Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Ferme de Démonstration - 7/7
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7/7 - Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Ferme de Démonstration
Septième et dernier volet d'une formation en sept parties sur le thème du poulet de chair et de l'oeuf agroforestier. Formation présentée par Alain CANET, directeur d'Arbres et Paysages 32, président de l'AFAF (Association Française d'Agroforesterie).
Réalisée en partenariat avec Gaia Consulting/Caroline HEBERT.
Une ferme de démonstration dans des conditions difficiles
L’idée, ici, est de faire une ferme de démonstration : tout ce qui est dit, il faut le faire. Le choix a été fait de travailler dans des conditions parmi les plus difficiles. Le principe est simple : si cela réussit ici, alors cela pourra réussir ailleurs.
C’est présenté comme un défi volontaire : prendre le plus dur, de façon à ce que, pour les techniciens comme pour les agriculteurs, le reste paraisse ensuite plus simple.
Dans cette logique, le site est pensé comme un lieu de diversification. Plusieurs pistes sont évoquées :
- du maraîchage agroforestier ;
- une réflexion sur l’alimentation des 800 personnes qui travaillent sur le site ;
- la mise en place d’une cantine, avec une organisation coopérative et mutualisée ;
- l’installation possible d’un élevage de poules pondeuses sur ces parcelles difficiles.
L’objectif est d’installer une structure opérationnelle capable de créer des microclimats, de réinjecter de la nourriture, du bon sens, et surtout du carbone dans les sols. Il est question d’y produire des cultures, et peut-être aussi de l’élevage.
Observer la plantation sur une ligne intérieure
Pour regarder la plantation, Alain Canet précise qu’il faut observer une ligne intérieure, ici la ligne numéro 2, et non une bordure. Une ligne de bordure ne réagit pas tout à fait de la même façon.
Sur cette ligne, plusieurs éléments sont visibles :
- du bois broyé au pied de l’arbre ;
- des passages de lapins ;
- un piquet bien enfoncé ;
- une attache correcte, sans fil de fer ;
- une protection climatique normalisée agroforestière.
Même si le lapin est passé, l’arbre observé est en pleine forme.
La protection agroforestière réutilisable
Alain Canet insiste sur la qualité de la protection utilisée. Elle a été conçue avec des collègues et des fabricants à partir de plastique recyclé. Le raisonnement est le suivant : puisqu’il y a déjà du plastique partout, autant le recycler dans un matériau très solide.
Mais surtout, le choix n’a pas été de faire seulement un objet « recyclable » ; le choix a été de faire un objet « réutilisable ». La nuance est importante :
- un matériau recyclable doit repasser dans une chaîne industrielle ;
- un matériau réutilisable peut resservir directement.
Un système d’agrafes et de clips a donc été inventé. Lorsque l’arbre, au bout d’une dizaine d’années, n’a plus besoin de protection, celle-ci est découpée puis reconfigurée avec quatre clips pour être réutilisée sur l’arbre suivant. Comme le matériau est présenté comme indestructible, cela permettrait de servir sur cinq, six, sept ou huit générations.
Cette protection empêche :
- les chevreuils d’attaquer l’arbre ;
- les lapins de le toucher ;
- les dégâts directs sur le tronc.
Dans les zones où des cerfs sont présents, il est prévu d’utiliser des protections plus hautes, afin qu’un animal puisse éventuellement manger une feuille, mais sans jamais atteindre le tronc.
Le bois raméal fragmenté et la boucle de fertilité
Au pied des arbres, Alain Canet montre l’importance du bois raméal fragmenté (BRF). Il parle ici d’un apport de l’ordre de 100 litres par arbre.
Ce BRF joue plusieurs rôles :
- apport de matière organique ;
- maintien de la fraîcheur ;
- limitation de la concurrence herbacée ;
- activation biologique du sol.
En mettant la main sous le BRF, il montre qu’on sent nettement plus de fraîcheur que sur le sol nu ou travaillé à côté. Il souligne aussi la présence de « pourriture blanche », signe d’une activité fongique importante.
Pour lui, c’est là le premier activateur : le BRF amène les champignons, la vie, et permet la dégradation de la lignine pour fabriquer de l’humus et de la matière organique. Il explique qu’il n’est pas nécessaire de mycorhizer artificiellement les plants si l’on met en place les conditions nécessaires et suffisantes pour leur bon développement.
Il invite à sentir le sol : cela « sent le champignon », donc la vie. Sous le BRF, le sol retrouve des caractéristiques proches d’un contexte forestier :
- humidité ;
- couleur plus sombre ;
- activité biologique intense.
Il parle ici d’une véritable « boucle de fertilité » relancée.
Une plantation réussie sans arrosage
Les arbres présentés ont été plantés l’hiver précédent par des élèves de lycée agricole, accompagnés par l’équipe. Alain Canet revient sur la nécessité de bien encadrer ces chantiers :
- protection à la bonne hauteur ;
- bonne attache ;
- piquet correctement enfoncé.
Il explique qu’il vérifie lui-même la solidité du dispositif, en secouant piquets et protections. Si le piquet peut être arraché, il faut recommencer.
Le point important est que cet arbre n’a reçu que :
- une bonne plantation ;
- du BRF ;
- aucun apport d’eau après plantation.
Personne n’est revenu l’arroser. Or, il souligne qu’il n’a pas plu depuis longtemps, les orages étant passés à côté. Malgré cela, l’arbre pousse bien dans des conditions méditerranéennes très difficiles.
Il annonce qu’un contrôle sera fait l’hiver suivant avec les élèves pour compter les éventuels morts. Il y en aura sans doute quelques-uns, ce qui n’est pas considéré comme un problème majeur : on remplace alors les plants morts.
Le problème de la concurrence au pied des arbres
Un autre arbre montre ce qui se passe lorsqu’un outil est passé un peu trop près du paillage. Alain Canet insiste sur un point : en première année, le paillage est impératif.
Même s’il peut y avoir quelques chardons ou un peu de [[folle avoine]], cela reste négligeable. En revanche, si l’on n’a pas de paillage, une grosse touffe d’herbe au pied de l’arbre pénalise fortement le plant, notamment parce qu’elle prélève les premières gouttes d’eau.
Il critique à ce sujet certaines approches mécaniques. Il rapporte qu’à Innov-Agri, lors d’une conférence sur l’agroforesterie, un intervenant expliquait passer avec un outil au plus près des arbres pour couper les racines superficielles et obliger l’arbre à aller chercher plus profond. Alain Canet marque son désaccord. Pour lui, la bonne logique est d’installer des plantes au pied des arbres, pas d’entrer d’abord dans une logique de génie mécanique.
Selon lui :
- la vraie façon de faire du « cernage racinaire », c’est de mettre une plante qui occupe le sol ;
- couper mécaniquement les racines ne fait que provoquer une remontée rapide ;
- l’entrée première doit être la symbiose entre plantes.
Il insiste donc sur l’importance de garder le paillage et de ne pas intervenir trop près en première année.
L’eau, l’érosion et la place du végétal
Une partie des échanges porte sur l’orientation des lignes d’arbres, la pente, l’eau et l’érosion. Alain Canet reconnaît que les lignes sont à peu près sur la courbe de niveau, mais aussi et surtout organisées pour permettre le passage des outils agricoles. L’aménagement doit rester compatible avec le travail des tracteurs.
Il précise que, selon lui, on n’arrêtera pas l’érosion seulement avec des lignes d’arbres. Pour stopper l’érosion, il faut :
- des couverts végétaux ;
- de la biomasse ;
- du carbone ;
- des lignes d’arbres.
Il relativise fortement les approches fondées sur le génie civil ou les aménagements hydrauliques complexes. Les systèmes de canaux, contre-pentes et dispositifs de « design » pour orienter les flux d’eau l’intéressent peu. Son point de vue est clairement formulé : l’eau ne doit pas être d’abord canalisée par des systèmes hydrauliques, mais régulée par une activité mycorhizienne et microbienne intense dans les sols.
Il revendique ici une approche de forestier et d’agroforestier :
- faire des choses peu coûteuses ;
- reproductibles à grande échelle ;
- qui perturbent peu les équilibres.
Selon lui, c’est l’activité biologique des sols qui permettra, à terme, aux plantes d’aller chercher des éléments nutritifs plus bas et de mieux gérer l’eau. Le reste relève du génie civil, qu’il ne considère pas comme prioritaire dans cette démarche.
Il cite des exemples observés dans des contextes très difficiles, notamment au Maroc, où l’on voit des arbres très développés, des cultures et de la prairie, sans qu’il y ait eu besoin de pseudo-systèmes compliqués de redirection des flux.
Sur cette parcelle précise, il estime qu’au moins 30 % de l’eau part en ruissellement. L’enjeu est donc de faire de la réserve en eau dans les sols.
Le rôle des protections pour les oiseaux
En montant sur la ligne numéro 3, Alain Canet montre que les protections sont déjà pleines de fientes d’oiseaux : les oiseaux viennent donc s’y poser.
Cela a un intérêt supplémentaire. Les protections servent aussi de perchoirs. Or un oiseau un peu lourd peut casser un jeune arbre s’il se pose directement dessus. La protection évite donc ce type de dégât.
Dans certaines parcelles, des perchoirs sont même installés exprès pour attirer buses et rapaces à proximité, car avec la vie qui revient, il y aura aussi des mulots et d’autres proies. Le retour des oiseaux est donc souhaitable, même s’il faut parfois en limiter les effets sur les jeunes plants.
Exemple d’un érable champêtre
Sur la ligne 3, Alain Canet présente un érable champêtre, avec toujours ses 100 litres de BRF au pied. L’arbre est en pleine forme. Il invite à observer :
- sa masse foliaire ;
- sa couleur ;
- sa dynamique de pousse.
Il compare visuellement l’arbre planté avec un schéma ou un échantillon de système racinaire pour expliquer à quel point l’arrachage d’un jeune arbre sauvage est difficile. Il raconte qu’il lui a fallu presque une journée pour extraire un jeune arbre avec ses racines, et encore sans tout récupérer.
Son propos est le suivant : arracher un jeune arbre au bord d’un bois ou d’une haie pour le replanter dans un champ revient presque à détruire les quatre cinquièmes de son système racinaire. C’est pour cela qu’on passe par la pépinière, avec des pratiques de cernage, afin d’obtenir des systèmes racinaires plus compacts, plus touffus, et donc gérables à la plantation.
L’état de cet érable prouve, selon lui, que l’arbre est « sauvé à jamais » : il n’y aura plus besoin d’y revenir.
Pourquoi avoir choisi l’érable champêtre
L’érable champêtre a été choisi parce qu’il est parfaitement dans sa station. Alain Canet signale qu’on en voit déjà dans le paysage alentour, notamment dans le bouquet d’arbres visible plus haut. Il s’agit ici d’une génétique locale sélectionnée.
Il décrit cette essence comme très plastique, capable de pousser :
- sur les coteaux les plus secs et arides ;
- en bord de rivière.
Dans le contexte du site, il fait partie des trois ou quatre essences sur lesquelles on est sûr de pouvoir compter. Peut-être qu’un jour, entre deux arbres, un pêcher ou un prunier pourra être ajouté, mais pour l’instant cela reste risqué pour faire du fruit dans ces conditions.
L’idée est donc de mettre d’abord en place une structure de base. Plus tard, en fonction de l’évolution du système, il pourra y avoir :
- des cultures ;
- des poules ;
- d’autres productions.
La densité évoquée est d’environ 40 à 45 arbres par hectare.
Travailler toute la ligne d’arbre
Dans ces conditions difficiles, Alain Canet explique qu’il est préférable de travailler toute la ligne d’arbre, sur environ deux mètres de large, plutôt que de ne préparer que le strict trou de plantation.
Cela permet :
- d’améliorer plus largement les conditions de reprise ;
- de semer une bande enherbée ou des plantes de couverture choisies ;
- de limiter les plantes indésirables ;
- de mieux matérialiser la ligne pour les travaux ultérieurs.
Il rappelle qu’aujourd’hui, même si l’on travaille avec des outils guidés au GPS, il faut rester très précis.
Orientation des lignes et lumière
La question de l’orientation des lignes est abordée. La règle générale en agroforesterie est plutôt de planter nord-sud, afin de mieux faire entrer la lumière dans la parcelle.
Mais ici, cette règle n’a pas été suivie strictement. Alain Canet explique pourquoi :
- la parcelle est exposée plein sud ;
- la lumière n’y manque pas ;
- au contraire, on cherche plutôt à en atténuer un peu les effets ;
- l’orientation choisie correspond aussi au passage des outils.
Il justifie donc cette implantation par les conditions locales et par les contraintes de travail.
Période de plantation et précautions
La période de plantation recommandée est l’hiver, globalement de décembre à février, avec éventuellement quelques adaptations selon les microclimats.
Il ne faut pas trop tarder, car :
- ensuite viennent parfois des mois d’avril très chauds ;
- il peut faire très chaud dès le mois de mai ;
- les plants n’ont alors pas encore eu le temps de bien s’installer.
Pour les plants à racines nues, il insiste sur une règle absolue : les racines doivent toujours être protégées. Une racine nue ne doit jamais rester deux heures en plein vent à sécher.
Il en tire une conclusion claire : pas de paillage insuffisant, pas de plantation trop tardive, sinon les reprises deviennent très difficiles.
Une parcelle à très faible potentiel
Alain Canet rappelle que cette plantation ne suit pas les règles standards de départ, précisément parce qu’elle s’inscrit dans un contexte exceptionnellement difficile. La parcelle est exposée, le potentiel est faible, et le déficit hydrique est très important.
Il indique qu’au moment de la visite, depuis le début de l’année, il n’est tombé qu’environ la moitié de l’eau habituelle, avec en plus des températures très élevées. Il a déjà vu sur ces parcelles des coulées de boue impressionnantes, presque tous les ans.
Pour lui, il était temps que ce type d’agriculture s’arrête et que l’on prenne le problème en main.
Il souligne aussi que, parmi les personnes autour de la table de travail — le lycée agricole, l’agriculteur, le propriétaire, leur équipe et d’autres — tout le monde n’était pas forcément convaincu d’agroforesterie au départ. Mais, au fil des discussions, l’arbre est apparu comme un bon moyen de participer à la transformation du site.
Des arbres conduits en têtard
Alain Canet précise que la plupart des arbres installés ici seront conduits en têtard. Le but est de ne pas laisser les arbres prendre durablement le peu de ressources et le peu d’eau disponibles sur la parcelle. À moyen terme, le système doit s’améliorer, mais au début il peut exister un peu de compétition, le temps que l’arbre s’installe.
La conduite en têtard permet donc de réduire au fur et à mesure le volume de bois.
Une haie spontanée et sa dynamique
En observant une haie présente sur le site, Alain Canet montre différents arbustes et arbres :
- cornouiller sanguin, reconnaissable à ses rameaux rouges ;
- cognassier ;
- viorne lantane ;
- beaucoup de frênes.
Il ne s’agit pas ici de formes parfaites, mais d’arbres qui ont le mérite d’exister, souvent gérés par des paysans, parfois non plantés mais simplement sélectionnés parmi la végétation spontanée.
Il décrit le fonctionnement de cette haie :
- d’abord les plantes pionnières, ici surtout le frêne, s’installent ;
- puis les oiseaux, le vent et d’autres mécanismes apportent d’autres espèces ;
- peu à peu viennent les chênes, les églantiers, les cornouillers, les viornes, les prunelliers, les aubépines.
Au départ, on peut avoir 95 % de frênes. Quelques années plus tard, d’autres espèces apparaissent, et au bout d’une douzaine d’années, on obtient un milieu plus diversifié, où le frêne domine encore un peu, mais où la structure s’est enrichie.
Selon lui, cette régulation se fait largement toute seule : les frênes se concurrencent entre eux, certains disparaissent, et l’ensemble s’équilibre sans qu’il soit nécessaire d’intervenir fortement.
La question du frêne et de la diversité
La question de la maladie du frêne est évoquée. Alain Canet indique qu’il semble que la maladie recule un peu, notamment là où il fait chaud, mais que le problème reste présent. Il élargit le propos en rappelant qu’on pourrait dire la même chose de l’orme : certaines essences restent suspendues à des problèmes sanitaires majeurs.
Cela renforce, selon lui, la nécessité absolue de ne jamais travailler avec une seule essence. La diversité est une sécurité.
Il distingue aussi le frêne oxyphylle du frêne commun :
- le frêne commun a des bourgeons noirs, un peu arrondis ;
- le frêne oxyphylle a des bourgeons marron, plus pointus.
Les deux peuvent d’ailleurs s’hybrider.
Des arbres existants, pas forcément du bois d’œuvre
Les arbres présents près du hangar ont subi diverses perturbations :
- coups de tracteur ;
- tailles tardives ;
- croissance libre dans les ronces, puis dégagement brutal.
Alain Canet précise qu’on n’est pas là dans une logique de production de bois d’œuvre. Ces arbres ont surtout l’intérêt d’exister et de commencer à protéger un peu du vent.
Dans ce contexte, il serait possible de les convertir en arbres têtards.
Pourquoi faire les têtards en hauteur
Il explique que les têtards ne sont pas faits à 1 mètre ou 2 mètres, mais plutôt à 6 ou 8 mètres selon les contextes. La hauteur est choisie pour plusieurs raisons :
- si la tête est trop basse, les branches gênent le maraîcher ;
- elles gênent aussi le tracteur ;
- elles sont mangées systématiquement par la vache ;
- il faut permettre à l’animal de manger les feuilles sans détériorer la branche ni le tronc.
La hauteur de la trogne dépend donc à la fois du système de production et de la présence animale. Il rappelle toutefois qu’il existe d’autres pratiques régionales, par exemple :
- dans le Marais poitevin, des trognes de frêne très basses ;
- au Pays basque, des trognes de frêne et de platane à 50 ou 60 cm.
Cela fonctionne aussi, mais dans d’autres contextes.
Fonctionnement de la trogne
Sur le principe, faire une trogne revient à conserver une partie de l’arbre au lieu de repartir de zéro comme dans un taillis. L’arbre garde des réserves dans sa tête, ce qui permet :
- une repousse rapide ;
- une bonne tenue mécanique ;
- le maintien d’une biodiversité spécifique dans la tête ;
- l’accueil d’auxiliaires et d’espèces associées.
Si une erreur de taille a été commise sur un frêne, Alain Canet conseille de supprimer maintenant les branches latérales pour forcer la structuration de la tête. Ensuite, la trogne s’autorégule : après la coupe, de nombreux rejets apparaissent, puis leur nombre diminue progressivement, jusqu’à ce que quelques brins dominants restent en place. À terme, plus rien ne pousse sur le tronc, et la tête se forme.
Une petite taille en hiver, dans de bonnes conditions, permet d’accompagner cette structuration.
Reprendre de vieilles trognes et garder des tire-sève
Le cas des vieilles trognes, non entretenues depuis très longtemps, est plus délicat. Certaines ont été abandonnées pendant 30 ans. Quand on les reprend, il vaut parfois mieux ne pas intervenir, mais parfois une taille peut aussi sauver l’arbre, notamment s’il risque de s’effondrer sous son propre poids.
Dans ces cas-là, il peut être utile d’avancer progressivement et de conserver des tire-sève. Ceux-ci permettent :
- de maintenir la circulation de sève dans la tête ;
- de ne pas tout arrêter brutalement ;
- de sécuriser l’arbre pendant la reconstitution de sa masse foliaire.
Le raisonnement est simple : si l’on ne laisse que trois ou quatre branches sur un arbre qui possédait auparavant une masse foliaire très importante, et que ces rares feuilles sont touchées par un parasite, l’arbre peut ne plus être capable de faire suffisamment de photosynthèse et dépérir.
Le tire-sève est donc une sécurité temporaire. Une fois que les bourgeons dormants sont bien repartis et que la nouvelle tête est structurée, il peut être supprimé.
Alain Canet remarque enfin que, selon les régions, le recours au tire-sève varie beaucoup. Dans certaines zones bocagères, tous les arbres en ont un ; dans d’autres, aucun. Il y voit souvent l’effet de traditions locales et de reproductions de gestes paysans, parfois pleinement justifiés, parfois moins.
Conclusion de la visite
Cette séquence montre une approche très concrète de l’agroforesterie en contexte difficile :
- choisir une parcelle compliquée pour en faire un lieu de démonstration ;
- installer des arbres adaptés à la station ;
- soigner plantation, protection et paillage ;
- miser sur le BRF, les champignons et la vie du sol ;
- chercher des systèmes sobres, peu coûteux et reproductibles ;
- travailler avec la dynamique végétale plutôt qu’avec des dispositifs lourds ;
- garder en tête la diversité des essences et la conduite future des arbres.
L’ensemble de la démonstration d’Alain Canet repose sur une idée centrale : pour faire tenir un système agricole dans des conditions extrêmes, il faut reconstruire des sols vivants, remettre de la structure arborée, et raisonner l’ensemble à l’échelle du paysage, des usages et du temps long.