Le séchage de fourrages à la ferme : une opportunité face au changement climatique

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Dans ce webinaire, Florian Daloz (MECA Séchage) et Nicolas Chibane présentent le séchage de fourrages à la ferme comme une réponse concrète au changement climatique. Avec l’avancée des stades de végétation, les fenêtres optimales de récolte arrivent plus tôt, souvent fin avril-début mai, alors que la météo reste instable et rend le séchage au sol risqué. Le séchage en grange permet de récolter un fourrage plus précoce, plus riche et mieux conservé, grâce à une ventilation forcée et, si besoin, un réchauffage de l’air. Les intervenants détaillent le fonctionnement technique des séchoirs, leurs différentes formes et les enjeux de dimensionnement. Ils montrent aussi les bénéfices zootechniques : meilleure valeur alimentaire, baisse des concentrés, hausse de production laitière, amélioration de la reproduction et de la santé du troupeau. Malgré un investissement important, cette technologie apparaît comme un levier d’autonomie, de qualité et de résilience pour les élevages herbagers.

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Résumé
Dans ce webinaire, Florian Daloz (MECA Séchage) et Nicolas Chibane présentent le séchage de fourrages à la ferme comme une réponse concrète au changement climatique. Avec l’avancée des stades de végétation, les fenêtres optimales de récolte arrivent plus tôt, souvent fin avril-début mai, alors que la météo reste instable et rend le séchage au sol risqué. Le séchage en grange permet de récolter un fourrage plus précoce, plus riche et mieux conservé, grâce à une ventilation forcée et, si besoin, un réchauffage de l’air. Les intervenants détaillent le fonctionnement technique des séchoirs, leurs différentes formes et les enjeux de dimensionnement. Ils montrent aussi les bénéfices zootechniques : meilleure valeur alimentaire, baisse des concentrés, hausse de production laitière, amélioration de la reproduction et de la santé du troupeau. Malgré un investissement important, cette technologie apparaît comme un levier d’autonomie, de qualité et de résilience pour les élevages herbagers.

Florian Daloz, conseiller indépendant en système de séchage basse-température (MECA Séchage).


L’augmentation des températures & des sécheresses est aujourd’hui un véritable enjeu pour la pérennité des élevages ayant un système herbager. La floraison des prairies a lieu de plus en plus tôt et une question se pose : comment continuer à faire du foin de qualité dans ce contexte ?


Le séchage artificiel basse‑température, type séchage en grange, est une réponse concrète qui existe depuis des décennies. MECA Séchage va vous présenter le fonctionnement d’un séchoir et les évolutions permettant de s’adapter aux exploitations de plus en plus grandes, aux fourrages de plus en plus riches et à la diversification des cultures.




Introduction

Ce webinaire porte sur le séchage de fourrages à la ferme, et en particulier sur le séchage en grange, présenté comme une opportunité face au changement climatique. Le sujet peut paraître de niche, mais il concerne en réalité de nombreux agriculteurs, en particulier dans les systèmes herbagers.

L’intervention est assurée par :

  • Florian Daloz, fondateur de MECA Séchage, bureau d’étude indépendant créé il y a bientôt trois ans, spécialisé dans le conseil en systèmes de séchage ;
  • Nicolas Chibane, ingénieur en alternance chez MECA Séchage, travaillant notamment sur la partie élevage et sur la conception d’un outil d’aide à la décision pour évaluer l’impact technico-économique de l’installation d’un séchoir sur une exploitation.

MECA Séchage intervient :

  • pour des agriculteurs qui souhaitent installer un séchoir ;
  • pour des exploitations déjà équipées, afin d’optimiser le fonctionnement de leur installation ;
  • sur des audits, du conseil d’utilisation, et des questions concrètes de conduite : quand faucher, sur quelles surfaces, comment régler le ventilateur, etc.

L’objectif à terme est aussi de développer des outils d’aide à la décision fondés sur les données, la météo et le comportement réel des séchoirs, afin d’aider les agriculteurs à piloter plus finement leurs installations.

Qui sont les intervenants et quelle est leur structure ?

Florian Daloz et MECA Séchage

Florian Daloz a créé MECA Séchage, un bureau d’étude indépendant dédié au conseil en systèmes de séchage. L’activité concerne majoritairement l’agriculture, mais peut aussi s’appliquer à d’autres secteurs, dès lors qu’il s’agit de sécher à basse température un produit vivant.

Le travail mené porte à la fois sur :

  • la conception de nouveaux séchoirs ;
  • l’optimisation de séchoirs existants ;
  • l’audit de fonctionnement ;
  • le conseil à l’usage.

Un autre axe important de travail est le développement de solutions fondées sur la donnée, afin de mieux relier :

  • la météo ;
  • les conditions de récolte ;
  • la capacité réelle du séchoir ;
  • les réglages à appliquer.

Florian Daloz travaille en lien avec l’Institut de l’élevage et s’appuie aussi sur un séchoir expérimental dans le Jura pour réaliser des essais.

Nicolas Chibane

Nicolas Chibane est ingénieur en alternance chez MECA Séchage. Il travaille principalement sur :

  • la partie élevage ;
  • les effets du séchage sur la ration et la nutrition ;
  • la conception d’un outil d’aide à la décision destiné aux éleveurs et aux conseillers.

Cet outil vise à évaluer l’impact technico-économique d’un projet de séchoir sur l’exploitation.

Pourquoi s’intéresser au séchage des fourrages ?

Le foin est un aliment de base des élevages

Le point de départ du raisonnement est simple : le foin est un aliment de base dans un élevage. Cela tient à plusieurs raisons.

D’abord, sa production est relativement simple. En général, le matériel disponible sur une ferme permet de faire du foin. Ensuite, c’est un aliment dont les coûts de production sont relativement faibles comparés à d’autres fourrages.

Une comparaison est évoquée entre :

À rendement équivalent, le méteil ensilé revient environ à 52 €/t de matière sèche de plus qu’un foin de prairie permanente. Le foin apparaît donc intéressant d’un point de vue économique.

Un aliment sec et complet

Le foin présente aussi un taux de matière sèche supérieur à 84 %, ce qui limite les problèmes de conservation liés aux voies humides :

  • moisissures ;
  • échauffements ;
  • altérations diverses.

Sur le plan nutritionnel, il reste un aliment complet. D’après les comparaisons citées :

  • le méteil ensilé peut être légèrement plus riche en énergie ;
  • les teneurs en protéines sont à peu près équivalentes ;
  • le foin garde l’avantage d’une matière sèche bien plus élevée.

Autrement dit, le foin est un aliment à la fois sec, relativement économique et de bonne valeur alimentaire.

Le problème majeur du foin : la dépendance au climat

La qualité dépend du stade de récolte

La qualité du foin dépend fortement de la maturité des plantes au moment de la coupe. Le stade considéré comme idéal se situe au début épiaison à épiaison des graminées, soit autour de 800 à 1000 degrés-jours.

À ce stade, on obtient le meilleur compromis entre :

  • rendement ;
  • taux de matière sèche ;
  • valeur énergétique ;
  • valeur protéique.

Traduit en calendrier, cela correspond aujourd’hui plutôt à une période de fin avril à début mai.

Dans les faits, on fauche souvent trop tard

L’exemple du Jura montre qu’en moyenne, les éleveurs y fauchent leur première coupe autour du 11 juin. À cette date, on atteint environ 1400 degrés-jours en plaine, c’est-à-dire un stade où la floraison est largement dépassée.

Le problème est donc clair : le stade optimal arrive tôt, mais les conditions de récolte ne permettent pas toujours d’intervenir à ce moment-là.

Le ressuyage des prairies limite les possibilités d’intervention

Pour analyser cette contrainte, les intervenants utilisent un ratio entre :

  • les précipitations ;
  • l’évapotranspiration potentielle.

Ce ratio permet d’évaluer le ressuyage des parcelles et donc la faisabilité des interventions.

Par exemple, en 2021, sur la période idéale des foins, le ratio atteignait environ 1,86. Cela signifie :

  • une production d’herbe importante ;
  • mais des récoltes difficiles, voire impossibles, faute de ressuyage.

Dans de telles conditions, la parcelle est trop humide pour intervenir correctement, et le séchage au sol devient lui aussi très difficile.

Des années très variables, sans vraie normalité

Les exemples donnés montrent qu’il n’existe pas réellement d’année “moyenne”. On observe :

  • des années très séchantes ;
  • des années très humides ;
  • quelques années plus favorables, comme 2025, où production et intervention étaient compatibles ;
  • d’autres très difficiles, comme 2024, comparables à 2021.

Cette variabilité rend la production régulière de foin de qualité de plus en plus compliquée.

L’effet du changement climatique sur les dates de fauche

Les stades arrivent de plus en plus tôt

Les données climatiques présentées montrent un décalage progressif des périodes de fauche idéales.

Dans les années 1980, la période correspondant aux stades de 700 à 1100 degrés-jours se situait plutôt :

  • courant mai ;
  • voire début juin.

Aujourd’hui, elle se situe plutôt :

  • fin avril ;
  • début mai.

Il s’agit d’un effet direct du réchauffement climatique.

L’avance des 800 degrés-jours est mesurable

Sur la station de Lons-le-Saunier, l’évolution de la date d’atteinte des 800 degrés-jours entre 1972 et 2024 montre :

  • une date autour du 17 mai au début de la série ;
  • une date autour du 29 avril à début mai aujourd’hui.

Cela représente une avance d’environ 4 jours tous les 10 ans.

Sur une station plus au sud, en Lozère, à Mende, l’avance observée est encore plus marquée : environ 7 jours tous les 10 ans.

L’herbe mûrit plus tôt, mais la météo ne suit pas

Le climat se réchauffe, les plantes mûrissent plus vite, mais la météo printanière reste instable. Il y aura toujours :

  • des années où la récolte est difficile en avril-mai ;
  • des années où le séchage au sol reste compliqué ;
  • des problèmes d’humidité de l’air et de ressuyage.

Le véritable enjeu est donc de maintenir la qualité du foin malgré ce décalage entre la plante et les conditions de récolte.

Pourquoi le séchage au sol atteint vite ses limites

La cinétique de séchage du foin

Au moment de la fauche, le fourrage contient en général :

  • 15 à 20 % de matière sèche au printemps ;
  • parfois jusqu’à 25 % plus tard en saison.

Le séchage est rapide au début : il peut représenter 3 à 5 points d’humidité par heure dans de bonnes conditions. Mais la nuit, dès que l’air est saturé en eau, le séchage s’arrête presque totalement.

Le fourrage sèche donc par phases, avec un ralentissement marqué en fin de processus.

Le fourrage reprend peu d’humidité la nuit, mais beaucoup sous la pluie

En temps normal, le foin remouille peu la nuit : seulement quelques points d’humidité. En revanche, dès qu’il pleut, même légèrement, il reprend beaucoup d’eau.

Des essais cités montrent qu’un foin fauché peut reprendre de l’eau plusieurs jours après la coupe, simplement à cause de petites pluies. Or ce remouillage complique énormément l’atteinte d’un état stable.

Un foin stable doit être très sec

Pour être réellement stabilisé, un fourrage doit descendre sous environ 15 à 16 % d’eau. Par sécurité, il est préférable de viser un foin autour de :

  • 12 à 13 % d’eau ;
  • soit 86 à 88 % de matière sèche.

À ce niveau, le foin conserve :

  • sa couleur ;
  • son odeur ;
  • sa masse ;
  • sa qualité.

À l’inverse, un foin insuffisamment sec “travaille” en stockage :

  • il jaunit ;
  • il perd en qualité ;
  • il perd aussi de la masse.

Il est mentionné qu’un lot peut perdre au moins 10 % de sa matière sèche. Autrement dit, sur 100 tonnes entrées, on peut n’en ressortir que 90.

Comment le foin sèche réellement

Il faut évaporer une quantité d’eau considérable

Pour obtenir une tonne de foin stable à 85 % de matière sèche, il faut en réalité partir d’une masse bien plus importante au moment de la coupe.

À l’état final :

  • on a environ 850 kg de matière sèche ;
  • et 150 litres d’eau.

Mais au départ, cette tonne de foin correspond à environ 5,7 tonnes de fourrage frais, avec près de 4,7 tonnes d’eau à évaporer.

Les différentes phases de séchage

Le séchage se fait en trois grandes phases.

De 15 à 40 % de matière sèche

C’est la phase où l’on évapore le plus d’eau. Le fourrage est lourd, il s’écrase vite, et il faut le faner pour maintenir de l’air dans l’andain.

Le séchage dépend alors surtout :

  • du vent ;
  • du soleil ;
  • de la poursuite de la photosynthèse dans la plante encore vivante.

De 40 à 65 % de matière sèche

Il reste déjà beaucoup moins d’eau à sortir. La température devient plus importante pour accélérer le séchage. On a toujours besoin de soleil, mais un peu moins de flux d’air qu’au départ.

Au-delà de 65 % de matière sèche

C’est la phase la plus difficile. On n’a plus vraiment besoin de vent fort, et la température seule ne suffit pas. Ce qu’il faut avant tout, c’est un air très sec.

C’est justement cette dernière étape qui est la plus compliquée au champ, surtout au printemps.

Le rôle central de l’humidité de l’air

L’air agit comme une éponge

Florian Daloz explique que l’air se comporte comme une éponge : il absorbe de l’eau du fourrage jusqu’à atteindre un équilibre. Cet équilibre est appelé équilibre hygroscopique entre l’air et le produit.

Cela signifie qu’au-delà d’un certain niveau d’humidité relative, l’air n’est plus capable de sécher davantage le foin.

Il existe un seuil hygrométrique à ne pas dépasser

Pour un fourrage de graminées, si l’air est au-delà d’environ 80 % d’hygrométrie, il devient impossible de sécher le foin au-delà d’environ 65 % de matière sèche, même en ventilant très longtemps.

Pour stabiliser un foin de prairie, il faut un air autour de :

  • 50 à 55 % d’humidité relative.

Pour la luzerne, c’est un peu plus facile, avec un besoin autour de :

  • 60 % d’humidité relative.

Le problème est qu’en mai, on est rarement en dessous de ces seuils.

Ce n’est pas seulement une question de température

Il peut faire 30 °C sur la côte atlantique, et pourtant le foin ne pas sécher correctement, parce que l’air reste trop humide. À l’inverse, il peut être plus facile de sécher un fourrage par 10 °C en montagne avec un air sec.

C’est donc bien la combinaison entre :

  • température ;
  • humidité de l’air ;
  • ventilation ;

qui détermine le pouvoir séchant.

Le séchage en grange : principe et origine

Une technique ancienne, née dans les zones de montagne

Le séchage en grange existe depuis les années 1960-1970. Il s’est développé d’abord dans des zones de montagne :

  • le massif du Jura ;
  • les Savoies ;
  • la Suisse ;
  • l’Autriche.

À l’origine, il s’agissait :

  • de mieux conserver le fourrage ;
  • d’améliorer sa qualité ;
  • de simplifier le travail hivernal.

Dans les zones enneigées, il était peu pratique d’aller chercher des bottes dehors en hiver. Le foin était donc stocké directement dans le bâtiment, souvent au-dessus ou en face des animaux, pour une distribution plus simple.

Un lien avec les systèmes fromagers de montagne

Le développement historique du séchage en grange est aussi lié aux systèmes de montagne produisant des fromages affinés, comme :

  • le comté ;
  • le beaufort ;
  • le gruyère.

Ces systèmes reposent sur des rations à base d’herbe et sur une grande stabilité de l’alimentation.

Des contraintes topographiques spécifiques

En montagne, les durées de séchage au champ sont souvent limitées :

  • certaines parcelles passent tôt à l’ombre ;
  • le soleil se lève tard derrière les reliefs ;
  • les pentes compliquent le séchage.

Le séchage en grange apportait donc une réponse technique adaptée à ces contextes.

Fonctionnement du séchage en grange

Récolter un fourrage encore humide

Dans ce système, on ne cherche pas à sécher complètement le fourrage au champ. On le récolte encore humide, souvent avec une autochargeuse, puis on le ramène au séchoir.

Le fourrage est ensuite rangé dans des cases, à l’aide d’une griffe à foin suspendue à la toiture ou, selon les cas, installée sur rails ou sur roues.

Les cases font en général entre 100 et 200 m².

Ventilation sous le tas

Une fois le fourrage rangé, l’air est soufflé par des ventilateurs à travers le tas, via des gaines et des caillebotis disposés sous le fourrage.

L’air traverse les différentes couches jusqu’à sécher le tas progressivement. Le fourrage reste ensuite stocké dans la case pour la distribution hivernale.

L’importance du réchauffage de l’air

Depuis une trentaine d’années, avec l’augmentation des besoins et des tailles de troupeaux, on est passé :

  • de systèmes ventilés à l’air ambiant ;
  • à des systèmes avec air réchauffé.

Le réchauffage peut être obtenu de différentes manières, abordées ensuite dans la présentation.

Exemple de séchoir solaire en grange

Un fonctionnement standard est décrit avec une toiture solaire.

Le principe est le suivant :

  • le soleil chauffe la toiture, souvent sombre ;
  • l’air circule sous la tôle, dans une lame d’air ;
  • cet air se réchauffe au contact de la tôle ;
  • il est collecté dans une gaine centrale ;
  • il descend vers un local ventilateurs ;
  • il est ensuite soufflé dans les cases.

La toiture peut apporter une quantité d’énergie importante. Même si toute l’énergie solaire n’est pas valorisée, la contribution reste très significative.

Combien d’eau faut-il enlever dans un séchoir ?

Dans un séchoir, on doit typiquement évaporer entre 300 et 400 kg d’eau par tonne de foin rentrée.

Sur une installation correspondant à 50 vaches, avec 200 à 250 tonnes de matière sèche, cela représente de l’ordre d’une centaine de tonnes d’eau à évaporer sur la saison.

Les ventilateurs peuvent évaporer entre 50 et 200 litres d’eau par heure selon les cas.

Principe physique du séchage

L’idée générale est la suivante :

  • on prend un air de départ ;
  • on lui ajoute de l’énergie ;
  • en le réchauffant, on abaisse son humidité relative ;
  • cet air devient capable d’absorber davantage d’eau ;
  • en traversant le fourrage, il se charge en vapeur d’eau ;
  • ce transfert d’eau consomme de l’énergie, ce qui refroidit l’air.

Le parallèle est fait avec le corps humain : lorsqu’on se mouille la nuque en été, l’évaporation de l’eau absorbe de la chaleur et crée une sensation de fraîcheur.

Le séchage dans la case : le front de séchage

Le séchage dans une case n’est pas homogène. Il se fait progressivement de bas en haut.

Trois zones coexistent dans le tas

Quelques jours après le remplissage, on distingue :

  • une zone basse déjà sèche ;
  • une zone intermédiaire en cours de séchage ;
  • une zone supérieure encore humide.

Le front de séchage monte progressivement.

On peut recharger sans attendre que tout soit sec

Lorsque la partie basse est déjà stabilisée, on peut remettre une nouvelle couche de fourrage humide au-dessus. Le système fonctionne donc par couches successives.

Une fois qu’un fourrage est sec, il ne se remouille pas avec l’air ventilé. Il reste stable, tandis que les nouvelles couches humides sont séchées à leur tour.

C’est l’un des grands intérêts du séchage en grange : on n’a pas besoin d’attendre que tout soit totalement sec avant de continuer à récolter.

Comment rendre l’air séchant ?

Pour que l’air puisse sécher le fourrage, il doit avoir un pouvoir évaporant. Deux grandes méthodes sont présentées.

Chauffer l’air

C’est la méthode la plus simple.

En chauffant l’air, on fait baisser son humidité relative. Florian Daloz indique qu’en ordre de grandeur, chaque degré gagné enlève environ 6 % de l’hygrométrie de départ.

Cela rend l’air beaucoup plus apte à absorber de l’eau. Cette solution est particulièrement efficace dans les climats plutôt frais ou continentaux.

Les sources de chaleur possibles sont nombreuses :

  • solaire ;
  • fioul ;
  • gaz ;
  • biomasse ;
  • chaudière bois ;
  • chaleur fatale ;
  • eau chaude issue de méthanisation ;
  • pompe à chaleur.

Déshumidifier l’air

L’autre méthode consiste à :

  • refroidir l’air ;
  • condenser et extraire une partie de son eau ;
  • puis le réchauffer.

C’est plus technique, plus coûteux, mais adapté à certains climats :

  • maritimes ;
  • tropicaux ;
  • chauds et humides.

En revanche, ce procédé demande certaines températures minimales et devient peu pertinent dans des secteurs où l’air extérieur est déjà assez sec, comme dans certaines plaines du sud-est.

Évolution des systèmes de séchage

De l’air ambiant vers l’air réchauffé

Historiquement, le séchage s’effectuait plutôt à l’air ambiant. Cela pouvait suffire pour des récoltes de juin. Mais avec l’avancée des dates de coupe vers avril-mai, l’air ambiant ne suffit plus toujours.

Il faut donc davantage de maîtrise :

  • sur la chaleur ;
  • sur l’humidité ;
  • sur la ventilation.

Une grande diversité de systèmes existe aujourd’hui

Les intervenants présentent plusieurs types de séchoirs :

  • séchage en grange en vrac, système historique ;
  • séchage en bottes rondes ;
  • séchage en bottes cubiques ;
  • séchage sur caillebotis béton ;
  • séchoirs multiproduits pouvant recevoir fourrage, céréales et bottes ;
  • tapis déshydrateurs, plus proches de systèmes industriels.

Les temps de séchage, les puissances de ventilation, les niveaux d’investissement et les usages varient fortement selon les dispositifs.

Intérêts zootechniques et nutritionnels du foin ventilé

Comparaison entre foin séché au sol et foin ventilé

Des données issues de récoltes dans le Jura[1] en 2024 et 2025 montrent un avantage régulier du foin ventilé en grange sur le foin séché au sol, même lors d’une année favorable aux foins.

Par rapport à un foin séché au sol par beau temps, le foin ventilé présente :

  • + 7 g de MAT ;
  • + 25 g de sucres ;
  • + 0,08 UFL ;
  • + 4 g de PDI ;
  • + 5 points de digestibilité de la matière organique.

En 2024, année beaucoup plus difficile, les gains en sucres sont moindres, mais l’avantage sur l’énergie, les PDI et la digestibilité demeure.

Des gains sur l’autonomie et la qualité de la ration

Le séchage en grange contribue à :

  • l’autonomie massique ;
  • l’autonomie protéique ;
  • la sécurisation de la production de foin ;
  • la production d’un fourrage de qualité plus régulière.

Impact sur la production laitière

À partir des calculs présentés, le gain de valeur alimentaire du foin ventilé peut représenter, pour une ration d’environ 15 kg de matière sèche :

  • environ 1,2 UFL par vache laitière ;
  • environ 60 g de PDI.

Rapporté aux besoins de production du lait, cela conduit à un gain potentiel d’environ :

  • 2,5 litres de lait via l’énergie ;
  • mais le gain retenu de manière prudente est plutôt autour de 1 litre de lait par vache laitière, limité par les PDI.

Ce litre de lait correspond grosso modo à ce qu’apporterait un complément de concentrés, évalué à :

  • 1 kg d’orge par jour pendant 200 jours ;
  • soit environ 200 kg de concentrés par vache laitière ;
  • représentant environ 40 € par vache.

Moins de concentrés pour une même production

Les bilans techniques évoqués montrent qu’avec une ration à base de foin séché en grange, on observe environ 20 g de concentré par kg de lait en moins qu’avec une ration de foin-regain traditionnel.

Dans les comparaisons présentées sur deux hivers, on observe également :

  • environ 3 kg de lait de plus par vache laitière ;
  • environ 30 g de concentré en moins par kg de lait ;
  • des taux butyreux et protéiques comparables.

Effets sur la reproduction et la santé du troupeau

Le séchage en grange est aussi présenté comme ayant des effets positifs sur la gestion d’élevage.

Reproduction

Les résultats évoqués montrent :

  • une réduction d’environ 6 jours de l’intervalle vêlage-vêlage ;
  • 2 points de moins de vaches vides à 110 jours ;
  • 1 point de moins de vaches nécessitant trois inséminations ou plus.

Sanitaire

Le fonctionnement en ration sèche limite plusieurs risques liés aux fourrages humides :

  • listériose ;
  • problèmes butyriques ;
  • concentration cellulaire élevée dans le lait.

Le principal frein : le coût d’investissement

Le principal inconvénient du séchage en grange reste le coût initial.

Selon l’enquête citée en Bourgogne-Franche-Comté :

  • pour des séchoirs de 250 à 400 t MS/an, l’investissement est d’environ 750 à 900 €/t de matière sèche ;
  • pour des séchoirs de capacité inférieure à 250 t MS/an, il se situe plutôt entre 1200 et 1700 €/t de matière sèche.

À cela s’ajoutent les différences de coût liées au traitement de l’air, selon que l’on travaille :

  • à l’air ambiant ;
  • avec chauffage ;
  • avec systèmes plus techniques de déshumidification.

Les intervenants rappellent cependant que certains investissements peuvent être soutenus par des aides, notamment via le PCAE.

Ordre de grandeur économique

Sur une ferme moyenne de 50 à 60 vaches, avec autour de 250 t de matière sèche, le surcoût lié au séchoir est estimé à environ 70 à 80 €/t de matière sèche, soit de l’ordre de 20 000 € par an entre amortissement et fonctionnement.

Cela correspond approximativement à :

  • 30 000 litres de lait à produire dans une zone à lait bien valorisé ;
  • plus de 40 000 litres dans une zone où le prix du lait est plus faible.

Les intervenants soulignent que la rentabilité dépend donc fortement :

  • du prix du lait ;
  • du niveau de valorisation du produit ;
  • du bon dimensionnement du séchoir ;
  • de la qualité du pilotage technique.

Étude de cas en Lozère

Présentation de l’exploitation

L’exemple présenté concerne un éleveur laitier en Lozère :

  • environ 60 vaches laitières de race Brune ;
  • système en agriculture biologique ;
  • ration 100 % sèche ;
  • transformation fromagère à la ferme ;
  • séchoir mis en route en 2022.

Le séchoir comprend :

  • 4 cases de 130 m² ;
  • un débit de 45 000 m³/h ;
  • un réchauffage de l’air sous toiture avec panneaux solaires hybrides ;
  • 2 ventilateurs de 22 kW.

Comparaison de ration entre 2022-2023 et 2025-2026

En 2022-2023, la ration comprenait encore :

  • de la betterave fourragère ;
  • du foin ventilé ;
  • des regains ;
  • des restes de foins tardifs de prairie naturelle ;
  • des céréales ;
  • de la luzerne déshydratée ;
  • un peu de maïs.

Cette ration permettait :

  • 28,6 kg de lait par vache ;
  • avec un TB de 42 ;
  • un TP de 34 ;
  • pour un coût alimentaire d’environ 194 €/1000 l.

En 2025-2026, la ration devient beaucoup plus centrée sur les fourrages secs de qualité :

  • foin ventilé ;
  • regains ;
  • prairie temporaire ;
  • méteil ;
  • un peu moins de céréales ;
  • du tourteau de soja.

Les résultats annoncés sont :

  • 0,05 UFL de plus ;
  • + 7 g de PDI/kg MS ;
  • plus de sucres ;
  • une meilleure digestibilité ;
  • 29,9 kg de lait par vache ;
  • TB 40 ;
  • TP 35 ;
  • un coût alimentaire d’environ 152 €/1000 l.

On observe donc à la fois :

  • une hausse de production ;
  • une amélioration du TP ;
  • une baisse importante du coût alimentaire.

Aller vers des fourrages plus denses et plus précoces

Les intervenants distinguent plusieurs types de fourrages.

Type A

Fourrages peu denses, souvent issus de prairies naturelles, récoltés plutôt tardivement, faciles à sécher.

Type B

Fourrages plus denses, plus riches, plus humides, plus difficiles à sécher, mais plus intéressants en ration.

Type C

Fourrages très denses et précoces, comme certains méteils fourragers ou associations type seigle-vesce, récoltés à des teneurs en matière sèche faibles, souvent autour de 50 %.

Ces fourrages posent de vrais défis de séchage, mais permettent de densifier fortement la ration.

Optimisation technique du séchoir

Sur le cas de Lozère, une optimisation a consisté à faire fonctionner les deux ventilateurs sur une même case, au lieu d’un seul ventilateur pour deux cases.

Cela a permis :

  • d’augmenter le débit d’air et la pression ;
  • de mieux sécher des fourrages plus denses ;
  • d’augmenter la qualité de la ration.

Les ventilateurs, pilotés par variateur, ont été utilisés dans des conditions optimisées. Les intervenants expliquent qu’avec cette stratégie, on peut obtenir environ 35 % d’air en plus qu’avec un ventilateur seul, pour une consommation restant bien maîtrisée.

Le surcoût énergétique rapporté à la tonne de foin est évalué à seulement 1 à 2 €/t, ce qui reste faible comparé au gain alimentaire obtenu.

Un besoin fort de références techniques

Un des constats majeurs de la présentation est le manque de références disponibles aujourd’hui pour les agriculteurs équipés ou souhaitant s’équiper.

La technique du séchage a été développée dans les années 1960-1970, la recherche s’est largement arrêtée dans les années 1980, et depuis, les repères restent limités.

Les agriculteurs manquent notamment de références sur :

  • la capacité réelle de leur séchoir ;
  • la qualité de fonctionnement ;
  • les possibilités d’optimisation ;
  • les liens entre météo, récolte et performances.

Le projet Séch’optifoin

Pour répondre à ce manque, un travail est mené avec l’Institut de l’élevage, notamment avec Tanguy Morel, dans le cadre du projet Séch’optifoin.

Objectifs du projet

Le projet vise à :

  • recréer des repères techniques ;
  • capter des données de terrain ;
  • analyser le fonctionnement réel des séchoirs ;
  • relier la qualité des fourrages, la chaîne de récolte, le séchoir et les performances animales.

Une vingtaine de séchoirs sont suivis dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Données collectées

Le travail consiste notamment à :

  • peser les autochargeuses ;
  • mesurer la matière sèche ;
  • installer de nombreux capteurs ;
  • suivre l’humidité de l’air ;
  • mesurer les performances de séchage ;
  • analyser les rations et les constats d’alimentation.

Perspective : prédire la capacité du séchoir

La suite du projet vise à aller plus loin, en essayant de prédire la capacité du séchoir à partir :

  • de son fonctionnement réel ;
  • de la météo ;
  • de l’état du tas.

L’objectif est d’aider l’agriculteur à répondre à des questions concrètes :

  • combien de foin peut-il faucher ?
  • le tas sera-t-il sec dans 3 jours, 5 jours, 10 jours ?
  • peut-il recharger ou non ?
  • comment régler le séchoir au mieux ?

Questions et réponses

Risque de circulation préférentielle de l’air et de points chauds

À la question sur les circuits préférentiels de circulation de l’air et le risque de “hot spots” favorisant toxines ou champignons, la réponse est nuancée.

Oui, ce phénomène est possible. Il dépend :

  • de l’homogénéité du fourrage ;
  • de la qualité de l’andain ;
  • de la présence éventuelle de paquets, taupinières ou terre ;
  • du dimensionnement du ventilateur ;
  • du travail de rangement dans la case.

Plus le débit d’air est suffisant et plus la ventilation est bien dimensionnée, plus l’air passe partout. L’accompagnement technique de l’éleveur est jugé essentiel pour limiter ces phénomènes.

Les coûts au 1000 litres intègrent-ils l’amortissement ?

La réponse est non : les coûts de ration et de production présentés n’intègrent pas l’investissement du séchoir.

Les comparaisons économiques citées sur le coût alimentaire portent sur :

  • le coût du fourrage ;
  • le coût de la ration ;
  • mais pas sur l’amortissement complet du séchoir.

Les intervenants rappellent que celui-ci représente un poste important, de l’ordre de 60 à 65 €/1000 l dans certains cas.

En allaitant, la rentabilité est-elle la même ?

En élevage allaitant, la réponse est plus variable, car les systèmes sont très divers :

  • systèmes extensifs ;
  • systèmes plus intensifs ;
  • besoins énergétiques différents ;
  • durées de stabulation variables ;
  • niveaux de valorisation très hétérogènes.

Le retour sur investissement est généralement plus difficile à chiffrer qu’en lait. Il faut raisonner au cas par cas, en partant des besoins réels du troupeau et de la ration recherchée.

Dans certains cas, une solution partielle, par exemple sécher seulement une partie de la ration ou travailler en bottes, peut permettre de limiter l’investissement.

Faut-il intégrer la distance et l’éclatement du parcellaire ?

Oui, c’est un point important du conseil.

Les intervenants soulignent qu’il faut regarder à la fois :

  • la distance des parcelles ;
  • leur éclatement ;
  • le nombre de voyages ;
  • le temps de chantier.

En dessous d’environ 5 km, cela pose généralement peu de problèmes. Entre 5 et 10 km, cela commence à devenir plus sensible. Mais l’éclatement peut parfois être encore plus pénalisant que la distance.

Sur des exploitations très morcelées, le vrac peut au contraire simplifier le chantier de récolte par rapport à une gestion fine en bottes sur de multiples petites parcelles.

Qu’en est-il du temps de travail ?

Le changement de système est aussi jugé intéressant sur le temps de travail, surtout en hiver.

Avec du fourrage vrac bien organisé dans le bâtiment, la distribution peut devenir très rapide. Les intervenants évoquent :

  • des distributions en 10 à 15 minutes dans certains cas ;
  • des systèmes entièrement électriques ;
  • moins de manutention ;
  • plus besoin d’enlever ficelles ou plastiques ;
  • moins de tracteurs dans le bâtiment ;
  • un air plus sain.

Le gain de temps est estimé à au moins une heure par jour en hiver dans certaines configurations, avec un vrai gain de confort de travail.

Ressources et contacts

Pour les personnes souhaitant se renseigner ou se faire accompagner, plusieurs ressources sont mentionnées :

  • des formations organisées au cours de l’année, souvent avec les chambres d’agriculture ou les structures de conseil élevage ;
  • un groupe Facebook : « séchage en grange discussion et partage » ;
  • la page Facebook de MECA Séchage ;
  • le site de l’Institut de l’élevage avec le projet Séch’optifoin, qui regroupe de la documentation et une bibliographie sur le séchage.

Les intervenants recommandent aussi vivement :

  • d’aller visiter des installations ;
  • d’échanger avec des agriculteurs déjà équipés ;
  • de se faire accompagner pour raisonner le projet et le pilotage.

Conclusion

La présentation montre que le séchage de fourrages à la ferme constitue une réponse technique forte à plusieurs enjeux actuels :

  • l’avancée des stades de récolte liée au changement climatique ;
  • la difficulté croissante de faire du foin précoce au sol ;
  • la recherche d’autonomie fourragère et protéique ;
  • l’amélioration de la qualité des rations ;
  • la sécurisation de la conservation ;
  • le confort de travail.

Le séchage en grange, et plus largement les différentes techniques de séchage à la ferme, offrent un potentiel important, mais demandent :

  • un bon dimensionnement ;
  • une bonne compréhension du fonctionnement de l’air et du fourrage ;
  • des repères techniques fiables ;
  • un pilotage fin.

L’un des messages centraux de l’intervention est qu’il existe encore une marge de progression importante sur ces systèmes, et que les outils fondés sur la donnée, la météo et le suivi des installations devraient permettre, dans les prochaines années, d’aller beaucoup plus loin dans leur optimisation.

  1. François DUBIEF d'Evajura pour les analyses