Amélioration du sol en vergers, par Claude Bussi
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Intervention tirée de la journée technique
maraîchage & arboriculture : La conservation des sols
et sa biodiversité fonctionnelle
du 23 janvier 2020 à Montpellier.
Introduction
Claude Bussi, de la station La Pugère à Saint-Marcel-lès-Valence, présente ici une synthèse de travaux menés sur l’amélioration du sol en vergers, en lien avec la protection des vergers et la conservation des sols.
L’intervention porte principalement sur l’enherbement des sols en verger et sur ses effets agronomiques, biologiques et écologiques. Il précise d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une présentation exhaustive, mais d’un ensemble de résultats issus de deux groupes de travail dans le cadre de projets Casdar, conduits en collaboration étroite avec les collègues du GRAB et de l’ITAB.
Contexte des travaux
Les résultats présentés sont issus de deux projets Casdar :
- un premier projet antérieur ;
- un second projet intitulé « Plantes couvre-sol et biodiversité », encore en cours au moment de l’intervention.
Ces travaux ont été réalisés avec une orientation très appliquée, à partir de problématiques concrètes rencontrées en verger, notamment sur la gestion du sol, de l’eau, de la fertilité et de la biodiversité.
Pratiques conventionnelles en verger
Dans les vergers, la gestion classique du sol repose généralement sur une compartimentation entre :
- l’inter-rang, souvent enherbé ;
- la ligne d’arbres, qui reste le plus souvent désherbée ou travaillée.
Sur l’inter-rang, l’enherbement est courant, avec un entretien par broyage, généralement de l’ordre de 4 à 6 passages par an selon les situations.
Sur la ligne d’arbres, plusieurs modalités existent :
- le désherbage chimique, laissant le sol nu ;
- le travail du sol, par exemple avec un outil à disques.
Dans le cas du travail du sol, cette intervention permet aussi, notamment en verger biologique, d’enfouir des apports organiques comme le compost afin d’enrichir le sol en matière organique.
La fréquence des interventions sur la ligne est du même ordre de grandeur que sur l’inter-rang, soit environ 4 à 6 opérations annuelles selon les systèmes.
Raisonner avant l’installation du verger
Claude Bussi insiste sur un point essentiel : l’amélioration du sol en verger doit se penser avant même la plantation.
Importance du précédent cultural
Le précédent cultural joue un rôle important, et cette dimension est de plus en plus prise en compte.
Par exemple, l’implantation d’une crucifère comme la moutarde l’année précédant la plantation permet :
- d’apporter une masse importante de carbone au sol lors de son enfouissement ;
- d’étouffer une partie des adventices potentielles.
Sur une parcelle citée en exemple, cette pratique a permis de résorber un problème de rumex.
Cette crucifère peut être enfouie au printemps, vers le mois d’avril.
Installation d’une culture intercalaire avant plantation
Après cette première étape, il est encore possible d’implanter une culture intercalaire avant la plantation du verger, par exemple une culture mellifère.
L’intérêt est double :
- favoriser la biodiversité ;
- enrichir la parcelle en azote si le mélange comporte des légumineuses.
Enherbement de la ligne d’arbres en verger adulte
Les essais présentés portent aussi sur des vergers adultes, dans lesquels le choix a été fait d’enherber la ligne d’arbres au lieu de conserver un sol nu travaillé.
Deux grandes situations sont distinguées.
Enherbement naturel
Dans ce cas, on laisse se développer une végétation spontanée sur la ligne.
Cette stratégie est facilitée lorsque le verger dispose d’une irrigation souterraine. Ce type d’irrigation limite le développement excessif des adventices en surface tout en alimentant correctement les racines des arbres.
Avec ce dispositif :
- le couvert spontané s’installe progressivement ;
- la biodiversité floristique augmente d’année en année ;
- l’entretien reste très simple, avec en général un à deux fauchages par an.
Claude Bussi souligne que l’irrigation souterraine alimente bien l’arbre, alimente peu le couvert spontané, mais que cela n’est pas problématique car ce couvert se maintient seul.
Enherbement semé
L’autre option consiste à semer volontairement un couvert sur la ligne d’arbres, par exemple du trèfle blanc.
Ce type de couvert permet en plus une certaine gestion de l’azote dans le verger.
Dans ce cas, si l’on utilise une irrigation aérienne, il faut un dispositif adapté, de type irrigation pendulaire, afin de pouvoir réaliser correctement les opérations de semis, de fauchage et d’entretien sur la ligne.
Effets de l’enherbement sur la structure du sol
Les observations réalisées montrent des effets rapides et nets sur la structure du sol.
À l’aide de tests de terrain, il apparaît que les sols sous enherbement présentent :
- une structure plus grumeleuse ;
- des agrégats plus nombreux et plus stables.
À l’inverse, les sols travaillés présentent une structure moins favorable.
Ces essais ont été réalisés sur des sols de type diluvium alpin, à texture sablo-limoneuse et avec une forte proportion de cailloux. Dans ce type de sol, les évolutions sont très rapides : en quelques années seulement, le changement de système de gestion du sol modifie fortement sa structure.
Effets sur la vie biologique du sol
L’enherbement favorise également une présence accrue de lombrics.
Les résultats obtenus confirment des observations déjà faites dans d’autres contextes : l’installation d’un couvert végétal améliore l’activité biologique du sol et participe à la formation d’une structure plus poreuse et plus stable.
Effets sur la porosité et la perméabilité
Les mesures réalisées montrent aussi une porosité et une perméabilité accrues sous enherbement.
Ainsi, les différents effets attendus de la conservation des sols sont bien retrouvés dans les essais en verger :
- amélioration de la structure ;
- augmentation de l’activité biologique ;
- amélioration de la circulation de l’eau dans le sol.
Effets sur l’eau dans le sol
Le suivi de la tension de l’eau dans le sol montre des différences nettes entre les sols enherbés et les sols désherbés chimiquement.
Sous couvert végétal :
- les variations de tension de l’eau sont moins fortes ;
- le fonctionnement hydrique du sol est plus régulier.
Claude Bussi souligne deux points particulièrement intéressants :
- en début de saison, il n’y a pas d’excès d’eau, car l’herbe contribue à pomper cet excédent ;
- lorsque cela devient nécessaire, le système restitue de l’eau de manière plus progressive.
En été, les tensions redescendent bien sous l’effet de l’irrigation, mais le sol enherbé reste globalement plus stable que le sol nu.
Conséquences sur les fruits et leur conservation
Cette régulation plus régulière de l’eau se traduit directement au niveau des fruits.
Sous enherbement, les fruits grossissent de manière plus régulière, ce qui limite les microfissures à leur surface.
Cela a des conséquences positives en conservation :
- moins de maladies de conservation sous couvert végétal ;
- effet particulièrement visible les années à printemps humide.
L’exemple présenté concerne tout particulièrement les fruits à noyau, notamment le pêcher.
Effets sur certains ravageurs
Sur plusieurs années, une limitation de certains pucerons a également été observée, notamment du puceron noir, qui pose des problèmes importants dans les vergers concernés.
L’explication avancée est liée au fait que ce puceron hiverne souvent dans le verger et qu’il est alors davantage soumis à la régulation par la faune auxiliaire, elle-même favorisée par l’enherbement.
Effets sur l’azote et la fertilité chimique
Claude Bussi indique que l’on retrouve sur l’azote un fonctionnement comparable à celui observé pour l’eau.
Sous couvert végétal :
- il y a moins de pics d’excès d’azote ;
- les risques de pertes sont réduits ;
- les reliquats azotés sont plus faibles mais plus constants.
À l’inverse, sans couvert, les variations sont plus rapides et plus marquées.
Les quantités d’azote concernées ne sont pas négligeables.
Sur la fertilité chimique du sol, des évolutions intéressantes ont aussi été observées, notamment pour certains oligo-éléments comme :
Leur concentration peut augmenter sous couvert.
Stockage de carbone et équivalent compost
Les essais ont également permis de quantifier le stockage de carbone dans le sol.
Claude Bussi souligne que ce stockage représente des quantités loin d’être négligeables, comparables à plusieurs tonnes de compost par an en équivalent.
Cet effet a pu être mis en évidence grâce à des essais différenciant les apports de compost selon les parcelles.
Effets sur la biodiversité
L’enherbement favorise une biodiversité floristique plus importante, ce qui entraîne également une augmentation de la biodiversité faunistique.
Cette dynamique est jugée favorable à une protection des cultures simplifiée.
Dans les essais sur jeunes vergers, une augmentation de l’abondance et de la richesse en arthropodes a aussi été observée, particulièrement dans les modalités à base de trèfle.
Effets sur rendement et calibre
Globalement, les essais ne montrent pas d’effet dépressif de l’enherbement, à condition de bien gérer l’irrigation.
Claude Bussi précise qu’en année particulièrement sèche, il ne faut pas oublier d’apporter un peu plus d’eau pendant les périodes critiques, faute de quoi le calibre pourrait être pénalisé.
En revanche :
- le rendement est globalement équivalent ;
- le calibre est équivalent, voire supérieur ;
- l’ensemble du système apparaît plus résilient sous couvert végétal que sous sol travaillé ou désherbé chimiquement.
Cas des jeunes vergers
La situation est différente dans les jeunes vergers.
Si l’on installe un enherbement permanent dès la plantation, la concurrence racinaire est trop forte. Les jeunes arbres, dont le système racinaire est encore peu développé, rivalisent difficilement avec des graminées ou des légumineuses.
Recours aux engrais verts
Pour limiter cette concurrence, une stratégie progressive a été imaginée, basée sur l’utilisation d’engrais verts.
Le principe est le suivant :
- semis à l’automne ;
- fauche, voire enfouissement, au printemps.
Claude Bussi note que l’enfouissement ne correspond pas strictement aux principes de la conservation des sols, mais que cette solution permet de limiter la concurrence vis-à-vis des jeunes arbres.
Les arbres sont ainsi plantés directement dans le couvert, par exemple dans un mélange avoine-trèfle, qui est ensuite fauché dès le mois d’avril. On attend ensuite sa bonne décomposition avant de l’enfouir.
Mélanges testés
Parmi les modalités testées :
La vesce se montre particulièrement bien adaptée dans les sols étudiés, avec un développement très important, au point de dépasser les jeunes arbres.
= Effets observés
La première année, une légère réduction de vigueur des arbres a été observée par rapport aux témoins sur sol nu.
Mais dès la deuxième année, les modalités avec engrais verts ont repris le dessus.
Au bout de deux ans, la vigueur des arbres est au moins équivalente à celle observée dans les modalités témoins avec travail du sol.
De plus, ces modalités permettent un gain en biomasse microbienne, mesurée et supérieure dans les traitements avec engrais verts.
Conclusion
Les essais présentés montrent que l’enherbement et les couverts végétaux en verger permettent, dans les conditions étudiées :
- d’améliorer rapidement la structure du sol ;
- de favoriser l’activité biologique ;
- de réguler plus régulièrement l’eau et l’azote ;
- d’améliorer certains paramètres de fertilité chimique ;
- d’augmenter le stockage de carbone ;
- de favoriser la biodiversité ;
- de limiter certains ravageurs ;
- d’améliorer la conservation des fruits ;
- de maintenir, voire d’améliorer, rendement et calibre sous réserve d’une irrigation adaptée.
La conclusion générale est celle d’une meilleure résilience des vergers conduits avec un couvert enherbé, par comparaison avec les systèmes reposant sur le travail du sol ou le désherbage chimique.
Claude Bussi souligne enfin que les sols sur lesquels ces essais ont été réalisés sont très réactifs : ce sont des sols très caillouteux, pauvres au départ en matière organique, ce qui rend les évolutions particulièrement spectaculaires. On peut ainsi passer en quelques années de sols proches de 0 à 1 % de matière organique à des niveaux de 3 à 5 %.
Il précise toutefois qu’il s’agit d’un exemple situé dans un contexte pédologique particulier et que ces résultats ne représentent pas nécessairement toutes les situations.