FAUT IL CHAULER LES SOLS ? - Sylvain TROMMENSCHLAGER
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Introduction
Bonjour à tous.
Cette vidéo fait suite aux travaux menés sur la bio-indication. Plusieurs articles ont déjà été publiés autour de la notion de calcium et de carbonate de calcium, directement liée aux pratiques d’amendements calciques. Il est aussi question ici du magnésium, avec l’objectif d’apporter des éléments de réponse et de nuance entre le pH et le taux de carbonate de calcium, qui ne sont pas forcément liés.
Un rappel important est fait d’entrée : le pH peut être fortement tenu par le magnésium, le potassium et bien sûr le sodium, qui ont tendance à le remonter. On peut donc avoir un pH élevé, par exemple un pH de 8, tout en ayant très peu de carbonates. C’est un point essentiel pour bien raisonner les sols.
Le rôle central du calcium dans le sol
Aujourd’hui, le calcium est présenté comme vital, car c’est lui qui assure une bonne cohésion entre l’humus et l’argile, afin de former le complexe argilo-humique.
On peut avoir, en parallèle, des taux d’humus élevés, mais si le calcium n’est pas suffisant, il n’y a pas de bonne capacité d’échange cationique fonctionnelle, et la partie argile peut se retrouver disloquée. Cela se produit soit par manque de calcium, soit par présence d’autres bases peu intéressantes d’un point de vue agronomique.
La base la plus problématique mise en avant ici est le sodium. Des taux de sodium élevés créent de nombreuses anaérobioses. Selon la grille de lecture évoquée par Sylvain Trommenschlager, au-delà de 10 ppm, cela commence à alerter fortement. Le sodium est donc considéré comme un élément de grande vigilance dans les sols.
Le potassium est lui aussi parfois présent à des niveaux élevés, mais peut être inexploitables car séquestré dans les feuillets d’argile. Il n’est alors pas réellement disponible, souvent par manque de calcium.
Calcium et carbonate de calcium : deux notions à ne pas confondre
Le calcium et le carbonate de calcium ne doivent pas être confondus.
Le calcium est mesuré dans les analyses de sol à travers le CaO, exprimé en ppm. Il s’agit d’un raccourci analytique couramment utilisé par les agronomes pour parler du calcium.
Le carbonate de calcium, lui, correspond au CaCO3, autrement dit au calcaire actif ou au stock carbonaté du sol. Lors de sa dissociation, le carbonate de calcium libère du calcium, mais aussi un carbonate qui, sous l’action des acides organiques du sol, des racines et des bactéries, participe aux équilibres biologiques et chimiques.
L’idée essentielle développée dans la vidéo est la suivante : ce n’est pas seulement le calcium mesuré à un instant donné qui importe, mais aussi la réserve en carbonate de calcium capable de fournir un flux régulier de calcium au sol.
Pourquoi le carbonate de calcium est une réserve stratégique
Sous l’action des acides organiques produits par les racines et par les bactéries, le carbonate de calcium se décompose et libère progressivement du calcium ainsi que du CO2. Cela permet un approvisionnement constant en calcium.
Cette régularité est capitale, car elle évite les ruptures d’alimentation du complexe argilo-humique. Le calcium ainsi libéré permet de fixer la matière organique sur les argiles et de maintenir une structure fonctionnelle.
Il est souligné que l’on pourrait être tenté d’apporter uniquement des formes très solubles de calcium. Mais ces formes sont elles aussi rapidement lessivées. D’où l’intérêt d’avoir une bonne réserve de carbonate de calcium dans le sol : elle agit comme une source durable, capable d’alimenter progressivement le système.
Le carbonate de calcium est également présenté comme une source de nutriments essentielle pour les bactéries, notamment dans les processus de dégradation des résidus.
La décalcification des sols
La vidéo insiste sur le phénomène de décalcification, en particulier en surface.
Ce phénomène a été fortement observé avec l’avènement du semis direct. Le travail du sol était déjà un vecteur important de décalcification, mais il en masquait en partie les effets en créant artificiellement une porosité de surface. Cette porosité donnait l’impression d’un fonctionnement correct alors qu’elle pouvait dissimuler un manque de calcium.
En semis direct, la décalcification de surface devient plus visible. Le lessivage par les pluies chargées en CO2 et en acides du sol dissout le calcaire, qui passe en bicarbonates lessivables. Cela entraîne le calcium dans la solution du sol, puis hors du système utile.
Les engrais ammoniacaux et plus largement les engrais azotés sont également présentés comme très déqualifiants. Les pertes sont estimées entre 400 et 700 kg de CaCO3 par hectare et par an au minimum. Lors d’années très pluvieuses, ces pertes peuvent être encore beaucoup plus importantes.
Ainsi, approvisionner correctement le sol en carbonate de calcium revient à limiter les anaérobioses et à sécuriser le fonctionnement du sol sur le long terme.
Comment lire les analyses de sol
Dans les analyses de sol, il faut distinguer :
- le calcium, généralement quantifié à travers le CaO, en ppm ;
- le carbonate de calcium, qui est plutôt exprimé en pourcentage de terre.
Lorsque le taux de carbonate de calcium est inférieur à 1 % du volume de terre, cela est considéré comme relativement faible. Cela alerte sur des sols fortement décarbonatés, où le flux de calcium est fréquemment en rupture.
Cette notion de flux est très importante dans la vidéo. Ce n’est pas seulement le stock instantané de calcium qui compte, mais la capacité du sol à libérer en permanence du calcium au rythme des besoins biologiques et structuraux.
Conséquences agronomiques du manque de carbonates
Quand le stock de carbonates est insuffisant, plusieurs conséquences peuvent apparaître.
Anaérobioses
Le manque de calcium disponible favorise les anaérobioses. Le sodium devient plus présent et plus actif sur les complexes argileux. Le potassium, lui aussi, peut rester bloqué dans les feuillets d’argile si le calcium manque pour rétablir les équilibres.
Levées d’adventices et bio-indication
Ces déséquilibres se traduisent notamment par des levées de dormance de certaines adventices. Sont citées dans la vidéo :
- le vulpin ;
- le chardon ;
- le brome ;
- le ray-grass ;
- l’ambroisie.
Le chardon est associé à de la matière organique anaérobie, qui n’est pas correctement liée à l’argile. Il manque alors un élément floculant colloïdal capable d’assurer une bonne oxygénation du sol.
Le brome est plutôt lié à des matières organiques qui évoluent vers des systèmes forestiers, donc vers des matières organiques très stables.
Le vulpin, le ray-grass et l’ambroisie sont aussi évoqués comme révélateurs de dysfonctionnements, avec parfois des nuances entre manque de calcium et manque de magnésium selon les flores observées.
Mauvaise décomposition de la matière organique
Pour faire avancer la dégradation des pailles, il faut beaucoup de carbonate, davantage encore que de calcium immédiatement soluble. Le carbonate constitue une base d’alimentation pour les bactéries qui dégradent les résidus.
Sans cela, on peut aboutir à des systèmes de type « humus d’héritage » : des matières organiques fraîches passent directement à un état très stable sans libérer suffisamment de matière organique labile, nutritive et structurante.
Augmentation des maladies
Les ruptures d’alimentation en calcium peuvent aussi favoriser les maladies. Des pailles mal décomposées ou une matière organique qui évolue mal créent des anaérobioses, puis l’installation d’une flore microbienne peu intéressante, avec des conséquences sanitaires.
Le rôle du magnésium
La vidéo accorde aussi une place importante au magnésium.
Le magnésium est particulièrement intéressant dans les sols pauvres en argile, notamment les limons et certains sables, où il peut jouer un rôle de « ciment » plus solide. Un moyen mnémotechnique est donné : le magnésium agit comme une colle.
Cela peut être utile dans des sols où la structure est fragile du fait du faible taux d’argile et souvent, par conséquent, du faible stockage de matière organique stable.
Cependant, quand les sols contiennent beaucoup d’argile, le magnésium devient plus gênant. Il est plus hydraté et sa liaison est forte, ce qui rend les sols très plastiques et très durs à travailler.
Le magnésium ne disperse pas clairement les argiles comme peut le faire le sodium, mais il les rend extrêmement plastiques, ce qui pose d’autres problèmes de structure.
L’objectif est donc d’atteindre un bon équilibre entre magnésium et calcium. Le rapport visé est rappelé dans la vidéo : environ 1 pour 12 entre magnésium et calcium.
Floculation et structuration du sol
La floculation est le fait de permettre la liaison entre l’argile et la matière organique pour former une structure stable.
Les éléments monovalents ont peu d’effet floculant, notamment parce qu’ils ne portent qu’une seule charge positive. Le calcium, lui, est très floculant, car il est peu hydraté tout en pouvant retenir beaucoup d’eau, et surtout en la rendant disponible.
C’est un point très important : le calcium ne se contente pas de retenir de l’eau, il la restitue.
Le magnésium est encore plus hydratant, mais sa liaison est souvent trop forte. Dans les sols argileux, cela le rend pénalisant, alors qu’il peut être utile dans des sols plus légers.
Carbonate de calcium et gypse : deux fonctions différentes
La vidéo distingue bien deux types d’apports :
- le carbonate de calcium, qui sert surtout à maintenir une réserve utile et un flux constant de calcium ;
- le sulfate de calcium, ou gypse, qui a davantage un effet « dessalant ».
Le gypse permet de remettre en solution certains éléments comme le sodium, le potassium, voire le magnésium, afin de les chasser ou de les rééquilibrer. Il a donc un rôle plus correctif sur certains excès.
Le carbonate, lui, travaille davantage sur la durée, sous l’effet des racines, des acides organiques et de la biologie du sol, pour assurer un approvisionnement permanent en calcium sans rupture.
Comment repérer un manque de calcium ou de carbonates
Plusieurs signes d’alerte sont donnés :
- des structures compactes et instables ;
- une mauvaise décomposition de la matière organique ;
- des anaérobioses ;
- une augmentation des maladies ;
- certaines flores bio-indicatrices ;
- des analyses de sol montrant de faibles teneurs en carbonates.
Ces éléments doivent être interprétés ensemble. Le raisonnement ne doit pas se limiter au seul pH.
Matière organique, calcium et humus
Un point important est rappelé sur la nature des matières organiques.
Les acides fulviques sont présentés comme intéressants dans les sols, car ils contiennent beaucoup de calcium. La floculation est alors plus simple et plus rapide.
À l’inverse, les acides humiques bruns contiennent peu de calcium et ne permettent pas facilement de floculer avec l’argile pour former un humus intéressant pour les sols.
Il faut donc, pour former de l’humus et plus précisément du complexe argilo-humique, entretenir le cycle par des apports calcaires.
Il est également rappelé que les sols tourbeux, très riches en matière organique, retiennent beaucoup d’eau mais la libèrent mal. En d’autres termes, des taux d’humus élevés augmentent la réserve, mais pas forcément la réserve facilement utilisable. Cette remarque ouvre sur une future réflexion autour de la matière organique et de la réserve utile.
Lien avec la gestion des adventices
La vidéo se conclut en replaçant ces questions dans le contexte agronomique du moment, notamment celui du désherbage.
Dans une année compliquée, l’intérêt du constat de terrain, de la bio-indication et des corrections entre carbonates et magnésium devient de plus en plus important pour maintenir des sols fonctionnels.
L’objectif n’est pas d’appliquer des techniques « hégémoniques », mais d’utiliser des moyens rapides et performants pour sortir d’impasses agronomiques.
La correction des déséquilibres entre calcium, carbonates, magnésium, sodium et structure du sol est présentée comme un levier essentiel pour limiter ou freiner les invasions de ray-grass, de vulpin, de brome et d’autres adventices problématiques.
Conclusion
Le message principal de Sylvain Trommenschlager est clair : il ne faut pas raisonner le chaulage uniquement à partir du pH.
Un sol peut avoir un pH élevé et pourtant manquer de carbonates. Or, sans réserve de carbonate de calcium, il n’y a pas de flux régulier de calcium pour stabiliser le complexe argilo-humique, soutenir la biologie du sol, bien dégrader les résidus et limiter les anaérobioses.
Le calcium est indispensable à la cohésion du sol, mais le carbonate de calcium est la réserve qui sécurise son approvisionnement dans le temps. Le magnésium a aussi un rôle à jouer, surtout dans certains types de sols, mais il doit rester équilibré avec le calcium.
La lecture conjointe des analyses, de la structure du sol et de la flore bio-indicatrice permet donc d’orienter les corrections les plus pertinentes et de mieux comprendre s’il faut, ou non, chauler les sols.