Le robot AgXeed, une révolution ?
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Présentation du robot AgXeed
Damien Cousin est responsable de Techmat, distributeur AgXeed depuis septembre 2024. Il présente le robot tracteur agricole lors d'une démonstration organisée dans une ferme du sud de l'Eure.
La gamme
La gamme AgXeed compte trois robots :
- le W3, un robot à trois roues ;
- le W4, un robot à quatre roues de 75 chevaux ;
- le T2, sur chenilles, en série 5 de 156 chevaux, le modèle de la démonstration, et en série 7 de 230 chevaux.
Les caractéristiques
- Un moteur thermique, pour une autonomie de 15 à 20 heures, entraîne une génératrice électrique, qui alimente elle-même des moteurs électriques pour l'avancement et la prise de force.
- Un réservoir de 350 litres, prévu pour tenir 15 à 20 heures selon les travaux.
- Les mêmes équipements qu'un tracteur : relevage arrière de 8 tonnes, relevage avant de 3 tonnes, quatre distributeurs, prise de force arrière. On peut donc atteler les outils déjà présents sur la ferme.
- En options : largeurs de chenilles de 300, 400, 610, 760 ou 910 mm, Isobus, distributeurs hydrauliques (quatre ou trois à l'arrière, un à l'avant), prise électrique 700 V.
La mise en œuvre
Le robot est 100 % autonome, avec un opérateur à proximité.
- On arpente le champ avec une canne d'arpentage, puis on mesure l'outil.
- Ces éléments sont enregistrés sur la plateforme en ligne d'AgXeed, où l'on définit la tâche : outil, champ, point de départ et d'arrivée, travail passage par passage ou en sautant trois ou quatre passages, fourrières au début ou à la fin, sens de travail…
- La plateforme propose un itinéraire, que l'utilisateur valide ou modifie en changeant les paramètres.
- Le suivi se fait par une application pour smartphone (Apple ou Android) : consommation, températures du moteur, autonomie, travail réalisé, position du relevage, vitesse, et images en direct des caméras avant et arrière pour surveiller l'outil.
Réglementation, assurance et responsabilité
Le robot est homologué pour travailler au champ selon la directive machines. En revanche, tout déplacement d'une parcelle à l'autre doit se faire sur un porte-engin, qu'il faut bien choisir pour pouvoir transporter le robot avec son outil.
Les assurances le considèrent comme un tracteur de même valeur. Comme il relève de la réglementation machines, le constructeur est responsable en cas de problème, à condition que les sécurités du robot n'aient pas été désactivées.
Le marché
AgXeed a vendu 100 à 120 robots dans le monde, dont 12 à 14 en France, chez des concessionnaires, des agriculteurs, des écoles ou des semenciers. Techmat en a vendu deux l'an dernier, dans l'Eure et en Seine-et-Marne. Chez ces deux clients, le robot a remplacé deux tracteurs, ainsi que des outils de grande largeur : l'un d'eux a remplacé des outils de 5 à 7 m par des outils de 3 à 4 m. Le robot met plus de temps à faire un champ, mais ce n'est pas un problème : lancé à 18 h et récupéré à 4 ou 6 h du matin, peu importe qu'il ait mis deux heures de plus.
Avantages et inconvénients
L'avantage est de faire travailler le robot en toute autonomie sur des tâches répétitives et chronophages, et de libérer du temps pour la commercialisation des céréales ou l'élevage. Le seul inconvénient, selon Damien Cousin, est de ne pas pouvoir circuler sur la route. Mais qu'il s'agisse d'un robot ou d'un tracteur autonome, il faut de toute façon revenir du champ d'une manière ou d'une autre : porte-engin, ou voiture à récupérer derrière un tracteur autonome.
Maintenance et prix
L'entretien est le même que pour un tracteur traditionnel, puisque le moteur est thermique : mêmes vidanges. Le robot le plus utilisé atteint aujourd'hui 4 000 heures ; la génératrice et les moteurs électriques sont prévus pour 10 000 heures.
Le prix dépend des options, mais tourne autour de 250 000 €, voire un peu plus. S'y ajoute un abonnement annuel, qui comprend les deux abonnements RTK, la carte SIM et l'accès à la plateforme en ligne.
Développer la robotique
Pour développer le robot, c'est une question de confiance : plus il y en aura au champ, plus il suscitera l'engouement. L'arrivée de concurrents aidera aussi : il n'y en a pas encore sur ce marché, mais plusieurs constructeurs ont des prototypes de configuration semblable. Leur commercialisation fera la promotion de la robotique en grandes cultures.
L'accompagnement du distributeur
Techmat arpente lui-même tous les champs de ses clients, car l'arpentage reste un vrai métier, et enregistre tous les outils, pour être sûr des valeurs utilisées.
Moins de compaction
Le robot de 156 chevaux se compare à un tracteur de 170 à 180 chevaux. Mais il ne pèse que 8 tonnes, bien moins qu'un tracteur de 280 chevaux, et avec des chenilles de 760 mm, la compaction du sol est vraiment réduite. Il peut donc passer dans des conditions bien plus difficiles qu'un tracteur traditionnel sans compacter ni dégrader le sol.
Les travaux possibles
Le robot peut faire à peu près tout ce que fait un tracteur : travail du sol à disques ou à dents, semis, mais aussi fauche ou broyage en fenaison. Il n'est pas prévu pour :
- l'épandage et la pulvérisation, ni l'épandage de fumier, qui demandent de recharger régulièrement ;
- les travaux à grande vitesse ;
- le transport et la récolte.
Le point de vue de Nadège Petit
La ferme
Nadège Petit, l'agricultrice qui accueille la démonstration, exploite une ferme de grandes cultures, sans élevage, dans le sud de l'Eure, assez diversifiée pour la région :
- 50 hectares de lin, dont 7 de lin de printemps et le reste en lin d'hiver ;
- 10 à 12 hectares de pommes de terre ;
- 2 hectares de chanvre textile, plutôt pour l'expérimentation ;
- des cultures plus classiques : blé, orge d'hiver et de printemps, colza, blé dur et luzerne.
La ferme compte 250 hectares sur trois sites : le site principal à Roman, environ 190 hectares groupés autour de l'exploitation, dont 120 irrigables ; 30 hectares en petites parcelles à Piseux, à 15 km ; et 30 hectares à Saint-Sulpice-sur-Risle, dans l'Orne, à 40 km.
Elle a repris la ferme familiale en 2018 avec son mari, tous deux ingénieurs agricoles. Ils emploient un salarié à temps plein et, à la place du saisonnier habituel, un apprenti ingénieur sur trois ans, pour les travaux d'été mais aussi pour travailler sur l'agriculture de précision, les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle.
Pourquoi organiser une démonstration ?
Après avoir beaucoup lu sur les robots dans la presse, elle a voulu organiser cette démonstration pour se poser la question de leur intérêt sur les fermes du sud de l'Eure. Individuellement, le robot l'intéresse pour plusieurs raisons :
- les difficultés de recrutement, même si la ferme a un salarié formé depuis trois ans ;
- la diversification : face aux crises sur les engrais et le prix du blé, il faudra peut-être se diversifier, par exemple en légumes, ce qui demande du temps et de la main-d'œuvre. Le robot pourrait prendre en charge des tâches simples comme le déchaumage, ou le désherbage mécanique.
La réflexion est aussi collective, au sein du GRCETA, d'un CETA et d'un groupe de la Greentech Valley.
Quelle place sur la ferme ?
Elle n'envisage pas le robot pour remplacer son salarié, mais pour réaliser une partie des travaux. Le modèle présenté n'est peut-être pas le plus adapté : la ferme est surtout en cultures d'hiver, et la charge de travail se concentre de juillet à fin octobre, pour les implantations, avec peu de travail au printemps. Le robot est plus adapté aux exploitations qui peuvent répartir la charge entre préparations d'automne et de printemps. Il faudra donc réfléchir à d'autres utilisations, ce qui est tout à fait possible.
Les freins
- La rentabilité : le calcul reste à faire, papier et crayon en main, dans les jours suivant la démonstration.
- Les outils : la ferme vient de s'équiper en outils de travail du sol de 6 m pour gagner du temps ; il faudrait les changer, et les tracteurs restent nécessaires pour d'autres travaux. Serait-elle prête à remplacer un ou deux tracteurs par un robot ?
- Les chenilles : elle imaginait faire du binage ; les chenilles l'interrogent, et ce ne sera sans doute pas le même robot qui sera vendu pour le désherbage mécanique.
La confiance dans les robots
La ferme a déjà investi dans un robot de tonte pour l'herbe, qu'elle trouve vraiment génial : autonome, fiable, avec peu d'erreurs. Cela donne envie d'aller plus loin avec de plus grosses machines. En élevage laitier aussi, les robots de traite, d'alimentation ou de nettoyage ont montré leur fiabilité. Reste à adapter ces outils aux grandes cultures. Le monde présent à la démonstration montre que la question se pose largement : grandes et petites fermes, bio et conventionnelles, avec ou sans salariés.
L'intérêt agronomique
Elle y voit aussi un intérêt agronomique :
- plus de précision : la ferme a déjà des données de modulation et d'agriculture de précision sur ses parcelles, et le robot pourrait travailler différemment selon les zones identifiées ;
- limiter le poids des engins dans les parcelles, grâce aux chenilles ;
- pouvoir travailler de jour comme de nuit, et mieux profiter des fenêtres météo ;
- l'enregistrement des données, par exemple la consommation par hectare en chaque point de la parcelle : la donnée fait progresser.
« Ce n'est pas parce qu'on met un robot dans le champ qu'on est moins agronome. Au contraire, on a plus de temps pour passer derrière l'outil, voir comment il travaille, à quelle profondeur, avec quelle précision, et le régler de façon plus fine. » C'est ce qu'on observe déjà avec les robots d'élevage : ils ne font pas des agriculteurs moins éleveurs.