Adopter les bonnes pratiques après le gel de printemps en viticulture

De Wiki Triple Performance
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Gel d'un bourgeon sur une jeune vigne, le départ de gauche n'a pas gelé (vert), le futur rameaux à droite montre les conséquences du gel (brun)


Les parcelles de vignes sont régulièrement confrontées à des épisodes de gel de printemps qui engendrent d’importants dégâts sur les ceps, compromettant ainsi la récolte. Ce type d’aléas sera sans doute de plus en plus fréquent dans les années à venir en raison du changement climatique. Si il existe de nombreuses techniques pour prévenir du gel en viticulture, il est également important de connaître les bonnes pratiques à mettre en place après une période gélive afin de soigner la vigne et assurer une petite récolte.

La capacité de résilience de la vigne

Avant toute chose, il est important de rappeler que la vigne possède des capacités de résilience importantes grâce aux réserves énergétiques stockées dans son bois tout au long de l'automne[1].

La quantité de ces réserves issues de la photosynthèse dépend de divers facteurs[1] :

  • L'exposition à la lumière
  • La quantité de feuilles par rapport à la fructification (la charge)
  • La persistance du feuillage après vendange
  • La pression parasitaire
  • La qualité de l'aoutement

Si ces mises en réserves fournissent à la plante tout au long de l'année l'énergie nécessaire pour sa croissance et sa floraison elles assurent également la résilience de la vigne face aux divers stress auxquels elle peut être confrontée[1]. En effet, les réserves de la vigne lui offre une capacité de résistance au gel non négligeable grâce à la production de sucre antigel mais également l'énergie nécessaire au déclenchement de mécanismes de défenses et de régénération nécessaires face aux agressions extérieures (taille, grêle, gel). Pour permettre à la plante de conserver toutes ses capacités de résilience, il est important de l'aider à conserver un stock d'énergie suffisant tout au long de l'année.

Pour cela, il faut avoir conscience des sources de déficit d'énergie[1] :

  • Réduction d'un bras ou étêtage du cep
  • Taille impactant un bois de plus de 2 ans
  • Excès en charge en raisin par rapport à la surface foliaire efficace
  • Problème de fertilité du sol
  • Mauvais état sanitaire du feuillage durant la saison

Ces réserves permettront, en cas d'épisodes de gel, d'améliorer la capacité de la plante à redébourrer, relancer la croissance et ainsi d'augmenter la capacité à fleurir des contre bourgeons. En effet, le développement des contre bourgeons permettra dans de nombreux cas d'assurer une petite récolte malgré un épisode de gel[1].

Estimer les dégâts

Après un épisode de gel, la vigne est dans un état de choc qu’il est difficile d'estimer à l’œil. Il est absolument nécessaire d’attendre au moins 48h avant de pouvoir connaitre la réelle ampleur des dégâts.[2] Sur les vignes partiellement gelées, il faut ensuite attendre 2 à 3 semaines avant d'estimer les dégâts causés par le gel par comptage. En effet, juste après la vague de gel, il est impossible de savoir à quel point les tissus sont touchés et si les feuilles seront capables de reprendre leur fonctionnement physiologique et d'assurer le développement des grappes.

Les dégâts causés par le gel sont observables sur différentes parties de la vigne[3] :

  • sur bourgeons : une coupe transversale réalisée sur des bourgeons gelés laisse apparaître une coloration marron ou noir jusqu’au point d’insertion sur le sarment. Ces dégâts peuvent parfois être difficiles à observer car les contre-bourgeons démarrent aussitôt et peuvent masquer le phénomène.
  • sur sarments : une coupe transversale fait apparaître un liber (couche mince habituellement de couleur verte située au-dessous de l’écorce et par où circule la sève élaborée) brun ou grisâtre. Les extrémités des rameaux plus sensibles se flétrissent, brunissent et se dessèchent.


En pratique, il est recommandé de réaliser le comptage par cépage et de prélever 10 à 20 sarments avec au moins 10 bourgeons, au hasard et en suivant un parcours en U dans la parcelle[4]. Pour la taille en cordon de Royat ou en Gobelet, on vérifie la survie des 3 à 5 premiers bourgeons de chaque sarment à partir de leur base, tandis que pour les tailles longues, comme le Guyot, on observera un plus grand nombre de bourgeons selon le nombre que l’on souhaite garder lors de la taille.

Angle de coupe d’un bourgeon sur bois de vigne

Le diamètre des bois doit également être similaire à celui des branches qui seront conservées lors de la taille.

Une fois les bois prélevés, ils doivent être placés dans un endroit frais et à l’abri du soleil et laissés au repos pour une période de 24 à 48 heures avant l’observation. C’est durant cette période que les bourgeons endommagés par le gel vont s’oxyder et prendre une coloration brune [4]. A l'aide d'un bistouri ou d'une lame de rasoir, les bourgeons sont ensuite coupés et observés via une loupe ou un binoculaire. L’angle et la profondeur de la coupe sont importants afin de bien observer le bourgeon.

L'entreprise Scanopy propose désormais d'estimer l'impact du gel sur les vignes grâce à la cartographie par drone.


D’après des valeurs de seuils basées sur des retours d'expériences, on peut déterminer 3 classes de dégâts aux conséquences variées[5] :

  • des dégâts jusqu’à 40 % : il y aura probablement une compensation par les autres rameaux indemnes (à condition que les conditions climatiques autour de la floraison soient optimales) ;
  • des dégâts entre 40 et 60 % : la récolte sera partielle, et l’objectif sera aussi d'assurer le bois de taille pour cet hiver ;
  • des dégâts supérieurs à 60 % : il n’y aura pas ou peu de récolte. L’objectif sera en priorité de faire du bois pour l'année suivante.

Fertilisation

Il n'est pas nécessaire de fertiliser les parcelles de vignes juste après un épisode de gel. En effet, les dégâts causés sur les vignes décalent dans le temps les besoins en minéraux des plantes. Cela s'explique par la physiologie de la vigne : ce sont les bourgeons qui produisent l'auxine, l'hormone de stimulation des méristèmes racinaires en croissance, à partir de 5-6 feuilles. En leur absence, aucun signal de croissance n'est envoyé au système racinaire. Il faudra donc attendre le développement des bourgeons latents et la reprise de la végétation et de l'activité photosynthétique de la vigne avant d'envisager une fertilisation azotée[1].

Renforcer la vigne avec des plantes

Après un épisode de gel, il est possible d'accompagner la vigne dans son processus de guérison à l'aide de plantes[2]. Pour cela, il est conseillé de :

  1. Pulvériser un mélange de :
    • Valériane (préparation biodynamique n°507) et de teinture Mère d’Arnica (20 ml/ha) pour déstresser la vigne
    • Tisane de Saule pour aider à la circulation des flux
    • Tisane d’Achillée millefeuille pour son action régénératrice globale
    • Rescue – Fleurs de Bach – 5 gouttes/ha
  2. Pour les vignes où le feuillage a survécu et a reçu un gros choc, ajouter au mélange précédent de la tisane d’Ortie
  3. Dès que la vigne aura repris concrètement sa croissance, il est possible de soutenir la plante grâce au mélange de :
    • Purin d’ortie et de purin de Consoude pour un apport en azote directement assimilable pour la vigne et une forte reminéralisation. Attention cependant à ne pas apporter trop d'azote aux vignes, au risque de provoquer des coulures sur les grappes restantes et de favoriser le mildiou.
    • Tisane d'Achillée millefeuille pour son action régénératrice globale et tisane de saule pour aider à la circulation des flux

D’autres plantes pourront venir compléter cette base en fonction de la météo et de la pression maladie. En effet, lors de la reprise de croissance de la vigne, il est important d'être très attentif à la pression des maladies car l'apport d'engrais sous toute ses formes (y compris les préparations à bases de plantes) peut amplifier le développement des bioagresseurs.


Adapter l'ébourgeonnage

Pour des dégâts jusqu’à 40 %, l’ébourgeonnage se fera de manière habituelle[5]. Au-delà, l’ébourgeonnage devra permettre d’obtenir du bois de taille :

  • éliminer les pampres pour privilégier les repousses de bourgeons sur la tête ;
  • pour former un courson, conserver un rameau dans le flux de sève sur la tête de la souche ;
  • pour former la branche à fruit, conserver au moins un rameau sur du bois d’un an.


Adapter la taille

Actions à réaliser juste après le gel

Arbre & Paysage 32 a organisé un atelier de crise suite aux violentes gelées d'avril 2021, retrouvez tous leurs conseils dans cette vidéo :

Le gel a préservé les fleurs

Si le gel a préservé les fleurs il faut[1] :

  • Conserver l'entre-cœur le plus éloigné de la base pour remplacer l'apex sans bouleverser les équilibres hormonaux
  • Écharder les autres entre-cœurs pour limiter l'entassement de la végétation
  • Accompagner une nutrition complète de la plante
  • Favoriser l'échardage sélectif des bois de taille si manque de temps

Le gel a réalisé des dégâts sur 100% de la vigne

Dans le cas où le gel a réalisé d'importants dégâts sur l'ensemble de la vigne, il est conseillé de[1] :

  • Ne rien faire le temps de la sortie des contre bourgeons (15 à 20 jours)
  • Puis, sélectionner les repousses les mieux placées pour former les bois de taille pour l'année suivante

Le gel n'a pas impacté l'intégralité du rameau

Dans le cas où le gel a impacté les grappes mais pas les sarments entiers, il est conseillé de[1] :

  • Conserver les sarments vivants et sélectionner par la suite un des entre-cœurs pour obtenir un sarment intéressant pour la taille.
  • Sur la baguette, supprimer tous les rameaux gelés à la main (sauf le dernier : le plus loin sur la baguette pour les guyots) pour maintenir son hydratation. Il faut réaliser cette opération le plus rapidement possible : le surlendemain de l'épisode de gel si possible. Les rameaux sont retirés en les tirant à l'opposé des contre bourgeons pour ne pas les abimer.
  • Sur un courson, miser sur les contre bourgeons et les bourgeons de la couronne.
  • Si le bourgeon était dans le coton et que le contre bourgeon n'est pas visible, ne rien faire car il y a un risque de supprimer les bourgeons secondaires.

Comment se passe la taille suivante ?

Après un épisode de gel de printemps sévère sur le vignoble, les ceps peuvent avoir différentes allures, il est donc important d’adopter des gestes de taille adaptés aux observations du terrain[6]. Dans tous les cas, il faut veiller à limiter la surface des plaies de taille.

Quelque soit le système de taille, si les ceps sont détruits sur la tête de souche, le recépage sera obligatoire à partir d’un gourmand. L’épamprage mécanique ou chimique est donc à proscrire afin de conserver des bois à sélectionner. Suivant les situations et l'importance des dégâts, les temps de taille peuvent être lourds et devront être confiés à des tailleurs confirmés. La récolte de l’année suivant celle du gel sera plus particulièrement impactée dans le cas de parcelles en reformation.

Toutes les vignes ne réagissent pas de la même façon après un épisode de gel, on peut donc observer, selon les cas et selon l'entretien de la vigne juste après l'épisode de gel[7]:

  • des repousses sur les yeux de la couronne ou des gourmands sur le vieux bois
  • sur des vignes vigoureuses fortement gelées, peu de sarments développés avec un diamètre anormalement gros qu'il sera difficile de plier pour les attacher
  • sur certaines vignes, la gelée peut s’être portée uniquement au niveau du bourgeon principal, les sarments vont alors végéter et rester fins : il sera difficile de sélectionner une baguette, notamment dans le cas du Guyot ;
  • sur des tailles courtes (cordon de Royat et taille rase) des parties de bras peuvent être complètement dégarnies ne laissant ni courson ni gourmand pour envisager la taille ;
  • dans les cas les plus extrêmes, on peut constater qu’aucune repousse n’a eu lieu.
  • Parfois, on observe des éclatements du vieux bois (surtout sur cordon de Royat) ou du tronc (dans le cas des jeunes vignes)



Taille en guyot

Lorsque des sarments ont poussé et sont d’un diamètre suffisant, il faut essayer de choisir un œil de la couronne (plus fructifère), pour donner naissance à une future baguette et un courson en dessous. Sans autre choix, on conservera un courson bas. Dans ce cas, en N+1 il faudra réétager la tête de souche à un maximum de 15 cm sous le fil porteur. Si la baguette est trop grosse pour être pliée, la tailler en “pisse vin” de 4 à 6 yeux. Si au contraire les bois sont trop frêles, tailler uniquement à courson et revoir la fertilisation de printemps. Si un beau gourmand s’est développé, on pourra choisir de reformer la souche sur celui-ci[7].

Taille en guyot sur une vigne gelée


Taille en gobelet

S’il y a le choix, préférer les yeux de la couronne, sinon tailler sur d’éventuels gourmands.

Taille en cordon de Royat

Si des gourmands ont forcé, les sélectionner pour reformer des coursons mais ce cas est rare sur de vieilles vignes. Il peut y avoir un gourmand qui a forcé à l’aplomb de la souche avec lequel il sera possible de reformer un bras. Dans la mesure du possible, il faut essayer de protéger la plaie de taille du cordon sectionné. Laisser une distance suffisante pour que le cône de dessiccation ne compromette pas le développement du nouveau bras. Dans le cas extrême de non repousse ou de cordon éclaté, il faudra attendre le printemps pour un recépage éventuel à partir d’un gourmand[7].

Taille en cordon de Royat sur vigne après gel.


Taille rase mécanique en année de formation

En cas de dégarnissement il faut reformer le cordon en partant de l’aplomb de la souche s’il y a un sarment suffisamment long, sinon tailler à courson sous le fil porteur[7].

Taille rase mécanique après période de gel


Taille rase déjà formée

Il n’y a pas d’autre solution que de continuer la taille mécanique. Eventuellement, sur de jeunes vignes, un sarment en milieu de bras peut être enroulé avant le passage de la machine pour remplacer le cordon gelé . Sinon reformer certains bras à partir de rameaux vigoureux disponibles.[7]


Taille des plantiers

  • Première feuille : Sans aucune reprise, remplacer les plants.
  • Deuxième feuille : S’il y a eu des repousses frêles choisir la plus vigoureuse et tailler à 2 yeux, sinon remplacer le plant.
  • Troisième feuille : Vérifier que le tronc ne présente pas de lésions. Si des crevasses sont observées, couper le sarment sous la nécrose et repartir sur un nouveau rameau. Dans le cas extrême où le gel a fait des dégâts jusqu’au point de greffe, les deux solutions possibles sont soit la greffe en fente sur le porte-greffe, soit le remplacement du plant.


Protection phytosanitaire

Du point de vue protection phytosanitaire, les parcelles gelées jusqu’à 60% sont à protéger normalement. Pour les parcelles plus touchées, il faudra attendre que la végétation redémarre et protéger la vigne à partir du stade 7-8 feuilles étalées pour préserver les bois et limiter la constitution d’inoculum de mildiou et d’oïdium[5].


Sources

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 et 1,8 Marceau Bourdarias, #Atelier de crise : Que faire sur la vigne après le gel, organisé par Arbres & Paysages 32 et La Belle Vigne.
  2. 2,0 et 2,1 Coordination Agrobiologique des Pays de la Loire, 2017, Le Gel.
  3. Institut Français de la Vigne et du Vin, en ligne, Gel et dégâts de gel sur la vigne
  4. 4,0 et 4,1 Réseau d'Avertissement Phytosanitaire, 2014, Dommages de gel hivernal sur les vignes
  5. 5,0 5,1 et 5,2 Chambre d'Agriculture Pays de la Loire, 2017, Après le gel, les conseils techniques à la vigne
  6. Chambre d'Agriculture Dordogne, 2017, Adopter les bonnes pratiques de taille après le gel de printemps
  7. 7,0 7,1 7,2 7,3 et 7,4 IFV, Chambres d’agriculture Occitanie, PACA et Auvergne-Rhône-Alpes, 2018, Guide des vignobles.


Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page

Est complémentaire des leviers

S'applique aux cultures suivantes