L'Agroécologie est elle créatrice de valeur ?
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Maeline Burlant - Omie, Olivier Maugeais et Pascal Pineau - Pom Evasion nous apportent un éclairage sur le potentiel de création de valeur de l'agroécologie.
Ils nous livrent également leurs témoignages sur la structuration de filières agroécologiques. Des sujets tels que les aspects de mesure, la répartition, ou encore la responsabilité y seront abordés.
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💪 DECOUVREZ LE MOUVEMENT POUR UNE AGRICULTURE DU VIVANT
Pour une Agriculture du Vivant a pour objectif d’accélérer la transition agricole et alimentaire vers l’agroécologie via la structuration de filières et la diffusion d’outils open-source. Le mouvement fédère l’ensemble des acteurs de la transition et met en place avec eux, des actions collectives et des outils performants pour pérenniser leurs systèmes de production.
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Introduction
Ce webinaire est consacré à l’agroécologie et à son potentiel de création de valeur.
L’animation est assurée par Nina Belgo, responsable coopération et filières au sein de l’association Pour une agriculture du vivant.
Les intervenants de la table ronde sont :
- Olivier Maugeais, directeur de Pom’Evasion, groupe d’arboriculteurs engagé dans l’agroécologie depuis une quinzaine d’années ;
- Maeline Burlant-Omie, cofondatrice de Omie, marque de produits alimentaires conçus avec des producteurs et des transformateurs, puis distribués jusqu’au client final avec un fort principe de transparence.
Pour une agriculture du vivant
Pour une agriculture du vivant est présenté comme un mouvement collectif réunissant plus de 660 adhérents. Ces adhérents sont des acteurs des filières, de l’amont à l’aval :
- agriculteurs ;
- coopératives ;
- industriels de l’agroalimentaire ;
- distributeurs ;
- restaurateurs ;
- partenaires techniques ;
- structures de développement agricole ;
- partenaires financiers.
L’ambition commune de ce collectif est d’accélérer la transition vers un nouveau modèle agricole et alimentaire.
Ce modèle est fondé sur une agriculture du vivant, c’est-à-dire une agriculture qui :
- produit de la biodiversité ;
- régénère les sols ;
- régénère les écosystèmes.
Dans ce cadre, l’association a construit un outil appelé indice de régénération. Il s’agit d’une mesure du score agroécologique d’un système de production, sur 100 points. Cet outil vise à permettre :
- à l’agriculteur de s’évaluer ;
- de suivre sa progression dans la transition agroécologique ;
- de valoriser ses produits dans les filières.
Un simulateur de cet indice est disponible sur la plateforme agroecologie.org, qui rassemble également d’autres outils proposés par l’association.
Une question centrale : l’agroécologie peut-elle créer de la valeur ?
Le point de départ de la discussion est le fait que le changement de modèle agricole et alimentaire s’accompagne aussi d’un changement de modèle économique.
L’objectif n’est pas seulement de transformer les pratiques agricoles, mais aussi de pouvoir, à plus long terme, valoriser les produits issus de l’agroécologie.
La question posée au cours de cette table ronde est donc : comment faire reconnaître, mesurer et rémunérer cette valeur ?
Les attentes des consommateurs face aux enjeux environnementaux
Un quiz est proposé au début de la rencontre à partir d’une étude de l’Observatoire société et consommation datant de 2020.
La question posée est la suivante : concernant les sujets environnementaux — pollution, réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, perte de biodiversité — quelle part des Français estime que la situation est très préoccupante et appelle un changement radical dans l’organisation de l’économie et de la société, revenant à produire et consommer moins, mais mieux ?
La bonne réponse est : 61 %.
Cette étude est jugée intéressante à deux niveaux :
- elle montre une réelle préoccupation des Français pour les questions environnementales ;
- elle met aussi en évidence les critères d’achat des produits alimentaires.
Selon les échanges, les critères d’achat ressortent dans l’ordre suivant :
- le prix ;
- la qualité sanitaire et l’absence de risque ;
- le goût ;
- le caractère local ;
- les préoccupations environnementales ;
- la valeur nutritionnelle ;
- les conditions de rémunération des producteurs ;
- la marque.
L’un des constats du débat est donc qu’il existe une intention favorable à la transition, mais que l’acte d’achat reste déterminé par plusieurs critères simultanés, et pas uniquement par la dimension environnementale.
Une approche multidimensionnelle de la valeur
Pour Maeline Burlant-Omie, la question est complexe et nécessairement multidimensionnelle. Si l’on veut travailler en agroécologie avec les producteurs et les transformateurs tout en proposant un produit qui plaise au consommateur final, il faut prendre en compte l’ensemble des dimensions du produit.
Elle insiste sur la notion de santé unique, qui est une idée centrale pour Omie et qui rejoint aussi la vision de Pour une agriculture du vivant. Cette approche consiste à considérer qu’en prenant soin des sols et des écosystèmes dès le départ, on obtient des effets positifs sur toute la chaîne :
- la santé des cultures ;
- la qualité du produit ;
- potentiellement sa qualité nutritionnelle ;
- sa capacité à répondre aux attentes du consommateur final.
Selon elle, l’agroécologie est créatrice de valeur pour tous les acteurs de la chaîne :
- pour les producteurs, avec des cultures en meilleure santé, des rendements en progression et une diversification plus intéressante ;
- pour les transformateurs, avec des produits de meilleure qualité, plus simples à transformer, notamment parce qu’ils ont davantage de goût ;
- pour les consommateurs, avec des produits au goût plus pertinent, et à terme, potentiellement plus intéressants d’un point de vue nutritionnel.
L’hypothèse nutritionnelle est présentée comme forte, même si elle reste encore à approfondir par la recherche.
Les résultats observés dans les vergers de Pom’Evasion
Olivier Maugeais explique que, pour Pom’Evasion, les bénéfices de quinze années d’agroécologie sont déjà très importants.
Des résultats techniques visibles
Le premier volet évoqué est l’aspect technique. Selon lui, les résultats sont particulièrement marquants sur le plan de la biodiversité.
Pom’Evasion est accompagnée par une entomologiste depuis plus de cinq ans. Celle-ci constate des effets très concrets dans les vergers. Parmi les exemples donnés :
- 40 espèces d’abeilles sauvages ont été recensées dans les vergers ;
- parmi elles, 6 espèces sont considérées comme extrêmement rares.
Il évoque également les systèmes racinaires des arbres. Avant la transition agroécologique, les racines des pommiers descendaient à peine à 50 centimètres. Aujourd’hui, elles atteignent entre 2 et 3 mètres de profondeur. Cette évolution a des conséquences majeures :
- meilleure résistance au gel ;
- meilleure résistance aux pics de chaleur ;
- meilleure adaptation aux canicules.
Les vergers sont également davantage couverts, grâce à des semis qui permettent :
- de nourrir les sols ;
- de capter du carbone ;
- de faire venir les pollinisateurs ;
- de nourrir les auxiliaires recherchés dans les vergers.
Des effets sociaux positifs
Olivier Maugeais insiste aussi sur le volet social. Les équipes sont fières de leur travail.
Il rappelle que l’arboriculture, et en particulier la production de pommes, a souvent été critiquée pour le recours aux produits phytosanitaires. Dans ce contexte, le fait d’être engagé dans une démarche agroécologique redonne de la fierté aux équipes, qui souhaitent désormais aller encore plus loin.
Il souligne également l’impact positif sur :
- l’image de l’exploitation auprès du voisinage ;
- les relations avec les élus ;
- la perception générale de l’activité.
Un enjeu économique encore en construction
Sur le plan économique, Olivier Maugeais explique que c’est le sujet qu’il reste à consolider.
L’agroécologie représente pour Pom’Evasion :
- entre 20 et 25 % des investissements ;
- environ 500 000 euros d’investissements par an.
À cela s’ajoute un investissement humain important, notamment en main-d’œuvre :
- pour réaliser les semis ;
- pour planter des haies ;
- pour entretenir les aménagements favorables au vivant.
Malgré ces coûts, des premiers résultats économiques apparaissent déjà :
- des fruits qui se conservent mieux ;
- un meilleur taux de sucre ;
- une meilleure pression des fruits.
Ces éléments laissent penser que d’autres bénéfices pourraient être mis en évidence à mesure que la recherche progresse.
Les pratiques agroécologiques mises en œuvre dans les vergers
À la demande du modérateur, Olivier Maugeais détaille plusieurs pratiques concrètes mises en place dans les vergers de Pom’Evasion.
Parmi ces pratiques figurent :
- des semis d’hiver et des semis d’été, réalisés deux à trois fois par an ;
- un travail de choix des espèces semées selon les abeilles et les auxiliaires que l’on souhaite favoriser ;
- des profils de sol, pour analyser la nature du terroir, qui peut varier fortement d’un verger à l’autre ;
- des analyses de la vie du sol ;
- des apports de matière organique, historiquement sous forme de fumier, afin de remettre de la vie dans les vergers ;
- le suivi précis des insectes par une entomologiste ;
- des nichoirs pour les hirondelles ;
- des hôtels à insectes pour les abeilles et d’autres espèces ;
- un travail général sur les habitats, selon le principe de fournir le gîte et le couvert aux organismes vivants utiles.
La logique générale décrite est de travailler avec le vivant plutôt que contre lui. Plus il y a de vie dans les vergers, moins il y a besoin d’intervenir. Olivier Maugeais résume cela par une formule simple : plus il y a d’insectes et de vie, moins il y a d’ennuis.
Déterminer la juste valeur d’un produit agroécologique
La discussion se recentre ensuite sur la question économique : comment déterminer la juste valeur d’un produit agroécologique ?
La vision d’Omie : reconstruire la valeur
Pour Maeline Burlant-Omie, la première valeur créée par l’agroécologie est la pérennité des cultures. Elle souligne qu’avec les aléas climatiques — gel, sécheresses, épisodes extrêmes — la vraie création de valeur consiste aussi à rendre possible le fait de continuer à produire et à manger dans 15 ou 20 ans.
Elle insiste sur le décalage entre :
- le temps long de la production agricole ;
- le temps court de la consommation.
L’un des grands enjeux est donc de réconcilier ces deux temporalités et de réintégrer cette vision de long terme dans la valeur d’un produit.
Chez Omie, cela passe par un travail de reconstruction de la valeur filière par filière :
- analyse des grandes problématiques de la filière ;
- compréhension du prix de la matière première ;
- réflexion sur la juste rémunération du producteur ;
- prise en compte du revenu global du producteur à l’échelle de l’ensemble de ses cultures.
L’agroécologie est jugée particulièrement intéressante dans ce cadre, car elle repose souvent sur une diversité de cultures qui permet aussi de répartir les risques et de sécuriser un revenu.
Elle explique également que la reconstruction du prix a été rendue possible par la suppression d’un grand nombre d’intermédiaires. L’idée est de ne conserver que ceux qui apportent une valeur réelle au produit.
Selon elle, dans la grande distribution, de nombreux intermédiaires ajoutent des marges successives qui éloignent le prix affiché de la véritable valeur du produit.
Chez Omie, chaque produit est donc conçu dans une logique de partenariat et de durée, et non dans une logique de négociation annuelle du prix.
Une transparence poussée sur la décomposition du prix
Maeline Burlant-Omie explique qu’Omie affiche de manière détaillée la décomposition de ses prix.
Cette décomposition comprend notamment :
- le montant versé à la matière première ;
- la rémunération du transformateur ;
- les coûts d’emballage ;
- le transport et la logistique ;
- la marge d’Omie, présentée elle aussi de manière transparente.
Elle insiste sur le fait que les transformateurs sont souvent oubliés dans les discours, alors qu’ils jouent un rôle central dans la chaîne alimentaire, en particulier pour les produits d’épicerie.
La transparence permet, selon elle, de déplacer la discussion :
- on ne parle plus seulement d’un prix de cession ;
- on parle de la construction du prix ;
- on rend visibles les métiers et les coûts réels.
La valorisation économique vue par Pom’Evasion
Du côté de Pom’Evasion, Olivier Maugeais explique qu’à ce stade l’agroécologie est encore principalement une charge et un investissement.
Pour que le modèle soit durable, il faut donc qu’il soit rémunéré.
L’estimation réalisée par Pom’Evasion est qu’il faudrait vendre les produits 10 centimes d’euro de plus par kilo pour accompagner correctement les démarches agroécologiques.
Il insiste sur le fait que cette somme est faible à l’échelle du consommateur. En prenant comme référence une consommation annuelle de 18 kg de pommes par personne, cela représenterait environ 2 euros par an pour agir contre le dérèglement climatique à travers son acte d’achat.
L’objectif est donc de permettre au consommateur d’être acteur par ses achats.
Les premiers résultats obtenus
Pom’Evasion a déjà commencé à avancer sur cette valorisation.
Olivier Maugeais explique qu’à travers sa propre filiale de transformation, Mati’pom, qui fabrique notamment des compotes de pommes, l’entreprise vise pour 2022 une gamme intégrant ces 10 centimes de rémunération supplémentaires.
Au moment du webinaire, Pom’Evasion est déjà parvenue à valoriser 6 centimes d’euro par kilo. L’objectif affiché est d’atteindre les 10 centimes.
Parallèlement, des discussions sont engagées avec plusieurs types d’acteurs :
- distributeurs ;
- industriels ;
- restaurateurs ;
- groupes hôteliers.
Ces échanges prennent parfois la forme de discussions tripartites entre producteurs, industriels et clients finaux. Olivier Maugeais souligne que certains grands groupes, y compris des multinationales, manifestent un intérêt très concret pour ces démarches et demandent même comment faire remonter explicitement cette valeur jusqu’au producteur.
Pour lui, cela montre que le modèle commercial traditionnel commence à évoluer.
Le rôle des intermédiaires dans la filière
Le débat aborde aussi la question des intermédiaires.
D’un côté, Maeline Burlant-Omie défend une logique de réduction drastique des intermédiaires, afin de rapprocher le prix de la valeur réelle du produit.
De l’autre, le cas de Pom’Evasion montre qu’il est aussi possible de créer de la valeur dans une filière plus longue, à condition :
- que les échanges soient plus directs ;
- que les coûts soient explicités ;
- que la valeur créée soit réellement reversée au producteur.
Dans les deux cas, le point commun est la volonté de sortir d’une logique purement opaque et descendante pour aller vers une construction plus concertée de la valeur.
La transparence comme condition de transformation
La question de la transparence est ensuite abordée explicitement.
Une transparence qui change la nature des relations
Pour Maeline Burlant-Omie, la transparence totale n’a pas eu d’effet négatif dans les relations avec les partenaires. Au contraire, elle a permis de mettre en valeur les métiers, de clarifier les discussions et de gagner du temps.
Elle cite l’exemple d’une hausse du prix de la pomme liée aux conditions climatiques. Dans un système transparent, cette hausse ne devient pas un objet de négociation long et conflictuel : elle est comprise comme un fait, documenté et partagé.
Dire ce que l’on fait
Olivier Maugeais explique que les arboriculteurs ne sont pas naturellement de grands communicants, et que Pom’Evasion a commencé à communiquer ouvertement sur ses pratiques seulement à partir de 2019.
Le choix a été fait de dire clairement :
- ce qui est fait ;
- pourquoi cela est fait ;
- comment cela est fait.
Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de prétendre être parfait, mais de montrer une démarche sincère et engagée. Selon lui, cette transparence est très bien reçue par :
- les acheteurs ;
- les élus ;
- les voisins ;
- le grand public.
Pour aller encore plus loin, il estime cependant que la transparence doit être accompagnée de garanties. Il dénonce le greenwashing comme un danger majeur. Selon lui, on a besoin :
- d’indicateurs ;
- d’audits externes ;
- d’outils comme l’indice de régénération ;
- d’une dynamique de progrès mesurable.
Le besoin d’indicateurs et de preuves
Les échanges montrent un accord fort entre les intervenants sur le fait que l’agroécologie ne peut pas se contenter d’un discours vague.
Maeline Burlant-Omie rappelle que l’agroécologie est parfois utilisée comme un mot-valise, sans garanties suffisantes, ce qui détruit de la valeur plutôt que d’en créer.
Elle compare cela à d’autres termes qui ont pu être utilisés de manière floue dans le passé, comme celui d’agriculture raisonnée, qui a pu brouiller les repères.
Selon elle, il faut construire quelque chose de solide, avec :
- des contrôles ;
- des certifications ou au moins des formes de vérification robustes ;
- un cadre permettant de rassurer les consommateurs sans enfermer les pratiques.
Elle insiste toutefois sur le fait qu’un indice de régénération lui paraît plus pertinent qu’un label figé, parce que l’agroécologie est encore en construction et relève d’une forme de recherche-développement permanente sur le terrain.
La pédagogie autour de l’agroécologie
Un autre grand thème de la discussion est celui de la pédagogie.
Expliquer progressivement
Pour Olivier Maugeais, l’un des défis est de vulgariser un sujet très complexe. Il explique qu’il faut avancer message par message, sans vouloir tout dire d’un coup. L’agroécologie recouvre en effet de nombreux sujets :
- biodiversité ;
- carbone ;
- eau ;
- nutrition ;
- qualité des produits.
La communication doit donc être progressive, simple et compréhensible par tous, y compris les plus jeunes.
Pom’Evasion déploie pour cela :
- des campagnes sur les réseaux sociaux ;
- des prises de parole dans la presse ;
- des supports pédagogiques conçus avec des communicants.
Faire entrer le public dans les fermes
Olivier Maugeais souligne aussi l’importance de l’ouverture des vergers au public. Dans le cadre de l’opération nationale Vergers ouverts, des arboriculteurs accueillent les visiteurs dans leurs exploitations pour présenter leur métier.
Chez Pom’Evasion, ces ouvertures concernent aussi :
- les élus ;
- les députés ;
- les habitants ;
- différents partenaires.
L’objectif est de montrer concrètement les pratiques et de recréer du lien.
Le choix d’une pédagogie par petites capsules
Du côté d’Omie, Maeline Burlant-Omie explique que la pédagogie passe aussi par une information distillée progressivement.
Les sujets sont complexes, et sur un produit il serait possible de dire mille choses. Il faut donc sélectionner l’information et l’amener par petites touches :
- via les réseaux sociaux ;
- via l’application de la marque ;
- via des focus successifs.
Elle souligne qu’en parlant mieux d’agriculture, on peut aussi désamorcer une partie des tensions entre agriculture et société, notamment les problèmes de voisinage, parce qu’une meilleure compréhension des méthodes de production recrée du lien entre ceux qui consomment et ceux qui produisent.
Des emballages simples et un QR code pour accéder à l’information
Maeline Burlant-Omie précise qu’Omie a fait le choix d’un emballage très simple, notamment pour des raisons de recyclabilité :
- emballages 100 % recyclables ;
- utilisation minimale d’encre et de matière.
Le détail de l’information est ensuite accessible via un QR code, qui permet d’accéder aux données complètes sur le produit.
L’idée est donc d’avoir un produit sobre visuellement, mais riche en informations pour qui souhaite approfondir.
Un sujet de transformation pour l’ensemble des entreprises
Le modérateur souligne que le travail de pédagogie ne concerne pas seulement les consommateurs ou les citoyens.
Il concerne aussi :
- les institutions ;
- les entreprises ;
- les différents services à l’intérieur des organisations.
Dans les grandes structures, les enjeux de l’agroécologie peuvent concerner la qualité, la R&D, la RSE ou encore les achats. Il est donc nécessaire que chacun puisse s’approprier le sujet, comprendre ses implications et voir comment cela modifie son propre métier.
Un changement inscrit dans le temps long
Les intervenants insistent à plusieurs reprises sur le fait que l’agroécologie s’inscrit dans un temps long.
Olivier Maugeais rappelle que l’agriculture fonctionne sur des temporalités longues. Ce point pourrait apparaître comme une faiblesse, mais il y voit au contraire une force :
- les acteurs qui viennent voir ce qui se passe dans les vergers reviennent l’année suivante ;
- ils constatent l’évolution ;
- ils s’intéressent à des découvertes continues.
L’agroécologie est présentée comme une dynamique durable, et non comme un effet de mode.
Pour Maeline Burlant-Omie, le principal enjeu reste que les consommateurs comprennent que l’agroécologie n’est pas un concept creux, mais une manière de produire durablement, avec un véritable contenu technique et agronomique.
La recherche, l’innovation et le statut de l’agriculteur
En fin d’échange, le modérateur ouvre la réflexion sur d’autres outils de financement et d’accompagnement de la transition.
Il évoque notamment une intervention du cabinet Leyton, qui propose la création d’un statut de paysan-chercheur. L’idée est de reconnaître que lorsqu’un agriculteur expérimente sur sa ferme et met en place des pratiques agroécologiques, il réalise aussi un travail de recherche et développement.
Cela pourrait permettre d’imaginer des mécanismes de soutien ou de subvention adaptés à ce temps d’expérimentation.
Le modérateur insiste sur le fait qu’il faut mobiliser toutes les expertises disponibles :
- agronomiques ;
- économiques ;
- marketing ;
- financières.
Mot de la fin
Dans sa conclusion, Olivier Maugeais résume ainsi l’enjeu :
- « La santé de nos sols, la santé de notre espace aérien, c’est la santé de nos arbres et de ce qu’on mange, et donc c’est la santé des hommes tout court. »
Il insiste sur le caractère vital du sujet.
Bilan de la semaine de l’agroécologie
En conclusion du webinaire, un bilan est partagé concernant la semaine de lancement autour de l’agroécologie :
- plus de 920 participants au total sur l’ensemble des conférences et événements organisés ;
- 343 diagnostics réalisés avec l’indice de régénération.
Ce résultat est présenté comme un signal très positif pour l’agroécologie, montrant l’intérêt suscité par la mise à disposition d’un outil open source et d’une plateforme commune.
Événements annoncés
Plusieurs rendez-vous à venir sont également mentionnés :
- 18 juin : journée du projet sur la culture de l’oignon en agroécologie, avec ouverture des portes et présentation des résultats ;
- 19 juin : ateliers sur la ferme de Jean-Baptiste Pervié, avec accueil de la dernière étape du Coc farming tour de Thierry Bailliet ;
- 20 juin : atelier sur la ferme de Gaëlle Dupont en Champagne, pour présenter l’agroécologie et les pratiques mises en œuvre sur l’exploitation ;
- 23 au 27 août : congrès international sur les sols Eurosoil, avec en parallèle l’initiative Connect people and soil, ouverte à un public large.
Conclusion
Cette table ronde met en lumière plusieurs conditions pour faire de l’agroécologie un véritable modèle créateur de valeur :
- reconnaître les bénéfices techniques, environnementaux, sociaux et potentiellement nutritionnels ;
- mesurer ces bénéfices avec des outils crédibles ;
- construire une rémunération adaptée pour les producteurs ;
- renforcer la transparence tout au long de la chaîne ;
- faire un important travail de pédagogie ;
- inscrire la transformation dans le temps long.
L’idée centrale qui ressort des échanges est que l’agroécologie crée de la valeur, mais que cette valeur doit encore être mieux comprise, mieux démontrée et mieux répartie.