Rencontres 2015 - Aurélien Fercot

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette intervention des Rencontres 2015, Aurélien Fercot, maraîcher dans le Finistère, présente ses essais menés depuis 2012 autour du compost de déchets verts en maraîchage. Sur une ferme en vente directe de 3 ha de plein champ et 2 700 m² sous abri, l’objectif est clair : gagner du temps, réduire la pénibilité, limiter le désherbage et améliorer la rentabilité. Sa technique repose sur l’apport d’une couche de 10 cm de compost, suffisante pour bloquer les levées d’adventices et nourrir fortement le sol. Il montre les réussites obtenues sous abri, avec des cultures associées très intensives, mais aussi les limites : vivaces, gestion de l’eau, qualité et disponibilité du compost. Pour lui, cette méthode est particulièrement pertinente sous tunnel, et peut aussi servir en plein champ pour relancer rapidement des sols dégradés, avant d’évoluer vers des systèmes de semis sous couvert végétal.

auto_awesome
Résumé
Dans cette intervention des Rencontres 2015, Aurélien Fercot, maraîcher dans le Finistère, présente ses essais menés depuis 2012 autour du compost de déchets verts en maraîchage. Sur une ferme en vente directe de 3 ha de plein champ et 2 700 m² sous abri, l’objectif est clair : gagner du temps, réduire la pénibilité, limiter le désherbage et améliorer la rentabilité. Sa technique repose sur l’apport d’une couche de 10 cm de compost, suffisante pour bloquer les levées d’adventices et nourrir fortement le sol. Il montre les réussites obtenues sous abri, avec des cultures associées très intensives, mais aussi les limites : vivaces, gestion de l’eau, qualité et disponibilité du compost. Pour lui, cette méthode est particulièrement pertinente sous tunnel, et peut aussi servir en plein champ pour relancer rapidement des sols dégradés, avant d’évoluer vers des systèmes de semis sous couvert végétal.

Retour d'expérience: semis et plantation sur broyat de déchets verts; essais sur engrais verts.


Présentation de la ferme

Bonjour. Nous sommes maraîchers dans le Finistère, et je vais vous parler un peu de ce qu’on a pu faire depuis 2012 sur le compost de déchets verts.

Pour présenter rapidement la ferme : nous sommes trois associés, avec en plus un mi-temps. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que nous avons :

  • 3 hectares de maraîchage en plein champ ;
  • 2 700 m² sous abris froids.

C’est ce qui nous fait vivre, et rire aussi. Nous sommes sur un système de commercialisation en vente directe, avec :

  • quatre marchés hebdomadaires ;
  • un peu de vente en Biocoop.

Objectifs généraux

Si je parle des objectifs généraux, c’est parce que c’est cela qui nous a permis d’arriver à nos techniques actuelles.

Ce qui compte vraiment pour nous, en maraîchage, c’est l’amélioration de notre qualité de vie. L’idée est de dégager du temps : c’est vraiment cela qu’on cherche. Cela passe aussi par :

  • l’amélioration des salaires ;
  • la recherche d’un salaire décent en tant que maraîchers ;
  • l’amélioration de nos pratiques.

Cette amélioration des pratiques se joue à plusieurs niveaux :

  • d’un point de vue éthique ;
  • d’un point de vue agronomique ;
  • au niveau cultural ;
  • au niveau de la santé.

Il s’agit de s’épargner le dos, de préserver la santé, parce que c’est quand même notre premier outil de travail, et aussi de faire avancer notre profession en montrant qu’on peut travailler avec la nature.

Principe de base de la technique

Le principe de base de la technique a été inspiré par le livre de Dominique Soltner, Le nouveau guide du jardinage.

L’idée, c’était de faire une couche de compost de déchets verts de 10 cm. Le compost de déchets verts, c’est ce qu’on trouve en plateforme : ce sont les broyats des communes qui ont été compostés.

Ces 10 cm sont importants pour deux raisons :

  • les graines ne peuvent pas traverser les 10 premiers centimètres ; en dessous, cela a tendance à percer ;
  • c’est une dose minimale si on ne veut pas revenir tout le temps dessus.

Autrement dit, si on veut n’en remettre que tous les deux ou trois ans, il faut quand même mettre une couche assez conséquente. Sinon, elle est vite absorbée. Six mois après, il ne reste parfois plus que 4 cm.

L’idée était aussi de mécaniser cette technique, de l’adapter à notre structure, de ne pas tout faire à la main, de supprimer le travail du sol par le paysan, et de diminuer, voire supprimer, le désherbage.

Un autre intérêt était de ne pas avoir à changer tout le parc matériel pour travailler dans ces conditions-là.

Évolution du compost dans le sol

On a pu observer que le compost se résorbait très vite.

Par exemple, sur une parcelle où le compost avait été mis au mois de mai, en novembre, sur une culture de carottes de garde, il ne restait plus que 4 cm. Cela montre bien que 10 cm, ce n’est pas exagéré.

Dans ce cas précis, c’était un sol repris à des conventionnels, avec une rotation blé-maïs, blé-maïs en permanence. On était donc loin d’un sol vivant. Malgré cela, en six mois, la moitié du compost avait été absorbée.

Sous serre, cela va encore plus vite. Dans une serre que nous avons depuis trois ans, les 10 cm de compost sont absorbés en quelques mois.

Historique des essais depuis 2012

Premiers essais en 2012

Nous avons commencé en 2012 avec :

  • des plantations d’oignons ;
  • des semis de carottes en plein champ ;
  • sous abri, à l’automne, des plantations de bettes et de persil.

Ces premiers essais nous ont permis de voir les problèmes qui se posaient, notamment :

  • au niveau de la mécanisation ;
  • au niveau du temps de travail.

Nous avions commencé avec un petit épandeur de 8 m³, comme on en trouve partout. En plein champ, nous avons eu de gros soucis avec du vieux matériel. J’ai passé des heures à réparer l’épandeur quand un caillou se bloquait. Les joies de la mécanique avec du matériel pourri ont vite montré leurs limites, surtout en plein champ où les surfaces deviennent rapidement importantes.

Mise au point entre 2013 et 2014

En 2013 et 2014, nous avons fini d’élaborer nos techniques.

Nous avons abandonné l’épandage réalisé par nous-mêmes et fait appel à une entreprise de travaux agricoles. Au final, cela nous coûtait nettement moins cher que de racheter des pièces et de passer du temps à réparer du matériel.

Nous avons aussi amélioré les techniques de destruction des cultures afin de pouvoir passer à la suivante. La méthode la plus simple reste la bâche d’ensilage, tant que les surfaces ne sont pas trop grandes. En plein champ, sur de grandes surfaces, c’est beaucoup moins simple.

Passage à l’échelle en 2015

En 2015, nous sommes passés à 4 000 m² sur la parcelle de carottes montrée dans l’exemple. Nous avons utilisé un gros épandeur de type La Fontaine, et cela s’est très bien passé. Nous n’avons vraiment pas eu de soucis.

La même année, nous avons converti l’ensemble des tunnels au compost.

Mise en œuvre sous abri

Sous tunnel, il est tout à fait possible d’apporter de la matière même sans gros matériel.

Par exemple, sur une serre de 300 m², nous avons fait l’apport à la main, enfin avec une caisse trois-points, et cela s’est très bien fait. Cela montre que, sous tunnel, cela vaut le coup d’apporter de la matière même sans outillage sophistiqué.

Intensification des cultures sous abri

Le compost permet d’envisager des associations de cultures intéressantes et d’intensifier fortement l’usage du mètre carré, notamment sous abri.

Un exemple donné est une culture d’automne sous abri, avec :

Tout est semé ou planté en même temps sur la même planche, pour une mise en place à la fin août, dans le cadre des cultures d’hiver sous abri. Une fois le radis récolté, on sème de la mâche à la volée.

L’idée est de montrer que le compost, en permettant de ne pas désherber et de mieux maîtriser l’enherbement, permet d’intensifier énormément les cultures au m² sous abri.

Comme l’énergie demandée par les tunnels est importante — arrosage, plastique, ressources — on est obligé d’optimiser ces espaces.

L’exemple donné montre qu’en multipliant :

  • la densité au mètre carré ;
  • le nombre de récoltes ;
  • le nombre de coupes ;
  • le poids récolté ;

on peut atteindre un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 euros par m² sur la période d’octobre à fin mars.

L’intervenant précise que, pour comparaison, un épinard seul va plutôt rapporter 15 à 20 euros du m² sur une culture d’hiver. L’objectif est donc de montrer qu’on peut vraiment intensifier et optimiser les systèmes.

Gestion des adventices

Une technique très propre, mais exigeante

L’un des avantages du compost, lorsqu’il vient d’être mis et que les adventices ont bien été gérées, c’est qu’il n’y a pas du tout de levée d’adventices. C’est vraiment très propre.

Les apports sont souvent placés en tête de rotation, notamment avant carotte, parce que c’est une culture où l’on sème, puis l’on récolte, et sur laquelle la propreté est particulièrement intéressante.

Attention aux vivaces

Il faut cependant faire extrêmement attention aux vivaces, comme avec tous les paillages de manière générale.

Sur un semis d’épinards, par exemple, on peut voir apparaître des chardons. À petite échelle, cela représente peut-être 20 minutes de travail pour enlever tout cela. Mais dès qu’on raisonne sur un demi-hectare avec du chiendent, le problème devient tout autre.

Le compost comme excellent lit de semences

Un inconvénient important est que le compost constitue aussi un excellent lit de semences pour les mauvaises herbes.

L’exemple donné concerne une culture de carottes où, dans la parcelle voisine, il y avait du colza avec du laiteron. Toutes les graines de laiteron ont volé sur la parcelle au mois de juin, et un couvert de laiteron s’est développé dans les carottes.

Il suffit parfois d’un ou deux pieds de mouron laissés monter à graines pour que la culture suivante soit très envahie. On revient alors à des systèmes avec beaucoup d’enherbement. Il faut donc être très rigoureux dans la gestion des adventices.

Usage ponctuel de bâches

Même dans ce système, on s’autorise de temps en temps à mettre une bâche. Cela permet de nettoyer un peu lorsque le compost s’est sali et que des adventices se sont installées.

Gestion de l’eau

La gestion de l’eau est complètement différente avec ce système.

Pour les problèmes de levée, si l’on n’a pas d’eau de manière très régulière pendant les trois premières semaines, cela ne lèvera pas. Il faut donc un arrosage assez rigoureux.

En automne, en plein champ, cela ne pose pas de problème. En revanche, au printemps et en été, avec des périodes un peu sèches, on peut vite perdre des semis et devoir les refaire.

Après la levée, il y a malgré tout nettement moins besoin d’eau, ce qui reste un avantage.

Il peut aussi y avoir quelques soucis de levée si le compost travaille encore.

Ressource et coût du compost

La disponibilité de la ressource est un point qui peut varier fortement d’une région à l’autre.

Dans notre cas, nous avons la chance d’avoir une grosse plateforme qui nous vend le compost à un prix très bas : 2 euros le m³ épandu au champ. C’est un prix défiant toute concurrence.

Mais la ressource dépend :

  • du coût ;
  • de sa disponibilité dans le temps ;
  • de l’énergie nécessaire pour broyer et récupérer ces matériaux ;
  • de la qualité du compost selon les endroits.

L’intervenant mentionne notamment la question des pollutions aux métaux lourds dans certains composts de déchets verts.

Avantages du système

Les avantages mis en avant sont les suivants :

  • pas ou très peu de levées d’adventices au départ, si le compost est propre ;
  • une culture vigoureuse et bien nourrie ;
  • la suppression du travail du sol par nos soins ;
  • le fait de laisser le sol et les plantes s’en occuper ;
  • la possibilité d’associer et d’optimiser les cultures dans l’espace et dans le temps ;
  • l’augmentation de la densité de plantation ;
  • une réduction du temps de travail ;
  • une mécanisation relativement simple.

Sur ce dernier point, un épandeur à fumier est un matériel courant, surtout dans une région d’élevage. On en trouve facilement, ou bien on peut éventuellement en emprunter un à un voisin.

Le compost permet aussi d’augmenter le chiffre d’affaires au mètre carré. Dans un contexte où il y a de plus en plus de problèmes de foncier, cette optimisation de la production au m² peut être déterminante.

Optimisation dans l’espace et dans le temps

L’intervenant insiste sur le fait que le système permet une optimisation à la fois :

  • dans l’espace ;
  • dans le temps.

L’exemple dans l’espace est celui des cultures associées sous abri.

Dans le temps, il évoque des essais de chevauchement de cultures : par exemple, planter des aubergines dans de l’ail nouveau sous abri. L’idée est de faire se chevaucher les cultures pour gagner du temps et augmenter les surfaces réellement productives sans augmenter les surfaces physiques.

Dans cet essai précis, cela n’a pas très bien marché, car l’ail a quand même fait concurrence à l’aubergine. Mais l’intervenant pense qu’il y a énormément de pistes à explorer dans cette direction.

Le fait de ne plus avoir à biner permet aussi de densifier les semis. Il cite l’exemple des carottes primeurs semées à 10 rangs dans la planche, ce qui est vraiment très serré.

Exemple d’associations très productives

Un autre exemple présenté est celui d’une culture associant :

  • aubergines ;
  • concombres ;
  • salades.

L’ensemble donne un aspect un peu « jungle », mais c’est très productif. Cela montre qu’on peut associer énormément de choses dans ce type de système.

Intérêt sous abri et en plein champ

Pour l’intervenant, il y a un intérêt réel sous abri.

Sous abri, c’est un lieu où, de toute façon, il faut que ce soit intensif. Il faut viser deux à trois cultures par an minimum.

En plein champ, c’est plus discutable, parce qu’au-delà d’une certaine surface, il faut être équipé, disposer de la ressource, et tout cela a un coût.

En revanche, en plein champ, cette méthode lui paraît très bonne pour apporter de grosses quantités de matière organique.

Apports massifs de matière organique et relance des sols

Avec 10 cm de compost, on est sur des volumes très importants : environ 1 000 m³ de compost par hectare.

L’intérêt de ces apports massifs est de relancer les sols très rapidement.

Dans leur stratégie, l’idée est de rester en gros un an et demi à deux ans sur compost, puis de semer un engrais vert d’hiver pour relancer encore le système et essayer ensuite de démarrer en semis sous couvert.

Perspective : les semis sous couvert

La conclusion de l’intervention est que, pour lui, la voie d’avenir se situe dans les semis sous couverts végétaux, qu’ils soient vivants ou morts.

Il considère qu’il y a encore énormément de recherches à faire sur ce sujet.

Projet Buzuk et travail collectif

Aurélien Fercot explique enfin qu’il fait partie de l’Atelier paysan. Avec d’autres maraîchers et maraîchères du Finistère, ils ont créé un projet appelé Buzuk.

Ce projet réunit :

  • des maraîchers et maraîchères du Finistère ;
  • l’Atelier paysan, qui chapeaute un peu la démarche.

L’objectif est de développer des itinéraires de semis sous couvert, avec l’outillage nécessaire, puis de les tester et de les valider.