Agroforesterie : vers une meilleure gestion des arbres dans les parcours d'élevage, par Alain Canet

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Dans cette conférence, Alain Canet défend l’agroforesterie comme levier majeur pour mieux gérer les arbres dans les parcours d’élevage. À partir de 30 ans d’observations, il montre que l’arbre est un véritable outil agronomique : il protège les animaux du stress climatique, améliore la fertilité des sols, favorise l’eau, le carbone et la biodiversité, tout en renforçant l’autonomie des éleveurs. En s’appuyant sur de nombreux exemples en France, en Corse, dans les Pyrénées, mais aussi au Maroc, il souligne le rôle du “génie paysan” dans la conduite fine des arbres : taille, trognes, haies fourragères, arbres dispersés. Loin d’opposer production et protection, il affirme que les systèmes agroforestiers sont à la fois productifs, résilients et créateurs de richesse. Son message est clair : remettre l’arbre au cœur des systèmes d’élevage, c’est produire mieux, stocker du carbone et préparer l’agriculture aux chocs climatiques.

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Résumé
Dans cette conférence, Alain Canet défend l’agroforesterie comme levier majeur pour mieux gérer les arbres dans les parcours d’élevage. À partir de 30 ans d’observations, il montre que l’arbre est un véritable outil agronomique : il protège les animaux du stress climatique, améliore la fertilité des sols, favorise l’eau, le carbone et la biodiversité, tout en renforçant l’autonomie des éleveurs. En s’appuyant sur de nombreux exemples en France, en Corse, dans les Pyrénées, mais aussi au Maroc, il souligne le rôle du “génie paysan” dans la conduite fine des arbres : taille, trognes, haies fourragères, arbres dispersés. Loin d’opposer production et protection, il affirme que les systèmes agroforestiers sont à la fois productifs, résilients et créateurs de richesse. Son message est clair : remettre l’arbre au cœur des systèmes d’élevage, c’est produire mieux, stocker du carbone et préparer l’agriculture aux chocs climatiques.

Le 22 juin 2021, la Chambre régionale d’agriculture de Corse et Ver de Terre Production organisaient à Pietralba une journée technique dédiée à l’élevage. Au programme : des interventions d’experts, des témoignages d’éleveurs et une visite dans l’exploitation du Président de la Chambre d’agriculture. Tout au long de cette journée, les participants, principalement professionnels de l’élevage, ont pu saisir le rôle qu’ils et elles ont à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans ce contexte particulièrement sensible à ces dérèglements qu’est la Corse, une approche renouvelée offre un nouvel horizon pour l’élevage insulaire.



Introduction

Alain Canet ouvre son intervention en remerciant le public, venu nombreux et de manière très représentative, ce qui promet selon lui des débats riches. Il rappelle d’emblée que l’agroécologie n’est pas une invention récente : elle a peut-être été remise au goût du jour, mais elle s’inscrit dans une histoire ancienne. Ce qui l’intéresse avant tout, dit-il, c’est le « génie paysan ». Il insiste sur l’intelligence des paysans, sur leur capacité d’observation, d’adaptation, d’essais et d’erreurs, et propose à partir de là une « promenade » à travers différents territoires et différents systèmes.

Cette promenade s’appuie sur trente ans d’observations, sur du bon sens paysan, sur des travaux de recherche, et sur l’étude de la place de l’arbre comme maillon des chaînes de production, en particulier dans les systèmes d’élevage. Pour Alain Canet, cette présence de l’arbre constitue peut-être une chance pour l’élevage, un secteur parfois trop décrié.

Il relie aussi cette réflexion à la réforme de la PAC, en appelant de ses vœux une transformation profonde vers une véritable « politique agricole du carbone », car, selon lui, le carbone est avant tout de la vie.

Les fondements de l’agroécologie

Alain Canet présente deux triptyques qui structurent, selon lui, l’agroécologie.

Le premier est : produire, protéger, prévenir. Il insiste particulièrement sur l’idée de sortir du conflit entre production et protection. Pour lui, la biodiversité ne se protège pas seulement : elle se produit. Elle peut aussi se détruire, mais lorsqu’un système agricole fonctionne bien, les paysans deviennent de grands créateurs de biodiversité.

Le second triptyque est : cohérence, fertilité, autonomie.

  • La cohérence, c’est le fait d’être cohérent avec son milieu, qu’on soit en montagne, dans une vallée ou sur un coteau.
  • La fertilité est au cœur du fonctionnement des systèmes vivants.
  • L’autonomie renvoie à la capacité de produire avec ses propres ressources, de dépendre moins d’intrants extérieurs.

Dans cette logique, l’arbre apparaît comme un élément remarquable, car il « fait beaucoup avec peu, voire avec rien ».

Le réflexe naturel de l’animal et la valeur des arbres

L’un des points de départ de la réflexion est l’observation du comportement animal. Alain Canet rappelle que lorsqu’on place des animaux dans une prairie, ils vont spontanément chercher les substances nutritives, médicinales ou stimulantes qui leur sont bénéfiques, quitte à franchir des barbelés. Ce réflexe est pour lui vital, écosystémique et authentique.

Il faut donc apprendre à le comprendre, à le traduire et à le mettre en œuvre dans les pratiques. Cela renvoie à deux voies possibles :

  • d’un côté, une logique technologique, chimique, de contrôle ;
  • de l’autre, le génie végétal, la coopération et les symbioses entre plantes et animaux.

Il évoque à ce propos une scène observée en Aveyron, où des animaux coopèrent pour attraper la bonne branche, la bonne feuille, le bon bourgeon, au bon moment. Pour lui, l’agroécologie ne parle que de cela : de symbioses, de connexions, de propositions plutôt que de sanctions.

Une critique des mesures et des cahiers des charges

Dans son intervention, Alain Canet critique fortement la multiplication des mesures agroenvironnementales et des cahiers des charges. Il affirme qu’en France il existe environ 4 600 mesures agroenvironnementales, mais doute de leur efficacité réelle pour les agriculteurs.

Selon lui, il faut sortir d’une logique de sanction et de conformité administrative, pour aller vers une logique de proposition. L’agroécologie, dit-il, propose une voie fondée sur la fertilité et sur une compréhension fonctionnelle des écosystèmes.

Déserts ou milieux fertiles : le choix agricole

L’orateur oppose deux grandes trajectoires agricoles :

  • d’un côté, des systèmes qui créent des déserts ;
  • de l’autre, des systèmes qui créent des zones fertiles, vivantes, productives, rentables, génératrices de richesses et d’emplois.

Il insiste sur le fait qu’il ne faut surtout pas viser l’extensivité au sens d’une faible production. Pour lui, les systèmes agricoles doivent être très productifs, en s’inspirant du modèle de la forêt voisine. C’est tout le sens de l’agroforesterie ou des « forêts domestiques ».

Cette productivité est indispensable à la vie du sol et au rôle d’amortisseur climatique que ces systèmes doivent jouer.

Il cite à ce sujet une phrase de Gérard Ducerf : « L’érosion et les inondations sont les prémices de la désertification. » Pour Alain Canet, cela signifie que les territoires vont devoir faire face à la fois à la sécheresse et à des épisodes climatiques violents. Il rappelle qu’un dimanche matin, à 9 h 30, il faisait déjà 33 °C, ce qui rend très difficile la résistance de l’herbe lorsqu’elle n’est pas microclimatisée par les arbres.

L’exemple du Maroc et de l’arganeraie

Alain Canet mentionne les travaux et photographies de Geneviève Michon, notamment au Maroc. Il explique qu’il est souvent utile d’aller observer des régions plus durement touchées par les chocs climatiques, car elles offrent des enseignements précieux.

Il prend l’exemple de l’arganeraie, qu’il présente comme un système agroforestier rentable, pertinent et remarquable. Sur un million d’hectares vivent environ un million de personnes, grâce à un système associant :

  • l’arganier,
  • l’élevage,
  • les céréales,
  • le miel.

Il souligne qu’il s’agit de systèmes fondamentalement diversifiés, productifs et durables. En observant de plus près, il montre qu’il y a parfois plus d’herbe sous l’arbre qu’en dehors de l’arbre. Cela, selon lui, fait tomber plusieurs idées reçues. L’essentiel réside dans la gestion fine, dans les ajustements précis opérés par les paysans depuis des siècles.

Les arbres et l’eau

Toujours au Maroc, Alain Canet évoque les systèmes à chêne-liège, avec herbe, glands comestibles et élevage. Il rappelle que certaines de ces zones abritent aussi les sources qui alimentent Rabat.

Il affirme que si l’on enlève les arbres, un désert apparaît très rapidement. Il défend l’idée que les arbres produisent de l’eau ou, à tout le moins, qu’ils sont déterminants dans les cycles hydrologiques. Il souligne ainsi leur rôle essentiel dans la préservation des sources et dans la résilience des milieux.

La gestion de la lumière et la production de fourrage

À propos d’un système agroforestier visité, Alain Canet explique que l’enjeu principal est de gérer correctement l’équilibre entre l’herbe et les arbres. Ce qui l’intéresse, c’est le bon dosage : entre herbe et arbres, il est possible d’atteindre un niveau de photosynthèse équivalent à celui d’un maquis.

Il précise une idée importante : les paysans gèrent la juste quantité de lumière pour qu’il y ait de l’herbe. Cela passe par la taille des arbres. Dans les systèmes agroforestiers, on est toujours en train d’organiser, de tailler, de gérer l’arbre. C’est cette gestion fine qui permet d’obtenir des milieux riches et très productifs.

Les trognes et les arbres têtards

Alain Canet insiste longuement sur les arbres têtards, ou trognes, qu’il considère comme des éléments essentiels de nombreux paysages paysans.

Dans les Pyrénées notamment, il montre comment des paysans entretiennent encore des trognes de frênes, dont la valeur fourragère est bien connue. Il explique qu’avec seulement 50 mètres linéaires d’arbres têtards, on peut produire l’équivalent de deux hectares de fourrage si l’on additionne toutes les feuilles.

Il rappelle aussi que ces systèmes ne relèvent pas de l’anecdote ou de la carte postale : ce sont de véritables constructions agricoles, subtiles, productives, pensées dans la durée.

Il propose même une définition simple de l’agroforesterie fondée sur deux éléments :

  • des arbres taillés ;
  • des arbres dispersés et dilués dans le paysage.

Ces systèmes jouent sur des milieux tantôt très ouverts, tantôt plus fermés, avec une grande amplitude selon les saisons, les charges animales et les usages.

Des systèmes agroforestiers très productifs

Alain Canet cite plusieurs exemples de systèmes où les animaux consomment à la fois de l’herbe et des glands, notamment dans la dehesa ibérique, vaste ensemble de chênes verts, de chênes-lièges et parfois de frênes. Il souligne que ces systèmes fonctionnent grâce à la coopération entre les plantes.

Dans ces paysages, les zones les plus sèches sont en partie hydratées par les zones plus humides, grâce à la circulation de l’eau dans les réseaux mycorhiziens. Cette image d’un sol couvert en permanence avec des arbres résume pour lui toute l’agroécologie.

Les échanges souterrains permettent de rendre les parcelles plus homogènes, plus résilientes et plus résistantes. Mais là encore, tout repose sur un calcul très fin : combien d’arbres laisser pousser, quand les tailler, comment maintenir l’équilibre sans revenir ni à la forêt fermée ni au désert.

Il précise qu’il n’y a pas de recette universelle, mais plutôt un itinéraire agronomique. L’arbre doit être replacé dans une boucle agronomique : avant de produire du bois ou des fruits, il renseigne et transforme le sol. Pour Alain Canet, l’arbre est d’abord de l’agronomie.

Le fourrage ligneux

L’un des fils rouges de l’intervention est la valeur fourragère des arbres. Alain Canet rappelle qu’autrefois, dans de nombreuses régions, on taillait les arbres pour nourrir les animaux. Il évoque la formule bien connue : quand on démarre la tronçonneuse, le troupeau arrive.

Même si le fourrage arboré ne représente parfois que 10 % de la ration en masse, ces 10 % arrivent à des moments stratégiques. Ils sont précieux dans les périodes critiques et participent à la santé et au bien-être des animaux.

Ce bien-être animal ne doit pas être réduit à des normes abstraites : il commence, selon lui, avec l’ombre, la protection contre les intempéries, la réduction du stress thermique et les économies d’énergie que l’animal n’a plus à faire pour se refroidir ou se réchauffer.

Restaurer les vieux arbres et rouvrir les milieux

Alain Canet évoque des restaurations de vieux châtaigniers, notamment chez Pierre Casanova. Le geste consiste à rouvrir quand le milieu est trop fermé, à refermer quand il est trop ouvert, à tailler et à gérer.

Pour lui, les paysages agroforestiers figurent parmi les plus riches en biodiversité. Mais il invite à ne pas faire de la biodiversité un prétexte ou un simple objectif affiché. Si l’on conduit une agriculture agroécologique fondée sur le carbone et la photosynthèse, la biodiversité sera naturellement au rendez-vous.

Il affirme avec force que le soleil ne doit jamais frapper le sol nu. L’art d’apprivoiser le soleil consiste à cultiver. Le cycle du carbone détermine selon lui :

  • la quantité de biodiversité ;
  • la quantité d’eau ;
  • la qualité du paysage ;
  • la productivité des écosystèmes.

Le carbone comme indicateur central

Alain Canet défend l’idée que les indicateurs de résultat doivent primer sur les objectifs de moyens. Il critique les chartes, labels et démarches qui, selon lui, manquent d’agronomie.

Ce manque est problématique, car c’est le revenu du paysan qui est en jeu. L’autonomie vient de la photosynthèse et du bon fonctionnement du système. La biodiversité ne doit pas être un supplément d’âme, mais le moteur de la productivité.

Dès lors, il faut gérer les écosystèmes agricoles sur une base de plantes et de photosynthèse. Si cela est fait correctement, le reste suit.

Le rôle écologique et productif des trognes

En revenant sur les arbres têtards, Alain Canet rappelle qu’ils sont présents partout dans le monde. Les paysans les ont créés dans de nombreux contextes, parfois en réponse aux tempêtes, à la foudre ou aux contraintes du milieu.

Il cite aussi Hervé Covès, qui évoque le rôle possible du mammouth dans la création ancienne de formes d’arbres têtards.

Ces arbres ont une propriété essentielle : ils produisent du bois en permanence, de plus en plus, dans des conditions parfois très arides, sans qu’on ait besoin de les couper au pied. Ils deviennent ainsi de véritables structures durables du paysage agricole. Leur remise en production peut coûter cher, mais elle n’a pas de prix, car une fois restaurés et entretenus, ces arbres deviennent quasiment immortels.

Mûrier, ronce, vigne : des ressources à reconsidérer

Alain Canet attire l’attention sur plusieurs plantes souvent négligées.

Le mûrier

Il mentionne en bord de route un mûrier blanc, le mûrier du ver à soie, qu’il décrit comme un fourrage extraordinaire, d’une très grande richesse. Pour lui, ces arbres constituent un véritable réservoir génétique pour de futurs parcs agroforestiers.

La ronce

Il défend aussi la ronce, qu’il qualifie de berceau du chêne. Il invite à regarder autrement les ronciers, les aubépines et les prunelliers. Ces formations sont à la base du renouvellement et de la régénération des systèmes agroforestiers, car c’est dans ces protections naturelles que sortent les jeunes chênes, frênes ou oliviers.

La vigne

Il souligne enfin la présence de la vigne, autrefois très répandue. Il fait le pari que, dans des milieux arides, la vigne connectée à l’arbre peut redevenir un élément majeur. Selon lui, la vigne est née avec les arbres, dans les ripisylves, et une vigne connectée à l’arbre n’est jamais malade et produit beaucoup.

Il suggère également qu’elle pourrait fournir un fourrage d’appoint intéressant. En voyant la biomasse capable de monter à 15 ou 20 mètres de haut, il estime qu’il existe là un potentiel considérable, y compris pour microclimatiser les parcelles.

Clôtures vivantes et mini-trognes

L’intervention aborde ensuite les clôtures vivantes, composées d’arbres taillés et accessibles aux animaux. Alain Canet parle de « mini-trognes », formes basses directement pâturables.

Ces clôtures cumulent plusieurs fonctions :

  • fourrage ;
  • protection climatique ;
  • biodiversité ;
  • abri pour la faune auxiliaire ;
  • production de litière ;
  • éventuellement bois broyé ou énergie.

Il explique qu’on a parfois cinq arbres au mètre carré dans ces dispositifs, alors qu’on pensait autrefois que cela ne pouvait pas fonctionner à cause de la concurrence. Pourtant, trois mois plus tard, la production de fourrage est spectaculaire. Pour lui, plus on ajoute de strates, mieux le système fonctionne.

Le peuplier et les autres essences

Parmi les essences évoquées figurent aussi les peupliers noirs têtards, qu’il est possible de restaurer, ainsi que le frêne, le mûrier, l’olivier, l’érable de Montpellier, le cormier, l’amandier, le châtaignier et d’autres encore, selon les stations.

Le message est clair : toutes ces essences ont un intérêt potentiel, mais leur intérêt dépend du lieu, du contexte, de la gestion et des objectifs.

Diversification et revenu

L’agroforesterie n’est pas seulement présentée comme une réponse écologique ; elle est aussi décrite comme une réponse économique.

Alain Canet cite l’exemple d’un éleveur chez qui les châtaigniers rapportent autant que les animaux. Cela montre qu’en diversifiant les productions, on peut créer de la valeur, de l’emploi et stocker du carbone.

Il insiste sur le fait que la société attend aujourd’hui des réponses sur le stockage de carbone. L’agriculture doit être capable de dire combien de tonnes de carbone elle stocke par hectare et par an, dans quelles conditions, et quelle valeur cela représente.

Selon lui, cette rémunération du carbone pourrait permettre de financer l’ouverture des milieux, la gestion des arbres, l’équipement, et les travaux parfois difficiles ou dangereux que suppose la remise en production des systèmes agroforestiers.

Le Maroc comme démonstration de la puissance des arbres

En revenant aux images marocaines, Alain Canet montre des frênes émondés dans des contextes très arides. Autour d’un seul arbre central, on peut obtenir l’équivalent de plusieurs hectares de feuilles. Il précise que certains de ces arbres sont en fait des ensembles de plusieurs arbres soudés, ce qui leur confère une résistance extraordinaire aux chocs climatiques.

Pour lui, ces formes paysannes sont une révélation : elles démontrent que les arbres taillés depuis longtemps n’auraient pas survécu sans cette gestion. Grâce à elle, ils ont permis à des paysans de se sédentariser, de multiplier les ressources fourragères et de faire vivre des paysages prospères au bord du désert.

Protection, régénération et cultures associées

La réussite de ces systèmes passe aussi par la protection des jeunes arbres, les mises en défens, et parfois l’association avec des cultures. Alain Canet évoque par exemple des céréales sous oliviers, rendues possibles lorsque les sols ont retrouvé richesse et fonctionnement.

Il insiste également sur le rôle central de la régénération, de la réitération et de la protection des arbres dans la durée.

Sursemis, biomasse et outils

L’intervention mentionne aussi des pratiques plus techniques :

  • le sursemis dans les prairies pour les redynamiser et les enrichir ;
  • l’usage de graminées et de blés de population pour apporter du carbone au sol ;
  • la restitution de la paille pour relancer la fertilité ;
  • l’emploi de machines pour ouvrir les milieux, récupérer de la biomasse et gagner du temps.

Une machine est notamment évoquée pour l’alignement ou la gestion des branches. La biomasse récoltée peut être laissée au sol. Quoi de mieux, dit-il, que de redonner au sol le carbone ligneux produit par l’arbre ?

Une gestion fine, sans recette universelle

Alain Canet revient sans cesse sur cette idée : un arbre têtard produit de plus en plus de bois sans être coupé au pied. Si l’arbre devient trop présent et que l’herbe manque, on retaille. La fréquence peut varier : deux ans, quatre ans, huit ans, selon qu’on recherche du bois de chauffage, du fourrage, de l’énergie ou de la litière.

Le mot-clé est donc la gestion fine. Il n’y a pas de recette universelle. Si l’on a beaucoup d’arbres, il est toujours possible d’en enlever ; mais si le soleil touche directement le sol, le système se dégrade. Il faut donc gérer en permanence la lumière, la densité et les usages.

Les pièces du puzzle agroforestier

Pour Alain Canet, les pièces du puzzle agroforestier sont simples et toutes connues :

  • les arbres têtards ;
  • les arbres très serrés ;
  • les arbres dispersés ;
  • les arbres fruitiers ;
  • les bois d’œuvre ;
  • les haies ;
  • les ripisylves ;
  • les clôtures vivantes.

L’enjeu est de connecter ces éléments, de faire circuler les fonctions écologiques et productives dans le paysage.

L’empreinte agroforestière

En conclusion, Alain Canet évoque ce qu’il appelle l’empreinte agroforestière. Il ne souhaite pas créer un label de plus ni un nouveau cahier des charges, mais plutôt une manière de résumer ce que produit un système agroforestier.

Quand on consomme un produit issu de l’agroforesterie, on participe, selon lui, à :

  • stocker du carbone ;
  • stocker et faire circuler de l’eau ;
  • produire de la biodiversité ;
  • créer des microclimats ;
  • fabriquer des paysages vivants ;
  • créer de l’emploi ;
  • entretenir de l’optimisme et de la coopération.

Il résume cette logique autour de quelques grands enjeux : l’eau, le sol, le climat, la biodiversité, les paysages, la productivité et l’emploi.

Sa formule finale condense tout son propos : « Mangez du bon agroforestier et vous sauverez la planète. »