Conversation avec Marcel BOUCHE - Des Vers de Terre et des Hommes - 4/7

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Dans cet échange, Marcel Bouché explique comment l’agriculture intensive a fait disparaître les vers de terre en combinant pesticides, travail mécanique du sol, sols nus et destruction de la couverture végétale. Selon lui, cette disparition entraîne une baisse de fertilité et participe à l’impasse actuelle des rendements. Il insiste sur le fait que les solutions viennent souvent d’agriculteurs observateurs : couverts végétaux, luzerne, variétés rustiques, absence d’herbicides, apports de matière organique et réduction du travail du sol. Il cite aussi l’exemple du BRF, utilisé notamment en maraîchage, qui recrée temporairement une structure favorable jusqu’au retour des vers de terre. Marcel Bouché rejette l’idée d’“inoculer” systématiquement les sols en France : les vers sont encore là, il faut surtout recréer les conditions de leur retour. Enfin, il critique vivement l’agronomie officielle, trop éloignée du terrain et insuffisamment fondée sur l’observation scientifique réelle des sols vivants.

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Résumé
Dans cet échange, Marcel Bouché explique comment l’agriculture intensive a fait disparaître les vers de terre en combinant pesticides, travail mécanique du sol, sols nus et destruction de la couverture végétale. Selon lui, cette disparition entraîne une baisse de fertilité et participe à l’impasse actuelle des rendements. Il insiste sur le fait que les solutions viennent souvent d’agriculteurs observateurs : couverts végétaux, luzerne, variétés rustiques, absence d’herbicides, apports de matière organique et réduction du travail du sol. Il cite aussi l’exemple du BRF, utilisé notamment en maraîchage, qui recrée temporairement une structure favorable jusqu’au retour des vers de terre. Marcel Bouché rejette l’idée d’“inoculer” systématiquement les sols en France : les vers sont encore là, il faut surtout recréer les conditions de leur retour. Enfin, il critique vivement l’agronomie officielle, trop éloignée du terrain et insuffisamment fondée sur l’observation scientifique réelle des sols vivants.

Conversation avec Marcel BOUCHE – Des Vers de Terre et des Hommes 4/7


Quatrième partie de la conversation avec Marcel BOUCHE sur les vers de terre.

D’abord jardinier, puis chercheur et directeur de recherche, Marcel BOUCHE, spécialiste mondial des vers de terre, a consacré la majeure partie de sa vie à l’étude de ces animaux.


0:55 = La disparition des vers de terre.

5:00 = Sauver les vers de terre.

31:00 = Vers un nouvel enseignement de l’écologie.


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Les vers de terre ont disparu des champs agricoles

Dans cet extrait, Marcel Bouché replace la question des vers de terre dans un contexte agronomique et technique. Il explique qu’on n’est plus dans une vision anecdotique ou simplement naturaliste du ver de terre : la vraie question est désormais de comprendre quand les vers de terre ont disparu des champs agricoles, et ce que cette disparition dit de l’agriculture moderne.

Selon lui, l’agriculture intensive est arrivée à une impasse. Pendant longtemps, elle a cru pouvoir résoudre chaque problème séparément, avec des spécialistes traitant chacun un fragment du réel : pesticides, engrais, outils mécaniques, rendements. Mais un champ n’est pas une juxtaposition de problèmes indépendants : c’est un tout. Or, malgré tous les intrants employés, les rendements des cultures intensives baissent aujourd’hui. Pour Marcel Bouché, cela traduit une perte de fertilité générale, liée notamment à la destruction des vers de terre et de leur milieu de vie.

Les causes de l’élimination des vers de terre

Marcel Bouché distingue plusieurs causes à cette disparition.

Les pesticides

La première cause est l’utilisation des pesticides. Il insiste sur le fait qu’ils n’ont jamais été sérieusement testés au champ pour évaluer leurs effets réels sur les sols et les vers de terre. Selon lui, les évaluations sont faites dans des conditions de laboratoire, dans des boîtes, puis extrapolées au terrain. Il juge cette méthode profondément insuffisante.

Il compare cette situation au domaine médical : on n’accepterait pas qu’un produit destiné aux humains soit autorisé uniquement à partir d’essais sur des rats, sans essais cliniques. Or, pour les sols, il estime qu’il n’existe pas de véritable équivalent de ces essais cliniques en conditions réelles.

Les outils mécaniques et le travail du sol

La seconde cause est mécanique. Les outils agricoles détruisent la structure du sol. Marcel Bouché emploie une image forte : ils démolissent l’immeuble dans lequel vivent les vers de terre. Ils perturbent donc directement leurs conditions d’existence.

Il précise que l’effet mécanique direct — couper, trancher les vers — n’est sans doute pas l’élément principal, car les vers de terre ont une capacité de reproduction qui peut compenser une partie des pertes. En revanche, la destruction de leur milieu est beaucoup plus grave :

  • l’introduction brutale d’oxygène dans le sol accélère la combustion de la matière organique ;
  • cette matière organique constitue leur nourriture ;
  • en détruisant la structure du sol, on détruit aussi leur habitat.

Autrement dit, on leur enlève à la fois le logement et le casse-croûte.

Les sols nus et la réduction de la production végétale

Une autre manière de priver les vers de terre de nourriture est de laisser les sols nus pendant de longues périodes. Lorsqu’il n’y a pas de végétation, il n’y a plus de production végétale, plus d’exsudats racinaires, plus d’alimentation pour la vie du sol.

Marcel Bouché ajoute que même quand une culture est présente, l’usage des herbicides pour éliminer les plantes non désirées réduit fortement la surface foliaire totale qui capte l’énergie solaire. Or cette capture d’énergie solaire conditionne la production végétale, donc l’apport au sol, donc l’alimentation des micro-organismes et des vers de terre.

Pour lui, la culture seule capte moins d’énergie que l’ensemble culture + adventices. En supprimant ces plantes dites mauvaises herbes, on appauvrit le fonctionnement global du système.

Une agronomie qui n’a pas voulu faire d’écologie

Marcel Bouché regrette qu’on n’ait pas voulu faire de véritable écologie en agronomie, c’est-à-dire une science globale étudiant simultanément les différents acteurs de l’écosystème.

Il explique qu’on n’est même pas capable de mesurer correctement, dans une prairie non traitée, la production végétale, son renouvellement, ou les cycles du carbone et de l’azote. Pour lui, cela révèle un défaut général de la recherche agronomique : on a préféré des approches fragmentées à l’étude d’ensemble des écosystèmes.

Il affirme que ce refus de l’écologie est toujours actuel, et qu’on ne veut même pas en entendre parler.

Des praticiens rétablissent les choses sur le terrain

Depuis la sortie de son livre, Marcel Bouché dit avoir beaucoup appris au contact de praticiens. Il évoque des agriculteurs, horticulteurs ou maraîchers qui, parfois avec des moyens simples, rétablissent les conditions d’une vie du sol active.

Selon lui, ces praticiens ne travaillent pas au pif : leurs démarches sont souvent bien raisonnées et fondées sur l’observation.

Le rôle des plantes non récoltées

Une première voie consiste à maintenir des plantes dans le système, y compris des plantes qu’on ne récoltera pas, mais qui servent à enrichir le sol. Il cite par exemple des systèmes avec luzerne, en rappelant que cette plante fixe l’azote et améliore le sol.

Au moment voulu, on détruit ou arrache cette luzerne, puis on sème du blé. Il précise qu’il faut alors utiliser des variétés rustiques. Ces blés donnent moins que les variétés les plus productivistes, mais restent capables de produire environ 60 quintaux à l’hectare, ce qu’il juge déjà très correct. En contrepartie, ils ont d’autres qualités, notamment pour la panification, qui leur donnent une meilleure valeur commerciale.

La baisse apparente de rendement est donc compensée par une augmentation de qualité.

Les adventices comme complément fonctionnel

Dans ces systèmes, il n’y a pas d’herbicides. Des mauvaises herbes, ou adventices pour le botaniste, subsistent. Marcel Bouché explique qu’elles ont des géométries de feuillage différentes de celles de la culture principale. Elles captent donc de l’énergie solaire de manière complémentaire.

Dans un blé, par exemple, ces plantes complètent la forme très érigée de la culture. Ainsi, l’ensemble du système intercepte davantage d’énergie, produit davantage de biomasse et nourrit mieux le sol.

Il insiste sur le fait qu’il existe des tas d’astuces de ce genre.

Le BRF comme moyen de relancer un sol massacré

Marcel Bouché évoque ensuite le cas des sols complètement massacrés, notamment dans le maraîchage et l’horticulture. Il cite ici François Mulet, qu’il présente comme quelqu’un qui lui a appris beaucoup sur ce point.

Selon lui, lorsque les sols sont très dégradés, certains praticiens achètent ou récupèrent ces sols abîmés et y mettent du BRF (bois raméal fragmenté).

Les avantages du BRF

Le principal avantage du BRF, dans ce contexte, est qu’il recrée une structure que les vers de terre ne font plus, puisqu’ils ont été éliminés. Il apporte également de la matière organique, qui nourrit les éventuels vers survivants.

Marcel Bouché décrit alors un processus de relais :

  • au départ, le BRF recrée une structure physique ;
  • il apporte de la matière organique ;
  • les vers de terre survivants trouvent de quoi se nourrir ;
  • en environ trois ans, la population de vers de terre se rétablit ;
  • les vers reprennent alors le relais du BRF.

Le bois, en effet, commence ensuite à pourrir et ne structure plus durablement le sol. Mais les vers de terre, eux, prennent le relais et reconstruisent la structure du sol par leur propre activité.

Pour Marcel Bouché, c’est un exemple très clair de technique agricole émergente issue d’agriculteurs et d’horticulteurs bons observateurs.

Comment rétablir les vers de terre

L’entretien revient ensuite sur les moyens de favoriser le retour des vers de terre.

Marcel Bouché résume plusieurs leviers :

  • maintenir des couverts végétaux ;
  • réduire fortement, voire supprimer, le travail du sol ;
  • nourrir le sol avec davantage de matière organique ;
  • parfois employer des apports importants de BRF sur des sols très dégradés.

Il insiste sur l’idée qu’il existe tout un ensemble de praticiens qui s’occupent aujourd’hui de sols vivants et leur redonnent vie. Dans ces situations, les vers de terre reprennent leur rôle.

Faut-il inoculer les sols avec des vers de terre ?

La question est ensuite posée de l’inoculation volontaire de vers de terre dans les sols.

Marcel Bouché répond avec prudence. Il prend l’exemple de la Nouvelle-Zélande, mais avertit immédiatement qu’il faut se méfier des extrapolations et éviter de jouer aux apprentis sorciers.

Le cas particulier de la Nouvelle-Zélande

Il rappelle que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et une partie de l’Asie du Sud-Est ont, du point de vue de l’évolution des vers de terre, des faunes très différentes de celles de l’Europe. On y trouve surtout des vers de terre qu’il juge peu efficaces pour le labour biologique, car leur organisation anatomique ne leur donne pas les mêmes aptitudes que les espèces européennes les plus performantes.

En Nouvelle-Zélande, lorsque les forêts originelles ont été détruites pour faire place à de grands élevages ovins extensifs, les vers de terre indigènes ont presque entièrement disparu des pâtures transformées.

Il raconte alors l’histoire d’un fermier, M. Ashmore, qui aurait observé, dans une pelouse pauvre ressemblant à un paillasson, une tache plus verte. En examinant le sol, il découvre qu’il contient des vers de terre. Il transporte alors des mottes de terre contenant ces vers un peu plus loin. L’année suivante, l’herbe devient plus verte à cet endroit. Peu à peu, il étend l’expérience.

Plus tard, des techniciens agricoles s’y intéressent. Les Néo-Zélandais développent même des machines capables de prélever des mottes et de les redistribuer dans les pâtures. Ils constatent que cela fonctionne encore mieux avec un chaulage préalable.

Le rôle du chaulage

Le chaulage sert ici à remonter le pH de surface, devenu trop acide à cause de l’accumulation de matière organique en surface dans des pâtures sans vers de terre. Cette acidité freine l’installation des vers.

Avec le chaulage, les vers s’installent mieux, et les effets sur la production végétale sont spectaculaires : Marcel Bouché cite des augmentations observées de 120 à 130 %, puis une stabilisation autour de 100 % de plus, c’est-à-dire un doublement de la production.

Pourquoi ce n’est pas forcément nécessaire en France

Malgré cet exemple impressionnant, Marcel Bouché estime qu’en France il n’est pas forcément utile d’introduire artificiellement des vers de terre, car nous avons déjà les espèces efficaces. Si elles ont disparu localement, c’est surtout parce qu’on les massacre.

Il vaut donc mieux rétablir les conditions favorables à leur retour. D’après François Mulet, qu’il cite, les vers reviennent toujours si les conditions sont recréées. Cela signifie qu’il en reste quelque part, et qu’ils peuvent recoloniser les parcelles.

L’idée centrale est donc la suivante : plutôt que d’introduire des vers, il faut cesser de les détruire et recréer leur milieu.

Un cercle vertueux de fertilité

Marcel Bouché décrit alors un cercle vertueux :

  • on cesse de massacrer les vers de terre ;
  • on recrée la fertilité naturelle du sol ;
  • les productions végétales augmentent ;
  • cela fournit davantage d’alimentation au sol ;
  • les vers de terre se développent à nouveau ;
  • les conditions deviennent encore meilleures pour les plantes.

Pour lui, c’est cela, tout simplement, créer de la fertilité.

Il en tire une conclusion pratique : il faut éviter de bousculer le sol inutilement, notamment en dépensant du gazole dans des travaux du sol devenus superflus. Il ne s’agit pas de tout interdire dogmatiquement, car certaines interventions mécaniques restent utiles, notamment pour récolter, mais le travail du sol systématique n’est plus nécessaire.

Selon lui, le travail du sol, en France, a toujours été en partie fait naturellement par les vers de terre.

Charrue ou chimie : qu’est-ce qui est le plus grave ?

À la question de savoir ce qui est le plus grave entre la charrue et la chimie, Marcel Bouché répond que la question est un peu absurde : les deux sont graves.

Il estime néanmoins qu’on peut à peu près se passer de la charrue et des travaux mécaniques lourds, sauf interventions minimales.

Concernant la chimie, il critique l’usage vague de ce mot. Il rappelle qu’un chaulage est aussi, d’une certaine manière, une intervention chimique, mais qu’elle peut être utile. Il souligne aussi que l’agriculture biologique utilise parfois du sulfate de cuivre, notamment avec la bouillie bordelaise, alors même que le cuivre n’est pas sans effets toxiques sur les sols.

Son propos n’est donc pas de condamner toute substance par principe, mais de dénoncer l’absence d’évaluation agronomique sérieuse au champ. Pour lui, les produits de synthèse comme les produits admis en bio devraient être évalués rigoureusement dans les conditions réelles d’usage.

Une critique radicale de la recherche agronomique

Une grande partie de l’intervention porte sur la critique de la recherche agronomique officielle, et notamment de l’INRA, où Marcel Bouché a fait toute sa carrière.

Une absence de méthode d’observation du réel

Il reproche à cette recherche de ne pas observer réellement les champs, les forêts, les prairies, c’est-à-dire les objets mêmes qu’elle prétend étudier. À ses yeux, on préfère les modèles, les schémas sur ordinateur, les publications rapides, plutôt que la mise au point de méthodes rigoureuses pour observer le terrain.

Il prend son propre exemple : développer des techniques pour extraire les vers de terre du sol, les compter, les marquer à l’azote 15, puis les relâcher dans un sol non perturbé, est un travail long, difficile et peu rentable en termes de carrière. Pourtant, c’est cela qui permet de comprendre réellement leur rôle.

Publier n’importe quoi

Marcel Bouché dénonce aussi un système où le chercheur est condamné à publier vite et beaucoup. Il cite la formule anglaise publish or perish. Selon lui, cette logique conduit à produire des articles courts, sur de très petites surfaces, sans rigueur scientifique suffisante, simplement pour faire carrière.

Il affirme que beaucoup de publications actuelles seraient, selon ses propres critères, refusables pour défaut de rigueur scientifique.

Ce qu’il faudrait enseigner

Interrogé sur ce qu’il faudrait transmettre à de jeunes agronomes, Marcel Bouché répond qu’il faudrait d’abord leur apprendre la méthode scientifique elle-même, ce qui, selon lui, n’est jamais réellement fait.

Il énumère plusieurs exigences fondamentales :

  • observer la réalité ;
  • décrire précisément les techniques d’observation ;
  • gérer les connaissances acquises sans les déformer ;
  • employer un vocabulaire rigoureux ;
  • proposer des interprétations réfutables ;
  • rendre accessibles à la critique toutes les sources et toutes les méthodes.

Pour lui, l’écologie est une science précise, et non un mot vague. Elle suppose l’étude simultanée des intervenants d’un écosystème. En agronomie, cela signifie regarder le fonctionnement réel d’un agroécosystème, notamment celui du sol vivant.

Le sol n’est pas un objet inerte

Marcel Bouché insiste sur ce point : on a trop longtemps décrit les sols comme des objets inertes, alors qu’un sol est, selon lui, la partie vivante de la géosphère.

Il ne nie pas l’existence d’une ossature physique du sol, mais il insiste sur le fait qu’il est traversé par des circulations multiples :

  • circulation de l’eau ;
  • circulation de l’air ;
  • activité des racines ;
  • déplacement des vers de terre ;
  • action des micro-organismes et des petits arthropodes.

Ne pas prendre en compte ces dimensions vivantes revient, selon lui, à manquer l’essentiel.

Une réforme simple en principe, immense en pratique

Marcel Bouché estime que la réforme à accomplir serait, en principe, d’une grande simplicité : il suffirait de respecter la méthode scientifique. Il résume cette méthode en trois exigences :

  • partir du réel observé ;
  • employer un vocabulaire maîtrisé ;
  • soumettre les résultats à la critique.

Mais il reconnaît aussi que cela impliquerait un changement de paradigme complet, car les cadres actuels ont été formés dans une logique qu’il juge anti-scientifique. Il pense donc qu’il faudrait un vaste effort de formation, de communication et de réorganisation des pratiques de recherche.

Une surprise : la réception de son livre

Enfin, Marcel Bouché revient sur la réception de son livre Les vers de terre. Il explique que sa publication a été pour lui une surprise extraordinaire, car des lecteurs lui écrivent encore pour lui dire qu’ils l’ont lu lentement, parfois une page par jour, tant il est dense.

Ce qui le frappe, c’est que les lecteurs s’intéressent à des chapitres différents selon leurs propres compétences. Il dit attendre les critiques constructives, notamment sur la terminologie, et donne l’exemple d’une correction qu’on lui avait faite autrefois sur l’usage du mot flux, qu’il a remplacé par débit après vérification dans le dictionnaire.

Cela illustre, à ses yeux, ce qu’est la vraie démarche scientifique : accepter la critique, corriger son vocabulaire, et améliorer sans cesse la précision des observations et des concepts.

Idée principale de l’extrait

Dans cet entretien, Marcel Bouché défend une idée simple et forte : les vers de terre ne sont pas un détail du sol, ils sont un élément central de sa fertilité. Leur disparition résulte des pratiques agricoles modernes : pesticides, travail du sol, sols nus, destruction de la diversité végétale. Leur retour suppose de recréer les conditions de leur vie : matière organique, couverture végétale, réduction des perturbations, rétablissement de la structure du sol, parfois avec l’aide du BRF.

Au-delà du cas des vers de terre, il développe une critique plus large de l’agronomie moderne, qu’il accuse d’avoir abandonné l’observation du réel au profit d’un discours technique ou scientifique déconnecté du terrain.