50 ANS DE SEMIS DIRECT EN ARGENTINE, avec Roberto Pereitti

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Dans cette conférence, Roberto Pereitti revient sur 50 ans de semis direct en Argentine et montre comment cette approche a permis d’intensifier durablement la production. Face à la hausse de la population mondiale et à la baisse des surfaces disponibles par habitant, il critique les effets du travail du sol : érosion hydrique et éolienne, perte de carbone, dégradation de la structure. Il présente le semis direct comme un système complet fondé sur trois piliers : absence continue de travail du sol, couverture permanente du sol et rotations diversifiées. À partir d’exemples concrets issus de ses fermes en Argentine et en Uruguay, il illustre les bénéfices obtenus : meilleure infiltration de l’eau, plus forte activité biologique, sols plus poreux, rendements élevés et coûts de production réduits. Roberto Pereitti insiste enfin sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une recette universelle, mais de principes à adapter localement pour construire une agriculture productive, rentable et régénérative.

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Résumé
Dans cette conférence, Roberto Pereitti revient sur 50 ans de semis direct en Argentine et montre comment cette approche a permis d’intensifier durablement la production. Face à la hausse de la population mondiale et à la baisse des surfaces disponibles par habitant, il critique les effets du travail du sol : érosion hydrique et éolienne, perte de carbone, dégradation de la structure. Il présente le semis direct comme un système complet fondé sur trois piliers : absence continue de travail du sol, couverture permanente du sol et rotations diversifiées. À partir d’exemples concrets issus de ses fermes en Argentine et en Uruguay, il illustre les bénéfices obtenus : meilleure infiltration de l’eau, plus forte activité biologique, sols plus poreux, rendements élevés et coûts de production réduits. Roberto Pereitti insiste enfin sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une recette universelle, mais de principes à adapter localement pour construire une agriculture productive, rentable et régénérative.

Roberto Peiretti est un agriculteur de quatrième génération, la cinquième génération étant également engagée dans la ferme familiale. Celle-ci est située dans le centre de l’Argentine, où sont cultivés le maïs, le soja, le blé, l’orge, l’avoine, le sorgho et le tournesol sur une superficie de huit mille hectares.


Entre 25 % et 35 % de la ferme est conduite chaque année en double culture, ce qui permet également d’intégrer régulièrement des légumineuses et de l’avoine comme cultures de couverture.


Agronome de formation, Roberto est un leader des systèmes d’agriculture sans labour, tant sur sa propre exploitation qu’en tant que conseiller technique national et international.


Roberto Peiretti est bénévole en tant que membre du conseil d’administration du Réseau mondial des agriculteurs. Il est également membre fondateur de l’AAPRESID (Association argentine des agriculteurs en semis direct) et de la CAAPAS (Confédération américaine des associations agricoles en semis direct).


Roberto a été l’un des vingt-sept agriculteurs fondateurs de Bioceres, une entreprise de biotechnologie liée à l’agriculture. Il participe activement à l’Association mondiale pour la conservation des sols et de l’eau (WASWAC) et a reçu le Prix WASWAC Distinguished Extension Award 2016.




Introduction

Cette intervention de Roberto Pereitti, agriculteur en Argentine et en Uruguay, porte sur 50 ans de semis direct en Argentine. Il y présente le semis direct, ou plus largement l’agriculture de conservation, comme une voie permettant de concilier productivité, durabilité et rentabilité.

L’objectif de la présentation est de partager des concepts, des résultats de terrain et des retours d’expérience issus de plusieurs décennies de pratique, en restant ancré dans le monde réel de la production agricole, et non dans une simple approche théorique ou expérimentale.

Contexte global : produire davantage avec moins de sol disponible

Roberto Pereitti commence par replacer l’agriculture dans un contexte mondial.

Sur la période allant des années 1960 à aujourd’hui :

  • la production mondiale de céréales est passée d’environ 1 milliard de tonnes à près de 3 milliards de tonnes par an ;
  • la population mondiale est passée d’environ 3 milliards à plus de 8 milliards d’habitants ;
  • dans le même temps, la surface agricole disponible par habitant a fortement diminué, passant d’environ 0,45 hectare à près de 0,2 hectare par personne.

Il insiste sur un point essentiel : les sols se forment à l’échelle des temps géologiques, alors que les besoins alimentaires augmentent à l’échelle des temps humains. Cela impose de porter une attention extrême à leur préservation.

En résumé :

  • la production mondiale de céréales a été multipliée par environ 3,5 ;
  • la population a été multipliée par environ 2,6 ;
  • cette hausse de production s’explique surtout par l’augmentation des rendements, et beaucoup moins par l’extension des surfaces.

Selon lui :

  • environ 20 % de la hausse de production provient de l’augmentation des surfaces cultivées ;
  • environ 80 % provient de la hausse des rendements.

Les limites du travail du sol traditionnel

Roberto Pereitti rappelle que, depuis les débuts de l’agriculture il y a environ 10 000 ans, l’humanité a principalement cultivé les sols avec des systèmes fondés sur le travail du sol. Il reconnaît que cette agriculture a permis de nourrir l’humanité pendant des millénaires.

Cependant, il souligne que ce mode de gestion a aussi causé des dommages majeurs :

  • érosion hydrique,
  • érosion éolienne,
  • dégradation de la structure du sol,
  • perte de carbone,
  • dégradation globale de la fertilité et du fonctionnement des sols.

Selon lui, le travail du sol laisse la surface nue et vulnérable, ce qui favorise le ruissellement, le départ des particules, et donc l’érosion.

Il cite comme exemple marquant le Dust Bowl des années 1930 aux États-Unis, survenu dans les zones mises en culture avec labour, disques et herses. Pour lui, cet épisode a montré de façon spectaculaire qu’il fallait changer quelque chose.

Malgré cela, il constate qu’on a continué longtemps, y compris dans des pays développés, à pratiquer des techniques produisant les mêmes effets destructeurs. Sa conclusion est claire : on ne peut pas continuer à faire dans le futur ce qui a été fait dans le passé.

Le semis direct comme système agricole plus durable

Roberto Pereitti présente ensuite le semis direct comme un système agricole évolué, permettant de passer à un niveau supérieur de durabilité.

Il relie cette durabilité à trois grands axes :

  • l’axe écologique ;
  • l’axe économique ;
  • l’axe social.

Selon lui, le semis direct permet d’améliorer simultanément ces trois dimensions.

Il insiste aussi sur le fait que le semis direct n’est pas une simple technique isolée, mais un système complet, composé d’éléments en interaction.

Les trois piliers du système

Roberto Pereitti décrit trois piliers fondamentaux.

Absence continue de travail du sol

Le premier pilier est l’absence continue de perturbation mécanique du sol. Autrement dit, il s’agit d’éviter le travail du sol de façon durable.

Ce choix permet selon lui :

  • de protéger le sol contre l’érosion ;
  • de conserver le carbone dans le système ;
  • de favoriser une meilleure activité biologique ;
  • d’améliorer le fonctionnement global du sol.

Il oppose le travail mécanique du sol au travail biologique du sol. Dans son approche, les racines, les vers de terre, les insectes et l’ensemble de la vie du sol remplacent peu à peu les outils de travail du sol.

Il montre à ce sujet des photos de ses propres parcelles, conduites depuis plus de 40 ans selon ces principes, où il observe :

  • une structure plus stable ;
  • une forte porosité, notamment une macroporosité visible ;
  • un fonctionnement du sol amélioré.

Couverture permanente du sol

Le deuxième pilier est la couverture continue du sol par des résidus ou des plantes vivantes.

L’idée est de garder le sol couvert le plus possible et le plus longtemps possible, selon les conditions de chaque agrosystème.

Il illustre cela par des exemples de ses fermes, où le sol est protégé en permanence :

  • par les résidus de culture ;
  • par des cultures successives ;
  • par des couverts végétaux.

Il montre notamment un exemple qu’il dit ne pas être extrême dans son contexte : un couvert d’avoine semé à l’automne, dans lequel un soja est implanté au printemps. Le sol est alors totalement couvert, comme sous une couverture protectrice.

Pour lui, cette couverture n’est pas un désordre visuel mais une protection indispensable du sol.

Rotation et diversité des cultures

Le troisième pilier est la rotation des cultures et leur diversification.

Roberto Pereitti insiste fortement : rotation, rotation, rotation, diversité.

Il montre des paysages de ses fermes en Argentine et en Uruguay où l’on retrouve différentes cultures :

  • sorgho ;
  • soja ;
  • blé ;
  • maïs ;
  • tournesol ;
  • couverts de service.

Il considère cette diversité comme essentielle au bon fonctionnement du système, notamment pour :

  • varier les architectures racinaires ;
  • stimuler la biologie du sol ;
  • améliorer la fertilité ;
  • réduire les risques agronomiques.

Des exemples concrets de cultures en semis direct

Roberto Pereitti insiste à plusieurs reprises sur le fait qu’il ne parle pas d’une hypothèse ni d’essais expérimentaux, mais de son activité agricole réelle, celle dont il vit.

Il présente plusieurs exemples :

  • maïs semé dans des résidus de soja ;
  • soja semé dans un couvert d’avoine ;
  • soja semé dans des chaumes de maïs ;
  • sorgho semé après soja ;
  • tournesol intégré dans la rotation.

Il souligne la qualité du travail des semoirs dans les résidus et la bonne implantation des cultures.

Concernant les rendements évoqués :

  • pour le maïs, il indique que des niveaux de l’ordre de 15 t/ha peuvent être atteints dans certains cas ;
  • pour le soja, il mentionne des situations allant jusqu’à près de 6 t/ha, même si ce n’est pas la moyenne ;
  • il considère qu’un niveau d’environ 4 à 4,5 t/ha en zone centrale peut être courant lorsque les choses sont bien faites ;
  • pour le tournesol, il évoque autour de 3 t/ha dans la zone centrale.

Il rappelle que ces chiffres dépendent des zones, des années et des parcelles.

Au cours de la présentation, il mentionne aussi le rôle de son épouse, qu’il décrit comme un pilier dans la construction de ce modèle agricole et dans les nombreux voyages qu’il a effectués pour présenter cette expérience dans le monde.

L’eau : un gain majeur du système

Pour Roberto Pereitti, l’un des grands avantages du semis direct est l’amélioration de l’efficience de l’eau.

Le système agit selon lui à plusieurs niveaux :

  • meilleure infiltration des pluies ;
  • meilleure capture de l’eau ;
  • réduction de l’évaporation directe depuis la surface du sol ;
  • plus grande disponibilité en eau pour les cultures.

Il montre un exemple comparatif entre une parcelle gérée en semis direct et une autre travaillée, au voisinage de sa ferme :

  • en hiver, on observe déjà une différence entre les deux systèmes ;
  • en été sec, la parcelle travaillée est détruite par la sécheresse ;
  • la parcelle en semis direct permet encore une récolte d’environ 2 t/ha.

Pour lui, ce type de résultat illustre très concrètement l’intérêt du système dans les conditions de stress hydrique.

Le rôle des biotechnologies dans le système

Roberto Pereitti aborde aussi la question des biotechnologies, en particulier du maïs Bt. Il précise qu’il sait que ce sujet est plus sensible en Europe, mais souhaite montrer son raisonnement à l’échelle du système.

Il présente un exemple sur sa ferme en Uruguay :

  • même hybride de maïs ;
  • une version Bt ;
  • une version non-Bt.

Sans insecticide sur aucune des deux parties, il observe :

  • de très forts dégâts de foreurs sur le maïs non-Bt ;
  • pratiquement pas de dégâts sur le maïs Bt.

Il montre aussi des épis comparatifs très contrastés.

Son message est que, dans un système raisonné globalement, les différents leviers — qualité du sol, eau, biologie, génétique, biotechnologies — peuvent agir de manière synergique pour améliorer l’efficience de la production.

L’adoption massive du semis direct en Argentine et en Amérique du Sud

Roberto Pereitti rappelle que l’Argentine a connu une adoption très importante du semis direct.

Il indique qu’en Argentine :

  • environ 93 % des surfaces en grandes cultures sont conduites selon les principes du semis direct.

Il précise que des dynamiques comparables existent au :

  • Brésil ;
  • Paraguay ;
  • Uruguay.

À l’échelle de ces quatre pays, il évoque un total de l’ordre de 200 millions d’hectares conduits sous ces principes.

Selon lui, cette évolution, combinée à d’autres progrès techniques comme :

  • les OGM ;
  • l’amélioration de la fertilisation ;
  • l’amélioration générale des stratégies culturales,

a profondément transformé la productivité agricole dans la région.

Une expérience reconnue à l’international

Roberto Pereitti explique qu’il a été invité personnellement à intervenir dans environ 40 pays à plus de 80 reprises, au nom notamment de l’association argentine des producteurs en semis direct.

Il présente cette diffusion internationale comme la conséquence directe des résultats observés sur le terrain dans son pays et dans la région.

Il cite plusieurs rencontres marquantes :

  • une discussion avec le prix Nobel de la paix Norman Borlaug ;
  • des échanges en Afrique du Sud avec Anthony Murehead, agriculteur pionnier du semis direct dans ce pays ;
  • une invitation au St James’s Palace par le prince Charles en 2001 ;
  • un intérêt manifesté par la reine des Pays-Bas pour les réalisations argentines en semis direct.

Pour lui, ces échanges montrent que les résultats obtenus en Amérique du Sud ont suscité l’intérêt de nombreux agriculteurs, responsables et institutions dans le monde.

Le sol comme capital principal

Vers la fin de son exposé, Roberto Pereitti formule une idée centrale : le sol est son plus grand capital.

En montrant dans sa main un sol issu de ses parcelles conduites depuis environ 45 ans en semis direct, il dit y voir :

  • un système complexe en fonctionnement ;
  • beaucoup de carbone stocké ;
  • une fonctionnalité du sol améliorée.

Cette vision résume selon lui l’essentiel de ce que lui a appris sa trajectoire agricole.

Productivité, rentabilité et intensification durable

Pour Roberto Pereitti, le semis direct permet de viser en même temps :

  • une productivité plus élevée ;
  • une production totale accrue ;
  • une intensification rentable ;
  • une intensification durable.

Mais il précise que cela ne constitue pas une ligne d’arrivée. Ce n’est pas une course terminée ; c’est au contraire une route à poursuivre pour continuer à améliorer l’agriculture dans le futur.

Au-delà de la durabilité : la régénération

Roberto Pereitti explique que le semis direct permet non seulement d’éviter de nouveaux dégâts, mais aussi de réparer une partie des dommages causés auparavant par le travail du sol et la mauvaise gestion.

Il relie cela à ce que certains appellent aujourd’hui l’agriculture régénérative. Pour sa part, il estime être déjà dans cette logique, et même dans un stade au-delà de la durabilité, puisque ses sols s’améliorent effectivement.

Pour l’illustrer, il montre le cas d’une parcelle proche de sa ferme qui souffrait d’une forte érosion. Après son accompagnement et la mise en place du semis direct, les zones dégradées sont redevenues productives. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un miracle, mais du retour progressif du sol à la vie et à la fonctionnalité.

Un système valable pour petites et grandes exploitations

Roberto Pereitti réfute l’idée selon laquelle le semis direct ne serait adapté qu’aux grandes structures mécanisées.

Il affirme que les trois piliers du système s’appliquent :

  • aux petites exploitations ;
  • aux exploitations intermédiaires ;
  • aux grandes exploitations.

Il montre à ce sujet des exemples sud-américains allant de moins d’un hectare à plusieurs milliers d’hectares.

Selon lui, si les principes sont correctement adaptés, le système peut fonctionner indépendamment de la taille de la ferme et du niveau de technification.

Questions-réponses

La compaction du sol

Interrogé sur la compaction dans un système sans travail du sol, Roberto Pereitti répond qu’après presque 50 ans de conduite de certaines parcelles en semis direct, il n’a jamais eu besoin de les labourer à nouveau.

Sa réponse repose sur plusieurs idées :

  • il utilise intensivement le travail biologique du sol ;
  • les racines, les vers, les insectes et la biologie remplacent en grande partie le travail mécanique ;
  • la rotation des cultures apporte des systèmes racinaires différents, y compris des enracinements profonds ;
  • à l’échelle de l’expérience sud-américaine, sur des millions d’hectares, la compaction n’a pas été jusqu’ici un problème majeur selon lui.

Il reconnaît que certains chercheurs mesurent parfois des différences de densité apparente dans certaines couches. Il ne nie pas ces observations, mais il souligne que :

  • ses rendements continuent à augmenter ;
  • la variabilité interannuelle diminue ;
  • dans son cas, le système fonctionne sans qu’il ressente le besoin de retravailler mécaniquement le sol.

Il ajoute néanmoins qu’il ne prétend pas prédire l’avenir, et que si un problème apparaissait un jour, il ne s’interdirait pas forcément toute intervention mécanique. Mais jusqu’à présent, il n’en a pas eu besoin.

Localisation de son exploitation

À la question de savoir où se trouvent ses fermes, il répond qu’il est situé dans la partie orientale de la province de Córdoba, dans la zone centrale de l’Argentine, au sein des pampas humides ou subhumides.

Il décrit ces sols comme des Mollisols noirs, de bonne qualité.

Il précise cependant que l’expérience du semis direct en Argentine dépasse largement son seul cas personnel, avec une grande diversité de sols et de contextes agricoles dans le pays, ainsi qu’au Brésil, en Uruguay et au Paraguay.

Rentabilité et coûts de production

Sur la question de la rentabilité, Roberto Pereitti répond que le semis direct a été une forme de salut ou de système de sauvetage pour leur agriculture.

Il explique que, par rapport à l’agriculture traditionnelle avec travail du sol :

  • les coûts par tonne sont beaucoup plus bas ;
  • le temps de travail opérationnel est fortement réduit ;
  • la consommation de carburant est fortement réduite ;
  • les besoins en main-d’œuvre sont réduits ;
  • le nombre d’heures de tracteur diminue fortement ;
  • l’investissement en matériel est plus faible.

Selon lui, il faut essentiellement :

  • un bon tracteur ;
  • un bon semoir ;
  • un pulvérisateur fiable ;
  • et bien sûr une moissonneuse-batteuse, qui peut être possédée ou faire l’objet d’une prestation.

Il précise que le temps de travail pour conduire une culture jusqu’à la récolte est réduit d’environ cinq fois par rapport à un système traditionnel travaillé.

Il note aussi que l’usure du matériel est beaucoup plus faible. Il cite l’exemple de tracteurs de dix ans n’ayant accumulé qu’environ 2 200 à 2 500 heures.

Concernant les ordres de grandeur donnés durant l’échange :

  • pour le maïs, il évoque un coût de production autour de 120 $/t dans un cas moyen, pour un prix de vente autour de 180 $/t, avec de fortes variations possibles selon les rendements, la localisation et les loyers ;
  • il mentionne une plage pouvant aller approximativement de 90 à 140-150 $/t selon les situations ;
  • pour le soja, il évoque un coût situé approximativement entre 180 et 220 $/t', pour un prix de vente autour de 300 $/t ;
  • pour le 'blé, il indique des coûts du même ordre de grandeur, voire légèrement supérieurs à ceux du maïs selon les zones, avec de fortes variations liées au potentiel de rendement.

Il rappelle que ces chiffres varient beaucoup selon :

  • le rendement obtenu ;
  • la distance au port ;
  • le coût du foncier ou du fermage ;
  • la stratégie d’intrants ;
  • la zone de production.

Il souligne aussi un point important : en Argentine, les agriculteurs ne bénéficient pas de subventions comparables à celles de certains autres pays, et sont au contraire soumis à des taxes à l’exportation qui diminuent le prix effectivement perçu.

Conseils pour ceux qui veulent se lancer

En conclusion pratique, Roberto Pereitti recommande à ceux qui souhaitent adopter le semis direct ou l’agriculture de conservation de procéder avec prudence.

Ses conseils sont les suivants :

  • ne pas commencer sur de grandes surfaces ;
  • tester sur de petites parcelles ;
  • observer ;
  • ajuster le système ;
  • apprendre progressivement.

Il insiste fortement sur le fait qu’il n’existe pas de recette universelle. Selon lui, on peut transmettre des principes généraux, mais pas un mode d’emploi valable partout.

L’adaptation doit se faire selon :

  • les conditions agronomiques locales ;
  • les conditions économiques ;
  • les réalités sociales ;
  • les contextes agroécologiques.

En même temps, fort de ses voyages et de ses échanges dans de nombreux pays, il se dit convaincu que les principes du système peuvent fonctionner partout dans le monde, à condition d’être correctement adaptés aux réalités locales.

Conclusion

Pour Roberto Pereitti, si l’agriculture parvient à fournir suffisamment de nourriture à toute l’humanité de façon durable, alors elle pourra à la fois :

  • donner un sens plus fort au travail des agriculteurs ;
  • contribuer à une vie meilleure ;
  • construire un meilleur futur pour les enfants et les générations à venir.

Son message final est donc à la fois technique et moral : le semis direct n’est pas seulement une méthode de culture, c’est une manière de penser l’agriculture comme un système vivant, productif, rentable et responsable vis-à-vis du sol et de l’avenir.