Le soja irrigué une culture qui a sa place dans les systèmes de polyculture élevage du Grand-Ouest.
Présentation de l'exploitation
L'exploitation située en Mayenne est une exploitation conventionnelle de polyculture élevage avec un atelier grandes cultures, 70 vaches laitières en traite robotisée, un atelier porcs charcutiers avec une FAF (400 places en PS et 920 places en engraissement) et un atelier taurillons à l'engraissement (100 places). Les Bertrons ne sont pas engagés dans un cahier des charges mais ont quand même des engagements environnementaux par le biais de leur laiterie. En effet, la laiterie Bel valorise les exploitations engagées selon le fait qu'elles respectent certains critères environnementaux en bonifiant le prix du lait. L’agriculteur à choisi les critères de : longueur de haie, non-utilisation du soja, couverture des sols et l’autoproduction de protéine. Ces critères lui apportent une bonification de 27€/1000L de lait vendus
Assolement de l'exploitation
Intégration du soja
Chez Monsieur Bertron, le soja est intégré sur une partie des parcelles soit environ une quarantaine d’hectare sur lesquels il peut être mis en place. Ces parcelles ont un sol sableux assez séchant. Ce choix de l’agriculteur a été fait dans le but de garder les meilleures terres de l’exploitation pour les cultures indispensables à la production de fourrage pour l’atelier vache laitière notamment (le maïs ensilage et les dérobés de RGI).
Sur ces terres où le soja est mis en place la rotation est constituée exclusivement de cultures de vente avec une succession de blé, orge, colza et soja.
ITK pratiqué sur le soja
L’itinéraire cultural sur le soja chez Christophe Bertron se veut le plus simple possible pour réduire les coûts d’implantation et le temps de travail. Vous le trouverez dans le graphique ci-dessous avec les détails en passant la souris dessus.
Infrastructure d’irrigation et règlementation
Installation
Le GAEC Bertron irrigue principalement le maïs et le soja. Pour ce faire, il dispose d’une réserve collinaire d'une capacité de 30 000 m³, alimentée par la récupération des eaux de drainage, pour une surface irrigable de 30 ha.
Règlementation
Le remplissage de la réserve est autorisé exclusivement du 1er octobre au 31 mars (période de hautes eaux). Au-delà de cette période, un système de vannes redirige les eaux de drainage vers le cours d’eau.
Le système d’irrigation a été installé il y a environ deux ans. Il se compose d’une pompe électrique à débit variable reliée à un réseau enterré. L'eau est ensuite épandue par un enrouleur avec canon, équipé d’un dispositif de coupure de section.
Stratégie d’irrigation du soja :
Stratégie d’irrigation du soja
Au GAEC BERTRON, l’irrigation du soja est gérée en deux apports. Ces interventions, de 30 à 40 mm chacune, sont ciblées au moment de la floraison et du remplissage des grains (juillet/août).
Pilotage de l’irrigation
Pour piloter l’irrigation, l'exploitation n’utilise ni OAD (Outil d’Aide à la Décision) ni sondes tensiométriques, mais se base uniquement sur l'observation visuelle (observation des signes de stress hydrique sur la plante ). Selon Christophe, l'objectif est de « viser la floraison et la formation du grain ». L'irrigation est ici considérée comme une assurance-récolte pour sécuriser le stock de nourriture destiné aux animaux pour le maïs, plutôt que comme un levier pour battre des records de rendement.
Résultat de l’irrigation du soja
À cette période de l’année, les sols sont majoritairement en déficit hydrique. Étant donné que les réserves d’eau ne permettent que deux tours d'eau pour le soja (le maïs étant prioritaire pour l’irrigation), une irrigation plus conséquente n'est pas possible. Le bilan hydrique reste donc souvent déficitaire, mais les apports ciblés permettent de réduire les pertes de rendement liées au stress hydrique durant la phase critique de formation des grains.
Débouchés et utilisation du soja
Expérience d’utilisation du soja sur la ferme
Christophe Bertron a pour volonté d’autoconsommer sur l’exploitation l’intégralité du soja produit. Cependant, après une expérience de stockage et de broyage du soja à destination des vaches laitières, il a été décidé de le vendre pour garantir une meilleure valorisation.
Difficultés de stockage
En effet, le stockage du soja broyé à froid s’est avéré être compliqué à stocker en silo car il a tendance à former des amas et à se conserver assez mal.
Difficultés de valorisation de la graine de soja
En plus, il est compliqué à valoriser sur les vaches laitières du fait de son taux de matière grasse très élevé il impose un déshuilage des graines de soja par différentes méthodes : toastage, extrudage…
Mais il s’avère compliqué dans son secteur de trouver des prestataires pour lui faire compte tenu des petites quantités.
Compte tenu de toutes ces difficultés il a pris la décision d’arrêter de l’autoconsommer jusqu’à trouver une solution efficace de stockage et un prestataire capable de gérer de petite quantité.
De plus, pour la production de concentré fermier avec le soja produit une problématique de coût se pose puisque produire son propre concentré coûte 618€/Tonne contre 480€/Tonne pour un concentré acheté d’après l’éleveur. La différence est donc trop importante pour que cela soit rentable.
Vente du soja à l’extérieur
Suite à ces problèmes encore non résolus, pour cette année le soja produit a été vendu à d’autres agriculteurs en tant que semence fermière. Cette solution s’est avérée être une bonne alternative à l’autoconsommation car la vente a été assez simple à des agriculteurs intéressés qui se déplaçaient sur la ferme et a qui la semence était vendu au prix intéressant de …€/Tonne.
Intégration dans la stratégie de l’entreprise
Comme évoqué précédemment, le GAEC BERTRON a décidé d’intégrer le soja à sa rotation. Ce choix répond d'abord à une volonté de valoriser le soja directement dans les rations, afin de réduire la dépendance aux cours mondiaux. Dans un second temps, ce projet vise à diversifier l'assolement et à profiter de la simplicité de l'itinéraire technique (ITK) de cette culture.
De plus, l’introduction d’une nouvelle culture au sein de la rotation améliore la résilience économique de l’atelier céréalier. En effet, en cas de chute des cours d'une production, la diversité des cultures permet de compenser les pertes et de lisser les fluctuations de prix sur l'ensemble de l'exploitation.
Coûts et investissements
Coûts d’installation de l’irrigation
L’agriculteur à investi récemment dans l’irrigation (en 2022), sur son exploitation. Le coût de terrassement de la réserve colinéaire de 30 000m3 s’est élevé à 75 000€. Tandis que le matériel a couté 60 000€ pour le réseau de canalisation, la pompe immergée et l’enrouleur.
La réserve est amortie sur 15 ans soit 5 000€ par an d’amortissement et le matériel amorti sur 8 ans soit 9 000€ par an.
Les coûts d’investissement dans la mise en place de l’irrigation sont donc assez élevés mais rentable d’après l’agriculteur grâce aux gains permis par celle-ci (de rendements et de qualité) et à la sécurisation des productions.
L’agriculteur s’est renseigné pour optimiser sa réserve et la rendre plus imperméable en rajoutant une bâche mais cette option est très couteuse et donc inenvisageable pour l’exploitation (devis à environ 135 000€ pour la réserve de 30 000m3).
Coûts de fonctionnement
A ces coûts d’investissement, sont à rajouter les coûts de fonctionnements de l’irrigation. Ici, chez Christophe Bertron de l’électricité permettant le fonctionnement de la pompe soit 1600€/an (abonnement compris) pour 30 000m3 pompés. Et des coûts d’entretien du matériel notamment l’hivernage de l’enrouleur pour environ 150 €/an.
Gains de production
Ces coûts d’investissement assez important permettent quand même des gains de production sur les cultures ou du moins de maintenir des rendements corrects les années les plus sèches. Les gains de rendements sont estimés par monsieur Bertron à 10 quintaux pour du soja.
Choix des exploitants et environnement
Valorisation des surfaces
Le choix de l’exploitation de mettre en place de l’irrigation a été fait pour 2 raisons très claires : optimiser la production à l’hectare et sécuriser les productions (notamment le maïs fourrage). Sur ce point, Christophe Bertron a une position assez claire pour lui une fois que la graine est en terre il faut réussir la culture et cela passe pour les cultures de printemps par l’irrigation pour les années sèches. En effet, selon l’agriculteur compte tenu des coûts, des intrants apportés sur les surfaces… il est important de les valorisés au mieux en sortant le rendement permis par ces intrants grâce à l’irrigation.
Autoconsommation sur la ferme
De plus, dans sa stratégie, l’agriculteur attache une forte importance à l’autoconsommation de ce qui est produit sur l’exploitation sur ces différents ateliers animaux. Pour cela, la production de céréale est valorisée au maximum sur la ferme grâce notamment à la FAF pour l’atelier porc. De même pour les fourrages qui sont consommés intégralement sur l’exploitation. C’est dans cette démarche que Christophe Bertron est à la recherche d’une solution pour autoconsommer son soja.
Bilan carbone
Enfin, l’agriculteur fait partie de groupe de réflexion sur le carbone (il a déjà fait 5 diagnostics CAP’2ER) et oriente aussi ses choix dans ce sens. Et grâce à ces choix expliqués précédemment et de son efficacité sur les surfaces et sur les animaux ses résultats carbones sont très bons et meilleurs que ceux de son groupe en conventionnel et en bio.
Conclusion
Chez les Bertrons, la mise en place de l’irrigation il y a deux ans s’inscrit dans la continuité de la stratégie de l’exploitation.
Elle a été mise en place pour sécuriser les récoltes surtout de fourrage mais aussi de soja. L’irrigation permet aussi à l’exploitation d’être plus performante sur les surfaces en donnant aux cultures l’opportunité de se développer à la hauteur du potentiel du sol et des intrants apportés.
Enfin, la culture de soja s’inscrit très bien dans l’optique d’autoconsommer un maximum de ce qui est produit sur la ferme puisqu’il pourrait être valorisé sur les différents ateliers animaux. Reste plus qu’à réussir une solution de transformation valable afin de pouvoir réellement le valorisé sur les vaches ou les cochons.
Nous remercions chaleureusement Christophe Bertron d'avoir pris le temps de ne ouvrir les portes de son exploitation et de nous livrer ses expériences sur l'irrigation du soja et sa vision de l'agriculture.

