litres de lait par vache.
Des prairies temporaires riches en légumineuses
Depuis plusieurs années, la ferme s’appuie fortement sur :
- des prairies temporaires riches en légumineuses ;
- la luzerne ;
- d’autres espèces fourragères.
Ce choix vise à maximiser la production de matière à l’hectare et à renforcer l’autonomie du système. Pour l’énergie, le maïs reste important, avec restitution des pailles.
Le maïs joue aussi un rôle d’organisation dans le calendrier cultural de la ferme, dans un contexte où les saisons de récolte des betteraves et des pommes de terre sont déjà très chargées.
La restitution maximale des résidus
La restitution des pailles est présentée comme un levier central de l’amélioration des sols.
L’exploitation dispose de blé tendre et les pailles sont soit restituées directement, soit valorisées sous forme de fumier avec des échanges paille-fumier réalisés facilement à la moisson.
L’objectif est de restituer un maximum de carbone au sol :
- pailles ;
- fumiers ;
- résidus de maïs ;
- biomasses de couverts.
Systématiquement, ces matières sont laissées ou apportées en surface. L’idée est d’alimenter durablement la vie du sol.
Le rôle central de la vie biologique du sol
L’un des éléments marquants du témoignage concerne l’observation de la vie du sol, et notamment des vers de terre.
Un comptage avait été réalisé avec un étudiant. Sans être présenté comme une mesure parfaitement exhaustive, il avait déjà permis d’estimer plus d’une tonne de vers de terre par hectare.
L’exploitant souligne que, dans sa région, ce type de niveau est rare, surtout dans des contextes avec beaucoup de cultures sarclées. Il insiste aussi sur le fait que les vers de terre ne sont qu’un indicateur visible d’une vie du sol plus large.
L’image employée est parlante : avec une telle biomasse de vers de terre, c’est comme si l’on avait plusieurs unités de gros bétail en sous-sol. Dès lors, le rôle quotidien de l’agriculteur est aussi de nourrir cette vie biologique pour qu’elle travaille au bénéfice de la structure et de la fertilité.
Réduction des intrants et usage de bio-intrants
La ferme cherche à réduire fortement les intrants, en particulier sur céréales.
L’exploitant explique avoir mis en place un programme avec des bio-intrants, incluant notamment :
- des thés de compost ;
- des extraits ;
- des purins d’ortie ;
- des décoctions de prêle.
Sur céréales, cela a permis de réduire fortement les interventions fongicides, jusqu’à environ 50 %, voire davantage selon les cas, avec parfois un seul passage.
Selon lui, les céréales tiennent leur cycle correctement avec cette stratégie.
Il est également en réflexion sur la production à la ferme de certains bio-intrants, au lieu de les acheter.
Diminution des insecticides sur colza
Sur colza, la ferme cherche aussi à réduire les insecticides. Les cultures associées participent à cette stratégie.
L’objectif n’est pas seulement de diminuer les traitements, mais aussi de préserver au maximum la vie des sols. L’intervenant souligne que certains résidus de produits phytosanitaires peuvent poser problème dans une logique où l’on cherche justement à développer fortement l’activité biologique.
Effets observés sur le carbone et le carburant
Les changements de pratiques ont déjà permis d’observer :
- une diminution des émissions de CO2 ;
- une baisse sensible de la consommation de fuel.
Toutefois, certaines cultures restent très pénalisantes de ce point de vue, en particulier la pomme de terre, en raison du travail intensif du sol qu’elle impose et des risques liés aux récoltes tardives dans des conditions humides.
L’exploitant indique d’ailleurs que l’avenir de cette culture sur la ferme est incertain. Il est probable qu’elle soit progressivement abandonnée.
Le cas particulier de la betterave sucrière
La betterave sucrière reste en revanche une culture que l’exploitation souhaite conserver.
Plusieurs raisons sont avancées :
- elle permet de faire de beaux couverts ensuite ;
- les feuilles sont restituées ;
- elle présente de bonnes performances à l’hectare ;
- dans les bilans carbone, elle s’en sort plutôt bien ;
- c’est une plante à forte captation de carbone.
Dans la région, les rendements cités sont de l’ordre de 90 à 100 tonnes de betteraves sucrières. Cela en fait une culture importante dans le système.
L’exploitation reconnaît toutefois que la betterave impose aussi des compromis techniques, puisqu’elle demande une terre relativement fine à l’implantation.
Gestion des adventices
À la question de la gestion des adventices dans les cultures sarclées, l’exploitant répond qu’aujourd’hui, c’est encore principalement la chimie qui domine.
Cependant, d’autres pistes sont aussi explorées, notamment à travers la fertilité des sols et leur fonctionnement.
L’exploitation observe par exemple que, malgré l’absence d’apports de chaux depuis une vingtaine d’années, les pH restent élevés, autour de 7,7 à 8. En revanche, les analyses montrent un manque récurrent de calcium dans les sols.
Il est donc envisagé de recourir à du sulfate de calcium afin d’améliorer la porosité et le comportement structural des terres, d’autant que certaines parcelles se compactent facilement.
Un accompagnement technique recherché et assumé
L’exploitation insiste sur le fait qu’elle n’hésite pas à se faire accompagner, y compris en payant pour cela si nécessaire.
L’exploitant souligne qu’en Belgique, les agriculteurs ont souvent l’habitude de recevoir du conseil gratuit, mais que dans une phase de transition il juge important d’investir dans l’accompagnement pour éviter de perdre du temps et de faire fausse route.
La ferme est notamment en lien avec :
- Greenotec ;
- des acteurs français ;
- des structures belges d’accompagnement technique.
L’idée est claire : dans un système où l’on n’a qu’une récolte par an, il faut avancer vite mais de manière sécurisée.
Pâturage et robot de traite
La ferme a conservé un peu de pâturage, même si cela reste limité pour l’instant. La configuration des bâtiments rend le pâturage plus difficile à développer.
L’exploitant estime toutefois qu’il est possible de concilier pâturage et robot de traite. Le frein principal n’est pas le principe lui-même, mais plutôt l’organisation spatiale de la ferme.
Orientation générale et perspectives
La trajectoire de la ferme de Warelles est clairement orientée vers :
- l’augmentation continue de la matière organique des sols ;
- la diversification des rotations ;
- la restitution maximale de biomasse ;
- le développement de couverts végétaux riches en légumineuses ;
- la progression vers le semis direct ;
- la réduction des intrants de synthèse ;
- l’amélioration de l’autonomie alimentaire ;
- la valorisation locale des productions.
L’ensemble repose sur une conviction forte : la clé du système est dans le sol, sa structure, sa biologie et sa capacité à rester fonctionnel dans des contextes climatiques de plus en plus extrêmes.