Réduire les pesticides grâce aux macérations de plantes, G. et A. Chédru
![]()
Merci à Antoine et Guillaume Chédru pour cet entretien !
Cette vidéo a été réalisée dans le cadre du projet CoAgroEco, avec le soutien de la région Normandie et de l'Union Européenne.
Retrouvez bientôt le portrait de ferme complet sur notre chaine YouTube !
- --
Chapitrage :
00:00 Zapping d’introduction
00:59 Présentation de la démarche
03:24 La macération d’ail
05:48 Les extraits fermentés : ortie et consoude
05:51 Recette et suivi redox
10:02 Essais et résultats depuis 2016 (pressions fongique, couts)
14:29 Qualité de l’ortie et de l’eau utilisée
16:14 Points de vigilance pour l’utilisation des macérations
17:59 Investissements nécessaires et coûts
- --
Introduction à l’usage des macérations végétales
Sur la ferme, Antoine et Guillaume Chédru ont fait le choix de réduire drastiquement l’usage des pesticides en s’appuyant sur les extraits fermentés et les macérations de plantes. Cette démarche, intégrée à une logique d’agriculture de conservation des sols, vise à renforcer la santé globale des plantes pour les rendre moins attractives face aux maladies et aux ravageurs.
Le principe du redox et la santé des végétaux
L’approche repose sur les travaux d’Olivier Husson concernant le potentiel d’oxydoréduction (redox). Les maladies (mildiou, septoriose, etc.) se développent préférentiellement sur des végétaux dont le milieu est basique et très oxydé.
Le rôle des extraits fermentés est de fournir à la plante les éléments nécessaires pour réduire son redox et abaisser son pH, la remettant ainsi dans un état naturel de santé où les pathogènes se développent beaucoup moins. Il est crucial que les extraits fermentés possèdent un redox compris entre -100 et +100 mV pour être efficaces. Une mauvaise fermentation, trop oxydée, aurait l’effet inverse en stimulant le développement des maladies.
Mise en œuvre pratique et fabrication
Pour réussir ces préparations, la qualité des ingrédients et de l’eau est fondamentale :
- La matière végétale : L’ortie (avant floraison) et la consoude sont les bases principales. La récolte doit être propre, sans adventices (rumex, chardons, graminées) pour éviter les impuretés.
- L’eau : Il faut utiliser de l’eau de pluie pure, sans contact avec des contenants métalliques qui pourraient induire une oxydation.
- La fermentation : Elle se réalise dans des cuves, idéalement en inox, en milieu anaérobie (sous bâche) pour une qualité optimale. Le processus dure une dizaine de jours, à une température de 20-25°C. Il est nécessaire de mesurer régulièrement le pH (entre 4,5 et 5,5) et le redox. Une fois la fermentation terminée, le produit doit être filtré et stocké à l’abri de la lumière et des variations de température.
Stratégies de lutte et résultats économiques
Les Chédru utilisent ces préparations principalement en préventif.
- Contre les altises : En colza et en lin, l’application d’un mélange de macération d’ail (1 kg d’ail broyé dans 0,2 L d’huile de colza, macéré 24h) associé à du savon noir permet de protéger les cultures durant les stades critiques en agissant comme un répulsif olfactif.
- Résultats sur blé : Depuis 2016, les essais montrent que l’utilisation d’extraits d’ortie permet de maintenir des rendements comparables aux programmes chimiques classiques, tout en réduisant la facture phytosanitaire de moitié (passant de 70-80 €/ha à environ 40 €/ha).
Vigilance et formation
Les frères Chédru insistent sur le fait que ces pratiques ne sont pas des recettes miracles, mais des outils nécessitant une formation technique solide, notamment auprès d’experts comme Éric Petiot ou Patrick Doucet. L’utilisation de ces préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) demande de la rigueur :
- Préventif uniquement : Ces produits agissent comme un “vaccin” pour renforcer la plante. En curatif sur une maladie déjà déclarée, leur effet est limité.
- Suivi analytique : La mesure du redox et du pH est indispensable pour garantir la stabilité du produit.
- Gestion du temps : Bien que ces méthodes demandent de l’investissement en temps (récolte, brassage, filtration), le gain économique et environnemental (baisse des IFT, obtention de labels comme la HVE) justifie largement cet engagement.
En somme, ces macérations s’inscrivent dans une démarche de bon sens paysan, où la connaissance fine de la physiologie végétale permet de substituer des solutions naturelles à la chimie de synthèse.