RÉSISTER AU SEC GRÂCE AU SEMIS DIRECT AU MAROC
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Dans cette vidéo, Abdellah Aboudrare, agronome - Chercheur à l'Ecole Nationale d'Agriculture de Meknès, nous présente ses recherches sur la culture des céréales en situation de stress hydrique, ainsi que les solutions techniques développées pour y faire face.
Introduction
Ce webinaire du Centre national d’agroécologie accueille Abdellah Aboudrare, chercheur marocain à l’École nationale d’agriculture de Meknès. Il y présente l’expérience marocaine sur l’agriculture de conservation, et plus particulièrement sur le semis direct comme levier d’adaptation à la sécheresse.
Son intervention porte sur une question centrale : comment résister au sec grâce au semis direct au Maroc dans un contexte de changement climatique, d’irrégularité des pluies, de dégradation des sols et de recherche de souveraineté alimentaire.
Présentation d’Abdellah Aboudrare
Abdellah Aboudrare est chercheur à l’École nationale d’agriculture de Meknès. Il travaille depuis les années 1980-début 1990 sur :
- l’agriculture de conservation ;
- la mécanisation agricole durable ;
- le semis direct.
Il rappelle cependant que, même si ces travaux sont anciens, le développement réel de ce système au Maroc n’a pris de l’ampleur que récemment, à la faveur d’une volonté politique affirmée depuis une dizaine d’années.
Pourquoi repenser les systèmes de production agricole ?
Abdellah Aboudrare explique que la transformation des systèmes agricoles est devenue indispensable pour plusieurs raisons :
- répondre aux objectifs de développement durable ;
- produire plus avec moins ;
- préserver l’environnement et les écosystèmes ;
- faire face au changement climatique ;
- garantir la souveraineté alimentaire.
Il insiste sur plusieurs constats majeurs.
Le réchauffement climatique
À l’échelle mondiale, les températures augmentent depuis la révolution industrielle, avec une accélération marquée à partir des années 1980. L’année 2024 a dépassé le seuil de +1,5 °C par rapport à la période préindustrielle, seuil fixé lors de la COP21 de Paris.
Pour le Maroc, la tendance est la même :
- avant les années 1980-1990, les anomalies étaient plutôt négatives ;
- à partir des années 1990-2000, les anomalies positives deviennent dominantes ;
- les années 2022, 2023 et 2024 ont battu des records de chaleur ;
- en 2024, le Maroc a connu l’année la plus chaude de son histoire instrumentale, avec environ +1,49 °C.
L’instabilité climatique
Le Maroc connaît une forte variabilité des précipitations :
- succession d’années de sécheresse ;
- puis retour d’années très pluvieuses ;
- parfois des inondations.
Cette instabilité rend les systèmes agricoles classiques de plus en plus vulnérables.
La dégradation des ressources naturelles
Parmi les autres facteurs de crise, le chercheur cite :
- l’érosion hydrique ;
- l’érosion éolienne ;
- la baisse de la matière organique des sols ;
- la raréfaction des ressources en eau ;
- la perte de biodiversité.
Il rappelle aussi l’importance de l’initiative française 4 pour 1000, à laquelle le Maroc a adhéré.
La pression alimentaire et géopolitique
La croissance démographique accroît la pression sur les systèmes agricoles. En parallèle, les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés mondiaux obligent les pays à renforcer leur sécurité et leur souveraineté alimentaires, notamment sur les céréales, qui occupent une place stratégique au Maroc.
Les principes de l’agriculture de conservation
Abdellah Aboudrare rappelle que le semis direct n’est qu’un des piliers de l’agriculture de conservation. Selon la FAO, ce système repose sur trois principes indissociables :
Perturbation minimale du sol
Cela signifie installer la culture sans travail du sol, à l’aide d’un semoir spécifique de semis direct.
Couverture organique permanente du sol
Le sol doit rester couvert :
- soit par les résidus de récolte ;
- soit par des plantes de couverture.
Au Maroc, les plantes de couverture sont peu développées en raison du climat aride. Ce sont surtout les résidus de récolte qui jouent ce rôle.
Diversification des cultures
Elle passe par :
- les rotations culturales ;
- les associations de cultures.
Le chercheur insiste sur le fait que ces trois principes doivent être combinés avec d’autres pratiques complémentaires :
- fertilisation raisonnée ;
- gestion intégrée des adventices ;
- gestion raisonnée des maladies et ravageurs.
Les intérêts de l’agriculture de conservation
Intérêts agronomiques
L’agriculture de conservation permet :
- une meilleure conservation de l’eau dans le sol ;
- une atténuation du stress hydrique ;
- une profondeur de semis plus homogène ;
- une levée plus régulière ;
- une amélioration de la fertilité du sol ;
- une augmentation de la matière organique ;
- une meilleure nutrition des plantes ;
- une amélioration de la croissance et du rendement.
Au Maroc, Abdellah Aboudrare indique qu’en moyenne, sur années pluvieuses et sèches confondues, le gain de rendement est d’au moins 20 % par rapport au système conventionnel. En année sèche, ce gain peut dépasser 50 % et parfois même 100 %.
Intérêts environnementaux
L’agriculture de conservation aide à :
- protéger le sol contre l’érosion hydrique ;
- protéger le sol contre l’érosion éolienne ;
- améliorer la structure du sol ;
- stimuler l’activité biologique ;
- réduire le compactage du sol ;
- séquestrer du carbone ;
- réduire les émissions de gaz à effet de serre grâce à la diminution des passages de machines.
Abdellah Aboudrare alerte notamment sur les tempêtes de poussière observées ces dernières années, révélatrices de sols laissés nus.
Intérêts socio-économiques
Les bénéfices économiques sont nombreux :
- baisse des coûts de production ;
- économie d’énergie ;
- économie de semences ;
- réduction possible des doses d’azote ;
- baisse à terme de la pression adventice grâce aux rotations ;
- diminution des investissements en matériel de travail du sol ;
- meilleure utilisation du tracteur ;
- allongement de la durée de vie du matériel ;
- gain de temps ;
- réduction du besoin de main-d’œuvre ;
- amélioration de la rentabilité.
Le chercheur mentionne jusqu’à 60 % d’économie sur les coûts liés à la préparation du sol et au semis.
Le développement du semis direct dans le monde et au Maroc
À l’échelle mondiale
L’agriculture de conservation n’est pas une pratique nouvelle. Son essor remonte notamment à la crise du Dust Bowl aux États-Unis dans les années 1930.
D’après les données citées (Kassam et al., 2022) :
- on comptait environ 25 millions d’hectares au début des années 1990 ;
- la surface est montée à 205 millions d’hectares en 2019 ;
- cela représente environ 15 % des terres cultivées mondiales ;
- la progression est d’environ 10 millions d’hectares par an.
Les principales zones de développement sont :
- l’Amérique du Nord ;
- l’Amérique du Sud ;
- l’Australie et la Nouvelle-Zélande ;
- la Russie et l’Ukraine.
En revanche, l’Europe et l’Afrique restent encore peu engagées, malgré un fort potentiel.
Au Maroc
Les premières introductions du semis direct au Maroc remontent à 1980, portées par l’INRA Maroc. Mais son essor réel est récent.
Abdellah Aboudrare indique qu’à partir de 2016, les surfaces progressent fortement :
- environ 120 000 hectares en 2023 ;
- environ 160 000 hectares en 2024-2025.
Cette progression s’inscrit dans la stratégie Génération Green, qui vise 1 million d’hectares en semis direct à l’horizon 2030.
Les atouts du Maroc pour développer le semis direct
Un cadre politique favorable
Le Maroc dispose selon le chercheur de plusieurs leviers :
- volonté politique affirmée ;
- mécanismes incitatifs pour l’acquisition et la mise à disposition des semoirs ;
- marché en développement pour les semoirs de semis direct ;
- renforcement du conseil agricole ;
- soutien d’acteurs publics et privés.
Les acteurs mobilisés
Parmi les structures citées :
- l’INRA Maroc ;
- l’initiative Al Moutmir de l’OCP ;
- l’association Torba ;
- Nutricrops ;
- l’AMAC (Association marocaine d’agriculture de conservation) ;
- les institutions de recherche et de développement ;
- l’initiative Triple A, lancée à la COP22 à Marrakech en 2016.
L’AMAC est présentée comme un espace multi-acteurs rassemblant chercheurs, agriculteurs, industriels et autres opérateurs du secteur.
Un potentiel pédoclimatique important
Le Maroc présente aussi :
- une grande diversité de sols ;
- des zones agroécologiques variées ;
- un potentiel estimé à près de 5 millions d’hectares ou plus pour l’agriculture de conservation.
Une expertise déjà présente
Le pays dispose désormais :
- d’une expertise scientifique ;
- d’un savoir-faire technique ;
- d’un potentiel industriel pour la fabrication et l’adaptation des semoirs ;
- d’agriculteurs pionniers déjà expérimentés.
Étude sur le blé tendre en semis direct à densité variable
Abdellah Aboudrare présente ensuite un essai conduit dans la plaine du Saïss, à Meknès, lors de la campagne 2023-2024, dans le cadre d’un travail de fin d’études d’Anas Choukri.
Problématique
L’objectif est de répondre à plusieurs enjeux :
- l’instabilité des rendements du blé liée à la variabilité des pluies ;
- le maintien, chez les agriculteurs, de doses de semis très élevées, souvent supérieures à 200 kg/ha ;
- la nécessité d’optimiser l’eau du sol en contexte sec ;
- les enjeux de souveraineté semencière.
Le chercheur rappelle que le Maroc n’est pas autosuffisant en semences et ne couvre qu’environ 20 % de ses besoins avec de la semence nationale, même si l’objectif de la stratégie Génération Green est d’atteindre 40 % d’ici 2030.
Objectif de l’essai
Évaluer l’effet de différentes doses de semis de blé tendre en semis direct sur :
- la croissance ;
- le rendement et ses composantes ;
- l’efficience d’utilisation de l’eau.
Doses de semis testées
Quatre doses ont été comparées :
- 80 kg/ha ;
- 120 kg/ha ;
- 160 kg/ha ;
- 200 kg/ha.
La dose de 160 kg/ha correspond au témoin local habituel. La dose de 200 kg/ha reste pratiquée par certains agriculteurs, notamment ceux qui visent aussi la production de paille.
Site et conditions de l’essai
L’essai a été conduit à l’École nationale d’agriculture de Meknès :
- sur un sol argilo-calcaire ;
- avec la variété marocaine Arrehane ;
- dans une année sèche.
La campagne 2023-2024 n’a reçu qu’environ 249 mm de pluie, soit environ 100 mm de moins que la normale locale. Le début de cycle a été particulièrement sec, avec un automne difficile et des semis repoussés à la fin novembre.
Conduite culturale
Le semis a été réalisé en semis direct, avec attention portée :
- au réglage du semoir ;
- à la profondeur de semis ;
- à l’homogénéité du peuplement.
Toutes les autres pratiques ont été identiques entre traitements :
- fertilisation ;
- désherbage ;
- protection sanitaire.
Peuplement obtenu
Les peuplements visés ont été globalement atteints :
- 80 kg/ha : environ 222 plantes/m² ;
- 120 kg/ha : environ 300 plantes/m² ;
- 160 kg/ha : environ 387 plantes/m² ;
- 200 kg/ha : plus de 450 plantes/m².
Le chercheur souligne la bonne qualité d’implantation.
Effets sur la croissance
Les faibles densités ont donné des plantes plus performantes individuellement.
Hauteur
Dès février, les traitements à faibles densités se distinguent par une meilleure croissance. La dose de 80 kg/ha présente la hauteur la plus élevée.
Tallage
Les différences de tallage sont très marquées :
- environ 1,8 talle par pied à 80 kg/ha ;
- seulement 0,47 talle par pied à 200 kg/ha.
Les fortes densités provoquent donc une concurrence précoce entre plantes.
Vigueur des tiges
Le diamètre de la tige principale diminue avec l’augmentation de la dose de semis. Les tiges sont plus fines à forte densité, ce qui augmente le risque de verse.
Matière sèche
La biomasse cumulée par plante est plus élevée dans les faibles densités, traduisant une meilleure performance individuelle.
Effets sur les composantes du rendement
Nombre d’épis par mètre carré
Les fortes densités donnent logiquement plus d’épis au mètre carré :
- jusqu’à 364 épis/m² à 200 kg/ha ;
- contre environ 269 épis/m² à 80 kg/ha.
Mais cela ne suffit pas à augmenter le rendement final.
Nombre de grains par épi
Les épis issus des faibles densités sont plus fertiles :
- environ 32 grains/épi à 80 kg/ha ;
- contre 25 grains/épi à 200 kg/ha.
Poids de mille grains
Il n’y a pas de différence statistiquement significative, mais la tendance reste favorable aux faibles densités :
- environ 37 g à 80 kg/ha ;
- contre environ 35 g à 200 kg/ha.
Rendement grain
L’augmentation de la dose de semis ne se traduit pas par une hausse significative du rendement.
Les résultats sont proches :
- environ 30 q/ha à 80 kg/ha ;
- environ 31 q/ha à 200 kg/ha.
Le chercheur souligne qu’il n’y a pratiquement pas de gain de rendement malgré un surcoût important en semences.
Rendement paille
En revanche, les doses fortes produisent davantage de paille :
- environ 59 q/ha à 200 kg/ha ;
- contre environ 50 q/ha à 80 kg/ha.
Ce point est important dans les années sèches, car la paille prend alors une forte valeur économique.
Eau du sol et efficience d’utilisation de l’eau
Les faibles densités maintiennent une réserve hydrique plus élevée pendant le cycle. Les fortes densités épuisent l’eau du sol plus rapidement, aggravant le stress hydrique en fin de cycle.
L’efficience d’utilisation de l’eau ne diffère pas significativement, mais les faibles doses permettent surtout d’économiser de la semence sans pénaliser les performances.
Analyse économique
Le coût des semences augmente fortement avec la densité :
- environ 332 dirhams/ha à 80 kg/ha ;
- environ 830 dirhams/ha à 200 kg/ha.
Le coût total de production est donc plus élevé dans les fortes densités.
Cependant, dans cette année sèche, la forte valeur de la paille a partiellement compensé cet écart. Le chercheur rappelle que le prix de la botte de paille, habituellement de 4 à 10 dirhams, a atteint 30 à 35 dirhams lors des années de sécheresse.
Malgré cela, il conclut que pour des agriculteurs visant le grain, les faibles densités sont plus intéressantes, et que 100 à 120 kg/ha constitue un optimum raisonnable pour tenir compte du risque et de la variabilité des années.
Conclusion sur le blé tendre
En conditions sèches :
- les doses réduites améliorent la croissance du blé tendre en semis direct ;
- les fortes doses ne garantissent pas un meilleur rendement grain ;
- elles peuvent seulement se justifier partiellement en année sèche par l’intérêt économique de la paille ;
- la réduction des doses de semis pourrait contribuer à la souveraineté semencière du Maroc.
Étude sur l’orge en semis direct à densité variable
La deuxième étude présentée concerne l’orge, lors de la campagne suivante, dans le cadre d’un travail de fin d’études réalisé par Nawel Benasmane, aujourd’hui en master en Espagne.
Objectif
Tester l’effet de différentes doses de semis d’orge en semis direct.
Doses testées
Quatre doses ont été comparées :
- 70 kg/ha ;
- 100 kg/ha ;
- 130 kg/ha ;
- 160 kg/ha.
La dose habituelle chez les agriculteurs est autour de 130-140 kg/ha.
Abdellah Aboudrare rappelle que l’orge talle mieux que le blé tendre. Ses doses de semis doivent donc être pensées plus à la baisse.
Conditions de l’essai
L’essai a été conduit sur le même site, avec la variété d’orge Battal, inscrite au catalogue officiel en 2013.
La campagne a reçu environ 437 mm de pluie, avec là encore un début de saison sec et un semis tardif, réalisé le 16 décembre.
Peuplement obtenu
Les peuplements visés ont été bien atteints :
- 70 kg/ha : environ 146 plantes/m² ;
- 100 kg/ha : environ 206 plantes/m² ;
- 130 kg/ha : environ 275 plantes/m² ;
- 160 kg/ha : environ 336 plantes/m².
Croissance et tallage
Hauteur
Contrairement au blé tendre, les fortes densités ont donné ici des plantes plus hautes, en raison d’un phénomène d’étiolement par compétition pour la lumière. Cela augmente le risque de verse.
Tallage
Les faibles densités ont donné un tallage très élevé :
- jusqu’à 6 à 7 talles par pied sur les traitements faibles ;
- contre environ 5 sur les densités plus fortes.
Le nombre d’épis par pied reste également meilleur dans les faibles densités.
Composantes du rendement
Nombre d’épis par mètre carré
Les fortes densités gardent un léger avantage sur ce seul critère, avec plus de 400 épis/m² contre environ 350 dans les faibles densités.
Nombre de grains par épi
Les faibles densités donnent des épis plus performants :
- environ 34 grains/épi dans les faibles densités ;
- contre 25 à 28 grains/épi dans les fortes.
Poids de mille grains
Le poids de mille grains est également plus élevé aux faibles densités.
Rendement grain
Cette fois, la différence est nette :
- environ 46 q/ha à 70 kg/ha ;
- contre environ 40 q/ha à 160 kg/ha.
L’augmentation de la dose de semis diminue donc le rendement en grain.
Rendement paille
Contrairement à l’essai blé, les faibles densités ont aussi donné ici de meilleurs rendements en paille :
- autour de 74 q/ha ;
- contre environ 60 q/ha pour les fortes densités.
Cela s’explique notamment par :
- le bon tallage de l’orge ;
- de meilleures performances de croissance ;
- des pluies de mars-avril plus favorables.
Réserve en eau et efficience
Comme pour le blé, les faibles densités conservent mieux l’humidité du sol, en particulier en fin de cycle. L’efficience d’utilisation de l’eau est plutôt meilleure avec les faibles densités.
Le phénomène de verse
C’est un point majeur de cet essai.
Le suivi du score de verse montre :
- près de 100 % de verse à 160 kg/ha ;
- environ 30 % seulement à 70 kg/ha.
Le chercheur observe :
- une corrélation positive entre hauteur et verse ;
- une corrélation positive entre densité et verse.
La verse pénalise ensuite le remplissage des grains et contribue à la baisse du rendement.
Analyse économique
L’analyse économique confirme la supériorité des faibles densités :
- moins de semences utilisées ;
- meilleur rendement grain ;
- meilleur rendement paille ;
- marge nette plus élevée.
Conclusion sur l’orge
Les faibles doses de semis permettent :
- une meilleure performance individuelle des plantes ;
- une croissance plus efficace ;
- un meilleur rendement ;
- une meilleure rentabilité.
À l’inverse, les fortes doses augmentent la concurrence entre plantes sans améliorer les performances globales.
Les défis pour la mise à l’échelle au Maroc
Abdellah Aboudrare souligne que, malgré les progrès, la généralisation du semis direct se heurte encore à plusieurs obstacles.
Défis techniques
- nombre encore insuffisant de semoirs ;
- coût élevé des équipements ;
- mauvaise utilisation possible du matériel ;
- adaptation parfois difficile tracteur-semoir ;
- gestion encore imparfaite des résidus ;
- insuffisante diversification des cultures ;
- domination persistante de la monoculture ;
- difficultés de gestion des adventices ;
- morcellement des parcelles ;
- terrains difficiles d’accès ;
- niveau technique encore limité dans certaines situations.
Défis socio-économiques
- structuration du marché des semoirs ;
- mécanismes de soutien ;
- encadrement technique ;
- organisation professionnelle.
Conclusion générale
Pour Abdellah Aboudrare, le semis direct constitue aujourd’hui au Maroc une solution prometteuse face aux enjeux climatiques, agronomiques et économiques.
Dans un contexte d’aridification progressive :
- le semis direct des céréales ;
- combiné à des densités de semis faibles à modérées ;
représente une option fiable pour améliorer les performances en agriculture pluviale.
Les résultats présentés montrent de manière cohérente que :
- une réduction de la dose de semis de 50 à 60 % peut être envisagée ;
- sans pénaliser le rendement ;
- tout en améliorant la rentabilité ;
- et en contribuant à la souveraineté semencière.
Cependant, la transition vers l’agriculture de conservation reste progressive. Son changement d’échelle demandera encore du temps, de l’accompagnement et des efforts techniques, économiques et organisationnels.
Questions et échanges avec les participants
Rotations et couverts végétaux au Maroc
Interrogé sur les rotations céréalières et les couverts végétaux, Abdellah Aboudrare répond que :
- le Maroc ne dispose pas d’assez d’eau pour développer largement les couverts végétaux ;
- même dans les zones les plus favorables, cela reste difficile.
Concernant les rotations, il précise que la monoculture de céréales reste dominante au Maroc, malgré la présence encore limitée de légumineuses.
Il explique cette situation par deux grands obstacles :
- le coût croissant de la main-d’œuvre ;
- le manque de moyens techniques, notamment pour le contrôle des adventices dans les légumineuses.
Il note toutefois un effort du ministère de l’Agriculture pour encourager la réintroduction de :
- légumineuses ;
- cultures fourragères comme la vesce ;
- colza ;
- tournesol.
Fertilisation et engrais
Sur la question des engrais, il rappelle que :
- le Maroc est producteur de phosphate ;
- la potasse est importée ;
- l’azote est également importé, car sa production demande beaucoup d’énergie.
Le pays soutient les agriculteurs via des aides sur les engrais, notamment phosphatés. Il mentionne aussi l’ambition du Maroc de produire à terme de l’azote vert à partir d’énergie renouvelable et d’hydrogène vert.
Variétés marocaines et adaptation à l’Espagne
À propos de l’usage possible des variétés marocaines en Espagne, Abdellah Aboudrare estime qu’elles pourraient s’adapter, en particulier dans le sud de l’Espagne, où les conditions sont proches de celles du Maroc.
Il rappelle néanmoins que ces variétés sont d’abord produites pour répondre aux besoins nationaux et que les quantités disponibles restent insuffisantes même pour le marché marocain, en raison notamment des années répétées de sécheresse qui compliquent leur multiplication.
Échange final sur les densités de semis
En fin de webinaire, un parallèle est fait avec des essais menés dans le nord de la France, où des variations de densité de semis en blé n’ont pas donné de différence de rendement. Abdellah Aboudrare confirme que, dans le contexte actuel, il n’est plus justifié de semer à fortes doses sans gain de rendement.
Il conclut en rappelant que le changement climatique au Maroc ne signifie pas seulement davantage de sécheresse, mais aussi parfois des excès de pluie, qui compliquent également la conduite des cultures.
Ressources complémentaires
Abdellah Aboudrare indique que :
- la première étude présentée a déjà été publiée ;
- la seconde est en cours de publication.
Il précise qu’il est possible de le contacter par courriel pour poursuivre les échanges sur ces travaux.