12 Ans d’agroforesterie pour des terres fertiles en Alsace, Roland Wendling
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Dans cet épisode, vous entendrez le témoignage de Roland Wendling, agriculteur pionnier de l’agroforesterie et cuniculteur reconnu en Alsace !
Il a souhaité implanter des hauts jets dans ses parcelles en grandes cultures pour davantage d’ autofertilité en matière organique, ramener des auxiliaires de culture, créer un micro-climat sur la parcelle et à terme vendre du bois d'œuvre. Cette occasion s’est présentée en 2012 avec la Chambre d’Agriculture qui venait de commencer à travailler sur ce sujet et Roland, avait opté pour un systeme de 100 arbres sur 1ha avec espacement court inter rang (14m), des arbres haut jet tous les 7m sur la ligne (avec des noisetiers entre ces derniers).
Ancien conseiller agricole, il développera les raisons agronomiques derrière le choix d’implantation d’une parcelle agroforestière, les étapes et les coûts que cela engendre et les effets que cela a au bout de maintenant 12 ans sur les cultures annuelles !
Chapitrage 00:01:11 Parcours de Roland Wendling : De l'Agriculture Traditionnelle à l'Agroforesterie 00:06:59 - Évolution de l'Élevage de Lapins et Transition Écologique 00:12:36 - Importance de l'Humus et Régénération des Sols 00:18:12 - Conception du Verger Agroforestier et Choix des Arbres 00:24:09 - Gestion des Arbres : Taille et Formation pour la Mécanisation 00:30:07 - Diversité des Essences et Services Écosystémiques 00:35:43 - Intégration des Arbres dans les Parcelles Céréalières 00:41:20 - Apports de Matière Organique et Microclimat 00:47:00 - Planification à Long Terme et Résilience du Système
Présentation de Roland Wendling
Roland Wendling se présente comme un agriculteur retraité, né en 1954, installé dans son village natal en Alsace. Il est retraité depuis 2020. Il vient d’une famille ancrée de longue date dans le village : son père était agriculteur, son grand-père et son arrière-grand-père étaient à la fois forgerons et agriculteurs.
Il explique avoir fait partie des tout premiers élèves du lycée agricole d’Obernai, ouvert en 1968. Il y a été interne jusqu’au baccalauréat, obtenu en 1973. Après cela, il a suivi deux années de préparation, puis une formation d’ingénieur agricole à l’Enita de Dijon, dont il est sorti en 1978.
Sa carrière professionnelle a commencé après le service militaire. Il a d’abord travaillé comme formateur au CFPPA d’Obernai, puis comme technicien à la chambre d’agriculture jusqu’en 1988. À partir de 1989, il s’est installé agriculteur à plein temps.
Une installation marquée par l’élevage cunicole
Au moment de ses études d’ingénieur, Roland Wendling a consacré son mémoire de fin d’études à la production de lapin de chair. Ce sujet a ensuite orienté une partie importante de sa carrière : à la chambre d’agriculture, il a été conseiller cunicole pour toute l’Alsace pendant cinq à six ans, en parallèle de son activité de conseiller agricole.
Il précise que la cuniculture connaissait alors un certain développement régional. Dans ce cadre, il a rencontré le docteur Zimmermann, sélectionneur allemand, créateur d’une souche de lapins. Ensemble, ils ont envisagé l’installation de Roland Wendling comme multiplicateur de cette souche en France. C’est ainsi qu’à partir de 1989, il a développé une activité de multiplication de reproducteurs, avec une zone de commercialisation allant jusqu’à Clermont-Ferrand, au Nord-Pas-de-Calais et à Paris.
Cette activité a très bien fonctionné au départ, puis a été fortement affectée à partir de 1996-1997 par l’apparition d’une nouvelle maladie du lapin. Le marché des reproducteurs s’est alors effondré, les éleveurs craignant d’introduire la maladie en achetant des animaux. Roland Wendling avait cependant anticipé cette évolution en construisant un second bâtiment dès 1996 pour produire lui-même du lapin de chair. En 1998, il s’est associé avec son cousin pour développer encore cette activité.
Il souligne aussi avoir été parmi les premiers en France à pratiquer l’insémination artificielle chez le lapin, dès 1987, soit plusieurs années avant sa généralisation nationale.
La reprise des terres familiales
Quand son père a pris sa retraite en 1990, Roland Wendling a repris les terres familiales, soit environ 10 hectares. Au départ, son activité cunicole reposait surtout sur une petite emprise foncière et des bâtiments, dans un système hors-sol. La reprise des terres a donc constitué une nouvelle étape importante.
Il rappelle que ces terres sont presque entièrement en propriété, ce qui a pesé dans ses choix. Pour lui, il était important que l’exploitation reste dans la famille. Il explique qu’une terre vendue ou louée devient très difficile à récupérer ensuite. Cette volonté de conserver un patrimoine transmissible à ses enfants et petits-enfants a compté dans sa décision de planter des arbres : l’agroforesterie représente selon lui une production de long terme, un capital valorisable dans 30 à 40 ans.
Depuis sa retraite en 2020, c’est un de ses fils qui a repris l’exploitation foncière. L’activité lapin, elle, a été arrêtée.
Contexte agricole local et évolution des systèmes
Roland Wendling replace son parcours dans l’évolution de l’agriculture locale. Son père pratiquait une polyculture-élevage classique, avec des vaches, des betteraves fourragères, de la luzerne, du blé, de l’orge, de l’avoine et des prairies. Selon lui, ce système a maintenu la fertilité des sols pendant des siècles grâce à l’apport de fumier.
Avec sa propre installation, et du fait de son élevage de lapins nourris principalement avec de l’aliment acheté, il n’avait plus les mêmes besoins fourragers. L’assolement est devenu plus simple : blé, orge, maïs, puis plus tard tournesol. Il explique cependant que les rendements ont stagné, voire diminué, notamment dans les années sèches.
Il insiste longuement sur le fait que la disparition de l’élevage bovin dans les fermes du secteur a entraîné une perte progressive de fertilité. Dans son village, il ne reste presque plus de vaches. Là où il y avait autrefois 16 exploitations, il n’en reste plus que 3. Il rappelle aussi l’importance passée du tabac noir dans le village, activité qui permettait à de petites exploitations de vivre. Avec l’arrêt de cette production, de nombreuses fermes ont disparu.
Pourquoi faire de l’agroforesterie ?
Roland Wendling définit l’agroforesterie comme l’association, sur une même parcelle, d’une production agricole — culture ou élevage — avec des arbres ou des arbustes.
Il explique avoir été sensibilisé au sujet au début des années 2000, notamment à travers des réunions auxquelles il assistait en lien avec la forêt. Ce qui l’a convaincu au départ, c’est l’idée qu’à terme, une parcelle agroforestière produit davantage qu’une parcelle sans arbres. Comme il cherchait à augmenter ou optimiser la productivité de ses terres, cela l’a immédiatement intéressé.
Mais avec le temps, sa motivation principale est devenue la restauration de la fertilité des sols. Selon lui, les sols ont perdu une part de leur potentiel. Il parle en particulier de ses terres argileuses, avec 40 % d’argile, difficiles à travailler, qui étaient autrefois considérées comme bonnes grâce au fumier, mais qui sont aujourd’hui vues comme de mauvaises terres. Pour lui, le problème est clair : c’est la baisse de matière organique et d’humus.
Il résume sa conviction par une formule forte : dans le désert, il n’y a pas d’humus, il n’y a pas de vie ; l’humus, c’est la vie. Plus il y a d’humus, plus il y a de vie.
Les objectifs recherchés avec les arbres
Roland Wendling explique qu’avant toute plantation, il faut réfléchir à ses objectifs, car on ne plante pas de la même façon selon ce que l’on cherche.
Dans son cas, plusieurs objectifs se combinent :
- restaurer la fertilité du sol ;
- augmenter la productivité globale de la parcelle ;
- stocker du carbone et lutter contre le réchauffement climatique ;
- créer un microclimat favorable aux cultures ;
- limiter l’érosion et les coulées de boue ;
- favoriser les pollinisateurs et la biodiversité ;
- constituer un capital transmissible à long terme.
Il insiste particulièrement sur la fertilité. Avec 100 arbres par hectare, il estime qu’à terme les arbres apporteront chaque année une grande quantité de feuilles au sol, de l’ordre de 10 tonnes par hectare quand ils seront plus développés. Pour lui, cette litière finira par recréer un fonctionnement de type forestier, capable de restaurer l’humus et la vie biologique.
Il souligne aussi que les arbres, grâce à leur enracinement profond, remontent des éléments minéraux perdus en profondeur. Ces éléments reviennent ensuite en surface via les feuilles.
Un projet planté en 2012
Roland Wendling indique qu’il aurait planté plus tôt si cela avait été administrativement possible. Jusqu’en 2011, la présence d’arbres dans une parcelle faisait perdre une partie des aides PAC. Il avait donc dit au technicien qui l’accompagnait qu’il planterait dès que cela deviendrait possible sans pénalité. Le changement réglementaire est arrivé fin 2011, et la plantation a eu lieu en 2012.
La parcelle portait alors du blé. Le travail a commencé par un labour assez profond, puis par un ameublissement localisé à chaque emplacement d’arbre, à l’aide d’un équipement permettant de bien remuer le sol au fond du trou. La parcelle a ensuite été piquetée pour marquer tous les emplacements de plantation.
Densité, orientation et logique d’implantation
Roland Wendling a choisi de planter au maximum autorisé, soit environ 100 arbres par hectare. Les arbres sont espacés de 7 mètres sur le rang, avec 14 mètres entre les rangées. Cela correspondait au matériel qu’il utilisait alors, notamment un pulvérisateur de 12 mètres.
Il explique bien que cette densité élevée répond à son objectif principal : agir sur la fertilité du sol. Selon lui, si l’on espace trop les rangs, l’effet des arbres sur la parcelle reste trop faible.
L’orientation théorique idéale aurait été nord-sud, mais la configuration de la parcelle ne le permettait pas. Les arbres ont donc été implantés dans le sens de la parcelle, avec une orientation plutôt est-ouest.
Il insiste sur le fait qu’aujourd’hui, avec des matériels plus larges, beaucoup d’agriculteurs choisiraient des espacements plus grands, de 30, 40 ou 50 mètres entre rangs. Il estime que cela peut se défendre, mais rappelle qu’un arbre n’a pas d’influence sur 30 mètres autour de lui. Si l’on veut de vrais effets agroforestiers, il faut une certaine densité.
Les essences choisies
La moitié environ des arbres plantés sont des noyers hybrides, issus d’un croisement entre noyer noir d’Amérique et noyer commun. Il précise qu’ils ne produisent pas de noix, mais poussent plus vite et sont intéressants pour le bois d’œuvre.
Le reste du mélange comprend notamment :
- des érables ;
- des tilleuls ;
- des cormiers ;
- des poiriers sauvages ;
- des robinier faux-acacia ;
- quelques arbres fruitiers ajoutés par la suite ;
- des noisetiers et des pêchers dans l’interrang proche des arbres.
Le choix de plusieurs essences répondait aussi au souhait de favoriser les pollinisateurs, en lien avec l’activité apicole de son fils. Les noyers n’apportent rien aux abeilles, mais les érables, tilleuls, poiriers sauvages, cormiers et robinier faux-acacia sont intéressants à la floraison.
Le robinier faux-acacia a aussi, selon lui, un intérêt agronomique spécifique : c’est une légumineuse capable de fixer l’azote de l’air et d’enrichir le sol.
Coût et aides
Roland Wendling souligne que le coût de plantation des arbres eux-mêmes était faible, environ 2 euros par plant. Pour 100 arbres, cela représentait donc un montant limité. Ce qui coûtait le plus cher, c’était surtout la protection de chaque arbre.
Il estime l’investissement total initial à environ 2 500 euros, ou un peu moins selon le mode de calcul. Une aide européenne de type Feder, obtenue parce qu’il faisait partie des premiers à implanter ce genre de dispositif en plein champ, a couvert environ 1 000 euros. Au final, la dépense nette lui paraît donc restée modeste.
La protection des jeunes arbres
Chaque arbre a été protégé par un filet en polyuréthane pour éviter les dégâts de chevreuils et de lièvres. Cela a bien fonctionné, car les dégâts de gibier ont été faibles.
En revanche, plusieurs années plus tard, ces protections plastiques se sont dégradées avec le soleil. Roland Wendling parle d’une vraie pollution et dit avoir décidé de tout enlever. Il regrette cette solution et estime qu’il faudrait trouver des protections plus durables et biodégradables.
Le principal problème survenu n’est pas venu du gibier, mais des campagnols ou mulots, qui se sont attaqués surtout à certains cormiers en mangeant les racines. La mise en place d’un nichoir par la LPO a permis l’installation d’un couple de chouettes chevêches, qui a fortement réduit le problème.
Les travaux d’entretien : paillage, taille et entretien du rang
Roland Wendling insiste sur le fait que, contrairement à une idée reçue, l’agroforesterie demande du travail.
Le paillage
Il explique qu’au départ il aurait fallu pailler davantage autour des jeunes arbres pour limiter la concurrence de l’herbe. Ils ont mis un peu de paille, mais pas suffisamment, et sans renouvellement. Avec le recul, il considère que c’était une erreur. Il recommande plutôt des copeaux de bois, plus durables et plus efficaces.
La taille de formation
Pour obtenir du bois d’œuvre, il faut absolument tailler tous les ans. En plein champ, un arbre a naturellement tendance à brancher très bas. Il faut donc guider sa forme, favoriser la flèche principale, enlever les concurrents et supprimer progressivement les branches basses.
Il explique que cette taille a été faite chaque année pendant environ 10 ans, avec l’aide d’un technicien au départ. C’est, selon lui, le point technique central de la réussite du projet. L’objectif était d’obtenir au moins 4 mètres de fût dégagé, voire davantage pour ne pas gêner les machines.
Il constate aujourd’hui avec satisfaction que les arbres sont bien montés, parfois à plus de 5 mètres, ce qu’il considère comme essentiel pour associer grande culture et arbres.
L’entretien de la végétation sur le rang
Le rang est entretenu avec une débroussailleuse, deux fois par an en général : une fois vers mai, puis une autre après la moisson. Cela permet d’éviter l’installation d’adventices comme les chardons et de garder le pied des arbres propre.
Le contrôle des racines superficielles
Autre point important : il faut éviter que les arbres développent trop de racines superficielles qui concurrenceraient la culture. Pour cela, il explique qu’il faut passer une fois par an avec des dents le long du rang pour sectionner ces racines et obliger l’arbre à s’enraciner plus profondément.
Effets observés sur le sol et le climat de la parcelle
Roland Wendling raconte avoir mesuré, lors d’une journée très chaude, plus de 50 °C au sol au milieu du champ, contre environ 20 °C de moins dans l’ombre des arbres. Même si cette ombre est encore limitée aujourd’hui, il y voit déjà un signe très fort.
Pour lui, les arbres créent un microclimat : ombre, humidité, évapotranspiration, baisse de température. Il pense qu’à l’avenir, dans un contexte de réchauffement climatique, ce type de parcelle résistera mieux que des champs totalement ouverts.
Il insiste aussi sur l’effet anti-érosion. Dans ce secteur en pente, les rangées d’arbres constituent selon lui une solution durable contre les coulées de boue. Là où l’eau coulait auparavant, les arbres permettent de mieux retenir le sol.
Cultures associées aux arbres
Les cultures qui lui paraissent les mieux adaptées sont les céréales d’hiver : blé, orge, éventuellement avoine. Il explique le raisonnement : les arbres perdent leurs feuilles à l’automne, le blé est semé, puis se développe pendant l’hiver et le printemps avant que les arbres ne soient complètement en feuilles. Ensuite, quand le blé mûrit et termine son cycle, les arbres prennent le relais.
Pour lui, cette complémentarité temporelle explique une part importante du gain de productivité global.
Ces dernières années, la rotation sur la parcelle a inclus :
- de la luzerne pendant trois années ;
- du blé ;
- à nouveau du blé après difficulté à détruire correctement la luzerne ;
- puis, prévu ensuite, du tournesol, suivi de blé, puis éventuellement à nouveau de luzerne.
Il précise que la luzerne est valorisée par un agriculteur voisin qui l’achète sur pied.
Une conduite culturale avec peu d’intrants
Roland Wendling se définit comme conventionnel, mais avec le moins d’intrants possible.
Désherbage
Le désherbage est réalisé si nécessaire, en particulier contre les graminées adventices comme le vulpin. Il explique avoir essayé pendant 10 ans le non-labour sur cette parcelle, mais avoir abandonné à cause de l’envahissement par les adventices. Selon lui, sans labour et sans glyphosate, cela ne fonctionnait pas dans ses conditions.
Azote
Il pratique des apports d’azote modérés. En terres lourdes, un premier apport d’environ 80 unités au démarrage de végétation peut être fait, puis un éventuel second apport selon l’état de la culture. Il ne cherche pas les rendements maximums.
Fongicides
Il dit très clairement qu’il ne fait plus de fongicides sur le blé. Il sait que cela peut choquer, mais il justifie ce choix par la protection de la vie du sol, des champignons et des mycorhizes. Selon lui, ces organismes jouent un rôle essentiel dans la mise à disposition des éléments nutritifs.
Il ajoute qu’à l’ombre des arbres, le blé lui paraît moins sujet aux maladies. Il cite l’exemple d’une année très humide où, sans fongicide, les rendements ont été équivalents à ceux des voisins.
Insecticides
Il ne fait pratiquement jamais d’insecticides. Sur maïs, il utilise depuis longtemps des trichogrammes contre la pyrale. Il explique que cette technique biologique existe depuis des décennies, fonctionne bien, mais reste encore peu utilisée localement, beaucoup préférant les insecticides chimiques.
Il envisage aussi de développer les auxiliaires, notamment en installant des nichoirs pour mésanges afin qu’elles consomment les ravageurs du maïs.
Rendements évoqués
Les rendements mentionnés dans la vidéo sont les suivants :
- blé : environ 65 quintaux cette année, comme les voisins ; dans les années normales plutôt 80 à 85 quintaux ;
- tournesol : environ 34 quintaux ;
- maïs sec non irrigué : environ 80 à 90 quintaux dans ces terres lourdes.
Roland Wendling rappelle toutefois qu’il ne cherche pas les records de rendement. Son objectif est plutôt d’obtenir des cultures saines, avec moins d’intrants, et de reconstruire la fertilité sur le long terme.
Stockage du carbone et bois d’œuvre
Le stockage du carbone est l’un des thèmes qui lui tiennent le plus à cœur. Il considère que l’agroforesterie est aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces de stocker durablement du carbone à l’échelle d’une exploitation.
Il distingue bien le stockage temporaire par une culture annuelle et le stockage de long terme par l’arbre. Le bois d’un arbre représente pour lui un stockage durable, surtout si le tronc est valorisé en bois d’œuvre : poutres, meubles, charpentes. Il rappelle que tant que le bois n’est pas brûlé ou décomposé, le carbone reste stocké.
Il souligne aussi l’importance du stockage racinaire, qui persiste encore longtemps après une coupe éventuelle.
Concernant la valorisation, il précise que pour l’instant les arbres ne rapportent rien directement. Le revenu potentiel viendra plus tard, au moment où les arbres pourront être vendus en grumes. En attendant, les tailles produisent du bois raméal fragmenté ou du bois de chauffage.
Croissance des arbres et premières observations
En 2022, soit 10 ans après plantation, la hauteur moyenne des arbres était d’environ 6 mètres, avec un maximum à 9,15 mètres. Roland Wendling y voit la preuve que les arbres poussent vite en agroforesterie, parfois plus vite qu’en forêt, car ils disposent d’espace, de lumière et profitent aussi de l’environnement cultural.
Il montre plusieurs essences sur la parcelle, commente leur architecture, leur vitesse de croissance et les ajustements de taille nécessaires. Certains arbres sont déjà arrivés à la bonne hauteur de fût, d’autres nécessitent encore des corrections.
Il rappelle qu’au départ les plants étaient minuscules, presque invisibles dans le blé, et se félicite du résultat 12 ans plus tard.
Rapport à l’avenir et transmission
Roland Wendling dit explicitement qu’il a pensé ce projet pour l’avenir, jusqu’en 2050 ou 2060. Il sait qu’il ne verra sans doute pas la fin du cycle, mais cela ne le gêne pas. Il assume une logique de pari, de transmission et de capital à long terme.
Il souligne que si, dans 30 ans, les arbres prennent trop le dessus, il y aura toujours des solutions :
- enlever un rang sur deux ;
- émonder pour refaire entrer de la lumière ;
- couper certains arbres et en replanter ;
- faire évoluer le système selon les usages futurs.
Pour lui, presque tout reste adaptable.
Le regard des autres agriculteurs
Roland Wendling note que le regard des collègues agriculteurs est souvent sceptique. Il rappelle que la génération précédente a surtout arraché les arbres pour agrandir et simplifier le parcellaire. Pour beaucoup, l’arbre reste un obstacle.
Il insiste au contraire sur l’intérêt des rangées : un arbre isolé gêne, mais une ligne d’arbres structurée est plus facile à intégrer dans le travail agricole.
Les objections qu’il entend le plus souvent sont toujours les mêmes :
- difficulté à passer avec de grosses machines ;
- travail supplémentaire lié à la taille et à l’entretien ;
- doute sur la possibilité de produire du bois de qualité en plein champ.
Lui reste optimiste et pense que des arbres de qualité peuvent être produits en champ, à condition de bien les conduire.
Conseils aux agriculteurs intéressés
Pour Roland Wendling, il faut d’abord être convaincu de ce que l’agroforesterie peut apporter : climat, fertilité, biodiversité, réduction des intrants, stockage de carbone.
Il conseille ensuite :
- de commencer sur une parcelle appartenant à l’agriculteur, ou au moins avec l’accord clair du propriétaire ;
- de choisir plutôt une terre moyenne ou difficile ;
- d’adapter l’écartement des rangs au matériel disponible ;
- de serrer suffisamment les arbres sur le rang ;
- de monter les arbres haut si l’on veut conserver une grande culture mécanisée ;
- de bien réfléchir aux objectifs avant toute plantation.
Il rappelle aussi que le sujet n’est pas spontanément promu par les structures commerciales, car il y a peu de produits à vendre et relativement peu d’investissements lourds.
Une conviction forte sur les sols
La conclusion de Roland Wendling est très nette : en 60 ans, selon lui, on a plus détruit les sols qu’en 300 ans auparavant. Il estime que l’agriculture intensive a détruit l’humus et la vie du sol, et qu’il faut changer de trajectoire.
L’agroforesterie est pour lui une réponse crédible, même si elle peut prendre des formes variées. Il ne prétend pas que son système est le seul possible, mais il y voit une voie d’avenir.
Il dit enfin que cette parcelle est celle où il préfère aller sur son exploitation. Elle représente à ses yeux un lieu de production, d’expérimentation, de transmission, mais aussi un espace vivant, agréable, porteur d’espoir face aux changements à venir.