L'or vert de la vigne, par Hervé Coves

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Dans cette conférence, Hervé Covès propose une autre lecture du sol et de la vigne : le carbone du sol n’est pas seulement une matière inerte, il est avant tout vivant. Il montre le rôle central des champignons, en particulier des réseaux mycorhiziens, capables de faire circuler eau, nutriments et information à grande vitesse dans le sol. Ces réseaux relient la vigne à tout son environnement : bois en décomposition, excréments, plantes voisines, arbres, haies, mares et corridors biologiques. À partir d’analyses menées sur les racines de vigne, il met en évidence une grande diversité de champignons, certains protecteurs, d’autres liés aux maladies du bois. Son message est clair : la résilience du vignoble dépend de la biodiversité, des couverts végétaux, des arbres et de la continuité écologique. Pour Hervé Covès, la vigne exprime pleinement son terroir quand elle est connectée à la vie qui l’entoure.

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Résumé
Dans cette conférence, Hervé Covès propose une autre lecture du sol et de la vigne : le carbone du sol n’est pas seulement une matière inerte, il est avant tout vivant. Il montre le rôle central des champignons, en particulier des réseaux mycorhiziens, capables de faire circuler eau, nutriments et information à grande vitesse dans le sol. Ces réseaux relient la vigne à tout son environnement : bois en décomposition, excréments, plantes voisines, arbres, haies, mares et corridors biologiques. À partir d’analyses menées sur les racines de vigne, il met en évidence une grande diversité de champignons, certains protecteurs, d’autres liés aux maladies du bois. Son message est clair : la résilience du vignoble dépend de la biodiversité, des couverts végétaux, des arbres et de la continuité écologique. Pour Hervé Covès, la vigne exprime pleinement son terroir quand elle est connectée à la vie qui l’entoure.

Nous vous proposons cette semaine les interventions de la journée vigne filmée en décembre dernier au Château Latour.


La vie est belle : nouvelle manière de regarder le sol et le paysage

Hervé Covès ouvre son propos par une idée centrale : la vie est belle. Selon lui, c’est la seule chose vraiment importante à retenir, et tout le reste de son intervention consiste à décliner cette idée en proposant de nouvelles manières de regarder le paysage, le sol, la vigne et les relations entre les êtres vivants.

Il invite à changer de narration sur le vivant. Au lieu de considérer le sol comme un simple support inerte ou comme un stock de carbone abstrait, il faut le voir comme un milieu profondément vivant, mobile, structuré et connecté au paysage alentour.

Le carbone du sol est d’abord vivant

Lorsqu’on dit qu’il faut remettre du carbone dans le sol, il faut se demander sous quelle forme se trouve ce carbone. Pour Hervé Covès, il est essentiellement présent sous une forme vivante.

Il rappelle que, lors d’une analyse de sol, on déshydrate l’échantillon. Cette opération détruit une grande partie du vivant du sol, notamment :

  • les réseaux mycorhiziens ;
  • les mycéliums ;
  • les bactéries.

Ainsi, ce que l’on mesure souvent dans les analyses de sol correspond en grande partie aux fluides organiques d’êtres vivants détruits par la dessiccation. Or, dans la réalité, le carbone du sol est largement organisé sous forme d’organismes vivants et de réseaux biologiques actifs.

Même après destruction, la recolonisation est rapide : des bactéries reviennent en quelques dizaines de minutes, des champignons en quelques heures. Cela montre que le sol n’est pas un milieu fixe, mais un système extrêmement dynamique.

Un sol très mobile, parcouru par les champignons

Hervé Covès décrit des observations microscopiques de mycéliums dans lesquels on voit circuler les noyaux des cellules. Ces noyaux se déplacent à l’intérieur des filaments fongiques à une vitesse remarquable, pouvant atteindre plusieurs mètres par heure.

Cette mobilité l’a profondément surpris, car il avait longtemps imaginé le sol comme quelque chose de statique. En réalité, sous nos pieds, tout bouge.

Les noyaux transportés dans les filaments correspondent à la capacité métabolique du champignon. Lorsqu’une ressource apparaît, par exemple un peu de sucre, le champignon oriente rapidement son activité vers la zone où se trouve cette nourriture, afin de la décomposer puis de redistribuer les produits de cette décomposition dans l’ensemble du réseau.

Le champignon forme donc un immense réseau vivant, capable de rétractation, de concentration et de redéploiement de son activité.

L’hyperfluidité de l’eau autour des champignons

Une autre observation importante concerne les zones d’eau autour des hyphes fongiques. Hervé Covès évoque une mise sous lamelle d’une bactérie du genre Pseudomonas et d’un champignon, Cunninghamella, champignon décomposeur du bois.

Autour du filament du champignon apparaît une zone hydratée particulière. Dans cette zone, des bactéries qui, normalement, se déplacent peu, deviennent capables de circuler. L’eau y est dans un état que l’intervenant qualifie d’hyperfluide, c’est-à-dire un état où les résistances au déplacement sont extrêmement réduites.

Cette propriété permet de comprendre plusieurs phénomènes :

  • la rapidité avec laquelle l’eau pénètre dans un sol forestier après une pluie ;
  • la répartition presque instantanée de cette eau sur toute la profondeur explorée par les champignons ;
  • la très grande capacité de stockage de l’eau dans un sol riche en mycélium.

Selon Hervé Covès, ce n’est pas seulement la porosité du sol qui explique sa capacité à retenir l’eau, mais aussi le fait que cette porosité soit occupée par des champignons, qui fonctionnent comme une éponge et répartissent l’eau très rapidement dans tout le profil.

Dans un sol exploré par des champignons jusqu’à plusieurs mètres de profondeur, la réserve utile en eau peut être très fortement augmentée. Il avance ainsi qu’un sol forestier peut disposer d’une réserve utile quatre à cinq fois supérieure à celle d’un sol cultivé, car un sol forestier est avant tout un sol rempli de champignons.

Les champignons dans les racines de vigne

Hervé Covès explique ensuite qu’un travail a été mené pour étudier la manière dont les champignons se connectent à la vigne. Dans les racines, différentes structures colorées observées au microscope correspondent à différents types de champignons.

Des analyses génétiques, réalisées avec le Muséum national d’histoire naturelle, ont permis de rechercher 579 champignons présents dans les écosystèmes viticoles. Il est apparu que certains revenaient très fréquemment dans les racines de vigne.

On y trouve notamment :

  • des champignons endophytes ;
  • des champignons décomposeurs du bois ;
  • des champignons pathogènes présents très tôt dans les jeunes racines ;
  • des champignons mycorhiziens comme les Glomus ;
  • des champignons comme Rhizophagus ;
  • des champignons du groupe Serendipita.

Cette diversité montre que les racines de vigne sont de véritables lieux de rencontre entre de multiples organismes.

Le rôle des champignons endophytes

Les champignons endophytes vivent à l’intérieur des plantes. On les voit rarement, sauf parfois lorsqu’ils fructifient à la mort de la plante ou sur des tissus en décomposition.

Hervé Covès propose une interprétation de leur rôle : ils participeraient à la décomposition rapide des feuilles, rameaux et autres organes végétaux une fois tombés au sol.

Pour expliquer cela, il rappelle une différence importante entre cellule animale et cellule végétale. La cellule animale peut excréter ses déchets à l’extérieur. La cellule végétale, enfermée dans une paroi, ne le peut pas de la même façon. Elle accumule ses déchets dans une grande poche interne : la vacuole.

Lorsque ces déchets s’accumulent, la feuille devient plus appétente pour des herbivores comme :

Une fois consommés, les tissus végétaux sont transformés en excréments, qui retombent sur le sol, sont décomposés, puis redeviennent disponibles pour la plante. Hervé Covès y voit une sorte de système d’épuration externe : la plante se nettoie en faisant sortir ses déchets via les chaînes alimentaires, puis en les récupérant après transformation par le sol vivant.

Les champignons endophytes aideraient alors à rendre les feuilles mortes attractives pour les organismes décomposeurs et à accélérer ce recyclage.

Les glomus : grands alliés des systèmes agricoles

Hervé Covès insiste particulièrement sur les Glomus, qui constituent pour lui un groupe majeur de champignons mycorhiziens dans les écosystèmes agricoles.

Il explique qu’on les repère notamment :

  • par des vésicules présentes dans les racines ;
  • par des structures arbusculaires très fines, visibles au microscope.

Ces champignons établissent des échanges intenses avec la plante. Ils occupent une place énorme dans le système racinaire.

L’ordre de grandeur donné est spectaculaire : là où les racines d’un cep représentent moins d’un kilomètre de longueur cumulée, le réseau fongique associé pourrait atteindre environ 40 000 kilomètres. Les champignons explorent ainsi des volumes de sol inaccessibles aux racines et multiplient considérablement la surface d’échange entre la plante et le sol.

Pour Hervé Covès, la présence abondante de Glomus est un indicateur fort du bon fonctionnement des écosystèmes agricoles.

Rhizophagus et d’autres champignons associés à la vigne

Parmi les autres champignons rencontrés dans les racines de vigne, Hervé Covès mentionne Rhizophagus, qu’il dit avoir découvert plus tardivement dans ses travaux sur la vigne.

Ce champignon peut représenter jusqu’à 50 % de la biomasse d’une racine. Ainsi, lorsque l’on observe une racine, il devient difficile de dire si l’on a affaire principalement à de la racine de vigne ou à du champignon tant l’imbrication est forte.

Il mentionne aussi la présence de champignons décomposeurs du bois, souvent connus à travers de petites fructifications visibles sur les bois morts ou les BRF. Leur présence dans les racines vivantes montre à quel point les frontières entre les compartiments que l’on croit séparés sont en réalité poreuses.

Serendipita, champignon du lien entre milieux

Hervé Covès accorde aussi une place particulière à Serendipita, un champignon encore peu connu.

Il lui attribue une caractéristique essentielle : sa capacité à vivre aussi bien dans des milieux très acides que dans des milieux très calcaires. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi la vigne est capable de s’adapter à des sols extrêmement variés.

Serendipita serait aussi relié aux plantes du cœur de la forêt et des grands arbres. Il jouerait ainsi un rôle de pont entre :

  • le milieu forestier ;
  • les zones ouvertes ;
  • l’ombre ;
  • la lumière ;
  • les vieux arbres ;
  • la vigne.

Cette fonction de liaison est importante dans la compréhension du rapport entre la parcelle de vigne et son environnement.

Des champignons coprophages dans les racines

Un point qu’Hervé Covès qualifie d’horrible mais qu’il juge très révélateur est la présence significative, dans les racines de vigne, de champignons coprophages, c’est-à-dire de champignons qui décomposent les excréments.

Cela peut sembler surprenant, mais prend sens si l’on considère que les excréments des animaux proviennent de la digestion de ce que l’écosystème a produit, y compris des feuilles de vigne consommées par des organismes comme les limaces.

Dans cette perspective, la racine de vigne devient le point de rencontre de multiples voies de recyclage :

  • décomposition du bois ;
  • décomposition des excréments ;
  • symbioses mycorhiziennes ;
  • circulation de l’eau ;
  • circulation des nutriments.

Grâce à l’interconnexion des zones d’hyperfluidité autour des champignons, tous les nutriments de l’environnement, y compris ceux qui sont passés par des organismes considérés comme parasites, peuvent revenir jusqu’à la vigne.

Hervé Covès invite alors à reconsidérer la notion même de parasite.

Les racines comme nœuds de connexion du terroir

Hervé Covès présente les racines comme de grands nœuds de connexion. Les champignons forment entre eux des ponts, appelés anastomoses, qui relient différents mycéliums. Les noyaux peuvent alors circuler d’un réseau à l’autre.

Ces réseaux assurent le déplacement des hétérogénéités du milieu : ce qui est concentré à un endroit peut être redistribué ailleurs. Tout converge vers des nœuds, en particulier les racines des plantes.

Deux idées principales doivent être retenues :

  • l’extérieur rentre à l’intérieur ;
  • l’intérieur est occupé par ce qui vient de l’extérieur.

Pour Hervé Covès, c’est cela, le terroir : la capacité de la racine, grâce aux réseaux fongiques, à faire pénétrer en elle tout ce qui constitue l’environnement.

Mais cela a aussi une conséquence directe : si l’extérieur est pauvre, dégradé ou simplifié, l’intérieur le sera aussi. Si l’extérieur est riche, diversifié et vivant, alors cette richesse pourra entrer dans la plante.

Une étude sur les champignons des racines et le paysage

Hervé Covès relate une étude importante, menée sur cinq ans, dans une petite appellation de Corrèze, à Branceilles. L’objectif était de mettre en corrélation les résultats d’analyses génomiques des champignons présents dans les racines avec la description extérieure des parcelles.

Au total :

  • 93 sites ont été étudiés ;
  • 2 843 paramètres ont été pris en compte ;
  • 263 critères de description ont été analysés.

Ces critères concernaient :

  • des données agronomiques ;
  • des caractéristiques techniques ;
  • la structure du paysage ;
  • des données écologiques ;
  • les critères courants d’analyse de sol.

Cette étude a permis d’identifier des facteurs favorisant ou défavorisant certaines maladies du bois.

Facteurs favorisant ou défavorisant certaines maladies

Pour le pourridié, 83 critères favorables et 62 critères défavorables ont été identifiés. Parmi les éléments qui favoriseraient le pourridié, Hervé Covès cite notamment :

  • les milieux forestiers ;
  • la présence de mousse ;
  • une fertilisation abondante en phosphore et en potasse ;
  • une capacité d’échange cationique importante ;
  • le trèfle blanc ;
  • la mercuriale ;
  • certains enherbements.

Parmi les éléments qui le défavorisent figurent :

  • Rhizophagus ;
  • la présence de calcaire ;
  • les sols légers ;
  • certaines plantes comme les potentilles.

L’exemple des potentilles lui paraît intéressant : souvent vues comme des mauvaises herbes, elles hébergent en réalité Rhizophagus. Comme la vigne peut se connecter à ce champignon, leur présence pourrait limiter l’expression du pourridié.

Pour l’esca, l’étude a aussi dégagé des critères favorables et défavorables. Parmi les éléments défavorisant l’expression de l’esca, Hervé Covès mentionne :

  • les champignons endophytes ;
  • les corridors biologiques ;
  • la fraîcheur du sol ;
  • des plantes comme l’origan, la ronce, le géranium, la fétuque et d’autres graminées.

Ces plantes sont intéressantes parce qu’elles hébergent des Glomus et parce qu’elles sont pérennes. Elles permettent de maintenir vivants les réseaux mycorhiziens durant l’hiver, lorsque la vigne, ne photosynthétisant plus, n’alimente plus directement son réseau fongique.

Sans relais végétal, le système s’effondre partiellement et doit être reconstruit au printemps. Avec des couverts vivaces, le réseau reste fonctionnel, ce qui contribue à limiter certaines maladies.

Les critères de résilience des parcelles

Au-delà des maladies particulières, l’étude a cherché à identifier les critères corrélés à une bonne résilience globale des parcelles, c’est-à-dire à leur capacité à limiter l’expression des pathologies.

Parmi les critères les plus favorables figurent :

  • la quantité de feuillage ;
  • l’espacement entre les pieds ou l’organisation de la végétation ;
  • l’abondance d’arbres dans ou près de la zone cultivée ;
  • la présence de plantes comme la fétuque ovine, la rose ou la pimprenelle ;
  • la proximité de zones humides ;
  • la proximité de bois morts ou de souches en décomposition ;
  • la connectivité de la zone ;
  • la possibilité pour les insectes de se cacher dans le couvert ;
  • l’abondance de mycélium visible dans le sol ;
  • la présence de Glomus.

Un point important est que certains de ces facteurs se situent à l’extérieur immédiat de la parcelle : une mare, un tas de bois mort, un corridor végétal, une zone arborée. Cela signifie que la résilience de la vigne dépend aussi fortement de ce qui n’est pas dans la vigne elle-même mais dans le paysage connecté à elle.

Pour Hervé Covès, l’ensemble de ces résultats dessine très nettement la logique d’un système agroforestier.

L’importance des corridors biologiques

Un corridor biologique est présenté comme un élément clé. Il peut s’agir :

  • d’une bande enherbée ;
  • d’un couvert végétal ;
  • d’une continuité arborée ;
  • de toute structure reliant la parcelle à des zones plus riches en vie.

Ces corridors servent à la fois :

  • aux insectes ;
  • aux animaux ;
  • aux racines ;
  • aux réseaux mycorhiziens ;
  • à la circulation de l’information biologique.

Ils permettent de faire venir jusqu’à la vigne de la diversité, des auxiliaires, des régulations et des solutions écologiques qui se trouvent ailleurs.

Les migrations animales comme image du fonctionnement du vivant

Pour conclure, Hervé Covès élargit fortement la perspective en montrant une vidéo sur les migrations animales à l’échelle planétaire. Ces suivis d’animaux balisés montrent que de nombreuses espèces se déplacent en empruntant de grands corridors de vie.

Il souligne en particulier la connexion historique de l’Europe à des hotspots de biodiversité comme l’Éthiopie. Depuis la fin des glaciations, les espèces ont afflué vers nos régions. Les écosystèmes se construisent ainsi par accumulation progressive de formes de vie nouvelles.

Lorsqu’un problème apparaît dans un système, la solution existe souvent ailleurs. Il prend l’exemple de la pyrale du buis : des virus capables d’atteindre cet insecte existent dans d’autres régions du monde et peuvent être transportés, directement ou indirectement, par les chaînes écologiques et les migrations animales, jusqu’en Europe.

L’idée générale est que la solution à un déséquilibre local est souvent extérieure au système considéré. Il faut donc penser la parcelle non comme un espace fermé, mais comme un lieu à relier aux grands flux du vivant.

Faire avec la vie plutôt que lutter contre elle

La conclusion d’Hervé Covès est à la fois agronomique, écologique et profondément humaine.

Il oppose deux visions du métier :

  • une agriculture conçue comme une lutte permanente contre la vie, contre les maladies, contre les insectes, contre les herbes ;
  • une agriculture qui apprend à faire avec la vie, à accueillir la biodiversité, à travailler avec les forces du vivant.

Pour lui, l’enjeu ne se limite pas à l’économie ou à la technique. Il est aussi existentiel. Travailler avec la vie redonne du sens au métier de vigneron. Cela ouvre une espérance, transforme la manière d’habiter son travail et permet de retrouver une forme de fécondité dans la relation entre l’homme, la terre et le vivant.

C’est dans cette perspective qu’il réaffirme son idée de départ : la vie est belle.