Devenir technicien du Vivant

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Lors de l’atelier « Devenir technicien du Vivant », Florence Jard, chargée de mission à l’association Pour une Agriculture du Vivant, échange avec Cédric Bellec, responsable innovation chez Soufflet Agriculture. Ils expliquent comment l’agroécologie transforme le métier de technicien agricole : il ne s’agit plus seulement d’apporter des solutions ponctuelles, mais d’accompagner les agriculteurs dans une réflexion globale sur leurs sols, leurs pratiques et la viabilité économique de leur ferme. Cédric Bellec souligne la diversité des attentes : des agriculteurs curieux aux pionniers déjà engagés, chacun recherche des références, de la sécurisation et, surtout, une meilleure valorisation de ses productions. Le réseau des « techniciens du Vivant » apporte justement formation, échanges entre pairs, expertise et outils concrets, comme l’indice de régénération. L’atelier montre enfin que la transition agroécologique repose autant sur la montée en compétences, l’expérimentation et la démonstration terrain que sur l’accompagnement humain du changement.

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Résumé
Lors de l’atelier « Devenir technicien du Vivant », Florence Jard, chargée de mission à l’association Pour une Agriculture du Vivant, échange avec Cédric Bellec, responsable innovation chez Soufflet Agriculture. Ils expliquent comment l’agroécologie transforme le métier de technicien agricole : il ne s’agit plus seulement d’apporter des solutions ponctuelles, mais d’accompagner les agriculteurs dans une réflexion globale sur leurs sols, leurs pratiques et la viabilité économique de leur ferme. Cédric Bellec souligne la diversité des attentes : des agriculteurs curieux aux pionniers déjà engagés, chacun recherche des références, de la sécurisation et, surtout, une meilleure valorisation de ses productions. Le réseau des « techniciens du Vivant » apporte justement formation, échanges entre pairs, expertise et outils concrets, comme l’indice de régénération. L’atelier montre enfin que la transition agroécologique repose autant sur la montée en compétences, l’expérimentation et la démonstration terrain que sur l’accompagnement humain du changement.

Cédric Bellec, technicien chez le groupe Soufflet, expliquera l'évolution du métier de technicien agricole dans le contexte de la transition agroécologique.


Avec Florence Jard, ils apporteront un éclairage sur les freins, les leviers et les outils à disposition, et en particulier le programme des Techniciens du Vivant mis en place par l'association Pour une Agriculture du Vivant.

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Pour une Agriculture du Vivant a pour objectif d’accélérer la transition agricole et alimentaire vers l’agroécologie via la structuration de filières et la diffusion d’outils open-source. Le mouvement fédère l’ensemble des acteurs de la transition et met en place avec eux, des actions collectives et des outils performants pour pérenniser leurs systèmes de production.

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Introduction

Cet atelier de la « boîte à outils de la transition », intitulé Devenir technicien du Vivant, s’ouvre avec un mot d’accueil de Florence Jard, chargée de mission au sein de l’Association pour une agriculture du vivant.

Elle présente l’association comme un mouvement opérationnel visant à accélérer la transition écologique des filières agricoles et alimentaires. Ce mouvement réunit plus de 600 adhérents : agriculteurs, partenaires techniques, entreprises de transformation, acteurs de la distribution, qui co-construisent ensemble des outils pour faciliter cette transition.

À ses côtés intervient Cédric Bellec, technicien chez Soufflet Agriculture, en charge notamment de l’accompagnement technique et de sujets liés à l’agroécologie.

Une question d’ouverture sur la qualité des sols

En introduction, une question est posée aux participants :

Pour avoir un sol de qualité, quel doit être le ratio entre le taux de matière organique et le taux d’argile ?

Deux seuils sont proposés :

  • supérieur à 17 %
  • inférieur à 10,7 %

La grande majorité des participants répond que, pour un sol de bonne qualité, le rapport entre le taux de matière organique et le taux d’argile doit être supérieur à 17 %.

Cédric Bellec précise alors que ce ratio est un indicateur de la qualité structurelle des sols. Il a notamment été mis au point et utilisé en Suisse, en particulier par Pascal Boivin, chercheur membre de la communauté scientifique mobilisée autour de ces sujets.

Il explique que :

  • en dessous de 10,7 %, les problèmes structurels, notamment la compaction des sols, sont considérés comme presque systématiques ;
  • au-delà de 10,7 %, et parfois davantage selon les contextes, on sort de cette zone de danger structurel ;
  • au-delà de 17 % ou 20 %, on considère que la structure du sol présente moins de risques évidents de dégradation.

Présentation de Soufflet Agriculture

Cédric Bellec présente ensuite l’entreprise Soufflet Agriculture.

Soufflet Agriculture est un collecteur privé de céréales, un négociant, présenté comme le premier négociant en France, avec une implantation allant de Metz à la Charente-Maritime, dans les principales zones de production céréalière françaises.

L’entreprise assure plusieurs fonctions :

  • la collecte des productions agricoles ;
  • leur stockage ;
  • leur commercialisation ;
  • la distribution des approvisionnements et fournitures.

Sa particularité est d’assurer également un suivi et un accompagnement technique de ses clients agriculteurs, pour répondre aux besoins des filières et des clients industriels.

Sur le plan de l’agroécologie, Cédric Bellec souligne que l’entreprise a pris des engagements forts depuis 2017. Le développement de l’agroécologie prend désormais une place importante dans plusieurs métiers de l’entreprise :

  • les services techniques travaillent sur la mise en place de références ;
  • les équipes commerciales sont animées et formées sur ces sujets ;
  • un vaste plan de formation a été proposé aux technico-commerciaux afin qu’ils soient au plus proche des besoins des agriculteurs ;
  • un travail important est mené sur le développement des filières, soit par l’intégration de critères agroécologiques dans les grandes filières existantes, soit par la création de filières spécifiques.

Cédric Bellec cite notamment une filière développée avec l’Association pour une agriculture du vivant.

Ce que l’agroécologie change dans le métier de technicien

Pour Cédric Bellec, l’agroécologie change profondément le métier de technicien.

Passer d’une logique de solution à une logique de recul sur le système

Il explique que, historiquement, le métier de technicien s’est largement construit autour de la recherche de solutions à des problèmes identifiés. Avec l’agroécologie, il ne s’agit plus seulement d’apporter une réponse ponctuelle, mais de prendre du recul avec l’exploitant sur l’ensemble du fonctionnement de l’exploitation afin d’identifier les leviers d’évolution.

Cette approche conduit à chercher les causes des difficultés plus en amont, et à raisonner le système dans sa globalité.

Retrouver un discours positif

Cédric Bellec rappelle que le contexte agricole est aujourd’hui marqué par une forte morosité, liée notamment :

  • aux contraintes réglementaires ;
  • aux contraintes environnementales ;
  • aux contraintes climatiques.

Dans ce contexte, l’agroécologie permet selon lui de revenir avec un discours positif. Malgré le poids des obligations et des difficultés économiques, elle ouvre une nouvelle voie, plus constructive, donnant le sentiment de reprendre la main et d’aller de l’avant.

Remettre en question les connaissances acquises

L’agroécologie implique également une remise en question des connaissances qui ont été enseignées et appliquées jusque-là. Cela nécessite :

  • beaucoup de formation ;
  • des échanges réguliers ;
  • des rencontres avec d’autres professionnels ;
  • une ouverture à de nouvelles compétences.

Le technicien doit donc acquérir une vision large et être capable de replacer les informations dans leur contexte. Cédric Bellec insiste sur le fait que le monde de l’agroécologie est aujourd’hui traversé par un grand nombre d’informations, parfois contradictoires. Il faut donc savoir filtrer, trier, vérifier et ramener ces éléments aux besoins concrets des agriculteurs.

Mieux comprendre les réalités économiques des exploitations

Au-delà des aspects agronomiques, il souligne qu’il faut une connaissance très fine du milieu agricole et des enjeux économiques des exploitations. Cette compréhension est indispensable pour se faire un avis précis sur ce qu’il est possible ou non de proposer.

Les attentes des agriculteurs face à l’agroécologie

Selon Cédric Bellec, les attentes des agriculteurs sont très différentes selon leur niveau d’avancement dans la réflexion.

Il distingue trois grands profils.

Les agriculteurs qui se posent des questions

Ce premier groupe est constitué de personnes curieuses, qui cherchent à y voir plus clair. Elles veulent comprendre :

  • ce que signifierait un changement sur leur exploitation ;
  • ce que cela impliquerait concrètement ;
  • où cela pourrait les emmener.

Leur besoin principal est donc de disposer de cas concrets et d’éléments de compréhension.

Les agriculteurs qui ont passé le cap

Ces agriculteurs ont déjà franchi un cap psychologique. Ils ont besoin :

  • de références vérifiées ;
  • de jalons techniques ;
  • de repères pour sécuriser leurs itinéraires ;
  • d’un accompagnement concret sur le terrain.

Les pionniers

Les pionniers, selon Cédric Bellec, n’ont pas attendu l’accompagnement extérieur pour avancer. Ce qu’ils attendent désormais surtout, c’est une valorisation de leur production.

Cela explique l’importance du travail sur les filières et sur la collecte : l’accompagnement ne peut pas être uniquement technique, il doit aussi apporter des perspectives économiques.

Un besoin commun : être accompagné dans la prise de risque

Quel que soit leur profil, les agriculteurs sont confrontés à une prise de risque lorsqu’ils changent leurs pratiques.

Ce qu’ils demandent avant tout, c’est :

  • de la sécurité ;
  • de l’accompagnement ;
  • si possible, des formes de sécurisation financière, par exemple via les débouchés ou les prix de collecte.

Pour Cédric Bellec, cette dimension est centrale.

Former les techniciens à l’agroécologie

Cédric Bellec indique que les techniciens de son entreprise sont formés aux bases de l’agroécologie. L’objectif est de donner à l’ensemble des équipes des jalons clairs et fiables, qu’elles pourront ensuite transmettre sur le terrain aux agriculteurs.

Il précise toutefois qu’il serait prétentieux de dire que tout est maîtrisé. Travailler avec le vivant signifie travailler avec de nombreuses inconnues. L’enjeu n’est donc pas de prétendre tout savoir, mais de valider ce qui est proposé afin d’éviter d’emmener les agriculteurs dans des impasses.

Florence Jard complète en expliquant que le parcours Techniciens du Vivant proposé par l’association comprend :

  • des sessions de formation adaptées aux métiers ;
  • une mise en relation avec des experts ;
  • la mise à disposition d’outils ;
  • l’accès à un réseau de formation continue et d’échanges.

Elle mentionne en particulier l’indice de régénération, présenté comme un outil de pilotage des fermes en transition.

Le réseau des techniciens du vivant

Cédric Bellec explique ce que lui apporte sa participation au réseau des techniciens du vivant.

S’inscrire dans un collectif

Pour lui, un technicien a toujours besoin de s’inscrire dans un collectif. Le fait d’intégrer un réseau permet de partager des problématiques souvent communes, de confronter les attentes des uns et des autres et de progresser ensemble.

Il indique qu’il a rejoint un réseau de techniciens travaillant principalement dans le légume. Ces échanges lui permettent de monter en compétences, en rappelant qu’on n’est jamais aussi bon à plusieurs que tout seul.

Rencontrer des experts

Le réseau permet également d’être formé par des personnes ayant une solide expérience de l’agroécologie. Cela contribue à conforter les connaissances, dans un métier où l’on est en formation permanente.

Ce que cela apporte indirectement aux agriculteurs

Pour les clients agriculteurs, l’apport principal mentionné est l’appropriation de l’indice de régénération. Cet outil permet d’ouvrir des discussions structurées sur le système de culture, à partir d’une base chiffrée.

Il offre un cadre pour approfondir différents sujets de la transition agroécologique, tout en laissant place à des échanges ouverts sur le fonctionnement global de l’exploitation.

L’indice de régénération

Florence Jard précise plusieurs éléments sur l’indice de régénération.

Il s’agit d’un outil permettant de mesurer un score sur les fermes à partir d’un petit nombre de critères, choisis pour être :

  • pragmatiques ;
  • faciles d’accès ;
  • faciles à mettre en œuvre.

Les critères portent principalement sur :

  • la couverture du sol ;
  • le travail du sol ;
  • le cycle du carbone et de l’azote ;
  • la gestion de l’eau ;
  • la biodiversité.

L’idée est d’avoir une approche cohérente et globale. Florence Jard souligne que se focaliser sur un seul sujet, comme la biodiversité ou le carbone, ferait perdre la cohérence nécessaire à une vraie lecture du fonctionnement de la ferme.

Elle invite les participants à une démonstration de l’outil prévue plus tard dans la journée et indique qu’un simulateur gratuit est accessible sur la plateforme de l’association.

La valorisation économique des pratiques agroécologiques

L’un des points importants abordés est celui de la valorisation économique.

Cédric Bellec explique que l’indice de régénération a permis à Soufflet Agriculture de mettre en place une filière agroécologie / agriculture de conservation avec des clients industriels.

Cette filière permet :

  • de valoriser une partie des céréales produites ;
  • d’accompagner les agriculteurs dans leur transition ;
  • de les sécuriser grâce à un contrat triennal.

Ce contrat repose sur un prix de vente du blé connu sur trois ans. Il donne de la visibilité aux agriculteurs sur leurs résultats futurs et facilite la gestion économique de l’exploitation pendant la phase de transition.

Cédric Bellec précise que ce prix sécurisé a été défini à un niveau significativement supérieur au prix de marché des céréales observé depuis un certain temps. L’objectif est d’accompagner techniquement et aussi, dans une certaine mesure, financièrement, les producteurs engagés.

Il insiste également sur un enjeu plus large : établir un lien entre les pratiques mises en œuvre sur l’exploitation, le produit collecté et le client final, en obtenant de ce dernier qu’il accepte une plus-value liée à l’agroécologie.

Les échanges avec d’autres structures

Le fait de participer à un réseau permet aussi à Cédric Bellec de rencontrer d’autres techniciens issus d’autres structures.

Il explique que la culture du légume en grandes cultures peut parfois sembler à l’opposé de l’agroécologie, tant sa mise en œuvre est complexe dans ce contexte. Le fait d’échanger avec d’autres techniciens permet alors :

  • de partager les problématiques ;
  • d’identifier des solutions ;
  • d’ouvrir le champ des possibles ;
  • de voir ce qui se fait dans d’autres régions, dans d’autres systèmes et sur d’autres cultures.

Même si cela n’est pas toujours visible directement, ces échanges se traduisent ensuite dans la qualité des rendez-vous avec les agriculteurs, dans la capacité à prendre du recul et dans la montée en compétences sur certains dossiers.

L’expérimentation en agroécologie

Une part importante de l’intervention porte sur l’expérimentation.

Des contraintes matérielles spécifiques

Cédric Bellec souligne d’abord que l’expérimentation en agroécologie n’est pas facile à mettre en place. Elle nécessite souvent du matériel spécifique, qui n’existe pas toujours dans les dispositifs expérimentaux classiques. Il faut donc souvent travailler avec le matériel des agriculteurs, ce qui réduit le champ des possibles par rapport à l’expérimentation conduite en système conventionnel.

Les grands thèmes d’expérimentation

Malgré cela, des essais sont menés sur plusieurs sujets.

La couverture des sols et la réponse au changement climatique

Depuis deux ans, l’implantation des couverts est devenue très difficile, notamment du fait de la répartition aléatoire des pluies d’orage.

Dans ce contexte, des essais sont menés, par exemple sur :

  • l’implantation de légumineuses pérennes dans les cultures de printemps.

Le colza

Le colza est présenté comme une culture particulièrement malmenée :

  • par les conditions climatiques estivales ;
  • par les bioagresseurs.

Des solutions agronomiques sont donc recherchées à travers :

  • la génétique ;
  • la localisation de l’engrais ;
  • le travail sur les plantes compagnes.

Ces travaux débouchent concrètement sur des mélanges prêts à l’emploi de colza avec plantes compagnes, pouvant être proposés à un large panel d’agriculteurs, et pas seulement à ceux engagés en agriculture de conservation.

Les couverts végétaux

Des travaux sont également menés sur les couverts, ce qui permet d’évaluer des mélanges prêts à l’emploi pouvant ensuite être proposés aux agriculteurs.

La fertilisation

La fertilisation est un autre grand sujet, car elle peut évoluer en agroécologie. Cédric Bellec note qu’il circule beaucoup d’informations sur ce point. L’objectif des essais est donc de valider certains éléments, notamment parce que, pour la collecte en céréales, l’un des enjeux majeurs reste la teneur en protéines.

La nécessité de données solides

Cédric Bellec précise qu’il ne souhaite pas avancer de résultats chiffrés sans disposer d’un réseau d’essais suffisant. En tant que distributeur, Soufflet Agriculture a besoin d’apporter à ses clients des données précises et vulgarisables. Il ne s’agit pas de se baser sur des impressions empiriques pour construire le conseil.

Le parcours de formation « techniciens du vivant »

Florence Jard apporte ensuite des précisions sur le contenu du parcours proposé par l’association.

Celui-ci comprend :

  • une formation sur les bases et les fondamentaux de l’agriculture de conservation et de l’agroécologie ;
  • une formation sur la posture d’accompagnement ;
  • une formation à la prise en main des outils sur ferme ;
  • l’utilisation de grilles de dialogue et de démonstration.

À cela s’ajoutent :

  • un réseau de formation continue ;
  • des ateliers thématiques à distance ;
  • des visites de fermes pionnières ;
  • une rencontre annuelle des techniciens du vivant.

L’objectif est de créer une dynamique collective autour des enjeux de l’agroécologie et de faciliter l’échange de pratiques.

Les légumes concernés par l’activité de Cédric Bellec

Interrogé sur les légumes sur lesquels il travaille, Cédric Bellec précise qu’il intervient sur des légumes de plein champ cultivés notamment en Champagne.

Il cite :

Dans sa zone, on peut aussi trouver :

Il distingue bien ce travail du maraîchage, qui relève selon lui d’un autre métier.

Les outils utiles au technicien en agroécologie

À la question des outils à disposition du technicien en agroécologie, plusieurs éléments sont mentionnés.

Florence Jard cite notamment :

  • les réseaux d’experts et de partenaires techniques ;
  • l’organisation de formations ;
  • un catalogue de formations accessible via la plateforme de l’association ;
  • des outils de financement ;
  • des contenus techniques et scientifiques ;
  • des outils pédagogiques simples, comme des fiches ou supports de sensibilisation.

Cédric Bellec résume en disant que l’essentiel est de disposer d’un ensemble d’informations permettant de se faire un avis sur les changements en cours, sur les nouveaux facteurs à maîtriser, et de garder une approche pragmatique et reculée.

Comment accompagner les agriculteurs les plus réfractaires

Interrogé sur la manière d’embarquer des agriculteurs réfractaires, Cédric Bellec répond avec nuance.

Selon lui, il n’est pas certain que le rôle du technicien soit de convaincre. Les agriculteurs doivent suivre leur propre cheminement psychologique. Pour lui, la seule vraie manière de faire évoluer les choses dans le monde agricole est de montrer que cela fonctionne et qu’il existe une finalité :

  • économique ;
  • agronomique ;
  • environnementale ;
  • sociétale ;
  • ou simplement une plus-value pour l’agriculteur.

Il insiste sur le fait que si une personne est convaincue d’avance que cela ne fonctionnera pas, elle trouvera toujours des arguments pour le démontrer.

Le rôle du technicien est donc plutôt :

  • de conforter ceux qui se posent des questions ;
  • de leur montrer où cela peut les emmener ;
  • d’aider ceux qui ont déjà franchi le pas.

Il souligne aussi que l’agroécologie ne peut pas être adoptée par simple mimétisme. Copier ce qui fonctionne chez un voisin sans se poser les bonnes questions sur son propre système conduit à l’erreur. La démarche doit rester profondément liée au contexte de chaque exploitation.

Où la démarche agroécologique progresse-t-elle le plus ?

Selon Cédric Bellec, la dynamique agroécologique est aujourd’hui particulièrement forte dans les régions intermédiaires, c’est-à-dire dans les zones où les résultats agricoles sont plus décevants depuis plusieurs années.

Là où les systèmes classiques tiennent encore bien économiquement et techniquement, le mouvement est moins ample. Il considère cela comme un phénomène humain : lorsque les choses fonctionnent, on se pose moins de questions ; lorsqu’elles ne fonctionnent plus, la recherche d’alternatives devient plus urgente.

Les principaux freins à la transition

Cédric Bellec identifie plusieurs freins majeurs à la transition agroécologique.

Sortir d’un système qui a longtemps apporté du confort

Le premier frein tient au fait que l’agriculture a fonctionné pendant plusieurs décennies sur un système sécurisant, apportant du confort intellectuel et agronomique. Sortir de cette zone de confort est difficile, comme dans tout changement humain.

Le regard des autres agriculteurs

Le deuxième frein est le regard du milieu agricole sur les changements de pratiques. Un agriculteur qui déroge aux habitudes locales est observé de près. S’il commet une erreur, il peut être rapidement critiqué. Cette pression sociale constitue un frein réel.

Le frein économique

Le dernier frein est économique. La transition peut demander :

  • des investissements ;
  • des adaptations ;
  • et, dans les premières années, des résultats parfois inférieurs à ceux obtenus auparavant.

Or la finalité reste bien d’avoir des exploitations viables. La phase de transition, qui peut durer de un à sept ans selon les cas, peut donc être difficile à assumer économiquement.

L’évolution du métier de technicien dans les années à venir

Pour Cédric Bellec, le métier de technicien est en train de changer considérablement.

Ce qui était connu hier est remis en cause, tandis que de nouveaux éléments apparaissent, notamment autour :

  • du biocontrôle ;
  • de la biostimulation des cultures ;
  • et plus largement de tout ce qui accompagne les changements de pratiques dans un contexte agroécologique.

Il estime que, dans les années à venir, le métier demandera des connaissances très importantes pour parvenir à rendre simple l’agroécologie. Or un discours simple est, selon lui, un discours maîtrisé.

L’enjeu est donc d’approfondir fortement les connaissances afin de rendre des techniques aujourd’hui encore perçues comme avant-gardistes compréhensibles et utilisables sur le terrain.

Les démarches filières chez Soufflet Agriculture

Cédric Bellec explique enfin que Soufflet Agriculture ne peut pas multiplier indéfiniment les cahiers des charges spécifiques.

L’entreprise travaille donc :

  • avec un cahier des charges particulier élaboré avec l’Association pour une agriculture du vivant ;
  • mais aussi à travers ses filières, notamment une filière appelée Semons du sens, qui intègre des points d’agroécologie et valorise les efforts agroécologiques des agriculteurs.

L’objectif est d’harmoniser une démarche qui puisse répondre aux attentes des filières et des clients agro-industriels, sans disperser les approches.

Le rôle du technicien face au regard du milieu

À propos du regard des autres agriculteurs, Cédric Bellec estime que le technicien a un rôle à jouer pour ouvrir les esprits.

Il s’agit notamment :

  • d’amener les plus réfractaires sur des démonstrations ;
  • de montrer qu’il n’existe pas une seule technique valable ;
  • de faire comprendre qu’il y a plusieurs voies pour arriver à un même résultat.

Cela doit permettre de développer davantage de recul et d’ouverture. Selon lui, on critique souvent plus facilement ce qu’on ne connaît pas.

L’enjeu pour demain est donc de faire entrer ces nouvelles techniques dans des débats plus ordinaires, moins réservés à un cercle déjà convaincu.

Conclusion

L’atelier se conclut par des remerciements à Cédric Bellec et aux participants.

Florence Jard rappelle qu’une série d’événements est organisée tout au long de la semaine par l’Association pour une agriculture du vivant, notamment :

  • des sessions pour s’approprier l’indice de régénération ;
  • des tables rondes sur différents sujets, dont la politique agricole commune.

Elle invite également les personnes intéressées par le parcours Techniciens du Vivant à consulter le site internet de l’association ou à écrire à l’adresse dédiée.

Enfin, un temps de promotion est consacré à une formation organisée avec des partenaires de l’écosystème, destinée à des techniciens du nord de la France.

L’atelier se termine sur un mot de remerciement et un souhait de bonne journée aux participants.