Ferme de Joseph Josue
Maraîchage, gestion agroécologique de la fertilité
Joseph Josue
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Contexte
- Nom de l'agriculteur : Joseph Josue
- Nom de la ferme : Ferme de Joseph Josue
- Localisation : Semé Kpodji , Bénin
- Date d’installation : 2010
- Surface cultivée : environ 0,75ha
- Texture du sol : Sableux ( Plaine maraîchère à 100 m de la mer)
- Nombre de personnes travaillant sur l’exploitation (UTH) : 5 permanents dont Joseph, des ouvriers et des personnes qui veulent apprendre. Il y a aussi des travailleurs temporaires et des stagiaires qui viennent régulièrement. Ses enfants l'aident parfois.
- Climat : Seme Kpodji possède un climat de savane à hiver sec (Aw) selon la classification de Köppen-Geiger. Seme Kpodji est une zone avec des précipitations importantes. Même pendant le mois le plus sec, il pleut beaucoup. Sur l’année, la température moyenne à Seme Kpodji est de 27.4°C et les précipitations sont en moyenne de 1217.1mm
- Études/formation/parcours de vie :
- Joseph a commencé à pratiquer le bio avant de rencontrer M. Deguénon Edgar (coordonnateur de l’ONG Hortitechs Développement, en lien avec la certification SPG. Son organisation vient en appui-conseil à l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP-BÉNIN))
- Il a reçu des formations en agriculture biologique et SPG (Système Participatif de Garantie) de M. Deguénon Edga ainsi que des formations sur les biopesticides fabriqués et la fabrication du Bokashi.
- Dans le cadre du projet Safe Veg , des expérimentations sur sa ferme sont misent en place accompagnées par des agronomes du CIRAD pour limiter l’impact des nématodes à galles et du ralstonia sur certaines cultures ( Tomates, Piments, Poivrons, amarante etc.) Il a aussi appris à sélectionner et reproduire certaines graines (piment jaune, piment démon, pastèque, melon) ce qui a réduit ses coûts de production et permis une plus grande autonomie de la ferme pour la production.
Motivations et objectifs
- Intérêts pour l’agroécologie : Joseph est un maraîcher de légumes bio et pratique l'agriculture biologique depuis environ 14-15 ans. Son exploitation est certifiée bio et subit des contrôles annuels via le SPG (Système Participatif de Garantie). Il fabrique son propre compost (en complément d'achats), des pesticides bio (à base de piment et d'herbes) et des fertilisants naturels comme le Ryaka (à base de jus d'ananas, d'oranges et de coco). Il intègre le Crotalaria dans ses rotations pour corriger le sol et gérer les nématodes et le ralstonia.
- Objectif / projets futurs : N’étant pas propriétaire de ses terres (qui appartiennent à l'état Béninois), Joseph souhaite acheter des terres ailleurs pour commencer de nouvelles productions, au cas où l'État lui demanderait de quitter le domaine actuel. Il envisage de cultiver le Crotalaria sur l'ensemble de son champ et veut continuer à cultiver la stévia. Il prévoit de relancer le marché fermier où il vendait ses produits à Fidjirosé, l’un des quartier Central de la Ville de Cotonou rose.
Volet agronomique
Productions végétales
- Cultures maraîchères et vivrières : Tomates, concombres, carottes, persil, fenugrec, zata, piment (jaune, démon), menthe (rouge, verte, poivrée), curcuma, chayote, goma, chou/soma, amarante, radis, navets, basilic, romarin, thym, rocaille, stévia, pastèque, melon (graines utilisées pour la production). Le maïs est mentionné comme une culture potentielle à associer avec le Crotalaria.
- Arbres fruitiers : Papayes (pour les clients), Moringa, manguier, l'État a planté des cocotiers sur le domaine.
Pratiques agricoles
Gestion de la fertilité
- Compost : à la fois fabriqué sur place et acheté. Compostage des fientes animales achetée de volaille, bétail et mouton avant application sur les parcelles.
- Bokashi : Fabrication et utilisation
- Ryaka : Fabrication et application de cet engrais liquide à base de jus d'ananas, d'oranges et de coco, qui stimule la croissance des plantes.
- Crotalaria Juncea (légumineuse) : comme plante pour corriger le sol et améliorer la terre.
Gestion des ravageurs
- Traitements naturels : utilise des produits comme BioBit et Top Bio mais ils restent très chers à l’achat pour sa ferme, il privilégie donc la production de biopesticides à partir de piment et d'autres herbes.
- Règle de décision : la prévention est cruciale. Il ne faut pas attendre que les cultures soient attaquées. Sur les tomates, il pulvérise deux fois tous les trois jours. Pour d'autres cultures, moins fréquemment (le chayo par exemple est plus résistant aux attaques de ravageurs).
- Ravageurs principaux : nématodes (sur carottes, tomates, piment), acariens (sur concombres, tomates, piment), et champignons (particulièrement sur les navets). Ralstonia sur les solanaceae et l’amarante.
- Pertes : nécessité de vendre aux prix du conventionnel si les produits ne se vendent pas au prix bio pour éviter la perte par pourriture.
Travail du sol
Utilisation de la débroussailleuse et d'autres outils pour le désherbage et le sarclage. L'enlèvement des racines et la préparation des planches se fait à la houe et à la main. Chaque planche de culture est travaillée en profondeur ( 20 cm minimum ) à la houe avant d'être mise en culture.
Stratégies face aux contraintes
- Difficultés de vente des produits bio en raison du prix jugé trop élevé par les consommateurs par rapport aux produits conventionnels. Il est parfois obligé de vendre ses produits au prix du marché conventionnel pour éviter le gaspillage.
- La fluctuation des marchés rend difficile la planification de la production.
- Difficultés à se procurer certains intrants bio, ce qui l'a poussé à fabriquer les siens (Ryaka, Bokashi). L’autonomie sur la production de biopesticides, de semences permet de réduire la dépendance au marché et à ces fluctuations. Sur les dernières années, le prix des engrais à fortement augmenté au Bénin et l’autonomie permet de réduire les charges liées à la production.
- La menace de devoir quitter le domaine de l'État le pousse à planifier l'achat de ses propres terres pour sécuriser son activité. C’est le cas de la plupart des maraîchers de la plaine de Seme Kpodji. Les terres ont été mises à dispositions mais beaucoup d’entre elles sont plantées avec des cocotiers, lorsque les cocotiers seront en âge de production il est probable que l’Etat récupère ces parcelles.
Système hydrique
- Utilise une pompe à gaz pour l'irrigation, alimentée par un forage.
- Une bouteille de gaz coûte 10 000 francs. Il utilise un minimum de 4 bouteilles par mois en période sèche, mais la consommation diminue en saison pluvieuse.
- L'arrosage est plus économique en gaz lorsque plusieurs personnes arrosent simultanément à l'aide d'un raccord.
Volet social
Satisfactions/insatisfactions
- Charge de travail : La charge de travail sur l’exploitation de Joseph Josue est particulièrement élevée, en raison de la diversité des cultures, du choix de pratiques agroécologiques manuelles et de l’autonomie recherchée sur les intrants. Le travail du sol est entièrement effectué à la main ou à la houe, avec un soin particulier à la préparation des planches sur 20 cm de profondeur. L’arrosage, bien qu’optimisé avec une pompe à gaz et des raccords, demande une mobilisation constante en saison sèche. La fabrication maison du compost, du Bokashi, des biopesticides et du Ryaka représente un investissement en temps supplémentaire, tout comme la sélection et la reproduction des semences. Joseph est épaulé par trois ouvriers permanents, des stagiaires, des apprentis et parfois ses propres enfants, mais la gestion quotidienne reste exigeante. La coordination des cultures, les traitements préventifs, les récoltes et la commercialisation directe sur différents canaux ajoutent à cette intensité de travail, rendant son emploi du temps particulièrement chargé toute l’année
- Économique :
- Salaire : Après déduction des charges et des dépenses pour les ouvriers et produits, le revenu net annuel pour lui et sa famille est d'environ 1 million à 1,5 million de francs CFA.
- Insatisfactions : La vente des produits bio est compliquée car les gens ne sont pas prêts à payer le prix normal. Il est souvent contraint de vendre au prix des produits conventionnels pour éviter la perte. La différence de prix entre le bio et le conventionnel est minime (600 à 1000 francs/). Le marché est très fluctuant, rendant difficile la prévision des ventes.
- Sociale : Il vend à une coopérative de producteurs bio. Il vendait sur un marché fermier à Fidji Rose avec l'association Jardins de l'espoir, mais cette activité est actuellement en pause et en cours de réactivation. Il a des acheteurs ambulants, les “ bonnes dames “ et des clients qui connaissent les produits bio et viennent directement les acheter sur sa ferme. Il forme des stagiaires et travaille avec des ouvriers et sa famille.
- Cadre de vie : L'exploitation est située sur un domaine de l'État. Joseph est incertain de la durée de son occupation et prévoit d'acheter son propre terrain pour la sécurité.
Environnement
- L'exploitation est certifiée biologique et utilise des pratiques agroécologiques depuis 14-15 ans.
- Il utilise des techniques de fertilité et de gestion des ravageurs qui respectent l'environnement.
- Certifié SPG avec des contrôles fréquents sur l’application et l’utilisation de pesticides et autres produits de synthèse.
Accompagnement technique/Aides
- Accompagnement et formations par M. Deguénon Edgar.
- Aide du projet Safe Veg pour la mise en place de parcelles expérimentales et renforcement des capacités de gestion du sol/ correction des sols, ainsi que pour la conservation et la production de semences.
- Paie une cotisation annuelle de 6000 francs à la coopérative. Il paie aussi la certification chaque année.
Coopération avec d’autres agriculteurs
- Il coopère avec une coopérative pour la vente de ses produits.
- Les voisins utilisent des produits chimiques mais rencontrent aussi des problèmes de ravageurs, notamment les champignons sur les navets. Il essaie de convaincre les autres agriculteurs de passer en agriculture biologique en démontrant les résultats sur sa ferme, partageant ses techniques et méthodes. Néanmoins, la difficulté à valoriser ses produits cultivés sans pesticides sur le marché local freine l’adoption de ces pratiques chez d’autres agriculteurs.
Volet économique
Foncier
La terre est un domaine de l'État mis à la disposition de Joseph, sans loyer direct. Joseph paie une redevance annuelle de 6000 francs à la coopérative pour le bureau, l'électricité et le secrétariat. Des cotisations ponctuelles sont organisées pour les travaux communs si besoin.
Matériel
- 3 Débroussailleuses : 170 000 francs.120 000 francs et 130 000 francs. = 470 000 FCFA
- Outils pour le travail manuel : Houe, Râteau, machette etc.
- Tuyaux d'irrigation : Changés tous les deux ans et demi environ, surtout les raccords.
Charges (annuelles estimées)
- Compost acheté : Environ 50 à 70 sacs par an, un sac de 50 kg coûte 3500 francs pour les membres de la coopérative. (Soit entre 175 000 et 245 000 francs par an).
- Fientes animales (volaille, bétail, mouton) : Environ 800 000 à 1 million de francs par an.
- Salaires des ouvriers : Environ 1 million de francs par an pour les trois ouvriers permanents (chacun gagne 300-350 kFCFA par an). Les stagiaires ne sont pas payés, mais reçoivent de l'argent pour manger.
- Gaz pour la pompe d'irrigation : Minimum 4 bouteilles par mois (10 000 francs la bouteille) en période sèche, soit au moins 480 000 francs par an si l'irrigation est fréquente.
- Carburant pour le transport au marché : Environ 4 litres par mois (500-550 francs le litre), soit environ 26 400 francs par an.
- Semences : Coût maximal de 200 000 francs par an, réduit grâce à la production propre de semences.
- Cotisation coopérative : 6000 francs par an.
- Frais de certification et de contrôle : Payés annuellement, environ 7000 FCFA
Revenus
- Chiffre d'affaires annuel : Peut atteindre 5 millions de francs CFA, mais varie souvent entre 2 millions et 2,5 millions de francs CFA.
- Revenu net pour l'exploitant : Après déduction de toutes les charges (produits, ouvriers, alimentation), il reste environ 1 million à 1,5 million de francs CFA pour Joseph et sa famille.
Stratégie commerciale/ Débouchés
- Vente à une coopérative.
- Vente sur un marché fermier (actuellement en arrêt temporaire mais en cours de relance).
- Vente directe aux acheteurs ambulants et aux clients qui connaissent les produits bio.
- Difficulté à vendre au prix bio, ce qui l'oblige parfois à vendre au prix du marché conventionnel pour éviter les pertes.
- Le marché est très fluctuant et imprévisible.
Le conseil de l'agriculteur
Joseph Josue révèle que sa résilience et son approche proactive sont très importantes. Il met en avant l'importance de la prévention dans la gestion des ravageurs pour l'agriculture biologique. Il souligne également la nécessité de l'innovation et de l'autonomie en fabriquant ses propres produits (compost, Ryaka, pesticides bio) face aux difficultés d'approvisionnement et aux coûts élevés. Enfin, il met en lumière les défis économiques liés à la valorisation des produits biologiques et la nécessité de s'adapter aux réalités du marché pour assurer la survie de l'exploitation.
Galerie photos
Sources
Interview de Joseph Josue réalisée en 2025.