GESTION DES VULPINS RÉSISTANTS - Sylvain TROMMENSCHLAGER

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Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager explique comment limiter la prolifération du vulpin résistant en créant des conditions de sol défavorables à sa levée, sans prétendre remplacer le désherbage. En s’appuyant notamment sur les travaux de Gérard Ducerf, il montre que le vulpin est souvent lié à des sols asphyxiés : anaérobiose, compaction, semelles, excès de menues pailles, déséquilibres entre bases et manque de carbonate de calcium actif. Il rappelle que les faux-semis, l’allongement des rotations ou les cultures de printemps ne suffisent pas toujours à résoudre le problème. La démarche proposée repose sur un diagnostic précis, avec analyses comparatives dans et hors des ronds de vulpin, puis sur un rééquilibrage du sol : apports de carbonate de calcium ou de gypse selon les cas, amélioration de la structure, relance de la vie du sol et couverts végétaux dynamiques. L’objectif est de ramener la pression à des seuils acceptables et durables.

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Résumé
Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager explique comment limiter la prolifération du vulpin résistant en créant des conditions de sol défavorables à sa levée, sans prétendre remplacer le désherbage. En s’appuyant notamment sur les travaux de Gérard Ducerf, il montre que le vulpin est souvent lié à des sols asphyxiés : anaérobiose, compaction, semelles, excès de menues pailles, déséquilibres entre bases et manque de carbonate de calcium actif. Il rappelle que les faux-semis, l’allongement des rotations ou les cultures de printemps ne suffisent pas toujours à résoudre le problème. La démarche proposée repose sur un diagnostic précis, avec analyses comparatives dans et hors des ronds de vulpin, puis sur un rééquilibrage du sol : apports de carbonate de calcium ou de gypse selon les cas, amélioration de la structure, relance de la vie du sol et couverts végétaux dynamiques. L’objectif est de ramener la pression à des seuils acceptables et durables.

Pour aller plus loin, vous pouvez contacter Sylvain TROMMENSCHLAGER via sa page Facebook : https://www.facebook.com/SARL-Conseil-Technique-Rural-CTR-107408794351978


Introduction

Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager propose une lecture agronomique du problème des vulpins résistants, avec un objectif clair : non pas « désherber » directement le vulpin, mais limiter sa prolifération en créant des conditions défavorables à sa levée.

Il précise d’emblée que les pratiques évoquées ici ne constituent pas une solution de désherbage au sens strict. Elles visent plutôt à réduire la pression, à l’amener à des seuils plus acceptables et à créer un milieu moins favorable au vulpin.

Cette réflexion s’appuie principalement sur les travaux de Gérard Ducerf, que l’intervenant cherche à traduire de manière pratique pour le terrain.

Une autre vidéo est annoncée sur le ray-grass, jugé différent du vulpin dans son écologie et dans sa gestion.

Un problème agronomique et économique majeur

Le désherbage du vulpin est aujourd’hui présenté comme un véritable fardeau économique dans les zones concernées.

Les coûts de désherbage sont évoqués dans une fourchette de 50 à 150 €/ha. Selon Sylvain Trommenschlager :

  • autour de 50 €/ha, la situation est encore considérée comme plutôt satisfaisante ;
  • en dessous de ce niveau, on estime généralement qu’il n’y a pas de problème technique majeur de vulpin ;
  • au-delà, la pression devient importante, notamment en nombre d’individus et en termes de résistances.

Il souligne aussi que l’efficacité de nombreuses techniques est aujourd’hui limitée.

Les limites des leviers classiquement mis en avant

L’allongement des rotations

L’allongement des rotations est reconnu comme un levier intéressant, mais il ne constitue pas une réponse universelle.

L’intervenant rapporte de nombreuses situations où des agriculteurs sont passés à des cultures de printemps, comme :

  • le maïs ;
  • le tournesol.

Or, malgré cela, du vulpin est encore observé dans ces cultures. Cette stratégie peut donc fonctionner, mais elle n’offre pas de garantie absolue.

Les faux semis

La pratique des faux semis est également discutée de manière critique.

En s’appuyant sur l’approche de la bio-indication, Sylvain Trommenschlager explique que plus une plante est détruite au stade jeune, plus cela peut stimuler à court ou moyen terme la levée de dormance d’autres graines de la même espèce. Autrement dit, détruire du vulpin levé peut aussi contribuer à entretenir le problème si les conditions du milieu restent favorables.

Il évoque aussi l’idée d’épuiser le stock semencier, mais rappelle que si les faux semis suffisaient à eux seuls, certains champs devraient aujourd’hui être totalement débarrassés du vulpin. Pour lui, ce levier n’est donc pas inutile, mais il ne suffit pas à expliquer ni à résoudre l’ensemble des situations.

Le milieu naturel du vulpin

Le vulpin est présenté avant tout comme une plante de marécage.

Sylvain Trommenschlager rappelle que, dans la littérature, son milieu naturel correspond à des sols :

  • très humides ;
  • pauvres en oxygène ;
  • avec un pH pas spécialement bas, voire plutôt élevé.

Cette lecture écologique est centrale : la présence importante de vulpin serait le symptôme de conditions d’anaérobiose dans le sol.

Le rôle de l’anaérobiose

L’intervenant insiste fortement sur l’idée que le vulpin manifeste des conditions anaérobies.

Ces situations peuvent être liées notamment à :

  • des sols très humides ;
  • des zones compactées ;
  • des semelles de labour ;
  • des accumulations d’argiles ;
  • des matières organiques de mauvaise qualité ou trop peu solubles.

Il précise avoir observé au cours de sa carrière des parcelles sans vulpin dans des contextes pourtant jugés très difficiles, mais aussi l’inverse. Cela l’amène à insister sur la nécessité de comprendre précisément les causes locales.

Relancer la vie du sol est présenté comme un point clé, car la vie biologique permet de sortir de ces fonctionnements anaérobies.

Les semelles et les accumulations d’argile

La semelle de labour n’est pas présentée comme une cause exclusive, mais comme un facteur fréquent.

Sylvain Trommenschlager insiste sur le fait qu’une semelle peut exister même en l’absence de labour depuis longtemps. Il cite des cas observés en semis direct, où des profils révèlent à 20 ou 25 cm une zone compacte assimilable à une « fausse semelle ».

Selon lui, cela peut provenir d’une dislocation des argiles : les argiles se lessivent, descendent par gravité, puis s’accumulent en profondeur en formant une zone plus imperméable.

Ceci expliquerait pourquoi certains agriculteurs, sans travail du sol depuis 10 ou 15 ans, restent confrontés à des problèmes sévères de vulpin.

La levée de dormance du vulpin

Sylvain Trommenschlager rappelle qu’il ne suffit pas d’avoir des graines pour obtenir des plantes : encore faut-il lever leur dormance.

Les conditions de levée de dormance du vulpin sont décrites comme très spécifiques :

  • des conditions anaérobies ;
  • souvent liées à un lessivage des argiles ;
  • des teneurs en argile significatives, souvent à partir d’environ 20 % ;
  • ou bien la présence d’une couche argileuse imperméable en profondeur, y compris dans des sols de surface sableux.

Il cite des observations faites dans des sols sableux qui, à l’analyse de texture de surface, ne présentent pas 20 % d’argile, mais possèdent à 15-20 cm une couche argileuse imperméable. Ces situations peuvent malgré tout être fortement infestées de vulpin.

Le rôle de la matière organique

L’intervenant distingue nettement quantité et qualité de la matière organique.

Selon lui, la présence de vulpin est liée à des matières organiques non solubles présentes en trop grande quantité par rapport aux fractions solubles. Il souligne donc que le problème n’est pas simplement « beaucoup de matière organique », mais un déséquilibre dans sa nature et son fonctionnement.

L’apport de matière organique soluble est présenté comme important pour limiter les fonctionnements anaérobies.

Le cas des menues pailles

Un point d’attention particulier est porté aux menues pailles, en particulier celles issues du broyage.

Sylvain Trommenschlager précise que ce n’est pas la paille en tant que telle qui pose problème, mais l’excès de menues pailles. Celles-ci sont décrites comme :

  • très consommatrices d’azote ;
  • génératrices d’anaérobiose ;
  • favorables au vulpin.

Il indique que, dans ces situations, deux grands gagnants ressortent souvent :

  • le vulpin ;
  • le brome.

Il précise toutefois que le brome n’a pas les mêmes conditions de levée de dormance que le vulpin, même s’il profite lui aussi des excès de menues pailles.

Le manque de carbonate de calcium

Un des constats majeurs présentés dans la vidéo est le manque de carbonate de calcium dans la plupart des situations de forte pression de vulpin.

Sylvain Trommenschlager explique que ce point ressort très fréquemment, à condition de ne pas se limiter à une analyse moyenne du champ. Il recommande au contraire de réaliser :

  • une analyse de sol dans la zone infestée de vulpin ;
  • une analyse comparative dans une zone du même champ où le vulpin est absent.

Cette comparaison permettrait de mettre en évidence des déséquilibres majeurs.

Il insiste fortement sur la distinction entre :

  • le calcium sous forme ionique ;
  • le carbonate de calcium ;
  • le calcaire actif.

Pour lui, avoir du calcium dans l’analyse ne signifie pas forcément que l’on dispose du carbonate de calcium nécessaire au bon fonctionnement structural et biologique du sol.

L’équilibre des bases

Une partie importante de la réflexion porte sur le rééquilibrage des bases du sol.

Les situations à vulpin présentent souvent, selon l’intervenant :

  • des excès de magnésium ;
  • beaucoup de potassium, parfois bloqué ;
  • des excès de sodium ;
  • un manque de carbonate de calcium.

Le rapport potasse / magnésium est cité comme un indicateur important de fertilité. Sylvain Trommenschlager renvoie ici aux travaux d’Albrecht, qu’il mentionne comme base de réflexion pour lire les équilibres de saturation.

Il considère que, lorsque le magnésium est trop dominant par rapport au potassium, et qu’il existe aussi des excès de sodium, le contrôle du vulpin devient très difficile.

Le cas du sodium

L’excès de sodium est présenté comme un problème croissant dans de nombreux sols.

Cet excès, combiné à un manque de carbonate de calcium, contribuerait aux désordres structuraux et à l’anaérobiose.

Pour corriger ce type de situation, le gypse, c’est-à-dire le sulfate de calcium, est cité comme un levier plus efficace que le carbonate de calcium lorsque le sodium est véritablement en excès.

Apporter du carbonate de calcium

L’apport de carbonate de calcium est présenté comme un levier central pour améliorer les conditions de sol défavorables au vulpin.

Selon Sylvain Trommenschlager, l’apport de carbonate de calcium agit de plusieurs façons :

  • il oxygène mécaniquement la structure ;
  • il favorise la floculation des argiles ;
  • il aide à remettre en solution du magnésium et du potassium ;
  • il participe au rééquilibrage des bases ;
  • il contribue à limiter les effets de l’anaérobiose.

Il insiste sur le fait qu’il parle ici de produits crus, plutôt grossiers, de type 0/2 mm.

Dose indicative

La règle pratique donnée dans la vidéo est :

  • 1 tonne de carbonate de calcium par 10 % d’argile.

Cette indication est donnée comme un repère général, à ajuster selon les produits et les situations.

D’autres amendements sont évoqués, notamment des amendements sidérurgiques, des produits silico-calcaires ou encore le gypse, mais sans développement détaillé dans cette vidéo.

Attention à la confusion entre calcium et calcaire

Un point de vigilance important de la vidéo est la confusion fréquente entre plusieurs notions :

  • le calcium échangeable ;
  • le calcium total ;
  • le carbonate de calcium ;
  • le calcaire actif.

Sylvain Trommenschlager rappelle qu’un sol peut être bien pourvu en calcium au sens de l’analyse, tout en manquant de carbonate de calcium fonctionnel.

Il souligne aussi qu’un pH élevé ou un sol argilo-calcaire ne suffisent pas à conclure qu’il n’y a pas de besoin d’apport. Selon lui, c’est justement l’erreur faite dans de nombreuses situations à vulpin.

Le rôle des couverts végétaux

En parallèle des apports minéraux, l’intervenant met en avant l’intérêt de couverts végétaux vivants, jeunes et dynamiques, avec beaucoup de racines et d’exsudats racinaires.

Ces couverts ont pour effet de :

  • tamponner les déséquilibres ;
  • mieux réguler les bases ;
  • relancer la biologie du sol ;
  • contribuer à sortir de l’anaérobiose.

Il évoque plus particulièrement des couverts à base de graminées.

Intérêt des ray-grass en couvert

Sylvain Trommenschlager souligne que les ray-grass, souvent diabolisés, peuvent au contraire être très intéressants en couvert.

Il mentionne notamment :

  • le ray-grass d’Italie ;
  • le ray-grass anglais.

Ces espèces sont décrites comme de très gros concurrents du vulpin, avec des effets allélopathiques importants.

Il annonce d’ailleurs une vidéo spécifique sur l’intérêt des couverts à base de ray-grass. Il précise aussi que, d’après leurs derniers travaux, ces couverts peuvent avoir un effet très positif entre deux céréales à paille, y compris sur la gestion du vulpin.

Une expérience simple pour diagnostiquer la présence de carbonate

La vidéo présente une expérience simple à réaliser soi-même pour observer l’effet du carbonate de calcium sur le comportement du sol.

Le principe consiste à :

  • prélever de la terre ;
  • ajouter une dose équivalente à un apport de carbonate de calcium ;
  • verser une grande quantité d’eau de manière brutale ;
  • observer la dislocation des argiles et la façon dont l’eau est retenue.

Selon l’intervenant, cette expérience montre que le carbonate de calcium améliore fortement la tenue structurale et la gestion de l’eau.

Il affirme également que le carbonate de calcium peut retenir jusqu’à plus de 10 fois son poids en eau, et qu’il améliore la réserve facilement utilisable, contrairement à la matière organique qui augmente la réserve utile mais pas toujours la réserve facilement utilisable.

Le test comparatif à l’acide chlorhydrique

Un autre test pratique est évoqué : le test à l’acide chlorhydrique, réalisé de façon comparative entre :

  • une zone à problème ;
  • une zone sans problème.

Un exemple est mentionné avec un agriculteur ayant effectué ce test à la suite d’échanges précédents. L’intérêt est de vérifier facilement la présence, ou au contraire l’absence, de carbonate de calcium dans les zones concernées par le vulpin.

Pour l’intervenant, ce type de comparaison de terrain est particulièrement utile pour objectiver les différences entre zones infestées et zones saines.

Que faire concrètement dans les ronds de vulpin ?

La démarche proposée dans la vidéo est la suivante :

  • faire une analyse de sol dans le rond de vulpin ;
  • faire, si possible, une seconde analyse comparative dans une zone du même champ sans vulpin ;
  • tester la présence de carbonate de calcium ;
  • apporter de l’oxygène au sol via les carbonates ;
  • travailler avec des couverts très dynamiques ;
  • rééquilibrer les bases, notamment vis-à-vis du magnésium et du sodium.

L’idée générale est de corriger le milieu plutôt que de raisonner uniquement en destruction de la plante.

Exemples de terrain cités

Plusieurs observations de terrain sont mentionnées en fin de vidéo.

Parcelles entretenues en calcaire ou non

Un exemple montre la différence entre :

  • une bande n’ayant pas reçu de calcaire depuis longtemps ;
  • une zone entretenue régulièrement.

La coupure est décrite comme très nette.

Effet des poussières de calcaire

Une photo prise au Maroc montre un chemin emprunté par des camions transportant du calcaire. Les retombées répétées de poussières de calcaire semblent correspondre à une zone où le vulpin s’arrête nettement.

Effet du drainage

Une autre photo montre un champ drainé. Sur les lignes de drainage, où l’anaérobiose est moindre, on observe une pression de vulpin beaucoup plus faible. Le dessin du drainage ressortirait même visuellement dans la parcelle à travers la répartition des vulpins.

Différence annoncée avec le ray-grass

En conclusion, Sylvain Trommenschlager insiste sur une différence fondamentale entre vulpin et ray-grass.

Selon lui :

  • le vulpin est révélateur de très gros problèmes de sol ;
  • le ray-grass, lui, peut au contraire avoir des vertus d’amélioration des fondamentaux du sol, notamment dans des sols pauvres en argile.

C’est pourquoi il annonce une vidéo spécifique pour détailler cette distinction.

Conclusion

Cette vidéo propose une lecture agronomique du vulpin centrée sur le fonctionnement du sol. L’idée principale est que le vulpin ne doit pas être vu uniquement comme une adventice à détruire, mais comme l’indicateur d’un milieu :

  • anaérobie ;
  • déséquilibré en bases ;
  • souvent compacté ;
  • fréquemment déficient en carbonate de calcium actif.

Les pistes mises en avant reposent donc sur la correction du milieu :

  • rééquilibrage des bases ;
  • apport de carbonate de calcium ou de gypse selon les cas ;
  • relance de la biologie du sol ;
  • couverts végétaux dynamiques ;
  • observation comparative des zones infestées et non infestées.

Sylvain Trommenschlager rappelle enfin que cette approche est encore nourrie par des essais de longue durée, et invite les agriculteurs à faire remonter leurs observations de terrain pour enrichir la compréhension collective du problème.