Entretien des zones herbacées

De Wiki Triple Performance
Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
Bande enherbée intercalaire entretenue à plus de 40 cm : un écimage conciliant maintien des parcelles adjacentes propres et biodiversité. Crédit photo : Charles Boutour.


Une zone herbacée en bon état écologique est une zone composée de plusieurs familles de plantes à fleurs non adventices pour les cultures. Pour conserver une composition optimale, il faut éviter toute perturbation (dérive du travail du sol, fertilisation ou traitement phytosanitaire) qui pourrait entraîner la germination et le développement des plantes adventices. Dans ce cas de figure, il est alors possible de ne pas entretenir les zones herbeuses qui sont essentielles à la petite faune de plaine. Cependant après plusieurs années, il peut arriver qu’une bande enherbée ou une jachère se salisse et devienne un réservoir d’adventices (ex : chardon des champs). L’entretien mécanique est une solution pour limiter le salissement.


Objectifs et bénéfices attendus

Les zones herbeuses sont un lieu de nidification et d’élevage de jeunes très prisé par l’avifaune de plaine[1]. Dans le cas d’une démarche qualitative, il est possible de laisser le choix aux agriculteurs d’entretenir par le moyen qu’ils souhaitent, avant la montée à graine. L’objectif in fine est d’avoir une gestion hétérogène des zones herbacées à l’échelle du paysage[2][3].

Un entretien mécanique peut entraîner une diminution allant de 30 à 50% des populations d’arthropodes, 50% de la population d’araignées, 30% de la population de staphylins et 36% de la population de carabes[4].


Méthodologie

Entretien sélectif des zones à problèmes

L’objectif est de conserver un couvert refuge pour la faune sauvage à minima pendant la période de reproduction. Si le couvert est entretenu uniquement dans les zones à problèmes d’adventices et entre 30 cm et 40 cm alors l’objectif est atteint. L’avantage est également de conserver un couvert herbacé fondamental pour la protection des auxiliaires[5]. On obtient donc un couvert non homogène avec des zones broyées et d’autres intactes.


Parole d'expert

  • "Sélection des zones problématiques : Meilleur compromis entre auxiliaires et agriculture dans le cas d’une infestation ponctuelle d’adventices problématiques.
  • Entretien haut 30 à 40 cm : Attention, les broyages ras au printemps n’épargnent que 10% des insectes".

Jean Pierre Sarthou, Agro Toulouse INP, INRAE AGIR


La méthode d’entretien la moins impactante pour les auxiliaires et la plus économe est la fauche.

Entretien hivernal

Si la composition le permet, il est possible d’entretenir les zones herbacées uniquement l’hiver sans risquer de favoriser le salissement dans les parcelles. Cette pratique diminue les coûts d’entretien et réduit le risque de salissement de la parcelle cultivée adjacente[6].

Parole d'expert

« Un entretien en hiver (courant janvier) et haut (30 à 40 cm) permet de sauver 80% des insectes. Attention, l’automne (qui est un petit printemps) est une période de reproduction pour certains insectes auxiliaires ». Jean Pierre Sarthou, Agro Toulouse INP, INRAE AGIR


Limites réglementaires

Actuellement, la règlementation impose une période de non entretien des bordures de champs ou des jachères généralement étalée sur mai/juin. Cette période correspond à la période de nidification des insectes et oiseaux nichant au sol mais aussi à celle de montée à graine des adventices tel que le ray-grass, vulpin des champs, chardon des champs... A cause de cette réglementation, on constate une recrudescence de broyeurs dans les parcelles la veille et le lendemain de la période d’interdiction. Dans cette situation, les zones herbacées perdent tout leur intérêt d’abris pour la faune sauvage et de réservoir d’auxiliaires.

Comment mettre en place cette pratique sur mon exploitation ?

Comme pour les bordures de champs, il peut être pertinent d’effectuer un relevé ou un inventaire floristique sur les zones herbacées : jachère ou bande enherbée. En fonction de la flore adventice présente, sa localisation et le type de couvert, on pourra choisir le mode d’entretien adéquat.


En cas de problème d’adventices, si le problème de salissement en bordure de culture perdure, il faudra effectuer un diagnostic et des mesures plus globales. (Voir fiche Favoriser la biodiversité en optimisant les bordures de champs).


Type Adventice problématique (vulpin, ray grass…) Adventice volatile (chardons…) Matériel
Bords de champs (0,5 et 1,5 m de large) Ecimage localisé régulier Ecimage localisé à la floraison Faucheuse
Bande enherbée type BCAE (Bonnes Conditions Agricoles et Environnementales) (min 5 m de large) Ecimage localisé régulier

Entretien du premier mètre de bordure de

la culture à 30 ou 40 cm du sol !! Attention aux nids !!

Jachère

Conseil

Dans le cas d’espèces invasives (renouée du Japon, berce du Caucase, l’ambroisie à feuilles d'armoise, ...), la lutte chimique reste la technique la plus efficace, la plus rapide et la plus appropriée pour les éliminer tout en respectant la règlementation en vigueur. En effet, une élimination rapide de ces espèces est nécessaire pour limiter les nuisances pour l’agroécosystème.


Pour plus d’information sur les espèces exotiques envahissantes et les moyens de gestion, cliquez ici.


L’entretien des zones herbacées peut mettre à découvert un nid de faisan ou de perdrix. Il sera alors abandonné par la mère car mis à la vue des prédateurs. Il est alors possible de contacter le service technique de votre fédération des chasseurs départementale qui pourra prendre en charge les œufs.

Pour aller plus loin

La méthode d’entretien la plus intéressante pour conserver une diversité écologique optimale pour les auxiliaires est la fauche avec exportation [7].

Sources


  1. 1 Bro E. ; 2016. La Perdrix grise. Biologie, écologie, gestion et conservation. Biotope, Mèze, 304p
  2. Kruess A. i; 2002. Grazing Intensity and the Diversity of Grasshoppers, Butterflies, and Trap‐Nesting Bees and Wasps, Society for conservation Biology, Volume 16, Issue 6, p1570-1580.
  3. Cizek O. et al. ;2012. Diversification of mowing regime increases arthropods diversity in species-poor cultural hay meadows, Journal of insect conservation, n°16, p215-226.
  4. Thorbek P. et al 2004. Reduced numbers of generalist arthropod predators after crop management British Ecological Society, Journal of Applied Ecology, 41, p526–538
  5. Le bris C. i; 2011. Gestion des bords de champs et biodiversité en plaine céréalière, Faune sauvage n°291, p64-70.
  6. Le bris C. et al. ; 2014. Comment concilier agronomie et biodiversité des bordures de champs en plaine céréalière ? - Bilan des expérimentations Agrifaune Loiret et Eure-et-Loir. Faune Sauvage. n°305, p38-44.
  7. Noordijk J. et al (2010), Effects of vegetation management by mowing on ground-dwelling arthropods, Ecological Engineering, Volume 36, Issue 5, Science Direct, p740-750

Annexes