Détruire les engrais verts en vigne

De Wiki Triple Performance
Roulage d'un engrais vert (IFV)
Cet article est issu de la base GECO[CC BY-NC-SA 3.0]. Cliquez ici pour accéder à la page d’origine : Logo Geco

La destruction d'engrais verts présents dans l'inter-rang de la vigne fait suite à leur implantation avant la période hivernale car ils n'ont pas vocation à être récoltés. Lorsqu'ils sont détruits, les engrais verts représentent un apport en matière organique, permettant de :

Plusieurs modes de destruction des engrais verts sont couramment utilisés, avec des effets différents, en particulier sur la vitesse de dégradation du couvert et sa minéralisation.

Méthodes de destruction

Date de destruction

La destruction du couvert doit intervenir au plus tard à la floraison des plantes pour éviter la montée à graine et le re-semis[1].

Jusqu’à la floraison, la plante accumule les produits de la photosynthèse dans des réserves d’éléments simples. Après la floraison et à partir de la fécondation, ces éléments migrent vers les graines pour faire des réserves d’éléments complexes (type amidon, etc). Les plantes fleuries sont au maximum de leur activité biologique, c’est donc le moment le plus intéressant pour détruire les engrais verts[2].


Cependant, il faut savoir s’adapter et tenir compte[2] :

  • des espèces présentes dans le mélange,
  • du développement de l’engrais vert par rapport à la vigne (exemples : gêne pour les traitements, risque de gel, risque de minéralisation trop tardive ou sur la fleur accroissant la sensibilité aux maladies…),
  • de la floraison, voir de la montée à graines d’une espèce envahissante, ou de l’espèce dominante du mélange.


Le pilotage de la destruction de l'engrais vert doit se faire en lien avec les besoins de la vigne : il faut qu'il se développe suffisamment longtemps tout en limitant ses effets négatifs, et faire coïncider sa destruction et sa période de forte minéralisation avec les besoins de la vigne. Cependant, sa minéralisation est très dépendante des conditions climatiques du millésime, c'est pourquoi le pilotage vise surtout à limiter l'entrée en concurrence du couvert, plutôt qu'à faire coïncider sa restitution en fonction des besoins de la vigne.

Choisir une méthode

Le choix du mode de destruction dépend des objectifs recherchés[1] :

Choix destruction EV.png


Roulage

Il consiste à coucher les engrais verts au sol et de les pincer pour stopper la montée de sève, avec un débit de chantier important (jusqu'à 12 km/h) et une faible demande énergétique (3,6 à 4,1 L de carburant/h).

La dégradation lente de la partie pincée et l'arrêt de la croissance du couvert permettent une compensation voire un gain de matière organique. Il peut cependant avoir pour effet une destruction incomplète du couvert si l'engrais vert est composé de plusieurs espèces qui ne sont pas toutes en fin de cycle.

Avantages Inconvénients
  • Débit de chantier important : opération rapide
  • Demande énergétique très faible comparé à un broyage, une tonte ou un enfouissement


  • Destruction incomplète si le mélange est hétérogène et que toutes les plantes ne sont pas en fin de cycle


Il existe différents types de rouleaux. Les principales différences se situent au niveau de la conception des éléments qui pincent les tiges. Pour tous, le principe commun est une répartition de l’appui au sol par le décalage des éléments, pour éviter que le rouleau ne saute en fonction des irrégularités du terrain et pour améliorer la pression exercée au sol.[3]

Rolofaca

  • Lames droites disposées en créneaux.
  • Les tiges sont coupées plus qu’écrasées compte tenu des arêtes saillantes du rouleau.
  • Le montage avant est possible.
  • Le rouleau Clemens est conçu à l’identique mais dispose d’une option intéressante d’extensibilité du rouleau pour s’adapter à des largeurs de vignes différentes.



Rouleau Actisol

  • Les lames inclinées sur 4 sections interchangeables permettent la répartition de l’effort au sol.
  • De nombreuses tiges sont coupées plus que pincées.
  • Le rouleau peut remonter de la terre s’il a un angle d’attaque trop prononcé.



Rouleau Martin Raucoules

Rouleau Martin Raucoules

Une conception plus artisanale pour ce rouleau à deux sections de lames inclinées pour canaliser le flux de végétation et éviter que les couverts ne se couchent sous les pieds de vigne. L’écrasement est un peu moins homogène.


Rolojack

La particularité de ce rouleau proposé par la société VITIMECA tient en plusieurs caractéristiques qui le distinguent des autres :

  • les lames ondulées pour la répartition de l’effort au sol,
  • la présence d’un vérin d’appui au 3ème point pour ajuster la pression sur le couvert par un report du poids du tracteur,
  • la présence d’un contre-rouleau plein, de petit diamètre, devant le rouleau principal. 
  • L’écrasement du couvert obtenu est très homogène.



Tonte, fauche

Elle est intéressante lorsque la végétation est peu développée ou si l'on souhaite la laisser sur le sol pour en assurer la couverture.

Il existe de nombreux matériels permettant de tondre les inter-rangs en vigne.

Matériel



Broyage

Cette destruction est utile lorsque la végétation est importante et si l'incorporation au sol et la décomposition doivent se faire rapidement.

Le broyage d’un couvert fortement développé peut être assez énergivore. Les mesures réalisées avec un broyeur sur un couvert de 120 cm de hauteur donnent une consommation de 10,8 L/h à la vitesse de 3,8 km/h. Pour un couvert  implanté un rang sur deux la consommation est de 7,75 L/h.

En viticulture, afin d’éviter une minéralisation rapide ou au contraire une “faim d’azote”, le mulchage apparaît comme un compromis intéressant qui évitera les “à coups” au niveau du sol et de la vigne.

Gyrobroyeur


Matériel

  • faucheuse à sections ou rotatives,
  • gyrobroyeur à axe vertical,
  • broyeur à couteaux et axe horizontal.

Les matériels déportés sont préférables car la végétation n’est pas couchée par les roues du tracteur.[4]


Enfouissement

L’enfouissement est facultatif ; il dépend de l’objectif recherché. Dans tous les cas certaines règles sont à suivre :

  • On n’enfouit jamais un engrais vert sur un sol humide.
  • Respecter un délai de 3 semaines entre broyage et enfouissement pour éviter un pic de minéralisation ou un phénomène de « faim d’azote »
  • La végétation peut aussi être laissée sur le sol de 30 à 60 jours pour sécher avant l’enfouissement.
  • La matière organique ne doit pas être enfouie profondément si elle est encore fraiche et l'enfouissement peut être réalisé en une ou deux fois, selon les espèces, avec un outil à dents ou à disques.


Matériel

L’enfouissement est ensuite réalisé avec un appareil de type covercrop. Un à deux passages sont nécessaires selon les espèces.

La consommation instantanée mesurée varie entre 5,14 et 7,22 L/h pour une vitesse de travail de 6 km/h.

Dans ces conditions, et toujours pour des couverts implantés un rang sur deux, la consommation par hectare s’établit entre 2,3 et 3,3 L.

L’ensemble des deux opérations, broyage et enfouissement, demande donc un total de 10 à 11 L de carburant par hectare, c’est-à-dire 10 fois plus qu’un simple roulage.


Services rendus par la technique

Fourniture de nutriments

La destruction d'engrais verts, en particulier par broyage et enfouissement superficiel, permet la restitution à la vigne sous une forme assimilable d'éléments minéraux sous forme insoluble qui étaient inutilisables tels quels par la vigne (exemple : Brassicacées avec la potasse, ou azote atmosphérique avec les Fabacées).

On peut aussi laisser se lignifier le couvert afin d'en ajuster le C/N, dans une optique d'augmenter le taux de matière organique de la parcelle.


Stabilité physique et structuration du sol

La destruction du couvert permet d'assurer une couverture du sol, que le couvert ait été ou non broyé. Cette couverture limite les phénomènes d'érosion et de ruissellement et est d'autant plus efficace s'il y a un mulch résultant d'un broyage.


Régulation et gestion des adventices

Dans le cas d'un broyage avec déport sous le rang avec ou sans travail de l'inter-rang, cette destruction permet de recouvrir le rang d'un mulch et limite le développement des adventices par recouvrement.


Effets sur la durabilité du système de culture

Critères "environnementaux"

Positif Effet sur la qualité de l'eau Le rôle de gestion des adventices assuré par la couverture du sol et l'intervention mécanique permettent de limiter le recours au travail du sol. De plus, la couverture du sol assurée après la destruction de l'engrais vert, tant qu'il n'est pas enfoui, limite l'érosion de l'inter-rang et donc le risque de turbidité. Enfin, un engrais vert peut jouer le rôle de culture piège à nitrates. 


Neutre Effet sur la consommation de ressources fossiles

La destruction des couverts d'engrais verts nécessitant un ou plusieurs interventions mécaniques, la consommation de carburants et les émissions de GES induites sont en augmentation. Cependant, elles peuvent être compensées par la limitation de l'utilisation d'engrais minéraux (grâce aux services rendus de fourniture en nutriments et gestion des adventices), dont la fabrication est consommatrice de ressources fossiles. L'utilisation d'engrais vert pour améliorer la teneur en matière organique des sols permet aussi de stocker du carbone dans les sols.


Critères "agronomiques"

Neutre Productivité Il faut être vigilant sur la période de destruction et d'enfouissement des engrais verts, qui peut avoir pour effet un pic de minéralisation et donc une augmentation de la vigueur de la vigne à un moment où on cherche au contraire à la limiter (printemps et véraison), et inversement, dans certaines situations peu fertiles, une destruction trop tardive peut générer une concurrence avec la vigne. 


Positif Fertilité du sol

Les engrais verts stimulent l’activité biologique du sol de manière rapide et intense pendant leur croissance et surtout après enfouissement. Les quantités d’humus formées permettent d’entretenir le taux de matière organique du sol mais sont souvent insuffisantes pour le faire remonter.


Neutre Stress hydrique

Attention en zones sèches et lors de période de forte croissance de la vigne à détruire l’engrais vert avant qu’il ne concurrence la vigne sur le plan hydrique.


Neutre Biodiversité fonctionnelle

Les engrais verts, selon la composition d'espèces du mélange, peuvent constituer un lieu propice à la présence d'auxiliaires de la vigne, cependant celui-ci est détruit avant la période végétative de la vigne.


Critères "économiques"

Négatif Charges opérationnelles

La consommation de carburant pour la destruction du couvert est plus importante que dans le cas d'une destruction chimique. Elle est fonction de l'outil et de la biomasse du couvert. Pour des couverts implantés 1 rang sur 2, l'IFV Sud-Ouest estime entre 10 et 11 l/ha de consommation, pour un broyage d'un couvert fortement développé (120 cm de hauteur) suivi d'un enfouissement avec un outil type cover-crop. Cette consommation est 10 fois plus importante que pour un simple roulage.


Négatif Charges de mécanisation

Elles dépendent du prix du matériel considéré.


Neutre Marge

Le coût de destruction, intégrant le prix du matériel et du temps de travail associé se situe entre 20 et 30 €/ha. A cela il convient de déduire les charges d'intrants économisés (engrais), qui peuvent se chiffrer à 75 € par ha dans le cas le plus favorable. Le prix de la technique dans son ensemble (semis, prix des semences, destruction) doit être pris en compte dans l'analyse de l'impact sur la marge.


Critères "sociaux"

Négatif Temps de travail

La destruction mécanique des engrais verts demande un temps de travail plus important que dans le cas d'une destruction chimique, d'autant plus que l'intervention consiste à travailler un rang à la fois.

Les débits de chantier sont variables selon les matériels, la densité du couvert... Le roulage représente l'intervention la plus rapide (de 8 à 12 km/h).


Neutre Période de pointe

Privilégier le roulage qui est la méthode de destruction la plus rapide (jusqu'à 12 km/h).

Pour en savoir plus

  1. 1,0 et 1,1 Chambre d'Agriculture du Var, 2018, Les engrais verts en viticulture
  2. 2,0 et 2,1 Auxiliaire Bio, N°3, mai 2017, Couverts et engrais verts en viticulture biologique, AgribioPérigord
  3. Institut Français de la Vigne et du Vin, en ligne, Destruction des engrais verts
  4. ITAB, Les engrais verts en viticulture

Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page

Est complémentaire des leviers

Contribue à

S'applique aux cultures suivantes