Usage des drones en agriculture, retours terrain
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Ce webinaire, organisé par le Centre national d’agroécologie, a mis en lumière la startup Agrodrone, fondée par Patrice Rosier en 2023. Agrodrone se spécialise dans l’application de drones dans le secteur de l’agriculture, intervenant dans divers domaines tels que le semis, la télédétection, la pulvérisation et la lutte contre les ravageurs. Patrice Rosier a partagé l’historique de l’entreprise et ses innovations majeures, notamment des collaborations initiales remontant à 2015 avec des entreprises comme Maïsadour, qui ont permis le développement de drones adaptés pour l’agriculture. Agrodrone a réussi à concevoir des drones capables de transporter jusqu’à 50 kg de charge utile, réalisant des pulvérisations en moins de 10 minutes, tout en visant à réduire l’impact environnemental.
Le webinaire a également introduit l’Agrodrone Planner, un outil permettant aux agriculteurs de planifier facilement leurs interventions en regroupant les demandes par région. Agrodrone ne se limite pas à l’utilisation des drones pour des opérations pratiques ; ils sont aussi impliqués dans des projets de recherche sur des méthodes novatrices comme le largage de phéromones pour lutter contre des ravageurs tels que les processionnaires de pin. Les participants ont constaté que les drones sont multifonctionnels et contribuent aux activités agricoles variées, tout en soulignant les défis réglementaires associés à leur utilisation, notamment l’interdiction de certains épandages aériens en France.
Patrice a insisté sur l’importance de la préparation et de l’adoption rapide de ces technologies par les agriculteurs. La présentation a inclus des exemples visuels des succès d’Agrodrone dans l’implantation de couverts végétaux, dans un cadre où les agriculteurs sont encouragés à adopter ces nouvelles technologies afin d’optimiser leurs pratiques agricoles. Enfin, les discussions ont mis en avant les impacts de la législation sur l’utilisation des drones et souligné la nécessité d’éduquer davantage les agriculteurs sur ces outils novateurs.
Highlights
- 🚀 Innovations dans les drones : Agrodrone a développé des drones capables de pulvériser efficacement en moins de 10 minutes.
- 🌱 Outils de planification : L’Agrodrone Planner aide les agriculteurs à organiser leurs interventions selon leurs besoins spécifiques.
- 🐜 Lutte contre les ravageurs : Lancement de recherches innovantes sur le largage de phéromones pour contrôler des populations nuisibles.
- 🌍 Impact environnemental : Une volonté affirmée de réduire l’empreinte écologique des pratiques agricoles grâce à des technologies adaptées.
- 📜 Défis réglementaires : Importance de se conformer à la législation concernant l’utilisation des drones dans l’agriculture.
- 💰 Coûts d’opération accessibles : Coûts raisonnables pour le semis par drone, facilitant l’adoption de ces technologies par les agriculteurs.
- 📈 Demande croissante : Une sensibilisation accrue sur l’utilisation des drones dans l’agriculture est essentielle pour répondre à la demande.
Key Insights
🌐 Technologie et agriculture : Une synergie nécessaire
La startup Agrodrone démontre comment les innovations technologiques, telles que l’utilisation de drones, peuvent répondre aux défis actuels de l’agriculture. En intégrant des solutions de haute technologie dans des pratiques traditionnelles, les agriculteurs peuvent améliorer la productivité tout en faisant progresser le développement durable. En ce sens, Agrodrone représente un modèle d’intégration de la technologie dans les pratiques agricoles.
✈️ Drones : Outils multifonctionnels
Les drones ne sont plus uniquement perçus comme des dispositifs de surveillance ou de photographie aérienne. Dans le cadre agricole, ils apportent des solutions pratiques, que ce soit pour semer, pulvériser ou même suivre la santé des cultures grâce à la télédétection. Cette polyvalence accentue l’efficience des exploitations agricoles, tout en optimisant l’utilisation des ressources.
🎯 Planification centrée sur les besoins
L’Agrodrone Planner est un exemple pertinent de la manière dont les outils numériques peuvent révolutionner la gestion agricole. En permettant aux agriculteurs de spécifier leurs besoins et de centraliser les demandes, cet outil aide à optimiser la logistique de l’opération tout en rendant l’accès à ces services plus pratique et efficace. Cela témoigne d’une adaptation croissante des technologies agronomiques aux exigences spécifiques du terrain agricole.
🌾 Incitation à la recherche et à l’innovation
Les projets de recherche d’Agrodrone sur l’utilisation de phéromones pour lutter contre les ravageurs marquent un tournant dans la durabilité agricole. En remplaçant ou réduisant l’application de pesticides chimiques, ces projets non seulement protègent les cultures, mais également favorisent un environnement plus sain. Cela reflète un changement vers des solutions plus durables dans la gestion des cultures.
🏛️ Réglementations à surveiller
La réglementation reste un point de tension dans l’application de la technologie dans l’agriculture. L’interdiction de certain épandage aérien est un exemple, où les agriculteurs doivent naviguer dans des lois complexes pour tirer parti des drones. Ce défi souligne la nécessité d’une réforme continue et d’une sensibilisation autour de la législation en vigueur pour permettre une adoption plus large de ces technologies.
🌱 Coûts d’adhésion
Les coûts de semis via des drones, estimés entre 50 et 80 € par hectare, indiquent que cette technologie devient de plus en plus accessible. La notion de rentabilité est cruciale pour encourager les agriculteurs à investir dans des outils technologiques. En réduisant les coûts et en augmentant l’efficacité, Agrodrone joue un rôle clé pour assurer que ces solutions restent dans les cordes budgétaires des agriculteurs.
📊 Croissance de la demande pour les services par drone
La demande croissante pour les services offerts par drone dans le secteur agricole implique un besoin d’éducation et de sensibilisation. En instaurant un échange sur ces technologies, les agriculteurs sont mieux armés pour adopter et utiliser efficacement les drones. Les entreprises comme Agrodrone sont essentielles pour catalyser cette transition en offrant formation et expertise.
En conclusion, le webinaire a non seulement présenté Agrodrone comme un acteur innovant dans le domaine de l’agriculture, mais a aussi ouvert la discussion sur le rôle crucial des drones pour l’avenir de l’agriculture durable. Les innovations en matière d’utilisation de drones, de planification et de recherche fournissent une perspective enthousiasmante pour transformer radicalement les pratiques agricoles, tout en tenant compte des défis réglementaires et économiques. Les agriculteurs sont ainsi encouragés
Présentation du webinaire
Ce webinaire du Centre national d’agroécologie, diffusé sur la chaîne de Ver de Terre Production, est consacré à l’usage des drones en agriculture à partir de retours de terrain.
L’invité est Patrice Rosier, co-gérant et cofondateur de la start-up Agrodrone, créée en 2023. L’entreprise intervient sur différents usages agricoles du drone, notamment :
- l’épandage,
- la télédétection,
- le semis de couverts végétaux,
- le largage de trichogrammes,
- la pulvérisation,
- d’autres applications spécialisées.
L’échange prend la forme d’une présentation de l’entreprise, de ses activités, de ses développements techniques et réglementaires, puis d’une session de questions-réponses.
Origine d’Agrodrone
Patrice Rosier explique qu’Agrodrone est une start-up née en 2023, mais issue d’un travail engagé bien plus tôt au sein de l’entreprise Reflet du monde, société spécialisée depuis une dizaine d’années dans l’accompagnement autour du drone.
Il précise être ingénieur aéronautique de formation, et non agronome à l’origine. L’entrée dans le monde agricole s’est faite par la technique drone mise au service de besoins concrets du terrain.
La genèse du projet remonte à 2015, lorsqu’une demande est formulée par Maïsadour et Vivadour, via leur cellule innovation. L’objectif était de développer un drone spécifique capable de réaliser du semis de couverts végétaux au-dessus de cultures de maïs, très tôt dans la saison.
Au départ, il s’agissait d’une preuve de concept réalisée en adaptant un système d’épandage simple sur un drone déjà disponible dans le parc matériel de l’entreprise. Ce premier drone pesait environ 10 à 12 kg au décollage. Les premiers résultats étant encourageants, les développements se sont poursuivis avec des machines plus grandes.
Un premier drone de 25 kg a alors été conçu, avec un système permettant d’embarquer environ 10 kg de graines, mais aussi d’envisager de petites opérations de pulvérisation. C’est ce travail progressif qui a mené à la création de la structure Agrodrone en tant qu’entité dédiée.
Développement technique des drones
À partir de ces premiers essais, l’entreprise a continué à monter en puissance. Patrice Rosier indique qu’en 2024, Agrodrone s’est équipé de matériels plus lourds, notamment de drones de 100 kg, capables d’emporter 50 kg de charge utile.
Ces gros drones demandent une logistique spécifique :
- batteries de nouvelle génération,
- recharge en environ 10 minutes,
- besoin de fortes puissances électriques indisponibles sur une simple prise domestique,
- remorques dédiées,
- groupes électrogènes lourds,
- mélangeurs industriels pour la préparation des produits.
L’entreprise travaille aussi sur un nouveau drone en développement, nommé AG 150, avec une masse au décollage de 150 kg. Selon Patrice Rosier, ce drone pourra emporter :
- un réservoir de 70 litres pour la pulvérisation,
- ou jusqu’à 100 litres de graines.
Il insiste sur la rapidité des avancées technologiques dans ce domaine, avec des machines de plus en plus performantes et des usages de plus en plus industriels.
Activités principales d’Agrodrone
Patrice Rosier présente les grandes activités de l’entreprise.
Télédétection
Avant même la création d’Agrodrone, Reflet du monde réalisait déjà de la télédétection et de l’imagerie multispectrale. Ces outils permettent notamment :
- d’évaluer la vigueur des cultures,
- de repérer certains problèmes d’irrigation,
- d’identifier des difficultés liées à la santé des végétaux.
Cependant, il explique que l’entreprise a rapidement senti que le monde agricole attendait surtout des outils permettant d’agir directement dans les parcelles, et pas seulement de fournir des observations, prévisions ou comptes rendus.
Semis de couverts végétaux
Le semis de couverts végétaux est présenté comme le point de départ historique d’Agrodrone et reste une activité centrale.
L’objectif est d’intervenir avant récolte, directement au-dessus des cultures en place, sans toucher le sol, afin d’implanter précocement un couvert. Cette technique a d’abord été développée sur le maïs, avant d’être étendue à d’autres contextes :
- grandes cultures,
- maraîchage,
- arboriculture.
Largage de trichogrammes
Agrodrone réalise aussi du largage de trichogrammes, notamment sur maïs.
Le système utilisé permet un largage automatisé et cadencé de capsules, généralement à raison de 100 capsules par hectare. Patrice Rosier rappelle que les trichogrammes sont de très petites guêpes parasitoïdes destinées à lutter contre les ravageurs du maïs.
Pulvérisation
La pulvérisation est une autre activité importante, bien qu’elle soit aujourd’hui encadrée par une réglementation stricte.
Elle concerne notamment :
- certains produits de biocontrôle,
- des biostimulants,
- des applications spécifiques en maraîchage, comme le blanchiment des serres,
- quelques usages expérimentaux ou très ciblés.
Patrice Rosier évoque aussi des applications originales à base de préparations naturelles, tout en précisant que l’entreprise travaille toujours dans le cadre réglementaire et avec les fiches de sécurité des produits.
Dépose de phéromones
L’entreprise développe également un système de largage de phéromones pour la protection arboricole.
Ce projet est mené en partenariat avec Invenio. Il vise notamment la protection :
- des noyers,
- des châtaigniers,
- et potentiellement de peuplements de pins contre les chenilles processionnaires.
Le système permet déjà de déposer des anneaux de phéromones depuis les drones. L’automatisation complète est en cours de finalisation.
Blanchiment, déblanchiment et nettoyage de serres
Agrodrone a beaucoup travaillé en 2024 sur le blanchiment de serres, mais aussi sur :
- le déblanchiment,
- le nettoyage de serres.
Patrice Rosier explique que ces usages intéressent fortement les maraîchers, notamment avec les gros drones capables de traiter rapidement de grandes surfaces de manière homogène, tout en réduisant les contraintes humaines et certains risques.
Le couvert végétal comme mission prioritaire
Patrice Rosier insiste longuement sur l’importance du couvert végétal, qu’il présente comme une mission numéro un pour l’entreprise.
Le couvert végétal est décrit comme une pratique essentielle consistant à couvrir les sols en interculture, notamment pendant les périodes creuses. Il rappelle plusieurs enjeux environnementaux majeurs :
- amélioration de la vie biologique des sols,
- lutte contre l’érosion,
- capture de carbone,
- amélioration de la structure du sol,
- réduction potentielle de certains traitements phytosanitaires.
Il cite également l’initiative 4 pour 1000, selon laquelle une augmentation du stock de carbone dans les sols pourrait contribuer à enrayer le réchauffement climatique. Il évoque aussi des données d’Arvalis indiquant qu’un hectare de couvert végétal pourrait permettre de piéger de l’ordre de 1 à 1,2 tonne de CO2 par an.
Selon lui, les agriculteurs disposent là d’un levier important, et le drone permet d’aider à exploiter ce potentiel en facilitant une implantation précoce et efficace.
Intérêt du semis avant récolte
Le grand intérêt du drone est de permettre un semis avant récolte, sans intervention au sol. Patrice Rosier souligne plusieurs avantages :
- pas de tassement,
- pas de destruction de culture,
- intervention possible même en présence d’ornières ou d’humidité,
- plus grande souplesse de timing,
- meilleure chance de réussite du couvert.
Dans le cas du maïs, le semis est réalisé en été, par exemple au mois d’août, ce qui permet au couvert de profiter :
- de la lumière disponible,
- de l’humidité,
- des conditions encore favorables à la levée.
À l’inverse, semer après récolte, en novembre, avec l’arrivée des premières gelées, donne souvent de moins bons résultats.
Exemples évoqués
Patrice Rosier montre plusieurs exemples de couverts implantés par drone, notamment :
Il précise que les choix de semences et de mélanges sont faits par les agriculteurs et leurs conseillers agronomiques. Agrodrone, de son côté, intervient comme prestataire de mise en œuvre.
Il rappelle que les premières interrogations portaient sur le devenir des graines semées au-dessus du maïs : risque qu’elles restent bloquées dans les feuilles ou les cornets, ou qu’une partie seulement atteigne le sol. Les preuves de concept ont montré qu’avec le vent, les arrosages et les conditions réelles de culture, les graines descendaient bien au sol et pouvaient lever correctement.
Limites et dépendances
Patrice Rosier souligne toutefois que la réussite du couvert dépend de plusieurs facteurs :
- le choix des espèces,
- la météo après semis,
- le bon positionnement de la date d’intervention,
- éventuellement des effets résiduels d’anciens produits.
Il insiste sur le fait qu’Agrodrone ne se positionne pas aujourd’hui comme structure de conseil agronomique. L’entreprise sait dire ce qui a été fait dans telle ou telle situation, mais renvoie les choix agronomiques vers :
- les agronomes,
- les chambres d’agriculture,
- les conseillers spécialisés.
Largage de trichogrammes
Sur le sujet des trichogrammes, Patrice Rosier oppose la solution drone aux méthodes manuelles, parfois pénibles et peu fiables.
Il rapporte une anecdote selon laquelle certains agriculteurs auraient payé des prestations de pose manuelle de plaquettes de trichogrammes avant de retrouver des cagettes pleines de plaquettes non déposées au milieu des champs.
Avec le drone, le largage est automatisé et cadencé. Cela permet de fiabiliser l’intervention et d’éviter un travail pénible en plein été dans des maïs hauts et chauds.
Il rappelle que ce type de mission correspond bien à ce que le secteur du drone appelle les missions 3D :
- dull : répétitives,
- dirty : pénibles,
- dangerous : dangereuses.
Selon lui, dès qu’une tâche est pénible, répétitive ou dangereuse, il est logique d’envisager l’usage de la machine.
Blanchiment des serres
Le blanchiment des serres est une activité fortement développée en 2024.
Patrice Rosier explique que l’entreprise applique différents produits de blanchiment, fournis non pas par Agrodrone mais par les fournisseurs habituels des agriculteurs.
Il souligne plusieurs intérêts du drone pour cette application :
- sécurité, en évitant certains risques liés à l’hélicoptère ou au travail manuel,
- précision,
- homogénéité,
- diminution des pertes de produit,
- intervention possible à proximité de zones urbaines, avec peu de bruit.
Il rappelle qu’il y a déjà eu des accidents graves en hélicoptère sur ce type de mission, y compris en France. À ses yeux, si le drone permet de sauver des vies, son intérêt est évident.
Il présente le drone comme complémentaire de l’hélicoptère, mais avec certains avantages propres, comme la capacité à passer sous des lignes haute tension ou à travailler avec des machines électriques relativement discrètes.
Dépose de phéromones en arboriculture
Le système de dépose de phéromones est présenté comme une innovation importante.
Aujourd’hui, la pose manuelle d’anneaux de phéromones dans les arbres hauts se fait parfois avec :
- des nacelles,
- des déplacements lents sur des terrains pierreux,
- des opérateurs munis de perches.
Patrice Rosier souligne que ce travail est difficile et qu’il est rarement possible d’atteindre vraiment la cime des arbres, alors que c’est pourtant l’endroit où les phéromones devraient idéalement être placées.
Le drone permet d’embarquer entre 20 et 30 anneaux et de venir les déposer avec précision. L’automatisation complète est en cours de test. Le projet doit théoriquement s’achever en octobre 2025, mais il estime qu’il pourrait être finalisé techniquement avant.
Organisation de l’entreprise
Agrodrone intervient aujourd’hui dans toute la France.
L’équipe comprend notamment :
- plusieurs pilotes,
- une communicante,
- un commercial,
- les deux associés fondateurs,
- ainsi que des prestataires.
Cette organisation permet de répondre à des demandes variées sur le territoire. Patrice Rosier souligne cependant que l’entreprise est encore en phase de fort développement et fonctionne à flux tendu. Il recommande donc aux agriculteurs d’anticiper leurs besoins, au moins pour préparer les devis et les aspects techniques en amont.
L’outil Agrodrone planner
Pour mieux gérer les demandes, Agrodrone a lancé en 2024 un outil appelé Agrodrone planner.
Cette plateforme permet aux agriculteurs de saisir une demande de prestation en renseignant notamment :
- la nature de l’intervention souhaitée,
- la localisation,
- la fenêtre d’intervention,
- la dose ou charge à l’hectare selon le cas.
L’objectif est multiple :
- mieux cibler les besoins,
- regrouper les interventions par zone géographique,
- optimiser les tournées,
- réduire les coûts de déplacement,
- préparer plus vite les devis,
- lancer plus tôt les démarches réglementaires nécessaires.
Patrice Rosier précise que même en cas de premier contact par téléphone ou par mail, les demandeurs sont ensuite rapidement redirigés vers cet outil afin de formaliser les éléments techniques.
Contraintes réglementaires
Un point important de l’intervention concerne la réglementation.
Interdiction actuelle de la pulvérisation phytosanitaire aérienne
Patrice Rosier rappelle qu’à l’heure actuelle, l’épandage de produits phytosanitaires par voie aérienne est strictement interdit, en France comme au niveau européen.
Cette interdiction concerne :
- l’avion,
- l’hélicoptère,
- le drone.
Il mentionne toutefois des expérimentations menées dans le cadre de la loi Égalim, qui ont alimenté un projet législatif en discussion.
Évolutions législatives en cours
Un texte a été voté à l’Assemblée nationale et doit encore être débattu au Sénat. S’il aboutit, il pourrait permettre certaines interventions de pulvérisation par drone dans des cas précis, notamment :
- les vignes à plus de 20 % de pente,
- les vignes mères (plans américains),
- les bananeraies des Antilles françaises.
Patrice Rosier insiste sur le fait que la loi n’est pas encore en vigueur : elle suit encore son parcours parlementaire.
Réglementation drone
Au-delà des produits, le drone lui-même relève d’une réglementation lourde. Patrice Rosier explique que le secteur est très encadré et qu’il a fallu obtenir des autorisations spécifiques de l’aviation civile.
Il indique notamment qu’Agrodrone a été, l’année précédente, la première structure en France à obtenir l’autorisation de faire voler un drone de 100 kg. L’entreprise cherche à obtenir la même chose pour son futur drone de 150 kg.
Pour les gros drones, il est question d’analyses de risque du type SORA (Specific Operations Risk Assessment), avec des dossiers complexes et des fiches de mission à produire pour chaque intervention.
Le travail préparatoire est donc très important. Il faut notamment vérifier la proximité :
- d’aéroports,
- de prisons,
- d’autoroutes,
- de zones urbaines,
- ou d’autres zones sensibles.
Produits utilisés
Patrice Rosier insiste aussi sur le fait qu’Agrodrone demande systématiquement les fiches de sécurité des produits et vérifie leur statut réglementaire. L’entreprise refuse d’intervenir en dehors du cadre légal.
Il précise que les pilotes disposent également des certifications nécessaires, comme le CATS et des certifications liées à la manipulation de certains produits.
Matériel utilisé et place de DJI
Interrogé sur le matériel, Patrice Rosier répond que la situation est plus complexe qu’une opposition simple entre matériel propriétaire et matériel de marque.
Il rappelle que la Chine est aujourd’hui le leader mondial du drone civil, et même militaire. Agrodrone utilise du matériel DJI pour certaines activités de formation ou certaines missions ponctuelles, notamment avec de petites machines comme le T10.
En revanche, pour certaines applications, l’entreprise développe ou assemble des systèmes qui ne dépendent plus entièrement de ce matériel, notamment pour :
- le largage de phéromones,
- certains systèmes spécifiques open source,
- des machines modifiées pour répondre à des usages particuliers.
Dans tous les cas, des adaptations sont souvent nécessaires pour :
- ajouter de nouvelles fonctions,
- changer d’usage,
- rendre les machines conformes à la réglementation française,
- intégrer des dispositifs de sécurité.
Formation, vente et accompagnement
En lien avec Reflet du monde, Agrodrone ne se limite pas à la prestation. Le groupe propose aussi :
- de la formation,
- de la vente de matériel,
- de la location,
- de l’accompagnement technique.
Patrice Rosier insiste sur l’importance de l’accompagnement, surtout pour les très gros drones, qui sont des machines puissantes et potentiellement dangereuses.
Il rappelle qu’en intervention, il est impératif qu’aucun ouvrier agricole ne se trouve sous le drone ou à proximité immédiate de la zone de travail, conformément aux exigences expliquées à l’aviation civile et appliquées sur le terrain.
Questions sur l’efficacité agronomique et technique
Plusieurs questions posées pendant le webinaire apportent des précisions utiles.
Coût du semis de couvert par drone
Le coût dépend de nombreux paramètres :
- localisation,
- type d’intervention,
- charge à l’hectare,
- type de drone mobilisé,
- contraintes réglementaires locales.
Patrice Rosier donne néanmoins une fourchette indicative pour le semis de couvert végétal : de 50 à 80 €/ha.
Il précise que la montée en puissance des gros drones vise justement à améliorer les rendements de chantier et à faire baisser les coûts à l’hectare.
Types de couverts semés
Agrodrone peut semer différents types de graines selon les choix agronomiques faits par les exploitants et leurs conseillers. Les exemples donnés au cours du webinaire incluent :
Au début, les interventions portaient plus souvent sur des espèces semées séparément, puis les pratiques ont évolué vers des mélanges.
Qualité de levée
Patrice Rosier indique que les preuves de concept menées depuis 2015 ont montré que la technique fonctionne, à condition que :
- le choix des espèces soit pertinent,
- la météo soit favorable,
- le passage ait lieu au bon moment.
Il ne fournit pas de taux chiffrés de germination, soulignant que l’entreprise n’a pas vocation à produire un conseil agronomique détaillé sur ce point.
Pression limaces et autres bioagresseurs
À une question sur les couverts semés dans des blés envahis de limaces, il répond qu’Agrodrone n’a pas d’expérience particulière à partager sur ce cas précis. Il mentionne avoir eu des demandes pour traiter les limaces, mais ce type d’usage relève de produits phytosanitaires, donc de contraintes réglementaires fortes.
Détection du datura
Concernant la détection du datura, il explique que le drone peut déjà révéler des zones à problème, mais que l’identification fine d’une plante précise reste plus complexe. Agrodrone peut s’appuyer sur des partenaires ou confrères spécialisés en télédétection avancée pour ce type de besoin.
Lidar, modèles numériques et biomasse
Patrice Rosier confirme qu’il est possible, selon les capteurs et les cahiers des charges, de produire :
- des modèles numériques de terrain,
- des modèles numériques de surface,
- des restitutions issues de photogrammétrie ou de lidar.
Pour les questions de biomasse ou de modulation azotée, il indique qu’Agrodrone peut mobiliser son écosystème de partenaires, mais qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’une offre standardisée de l’entreprise.
Efficacité de la pulvérisation par drone
Sur la question de l’efficacité de la pulvérisation, Patrice Rosier explique que les progrès sont importants, notamment grâce à des buses rotatives et aux avancées réalisées dans d’autres régions du monde, en particulier en Asie.
Il insiste sur le fait que les drones de pulvérisation actuels produisent :
- une bonne mise en mouvement du produit,
- un brassage important,
- un plaquage vers le sol via le souffle des hélices.
Il reconnaît cependant que certaines situations restent plus complexes, notamment en vigne, lorsqu’il faut pénétrer sous le feuillage jusqu’aux grappes. En grandes cultures basses, il estime que le produit est bien appliqué vers le sol, mais il reste prudent sur certains usages très spécifiques.
Autres applications évoquées
Patrice Rosier mentionne aussi plusieurs applications complémentaires, parfois plus brièvement.
Pollinisation
L’entreprise a déjà réalisé de la pollinisation sans largage de produit, simplement en utilisant le souffle généré par les drones pour brasser les cultures, notamment sur maïs.
Démoustication
Autre exemple : la démoustication en zones marécageuses, avec application de Bacillus thuringiensis. Il explique que le drone permet alors de remplacer efficacement plusieurs opérateurs effectuant un travail manuel long et pénible.
Vision d’ensemble et conclusion
En conclusion, Patrice Rosier affirme que le drone représente clairement l’avenir pour un certain nombre d’usages agricoles.
Avec plus de vingt ans de recul personnel sur le sujet, il considère que beaucoup d’applications imaginées autrefois deviennent aujourd’hui réalité. Il souligne que l’avenir passera non seulement par les drones eux-mêmes, mais aussi par leur association avec :
- l’intelligence artificielle,
- des logiciels de traitement de données,
- des outils de modélisation,
- des équipements agricoles de précision.
Pour autant, Agrodrone a fait le choix de mettre l’accent sur les usages les plus concrets et immédiatement utiles aux agriculteurs : agir dans les champs, répondre à un besoin opérationnel, faire gagner du temps, réduire la pénibilité, améliorer la précision.
Patrice Rosier insiste enfin sur un point central : selon lui, le principal enjeu reste encore de faire connaître l’existence de ces techniques aux agriculteurs. Le secteur existe, les solutions se développent, les coûts tendent à s’optimiser, mais beaucoup reste à faire pour diffuser ces pratiques.
Il invite les personnes intéressées à :
- consulter le site agrodrone.fr,
- utiliser l’outil Agrodrone planner,
- suivre l’entreprise sur les réseaux sociaux,
- prendre contact directement avec l’équipe,
- voire venir à Bordeaux pour découvrir le matériel et les moyens techniques.
Le webinaire se clôt sur des remerciements mutuels et une invitation à poursuivre les échanges avec Agrodrone.