Rencontres MSV 2015 - Traction animale et MSV - Fabrice Meyer 1/2
![]()
Atelier traction animale
Transition de la traction animale en travail du sol à la traction animale en MSV
Présentation et parcours
Fabrice Meyer se présente comme maraîcher depuis six ans. Avant cela, il était en pâtisserie. Il explique qu’il a effectué une reconversion, et qu’il est passé à la traction animale il y a trois ans.
Au début, il a travaillé seul, d’abord à la main, puis au motoculteur, ensuite au tracteur, avant de passer au cheval. Depuis trois ans, il teste donc la traction animale, avec l’idée que cela lui permet de faire une partie du travail, tout en constatant aussi certaines limites si l’on reste seul, notamment pour les occultations et différents travaux de manutention.
Il précise que le projet de travailler avec un cheval existait déjà avant son installation. Cependant, au moment de s’installer, il n’avait pas de cheval, pas de traction animale, et pas encore les connaissances suffisantes pour se lancer.
Une envie ancienne de travailler à cheval
Avant son installation, Fabrice Meyer avait déjà fait des stages, notamment en BTS. Il avait réalisé un stage chez des personnes qui travaillaient en traction animale, dans l’Ariège. Cette première approche lui avait donné envie de poursuivre dans cette voie.
Mais il insiste sur un point important : travailler avec un cheval ne s’improvise pas. Entre voir des gens travailler à cheval et avoir soi-même son cheval, il y a une grande différence.
Selon lui, avoir un cheval, ce n’est « pas rien ». Il compare cela au fait d’avoir un animal dont il faut s’occuper en permanence, mais avec des enjeux bien plus importants qu’avec un chien. Il faut le nourrir, le soigner, gérer les clôtures, aller le chercher s’il s’échappe, y compris la nuit. En cas de maladie, de blessure ou de colique, il faut être présent immédiatement. Il évoque même le fait de devoir parfois marcher avec lui toute la nuit pour éviter qu’il ne se couche.
Il rappelle donc que le cheval peut être dangereux si on ne le manipule pas avec connaissance. Il ne faut pas présenter la traction animale comme quelque chose de simple ou de facile : cela demande un apprentissage, du travail quotidien et de la rigueur.
L’achat du cheval et la nécessité d’être accompagné
Lorsque Fabrice Meyer a voulu acheter un cheval, il a été mis en relation avec un éleveur par une personne qui faisait du débardage près de chez lui.
Il insiste beaucoup sur la prudence nécessaire lors de l’achat. Dans le monde du cheval, dit-il, il y a aussi du commerce et du « business », et une personne débutante peut facilement se faire vendre un cheval inadapté, au prix d’un bon cheval de travail. Il recommande donc fortement de se faire accompagner par quelqu’un qui connaît bien le milieu.
Finalement, il s’est tourné vers cet éleveur, qu’on lui avait recommandé comme personne de confiance. Il lui a expliqué qu’il n’avait jamais eu de cheval et qu’il voulait apprendre. Il a alors proposé de venir l’hiver chez l’éleveur, plusieurs fois par semaine, pour travailler avec lui, apprendre, et en échange aider aux soins et aux boxes.
En allant voir les chevaux, l’une des juments est venue vers lui. L’éleveur lui a dit que c’était justement celle qu’il lui conseillerait, notamment parce que Fabrice débutait et cherchait un cheval pas trop difficile. C’est donc cette jument qu’il a choisie. Elle avait alors deux ans et demi.
Le débourrage et le dressage du cheval
Fabrice Meyer décrit ensuite les grandes étapes de l’apprentissage du cheval.
Avant le débourrage, le travail de l’éleveur consiste déjà à manipuler le jeune cheval : le prendre en main, l’habituer à être touché, aux soins des pieds, à sentir du poids sur le dos. Tout cela prépare les étapes suivantes.
Le cheval doit être habitué progressivement à toutes les contraintes qu’on va lui demander d’accepter. Tant qu’il ne comprend pas ce qu’on attend de lui, il se débat. Le principe du dressage est donc de l’amener à comprendre et à accepter.
Il souligne qu’il faut aussi apprendre au cheval à respecter l’humain. Il prend l’exemple du comportement de dominance : dans un troupeau, celui qui pousse les autres est le dominant. Si le cheval avance sur vous et que vous vous écartez, alors, dans sa logique, c’est lui qui domine. Si cela se répète, cela peut devenir dangereux. Il faut donc être cohérent et « carré » dans la relation, car le cheval réagit très vite aux habitudes et reprend très vite de mauvais comportements si on les laisse s’installer.
Selon lui, c’est pour cela qu’un cheval mal encadré peut devenir très dangereux.
Les étapes du débourrage
Le cheval vit d’abord en troupeau jusqu’à environ deux ans ou deux ans et demi. Ensuite vient le débourrage.
Le débourrage consiste à l’habituer :
- à porter une selle ;
- à avoir quelqu’un sur le dos ;
- à porter un harnais ;
- à tirer quelque chose.
Tout cela se fait progressivement. On commence par lui montrer le harnais, puis on le lui met. Ensuite, on l’habitue au bruit et à la sensation de tirer, par exemple avec une chaîne, puis avec un morceau de bois, puis avec des charges un peu plus lourdes.
En parallèle, il faut lui apprendre à répondre aux guides et au mors. Fabrice Meyer rappelle les bases :
- appel à droite : le cheval doit aller à droite ;
- appel à gauche : le cheval doit aller à gauche ;
- appel des deux côtés : il doit s’arrêter.
Un cheval destiné au travail doit aussi savoir :
- avancer ;
- s’arrêter ;
- reculer ;
- tenir l’arrêt calmement ;
- marcher aux différentes allures utiles.
Il ajoute qu’il y a encore toujours du travail à faire, car dès qu’on met une machine derrière, le danger augmente. Un cheval peut vouloir démarrer brusquement, s’arrêter pour une touffe d’herbe, ou prendre peur.
Le cheval, un animal qui peut prendre peur
Fabrice Meyer rappelle que le cheval est, à l’origine, une proie. Son réflexe premier est donc la fuite. C’est ce qui le rend potentiellement dangereux dans le travail. Si quelque chose lui fait peur, il peut partir.
Cela est d’autant plus problématique dans des situations où il y a une machine attelée, ou dans des usages comme l’attelage en ville avec des passagers.
Pour cette raison, il faut habituer progressivement le cheval à tout ce qu’il rencontrera :
- le matériel ;
- les bruits ;
- les véhicules ;
- les situations inhabituelles.
Quelles tâches mécaniser en traction animale ?
Fabrice Meyer explique qu’au début, on associe souvent la traction animale au travail du sol, au labour et à la charrue. Pourtant, dans son système en maraîchage sur sol vivant, il ne laboure pas. Il a donc dû réfléchir à d’autres usages pour ses chevaux.
Il explique qu’il possédait auparavant des outils de travail du sol : griffes, butteurs à disques, butteur à pommes de terre, outils de binage et de buttage. Il les a encore, même s’il pense ne plus beaucoup les utiliser, sauf éventuellement dans certains contextes particuliers.
Dans un système de non-travail du sol, la question devient alors : que faire faire aux chevaux ?
Il donne plusieurs pistes.
Rouler les couverts
Le cheval peut tirer un rouleau faca pour coucher des couverts végétaux. Fabrice Meyer souligne que sur des surfaces un peu importantes, cela permet de travailler rapidement sans fatigue excessive pour l’humain.
Réaliser des semis
Il évoque la possibilité de faire des semis avec :
- des semoirs sous couvert ;
- des semoirs avec disques ouvreurs ;
- des semoirs à la volée adaptés.
Planter
Le cheval peut aussi être utilisé avec une planteuse. Cependant, Fabrice Meyer note une limite : il est difficile de faire avancer un cheval aussi lentement qu’un tracteur dans certaines opérations de plantation. De ce fait, pour suivre le rythme de la machine, il faut souvent être deux personnes à l’arrière pour alimenter la planteuse.
Il se demande donc si, pour certaines plantations, le cheval est toujours l’outil le plus adapté.
Utiliser une poinçonneuse
Il mentionne les poinçonneuses type « Sélé Pitch » qui permettent de faire des trous dans le sol, par exemple à travers un mulch, pour planter des poireaux ou d’autres cultures. Ce type d’outil peut bien fonctionner en traction animale.
Dérouler, pailler, transporter
Parmi les autres usages possibles, il cite :
- la pailleuse, bien que cela demande sans doute plutôt deux chevaux si l’on veut dérouler correctement une balle ;
- le transport avec traîneaux, remorques ou plateaux à foin ;
- les autochargeuses ;
- certains épandeurs ;
- le transport de BRF.
Il insiste sur le fait que la traction animale ouvre de nombreuses possibilités, même en dehors du seul travail du sol.
La traction animale comme énergie renouvelable
Un point important de son intervention est la manière de considérer la traction animale comme une véritable énergie renouvelable.
Selon Fabrice Meyer, on oublie souvent que la traction animale fait partie des énergies renouvelables. Le cheval fonctionne grâce à l’herbe, au foin, aux plantes, donc à l’énergie solaire captée par les végétaux. On reste dans un cycle biologique, sans combustion d’énergies fossiles et sans les infrastructures industrielles nécessaires à d’autres systèmes énergétiques.
Il regrette que la traction animale soit absente des débats sur les énergies renouvelables.
Il cite à ce sujet le travail de Jean-Louis Cannelle et de l’association CERRTA (en Haute-Saône), engagée dans la reconnaissance et le développement de la traction animale comme énergie renouvelable. Il évoque également l’association Hippotèse, qui travaille notamment avec l’Atelier paysan sur le développement de matériel pour chevaux.
Ces structures mettent à disposition de la documentation, des réflexions techniques et des exemples concrets d’outils et d’innovations.
Exemples d’outils et de matériels
Une grande partie de l’intervention consiste en une présentation de matériels anciens, adaptés ou auto-construits.
La planteuse à pommes de terre
Fabrice Meyer présente une planteuse à pommes de terre. Le principe est le suivant :
- une trémie est remplie de pommes de terre ;
- une chaîne munie de godets les remonte ;
- un système détecte les manques ;
- un soc ouvre le sillon ;
- la pomme de terre est déposée ;
- des disques referment et reforment la butte.
Il explique que ce type de machine existe aussi pour tracteur, mais qu’en traction animale l’intérêt est de pouvoir travailler avec un seul cheval.
Il réfléchit à adapter cette machine pour d’autres usages, notamment la plantation de mottes ou de choux, en profitant du mouvement de la chaîne et des godets.
Le plateau à foin
Il présente aussi un plateau à foin de quatre mètres. Il attire l’attention sur les questions de sécurité en descente : si le plateau est chargé, il faut un frein, sinon c’est le cheval qui doit retenir l’ensemble, avec le risque qu’il se fasse embarquer.
Il explique que, sur le plat, la charge n’est pas le principal problème. Ce qui pose difficulté, ce sont surtout :
- les montées, parce qu’il faut de la force de traction ;
- les descentes, parce qu’il faut retenir.
Ces remarques montrent bien que la traction animale ne se raisonne pas seulement en poids tracté, mais surtout en topographie et en sécurité.
Les traîneaux
Fabrice Meyer utilise beaucoup des traîneaux de récupération. Ils lui servent pour :
- transporter des matériaux ;
- déplacer du compost ;
- amener du grillage ;
- transporter des bâches d’occultation ;
- faire diverses manutentions sur la ferme.
Il apprécie leur simplicité et leur polyvalence.
La faucheuse
Il présente une faucheuse à un cheval, sur laquelle on s’assied. Il décrit son fonctionnement :
- commande d’embrayage ;
- réglage de la barre de coupe ;
- commande au pied pour débrayer en urgence ;
- transmission mécanique.
Il insiste sur l’importance de l’équilibre des outils à deux roues. Si le poids est trop sur l’avant, c’est le cheval qui porte ; s’il est trop sur l’arrière, l’outil peut se cogner ou se lever. Il faut donc que l’ensemble soit bien équilibré pour préserver le cheval.
La faucheuse est un outil très abouti techniquement, même s’il est ancien. Il fait remarquer que ces machines des années 1950 étaient déjà très efficaces.
Cependant, il note aussi que la faucheuse fatigue fortement le cheval. Dans son expérience, une heure à une heure et quart de fauche représente déjà un travail important, davantage qu’un travail « normal » de deux heures. Il préfère donc limiter la durée pour ne pas dégoûter ni épuiser l’animal.
La faneuse
Il montre aussi une faneuse, utilisée pour relever et aérer le foin ou la paille. Dans son système, il y voit aussi un intérêt possible pour relever de la paille dans certains itinéraires techniques. Le mouvement de l’outil permet de secouer et de redéposer la matière.
Il rappelle tout de même que ce type d’outil impose des précautions de sécurité, notamment en raison des pièces mobiles et des risques en cas de chute depuis le siège.
Le râteau andaineur
Un autre outil présenté est un râteau large, qui permet de ramener de la matière en andain :
- herbe coupée ;
- branches ;
- paille ;
- autres matériaux légers.
Le système permet de lever le râteau pour le vider, puis de recommencer.
Les remorques, autochargeuses et épandeurs
Il évoque l’existence de :
- remorques adaptées ;
- autochargeuses pour chevaux ;
- épandeurs.
Il précise cependant que certains matériels sont rares à trouver en occasion, notamment les autochargeuses et les épandeurs. Le matériel neuf pour cheval existe encore, mais il est très cher, ce qui l’amène à privilégier l’occasion ou l’adaptation d’anciens outils.
Le coût du matériel
Un des avantages soulignés par Fabrice Meyer est le faible coût du matériel ancien en occasion.
Il explique qu’on trouve régulièrement sur les petites annonces :
- faucheuses ;
- bineuses ;
- cultivateurs ;
- remorques ;
- divers outils hippomobiles.
Il donne des ordres de grandeur très faibles :
- parfois 0 euro ;
- souvent 40 ou 50 euros ;
- 100 à 150 euros pour des outils plus gros ou plus recherchés.
À ses yeux, cela ouvre des perspectives très intéressantes, à condition de savoir adapter, réparer et bricoler.
La moissonneuse-lieuse et la récolte du blé
Fabrice Meyer évoque la possibilité de semer du blé puis de le récolter à cheval. Son idée serait de récolter les épis assez haut, en laissant et en couchant la paille.
Il s’est intéressé à la moissonneuse-lieuse, qui coupe le blé, confectionne de petites gerbes liées avec une ficelle, puis les dépose. Il n’en a pas encore vu fonctionner en vrai, seulement en vidéo.
Il mentionne aussi les gaulois, matériels plus anciens permettant de couper les céréales avec une certaine hauteur réglable.
Cette réflexion s’inscrit dans sa recherche d’outils compatibles avec une logique de couverture permanente du sol.
Le porte-outils polyvalent
Fabrice Meyer s’intéresse beaucoup à la notion de porte-outils polyvalent.
Il présente d’abord un cultivateur ancien à roues, qui servait autrefois à reprendre les labours. Son intérêt, selon lui, est qu’on peut enlever les dents et récupérer un châssis déjà conçu, sur lequel on peut adapter :
- un semoir ;
- des disques ;
- un système de strip-till ;
- ou d’autres outils.
Cela évite de repartir de zéro pour fabriquer un bâti.
L’autoconstruction d’un outil adapté aux billons
Il présente ensuite un outil qu’il a auto-construit quelques années auparavant.
Le point de départ est le suivant : les cultivateurs anciens du commerce ne correspondaient pas bien à sa configuration en billons. Il a donc récupéré différents éléments :
- un avant-train de charrue ;
- un cadre de vibroculteur ;
- des roues ;
- des poignées ;
- différentes pièces anciennes.
Avec cela, il a fabriqué un outil réglable en hauteur à l’avant et à l’arrière, sur lequel on peut atteler différents accessoires.
L’un des aspects importants est le système permettant de déporter le cheval sur le côté. Ainsi, le cheval peut marcher dans le sillon pendant que l’outil travaille sur le billon, sans piétiner la culture.
Il explique que cet outil est très confortable à utiliser. Une fois bien réglé, il tient presque seul sa ligne, et l’opérateur n’a plus qu’à corriger légèrement en cas de cailloux ou d’irrégularités.
Cette expérience nourrit sa réflexion pour fabriquer ensuite d’autres outils, notamment un porte-outils pour rouleau faca avec relevage, éventuellement muni d’un siège pour ajouter du poids et améliorer le fonctionnement.
Réflexions sur le rouleau faca
Dans son projet, le rouleau faca doit être assez lourd pour fonctionner correctement. Il évoque des ordres de grandeur de plusieurs centaines de kilos par mètre de largeur.
Son idée est de reprendre le principe de l’outil auto-construit :
- un relevage arrière ;
- un bâti robuste ;
- éventuellement un siège permettant d’ajouter du poids ;
- une conception adaptée à la traction animale.
Il compare le coût d’une telle construction avec celui du matériel neuf. Pour certains éléments comme des disques réglables, les prix montent très vite. À l’inverse, la récupération d’anciens matériels permet de limiter fortement les coûts.
Les limites et les exigences de la traction animale
Tout au long de l’intervention, Fabrice Meyer ne présente pas la traction animale comme une solution miracle.
Au contraire, il en montre à la fois :
- les intérêts ;
- les possibilités techniques ;
- les coûts réduits en matériel d’occasion ;
- le plaisir du travail avec l’animal ;
mais aussi :
- la nécessité d’un vrai apprentissage ;
- la charge de soin quotidienne ;
- les risques ;
- la fatigue du cheval sur certains travaux ;
- les limites pratiques sur certaines tâches ;
- la nécessité d’adapter finement les outils et les chantiers.
Son approche est donc très concrète : la traction animale demande de la compétence, de l’observation, de la prudence et souvent beaucoup de bricolage, mais elle ouvre aussi des pistes très riches dans un système de maraîchage sur sol vivant.
Idée générale de l’intervention
Dans cette première partie, Fabrice Meyer montre que la traction animale peut trouver sa place dans un système agricole moderne, y compris en maraîchage sur sol vivant et sans labour.
L’enjeu n’est pas de revenir à une image folklorique du cheval agricole, mais de réfléchir :
- aux tâches réellement pertinentes ;
- aux outils existants ou adaptables ;
- à la relation de travail avec l’animal ;
- aux conditions de sécurité ;
- et à l’autonomie technique et énergétique que cela peut offrir.
Il défend ainsi une vision de la traction animale à la fois pratique, technique, renouvelable et pleinement actuelle.