Jardin de l'Espoir
Ferme maraîchère avec peu de travail du sol
Ousmane Sambu

Ousmane Sambu, agriculteur à Abomey-Calavi au Bénin, cultive sa terre et élève ses animaux selon les principes de l'agroécologie. Voici le portrait de sa ferme.
Contexte
Contexte
La ferme
- Nom de l'agriculteur : Ousmane Sambu
- Nom de la ferme : Jardin de l'Espoir
- Localisation : Abomey-Calavi, Bénin
- Date d’installation : 2014
- Surface cultivée : 1,3 ha. La surface cultivée est de 3000 mètres carrés. La nouvelle parcelle acquise est d'un hectare.
- Texture du sol : Sablo-limoneux. Sablo-argileuse en profondeur.
- Nombre de personnes travaillant sur l’exploitation (UTH) : 3 : Ousmane et deux de ses frères nigériens. Des stagiaires béninois sont également présents et formés sur le site, certains partant ensuite pour s'installer.
- Climat : Calavi a un climat de type équatorial humide, avec des saisons alternées de pluies et de sécheresse. Selon la classification de Köppen, c’est un climat de savane tropicale (Aw), influencé par la mousson. Sur l’année, la température moyenne est de 26,5°C et les précipitations sont en moyenne de 1342mm.
- Études/formation/parcours de vie : Ousmane a appris le jardinage au Bénin avec un frère nigérien Suleymane, qui est revenu de France. Suleymane l'a formé à l’agroécologie, à la vente directe et la gestion d’une ferme en général. Depuis le départ de Suleymane, Ousmane continue de se former en cherchant des informations sur internet, en pratiquant, et en visitant d'autres lieux, au Bénin et en Afrique de l’Ouest pour apprendre des techniques intéressantes qu'il adapte ensuite dans sa ferme. Il considère qu'il a la "main verte".
Motivations et objectifs
- Intérêts pour l’agroécologie : Ousmane pratique l'agroécologie et croit qu'elle est plus facile et plus rentable que l'agriculture conventionnelle. Il voit l'agroécologie comme une source de revenus plus stable. Il met en avant la patience, la "main verte" et l'amour du travail comme éléments clés pour réussir en agroécologie.
- Objectif / projets futurs : Ousmane souhaite augmenter sa production. Le site actuel étant limité, il a acquis une parcelle supplémentaire d'un hectare en ville pour augmenter sa production et fournir des paniers à plus de clients à Calavy et Cotonou.Informations sur l’exploitation :
Volet agronomique
Productions végétales :
- Cultures maraîchères et vivrières : Ousmane produit une grande diversité de légumes : légumes feuilles, légumes fruits, et légumes racines. Il cite notamment le basilic local (chayot), le venonia (Amavive), le grand morel (Goma), l'amarante (fauteuil), la salade, le chou, la betterave, la carotte, le radis, la vanille, l'aubergine, le gombo, et le haricot vert. Il cultive également des plantes aromatiques (basilic, thym, romarin, fenouil, aneth) et des plantes médicinales comme l'Artemisia (Artemisia annua et Artemisia afra). Le maïs est aussi mentionné parmi les cultures.
- Arbres fruitiers : L'exploitation compte des papayes, des grenadines, du noni, et des fruits de la passion. Le moringa est également présent et consommé.
Pratiques agricoles
Gestion de la fertilité
Ousmane fabrique son propre compost. Il utilise des fientes, des bouses de vache, des cendres de bois, et des feuilles mortes, ainsi que de la poudre de charbon. Le compost est laissé à décomposer pendant trois mois et est retourné après un mois et demi, afin d'éviter la chaleur qui peut tuer les vers de terre et nuire aux plants. Le compost est très riche et permet des récoltes successives sur plusieurs mois, voire plus d'un an, sans nouvel apport constant. Environ 4 à 5 sacs de compost sont appliqués par planche de 24 mètres de long (ou 1 sac pour 4-5 mètres) chaque année. Ousmane vend également une partie de son compost à des voisins ou collègues.
Gestion des ravageurs
- Ravageurs principaux : Les acariens sont un problème majeur pour les tomates et les poivrons, les rendant difficiles à cultiver. Les nématodes sont présents mais Ousmane les gère avec ses techniques.
- Traitement naturels : Ousmane utilise des traitements à base d'huile de Neem, de feuilles de Neem et de feuilles de papaye. Il a également essayé des solutions à base de piment et de cendres. La concentration de ces traitements est cruciale, car une trop forte concentration peut griller les plantes, et une trop faible est inefficace.
- Stratégies préventives : Il pratique l'association de cultures, en plantant des herbes aromatiques comme l'Artemisia, le basilic, l'oignon et le poireau avec les légumes. L'odeur forte de ces plantes repousse les insectes et permet de les "tremper".
- Pertes : Les tomates et les poivrons sont les cultures les plus difficiles à gérer, en partie à cause des acariens et potentiellement du système d'irrigation qui les rend trop humides.
Travail du sol
Le travail des planches de cultures s’effectue à la houe avec la mise en culture afin de procéder au désherbage principalement. Les planches sont toujours couvertes et il y a des cultures pérennes, le travail est donc minime une fois les cultures installées et consiste principalement en un désherbage manuel.
Stratégies face aux contraintes
Pour faire face aux fortes chaleurs, des branches de palmiers sont utilisées comme ombrage, notamment pour les jeunes plants en pépinière. Pour les ravageurs, il mise sur les traitements naturels et l'association de cultures. Pour les semences, il participe à des foires d'échange de semences (ex: au Sénégal) et garde ses propres bonnes semences, ce qui réduit la dépendance à l'achat.
Système hydrique
L'exploitation utilise une pompe immergée électrique. Elle est branchée directement au réseau national avec un compteur à carte. Le coût de l'électricité pour l'irrigation est d'environ 20 000 F CFA par mois en saison sèche et 10 000 F CFA par mois en saison pluvieuse, soit environ 100 000 F CFA par an. Le système d'arrosage utilise des tuyaux perforés ou bandes d'arrosage qui arrosent par aspersion, ce qui peut rendre certaines cultures comme les tomates trop humides. Durant la saison sèche, les besoins en eau sont plus importants, entraînant une augmentation des coûts d'électricité.
Volet social
Satisfactions/insatisfactions
- Charge de travail : Non spécifié, mais la gestion de trois personnes et des stagiaires, ainsi que les ventes quotidiennes, suggèrent une activité intense.
- Économique : Ousmane est satisfait de ses revenus. Il considère son modèle agroécologique comme plus stable et plus bénéfique que le conventionnel, malgré des fluctuations annuelles liées à la production. Il perçoit environ 800 000 F CFA par personne par an
- Sociale : Ousmane travaille avec ses frères et forme des stagiaires béninois, les aidant à s'installer ensuite sur leurs propres sites. Il partage ses connaissances et offre des conseils (produits locaux, lutte contre les ravageurs avec des méthodes naturelles) aux agriculteurs voisins gratuitement.
Environnement
L'exploitation est axée sur l'agroécologie. Elle utilise des méthodes naturelles pour la fertilité des sols (compost) et la gestion des ravageurs. La diversité des cultures est une stratégie clé. Ousmane reconnaît les défis du changement climatique, comme l'augmentation de la chaleur.
Accompagnement technique/Aides
Ousmane reçoit des échantillons de semences d'organisations comme Semences sans frontières. Il participe à des foires d'échange de semences avec d'autres pays. Il n'a jamais eu recours à des crédits bancaires ou des micro-finances.
Coopération avec d’autres agriculteurs
Il échange des semences lors de foires internationales (ex: au Sénégal). Il conseille et aide les voisins agriculteurs, notamment pour les pépinières et les traitements naturels. Il propose également des formations payantes pour que les stagiaires prennent l'apprentissage au sérieux.
Volet économique
Foncier
Ousmane loue le terrain. Le coût de la location est d'environ 300 000 à 350 000 F CFA par an.
Matériel
- Pompe immergée : 85 000 F CFA.
- Bois pour tuteurs/palissage : environ 90 000 F CFA par an (3% des revenus).
- Cordes pour faire grimper les plants.
- Plaques alvéolées (pour pépinières) : Achetées parfois par lots de 20 à 50. Prix : 850 à 1500 F CFA par plaque.
- Dons, aides financières : Pas de dons ou aides financières directes mentionnées, mais échange de semences avec des organisations et d'autres agriculteurs.
Charges (annuelles estimées)
- Matériaux pour le compost (bouses de vache, fientes, cendres de bois, poudre de charbon) : Inclus dans la dépense globale de "nourriture du sol".
- Électricité (principalement pour l'irrigation) : environ 100 000 F CFA.
- Bois et tuteurs : environ 90 000 F CFA.
- Cordes.
- Plaques alvéolées : Coûts variables, achetées ponctuellement (ex: 30 plaques à 1500 F CFA = 45 000 F CFA pour une année si acheté).
- Carburant pour le transport (livraisons à moto) : environ 5 litres par semaine (variable, car pas de livraisons quotidiennes).
- Frais de livraison (lorsqu'il envoie quelqu'un).
- Location du terrain : 300 000 - 350 000 F CFA.
- Total des dépenses estimées à environ 600 000 F CFA par an.
Revenus (Chiffre d'affaires annuel) :
Le revenu total de l'exploitation est estimé entre 3 et 4 millions de F CFA par an.
- Artemisia (plantes médicinales) : 50% à 60% des revenus.
- Fruits (papaye, grenadine, noni, fruits de la passion) : environ 15%.
- Légumes feuilles et légumes racines : environ 35% (le reste).
Stratégie commerciale/ Débouchés
Les ventes se font principalement sur commande. Ousmane compose des paniers variés (contenant légumes, fruits, plantes aromatiques) en fonction de la disponibilité. Il vend également directement à des voisins qui viennent à la ferme. La vente sur un marché local (Fidji Rossé) a été mise en pause. Il vend ses produits quotidiennement. Le compost est aussi vendu en sacs de 50 kg à 4000 F CFA le sac. Le fruit de la passion est vendu au kilo, son prix ayant doublé de 2500 à 5000 F CFA le kilo en raison de la forte demande et de la faible production locale. Il produit également du jus de fruit de la passion, estimant la production à environ 1000 bouteilles par an.
Le conseil de l’agriculteur
Le conseil d'Ousmane pour ceux qui s'intéressent à l'agroécologie est de retenir trois choses essentielles : la patience, la "main verte" (le fait que les choses prennent quand on les plante), et l'amour de ce que l'on fait. Il insiste sur le fait que l'agroécologie n'est pas compliquée si l'on a ces qualités.
Galerie photos
Sources
Interview de Ousmane Sambu réalisée en 2025.