Syntropie

De Triple Performance
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L’agriculture syntropique est une méthode agricole qui vise la régénération des écosystèmes tout en assurant une production durable. Cette méthode imite les dynamiques et structures des écosystèmes naturels (ex : les forêts) pour concevoir des agro-systèmes productifs. En pratique, cela se traduit par une plus grande biodiversité sur la parcelle et une complexité structurelle accrue.

La syntropie est donc le processus par lequel le vivant tend vers davantage d’organisation, de complexité et d’abondance, à l’inverse de l’entropie, qui consiste en la perte et la dégradation d’énergie dans un système.

  • Agriculture conventionnelle (entropie) : simplification des écosystèmes (monoculture), mécanisation, utilisation d’intrants
  • Agriculture syntropique : augmentation de la biomasse totale, de la diversité des espèces et de la complexité des interactions écologiques

Introduction aux principes fondamentaux

Trois principes fondamentaux guident la pratique d’agriculture syntropique : la Stratification, la Succession Écologique et la Gestion Dynamique.

La stratification

La stratification est un type d’organisation spatiale qui imite la structure des forêts naturelles. Le but est d’optimiser l’utilisation de la lumière et des ressources naturelles.

Tout comme pour les écosystèmes naturels, la stratification syntropique inclut les quatre niveaux de végétation :

  • la strate basse : les herbacées
  • la strate moyenne : arbustive et buissonnante
  • la strate haute : canopée
  • la strate émergente : les grands arbres

Dans le cas de l’agriculture syntropique, les strates ne sont pas uniquement basées sur la taille des végétaux mais surtout sur les besoins en lumière des espèces.

L'organisation de l'espace en fonction des besoins en lumière des espèces permet une optimisation de l'espace et de l'énergie solaire, ce qui conduit à une augmentation de la productivité globale.

Enfin, pour améliorer la stratification, les plantes sont placées avec une densité élevée, allant de 20 à 40 plantes, graines ou boutures d’espèces différentes par mètre carré. Cette pratique a pour but de maximiser la photosynthèse (chaque centimètre carré libre est considéré comme un “désert”), de créer un microclimat stable et humide et de renforcer les interactions positives entre les espèces (gestion des ravageurs et des maladies, amélioration de la fertilité des sols…).

La succession écologique

La succession écologique représente l’organisation temporelle par laquelle les communautés végétales évoluent dans le temps. En agriculture syntropique, on cherche à accélérer et à guider ce processus grâce à trois principes :

  • Consortiums de culture : planification des cultures en tenant compte de leur succession naturelle. Les consortiums ou associations de plantes combinent des espèces aux cycles différents mais complémentaires (annuelles, bisannuelles ou vivaces (pérennes)).
  • Trois phases de succession des écosystèmes :
  • phase placenta : les plantes pionnières à croissance rapide et à cycle court (légumes, herbes) créent un milieu favorable pour les espèces à croissance plus lente
  • phase secondaire : développement des espèces à croissance lente et cycle long (arbres fruitiers, bois d’oeuvre)
  • phase climax : installation définitive des plantes à croissance lente et durables
  • Planification dans le temps : l’agriculteur doit planifier l’évolution du système sur le long terme. Les espèces pérennes, comme les arbres fruitiers, sont plantées en même temps que les  espèces annuelles. Les pérennes ne seront pas rentables avant quelques années alors que les annuelles produiront dès la première année.

La gestion dynamique

La gestion de l’écosystème est un levier essentiel pour l’accélération de l’abondance du milieu. Cette “perturbation” humaine vise à imiter l’action des herbivores et des aléas naturels qui auraient eu un impact dans un système naturel.

Le “Saut du Chat” est un terme utilisé pour décrire l’accélération de la croissance des plantes suite à une perturbation, et cela grâce à un apport de biomasse et à la pénétration de la lumière, entraînant ainsi la multiplication des rendements. C’est donc ce que l’on recherche pour les systèmes en agriculture syntropique grâce à des pratiques agricoles comme la taille, l’élagage ou la coupe régulière des plantes.

La taille est l’outil majoritairement utilisé pour la gestion des systèmes en agriculture syntropique.

Cette technique permet une augmentation de la fertilité des sols. Les résidus de taille ne sont pas broyés et sont laissés sur place. C’est le principe du “chop and drop”. Elle aide également à stimuler la croissance des plantes et à accélérer la succession. En effet, la coupe des espèces en fin de cycles permet aux plantes des strates inférieures d’avoir un meilleur accès à la lumière.

La perturbation doit être exécutée de manière réfléchie. Idéalement, elle a lieu avant ou après une pluie (ou un arrosage) afin d’éviter un double stress pour les plantes.

Avantages et bénéfices

L’agriculture syntropique offre une multitude de bénéfices autant sur le plan écologique, que sur le plan économique.

Avantages environnementaux

Comme dit précédemment, l’agriculture syntropique se veut moteur de régénération des écosystèmes. L’impact positif des écosystèmes sur l’environnement touche quatre points.

Amélioration de la santé des sols.

C’est l’impact le plus remarquable de la syntropie. Cette amélioration est démontrée par :

  • Une accumulation de matière organique grâce aux pratiques clés que sont la couverture permanente et l’apport de biomasse par la taille des végétaux. Ainsi le sol s’enrichit en humus, ce qui améliore la structure du sol et sa capacité d'apporter des nutriments pour les plantes.
  • Une vitesse de régénération importante. Certains systèmes syntropiques peuvent accumuler jusqu’à 3 à 5 cm d’humus par an.
  • Une meilleure structure du sol. Il y n’y a pas ou peu de travail du sol en agriculture syntropique ce qui aide à préserver la structure et la vie du sol. A cela s’ajoute une augmentation de la teneur en matière organique ce qui rend le sol plus stable .

Gestion de l’eau

Dans un premier temps, les systèmes syntropiques aident à la restauration des cycles hydriques. De par l’apport de biomasse et la couverture végétale dense, l’évaporation est limitée et la complexité des systèmes racinaires permet une amélioration de l’infiltration de l’eau dans les sols.

De plus, la structure multi-strate des systèmes crée des microclimats plus humides dus à la transpiration végétale et le sol qui, ayant une meilleure structure physique et chimique, limitent le ruissellement. Cela a un impact local important, le meilleur exemple étant la première ferme utilisant la syntropie, la ferme Olhos d’Agua créée par Ernst Göst au Brésil dans les années 80, où 14 sources taries ont réapparu.

Une étude brésilienne a montré que la teneur en eau d’un sol en agriculture syntropique était en moyenne 13% plus élevée qu’en monoculture, ce qui les rend plus résilients en cas de sécheresse.

Biodiversité accrue

Les systèmes syntropiques peuvent accroître de 20 à 100 fois la diversité d'espèces végétales par rapport à une agriculture conventionnelle, et de 20 à 50 fois la diversité biologique du sol.

La biodiversité contribue à rendre le système plus complexe sur le plan fonctionnel. Plus les interactions entre les espèces sont complexes et plus le système sera indépendant : gestion des parasites et des maladies, gestion de la fertilité et des besoins en eau. Cela permet une autonomie dans l'utilisation des produits phytosanitaires et des fertilisants.

La richesse de la flore favorise la présence d'espèces animales bénéfiques telles que les insectes, qui sont à la fois pollinisateurs et prédateurs de ravageurs, ainsi que les oiseaux.

Résilience climatique

La capture du CO2 est maximisée par une forte densité en végétaux et une optimisation de la photosynthèse. Le potentiel de séquestration de carbone dans les sols et la biomasse de l’agriculture syntropique sont estimés  8 à 20 fois supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

La biodiversité et le microclimat du système syntropique lui confèrent une résistance accrue aux aléas climatiques, ce qui diminue le risque de pertes de récoltes.

Avantages économiques

Les pratiques agricoles mises en place en syntropie ont également des bénéfices économiques intéressants pour les agriculteurs.

  • Réduction des coûts d’intrants : comme présenté plus tôt, les systèmes syntropiques se veulent indépendants, auto fertilisants et plus résistants aux maladies et ravageurs. Sur le long terme, on observe un détachement des engrais, des pesticides et de l’irrigation ce qui entraîne la réduction, voire l’élimination des coûts liés aux intrants.
  • Diversification et augmentation des rendements : La stratification des systèmes syntropiques permet une grande diversification de production (légumes, fruits, noix, bois). Les risques économiques sont réduits grâce à cette multitude de revenus étalés sur différentes filières.

De plus, la productivité peut être élevée, parfois même supérieure aux monocultures. Ces systèmes sont surtout beaucoup plus durables sur le long terme. Certains rapports montrent des récoltes atteignant, en additionnant les rendements de chaque espèce, 40 tonnes par hectare et par an dans les systèmes bien établis.

Défis et points d’attention

Bien que l’agriculture syntropique présente de nombreux bénéfices, un tel système a également un certain nombre de limites.

  • Complexité et savoir-faire : il faut une compréhension profonde des processus écologiques nécessaires à la mise en place et au bon fonctionnement d’un écosystème. De plus, le raisonnement pour la mise en place des pratiques agricoles est totalement à l’opposé du système conventionnel : plutôt que de suivre une liste de pratiques à suivre, la gestion est basée sur l’observation.
  • Intensité en main-d’œuvre : certaines phases, comme la plantation initiale et la gestion, sont très exigeantes en travail manuel. On a donc une augmentation des coûts de main-d'œuvre, ce qui peut être un frein.
  • Limite d’échelle et mécanisation : à cause de la présence d’arbres et d’arbustes sur les parcelles en agriculture syntropique, la mécanisation est complexe et la plupart des machines utilisées en monoculture sont inadaptées rendant la transposition de la syntropie à de très grandes surfaces difficile voire impossible pour le moment.
  • Adaptation climatique : dans les climats froids, la mise en place de la syntropie rencontre des défis spécifiques : saison de croissance courte, forte compétition pour la lumière, décomposition de la biomasse ligneuse plus lente.
  • Accès au marché : la production diversifiée, souvent en plus petites quantités par produit, peut complexifier la commercialisation. Il faut alors développer des filières pour la vente (vente directe, paniers…).

Comparaison avec d’autres systèmes

Le tableau ci-dessous résume les différents points soulevés dans cet article et les compare avec d’autres systèmes agricoles existants.

Système Agriculture syntropique Agriculture conventionnelle Permaculture (agricole) Agroforesterie Agriculture biologique
Philosophie Coopération, complexification, régénération Contrôle, simplification, compétition Systèmes durables basés sur l’éthique naturelle Intégration d’arbres pour les bénéfices multiples Respect des cycles naturels et exclusion des produits de synthèse
Objectif Créer des agroécosystèmes auto-fertiles et en amélioration constante Maximiser les rendements d’une culture à court terme Créer des écosystèmes humains productifs et durables Optimisation des interactions positives arbres-cultures Produire sainement et durablement
Fertilité “Auto-fertilisant” grâce à la gestion de la biomasse Apports massifs d’engrais externes Vise à fermer les cycles de nutriments (compost, paillage) Utilisation d’engrais et de litière Fertilité entretenue par composts, engrais organiques et rotations
Biodiversité Très élevée, intentionnellement maximisée Très faible (monoculture) Elevée (principe clé) Plus élevée qu’en monoculture mais reste souvent simple Moyenne à élevée selon les pratiques (rotations, haies, auxiliaires)
Intrants Vise à l’élimination sur le long terme Dépendance élevée Vise la minimisation Variable mais souvent réduite Aucun intrant de synthèse (engrais ou pesticides) mais peut avoir recours à l’utilisation d’intrants biologiques
Complexité Elevée, intensive en savoir faire, limite du marché et des moyens mécaniques Faible une fois standardisée, dépendance à la technologie Élevée lors de la conception puis variable lors de la gestion Plus complexe que la monoculture Moyenne à élevée : exigeant en main-d’oeuvre, observation et certification