Couvert mort ou vivant, que préfère le sol ? Etienne Gautier
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Merci à Etienne Gautier pour cette capsule vidéo et la restitution de ces essais.
Contexte de l’essai
Cette intervention présente une observation de terrain sur une parcelle située dans le sud de l’Alsace, sur un sol de type limon profond battant. Le précédent cultural est le blé et la culture suivante prévue est le maïs.
L’objectif de l’essai est de maximiser la fonction du couvert pendant l’interculture afin de nourrir le sol. L’agriculteur concerné adapte ses pratiques selon le contexte de sa parcelle : il pratique du TCS, du semis direct, ainsi que du labour, selon les besoins du sol et les objectifs de productivité.
Mise en place du couvert
Sur cette parcelle, un couvert semé en relais a été implanté le 13 juillet, juste après moisson, en semis direct. Il s’agit d’un couvert très diversifié, représentant un coût d’environ une centaine d’euros, avec à la fois un couvert d’été et un couvert relais.
Le mélange comprenait notamment :
- avoine
- seigle
- trèfle
- vesce
- sorgho
- tournesol
- niger
- phacélie
- radis
L’idée est d’exploiter au maximum les fonctions du couvert sur la période d’interculture.
Les trois modalités comparées
Trois modalités ont été observées :
- couvert laissé vivant, sans intervention jusqu’au moment des observations ;
- passage de rouleau FACA à deux reprises ;
- fauchage à deux reprises.
Les photos et observations commentées ont été réalisées vers la mi-mars.
Modalité 1 : couvert vivant sans intervention
Dans la première modalité, le couvert a été laissé en place sans roulage ni fauchage.
Au moment de l’observation, le couvert est encore bien présent et peu dégradé. On observe aussi un peu de repousse de colza et d’autres crucifères.
L’analyse du profil de sol, sur environ 30 cm, montre en surface une couleur brune et une certaine reprise en masse du sol, du fait que le couvert n’est plus très actif à cette période.
D’après la méthode d’évaluation visuelle utilisée, la couche de surface est jugée plutôt correcte, avec une note de type :
- SQ3 B3 en surface
En revanche, dans la partie inférieure du profil, le sol apparaît plus massif, avec :
- SQ4 B0 en profondeur
Autrement dit, la structure y est plus blocailleuse ou massive, et surtout très peu traversée par l’activité biologique.
Modalité 2 : passage de rouleau FACA
Dans la deuxième modalité, un rouleau FACA a été passé deux fois, une première fois en novembre, puis une seconde fois en janvier.
Visuellement, on constate que :
- la biomasse est davantage couchée au sol ;
- il y a plus de biomasse verte vivante ;
- l’ensemble paraît plus homogène, alors que l’on est pourtant à très courte distance des autres modalités.
Cela traduit une vraie différence de fonctionnement du couvert.
Dans le profil de sol, on observe :
- des racines vivantes ;
- encore de la végétation vivante ;
- une structure de surface assez proche de la modalité précédente.
En profondeur, la note reste de type :
- SQ4
mais avec une activité biologique qui passe à :
- B1
On est donc toujours sur des blocs en profondeur, mais avec davantage de traces d’activité biologique que dans la modalité sans intervention. Le roulage ne transforme pas encore la structure du sol, mais il semble déjà stimuler un peu la vie biologique.
Modalité 3 : couvert fauché
Dans la troisième modalité, le couvert a été fauché à deux reprises, en octobre-novembre, puis de nouveau en janvier.
L’observation visuelle montre :
- davantage de biomasse verte ;
- un effet de couverture différent, avec un fonctionnement qui semble plus favorable à l’activité du sol.
En surface, la note est proche des autres modalités, avec :
- SQ2 B+ selon le commentaire oral, ce qui traduit une très belle activité biologique dans l’horizon superficiel.
Dans la couche de 10 à 30 cm, la structure reste notée :
- SQ4
comme dans les autres modalités profondes, mais l’activité biologique atteint cette fois :
- B3
C’est un point important : la structure n’est pas encore fondamentalement transformée, mais les blocs sont beaucoup plus perforés par l’activité biologique. Le sol est repris en masse, mais il est aussi davantage traversé par la vie du sol.
À l’inverse, dans la modalité sans intervention, on retrouvait aussi un SQ4 en profondeur, mais avec un B0, c’est-à-dire sans perforation biologique notable.
Comparaison des effets sur le sol
La comparaison des trois modalités met en évidence un gradient :
- couvert vivant sans intervention : SQ4 B0 en profondeur ;
- couvert roulé : SQ4 B1 ;
- couvert fauché : SQ4 B3.
Cela signifie que, dans cet essai :
- le couvert n’a pas encore amélioré la structure profonde du sol à court terme ;
- en revanche, selon la gestion du couvert, il a clairement pu augmenter l’activité biologique;
- le fauchage est la modalité qui a montré ici l’effet le plus marqué sur la perforation biologique des blocs.
L’intérêt du couvert n’est donc pas seulement sa présence, mais aussi la manière dont il est conduit.
Enseignements tirés de l’observation
Sur cette parcelle, l’observation montre que le couvert, en particulier lorsqu’il est fauché, n’a pas encore permis de corriger la structure du sol en profondeur, mais il a favorisé une activation de la vie biologique'.
Cette activité biologique se traduit concrètement par :
- une meilleure perforation des blocs ;
- une préparation plus favorable du sol pour le semis suivant ;
- un fonctionnement biologique plus intense.
Pour aller plus loin dans l’amélioration de la structure, il est rappelé qu’il faut raisonner cela sur un temps plus long, notamment en travaillant sur la matière organique. L’effet structurel relève davantage d’une fonction de long terme, alors que l’augmentation de l’activité biologique peut être observée plus rapidement.
Conclusion
Cette observation de terrain illustre que, sur un limon profond battant en interculture avant maïs, la gestion du couvert influence fortement le fonctionnement biologique du sol.
Même si les trois modalités présentent encore une structure profonde comparable, le passage :
- de l’absence d’intervention,
- au roulage,
- puis au fauchage,
s’accompagne d’une augmentation nette de l’activité biologique, visible par la perforation des blocs.
Le principal enseignement est donc que, sur cette parcelle, le couvert fauché a montré le plus fort potentiel pour activer la vie du sol à court terme.