Semis de couverts végétaux à la roue semeuse

De Triple Performance
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La roue semeuse est un outil manuel de semis composé d'une roue munie de becs qui s'enfoncent dans le sol et y déposent les graines en poquets. Utilisée principalement en maraîchage sur petites surfaces, elle permet de semer sans travail du sol préalable, y compris au travers d'un paillage ou de résidus de culture. Elle est employée pour l'implantation de couverts végétaux et pour le semis de certains légumes à grosses graines.

Un essai mené en Normandie par Maraîchage Sol Vivant (MSV) Normandie et Biopousses a comparé trois modèles de roues semeuses au semoir monorang et au semis à la volée. Il conclut que ces outils améliorent nettement la levée des espèces à moyennes et grosses graines, surtout sur sol nu, mais que le réglage de la densité reste imprécis, en particulier pour les mélanges.

Principe de fonctionnement

La roue semeuse est poussée à la main à l'aide d'un manche. Une trémie alimente les becs, répartis sur la circonférence de la roue. À chaque tour de roue, les becs pénètrent dans le sol et y déposent un poquet de graines en profondeur.

La quantité de graines par poquet dépend d'une pièce de dosage : des cuillères sur les roues semeuses classiques, des disques sur le Sem'Mulch. L'espacement entre poquets se règle en remplaçant certaines cuillères par des bouchons ou en augmentant l'écartement entre les becs, selon les modèles.

Ce mode de dépôt maximise le contact sol-graine sans préparation du lit de semences. C'est ce qui distingue la roue semeuse du semis à la volée, où les graines restent en surface et doivent être enfouies au râteau puis roulées.

Modèles de roues semeuses

Trois modèles ont été évalués lors de l'essai. Ils se distinguent par le nombre de becs, leur écartement, leur hauteur (donc la profondeur de semis) et les réglages possibles.

Modèle Becs Écartement entre becs Hauteur des becs Réglages possibles Poids Dosage
Grande roue semeuse 20 8 cm 6 cm Aucun (hauteur et écartement fixes) 7,3 kg Cuillères
Petite roue semeuse 14 10 cm 4 à 6,5 cm Hauteur et écartement 6,7 kg Cuillères
Sem'Mulch 16 10,5 cm 7 cm Écartement uniquement 9,9 kg Disques

Les trois modèles sont vendus entre 250 et 350 €. La grande roue semeuse ne possède pas de rouleau plombeur. La petite roue semeuse est la plus légère et la plus modulable. Le Sem'Mulch, plus lourd, est réputé plus robuste ; ses becs plus longs placent les graines plus profondément.

Comparaison avec les autres méthodes de semis

Les roues semeuses sont les seules méthodes de l'essai qui sèment directement au travers d'un paillage. Le semoir monorang (modèle JP1) recouvre mieux les graines mais exige un sol sans résidus ; le semis à la volée est gratuit et rapide mais donne une levée très irrégulière.

Outil Coût indicatif Points forts Points faibles
Grande roue semeuse 250–350 €
  • Semis en profondeur, au travers d'un paillage
  • Poquets espaçables par bouchons
  • Nombreuses pièces (risque de perte)
  • Pose des cuillères longue
  • Vidange peu pratique
  • Volume mort d'environ 20 g
Petite roue semeuse 250–350 €
  • Légère
  • Changement de cuillères plus rapide
  • Poquets espaçables par bouchons
  • Réglage hauteur et écartement fastidieux
  • Vidange peu pratique
  • Volume mort d'environ 10 g
Sem'Mulch 250–350 €
  • Changement des disques très rapide
  • Volume mort très faible
  • Plus robuste
  • Réglage de l'écartement fastidieux
  • Gamme de disques réduite et moins précise que les cuillères
  • 9,9 kg
Semoir monorang JP1 200–700 €
  • Recouvre les semences
  • Réglage fin des pignons et disques
  • Récupération des semences très rapide
  • Nécessite un sol sans résidus
  • Changement de profondeur avec un outil
  • Lourd : 10,3 kg
Semis à la volée 0 €
  • Simple, rapide
  • Adapté aux petites graines et aux mélanges
  • Bonne couverture si bien réalisé
  • Répartition et contact sol-graine hétérogènes
  • Peu efficace pour les grosses graines et en été
  • Râteau et roulage nécessaires

Les trois roues semeuses partagent deux défauts : une variabilité du nombre de graines déposées par poquet et un encrassement des becs en sol humide ou argileux.

Résultats d'expérimentation

L'essai a été conduit sur le site expérimental de Biopousses, dans la Manche, dans le cadre de l'action 2.3 du projet ATP « Améliorer la Triple Performance des fermes ». Il visait à identifier des méthodes de semis adaptées aux petites surfaces et au non-travail du sol. Trois espèces de couvert — phacélie, sorgho et féverole — ont été semées en pur et en mélange, sur sol nu et sous un paillage de 5 cm ou de 10 cm.

Préparation, pénibilité et temps de semis

La préparation de l'outil avant semis prend environ 10 minutes pour la grande roue semeuse et 6 minutes pour la petite, contre environ 1 minute pour le Sem'Mulch et pour le semoir JP1, utilisé comme témoin. L'écart tient surtout à la pose des cuillères.

Sur une échelle de 1 (très pénible) à 5 (peu pénible), les grandes et petites roues semeuses obtiennent la meilleure note, proche de 5. Le Sem'Mulch est jugé légèrement plus pénible, du fait de son poids et de becs plus difficiles à enfoncer. Le semoir JP1, lourd et peu maniable, est le plus pénible des outils testés.

Le semis lui-même dure environ 1 minute avec chacune des trois roues sur la placette d'essai, contre environ 0,35 minute à la volée. Les trois roues ne se distinguent pas entre elles sur ce critère.

Levée en semis pur

Chaque espèce a été semée avec une seule roue, comparée au semis à la volée : la phacélie avec la petite roue semeuse, le sorgho avec le Sem'Mulch, la féverole avec la grande roue semeuse.



Le paillage réduit la levée des trois espèces, quel que soit l'outil. Pour le sorgho et la féverole, la roue semeuse reste supérieure à la volée sous paillage. Pour la phacélie, espèce à petites graines, la tendance s'inverse : sous 5 cm de paillage et, dans une moindre mesure, sous 10 cm, la levée est meilleure à la volée.


Levée d'un mélange

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La levée du mélange chute fortement avec l'épaisseur du paillage, pour toutes les espèces. Le Sem'Mulch favorise nettement le sorgho et la féverole dans toutes les conditions. Sur sol nu, il pénalise en revanche la phacélie ; les auteurs l'attribuent à un prélèvement irrégulier des petites graines par les disques et à un semis trop profond, ses becs étant plus longs.

Sous 5 cm de paillage, cette profondeur devient un atout : la phacélie lève mieux avec le Sem'Mulch. La grande roue semeuse améliore légèrement l'implantation sous paillage par rapport à la volée, tandis que la petite roue donne des résultats proches de la volée.

La fiche ne précise ni le nombre de répétitions ni la surface des placettes ; ces résultats sont à lire comme des tendances.



Retours d'utilisateurs

Un sondage a été mené auprès de quatre maraîchers déjà équipés. Le Sem'Mulch est le modèle le plus répandu parmi eux (3 répondants), devant la grande roue semeuse (2) et la petite roue semeuse (1).

Les répondants jugent l'outil plutôt pratique et son temps de préparation plutôt rapide, avec une note intermédiaire sur une échelle de 1 à 5 pour ces deux critères. Ils l'utilisent pour tous types de couverts (sorgho, phacélie, méteil, féverole, pois fourrager, vesce) et pour des légumes à grosses graines : fèves, petits pois, haricots, maïs.

Leurs principaux constats sont les suivants :

  • Avantages cités : bon fonctionnement dans les résidus broyés et les paillages assez épais ; semis des grosses graines en profondeur ; meilleure levée des couverts, surtout en période sèche ; pas de lit de semences à préparer.
  • Inconvénients cités : réglage des cuillères sur la grande roue ; vidage du réservoir ; travail long et fatigant sur de grandes surfaces ; rangs difficiles à voir, d'où un écartement irrégulier ; outil en grande partie en plastique ; terre qui colle aux becs en sol humide ; mélanges de grosses et petites graines nécessitant deux passages.
  • Organisation adoptée : plusieurs utilisateurs possèdent deux roues pour éviter de changer les réglages, l'une pour les grosses graines (Sem'Mulch), l'autre pour les petites (grande ou petite roue). Certains calculent à l'avance la quantité exacte de semence pour ne pas avoir à vider la trémie, ou laissent la roue remplie d'un même mélange de couvert d'hiver.

Intérêt et limites en maraîchage sur sol vivant

Les auteurs de l'essai considèrent les roues semeuses comme des outils prometteurs pour semer des couverts sur petites surfaces sans travail du sol, en raison de leur facilité d'utilisation et de leur faible pénibilité. Leur principal atout est de semer en profondeur, au travers des paillages et des résidus, ce qui sécurise l'implantation des espèces à moyennes et grosses graines en conditions défavorables.

Leur principale limite est la maîtrise de la densité. Le choix de la configuration de la roue selon la taille des graines et la densité visée reste en partie empirique, ce qui fait varier la densité réellement semée. Cet écart est plus marqué pour les mélanges associant des graines de tailles différentes.

À partir des résultats et des retours d'utilisateurs, plusieurs repères de mise en œuvre se dégagent :

  • Grosses graines (féverole, sorgho dans l'essai) : la roue semeuse est nettement préférable à la volée, sur sol nu comme sous paillage.
  • Petites graines (phacélie) : sur sol nu, une roue à becs courts donne de bons résultats ; sous paillage, la volée ou une roue semant plus profond peut être plus efficace.
  • Mélanges : prévoir deux passages, ou deux roues réglées différemment, lorsque le mélange associe grosses et petites graines.
  • Conditions de sol : éviter les sols humides ou argileux, où la terre colle aux becs.
  • Organisation : estimer à l'avance la quantité de semence nécessaire pour limiter les vidanges, peu pratiques sur les roues à cuillères.

Références

  • Delamare J. (MSV Normandie) et Bouchaud P. (Biopousses), Comparaison de différents modèles de roues semeuses pour le semis de couverts végétaux, fiche technique, Maraîchage Sol Vivant Normandie et Biopousses, projet ATP « Améliorer la Triple Performance des fermes » (action 2.3), avec le soutien de la Région Normandie et le cofinancement de l'Union européenne.

La version initiale de cet article a été rédigée par Jérémy Delamare et Pierrick Bouchaud.