Comment optimiser la gestion des adventices résistantes aux herbicides ?
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Retrouvez l'intervention de Bastien Boquet aux Unitechdays, journée organisée par Unilasalle le 11 mai 2023.
Conférence "Comment optimiser la gestion des adventices résistantes aux herbicides ?"
Table ronde "Travailler sur la santé des sols, quels intérêts pour notre agriculture ?"
Comment optimiser la gestion des adventices résistantes aux herbicides ?
Dans le cadre d’une conférence organisée par le pôle végétal, Bastien Bocquet, ingénieur projet chez Agro-Transfert Ressources et Territoires et agriculteur dans la Somme, expose les enjeux cruciaux liés à la prolifération des adventices résistantes, notamment le vulpin des champs et le ray-grass, qui constituent les deux tiers des problèmes rencontrés par les agriculteurs des Hauts-de-France.
Biologie et comportement des adventices
Le vulpin et le ray-grass sont des adventices particulièrement problématiques en raison de leur grande plasticité. Elles possèdent des exigences de germination peu restrictives, leur permettant de s’adapter à des contextes très variés. Bien que leur taux annuel de décroissance dans le sol soit relativement élevé (environ 69 % pour le vulpin et 62 % pour le ray-grass), leur production importante de graines (2 000 à 3 000 par plante) et leur dormance conditionnée par les conditions climatiques lors de la maturation des graines les rendent difficiles à éradiquer.
L’impact du changement climatique et des pratiques agricoles
Les observations montrent que ces adventices germent désormais à des périodes où elles étaient auparavant absentes. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :
- Évolution climatique : Le dérèglement climatique entraîne des périodes de sécheresse agronomique plus fréquentes, décalant les cycles de levée.
- Pratiques agricoles : La réduction du travail du sol, l’augmentation des apports d’azote minéral et l’avancement des dates de semis des céréales favorisent leur développement.
- Résistance aux herbicides : L’épuisement des matières actives et l’apparition de résistances (cibles et non-cibles) compliquent le désherbage. Des cas de ray-grass résistants au glyphosate ont même été signalés, posant un défi majeur pour les systèmes de culture.
Stratégies de gestion agronomique
Face à ces impératifs, Bastien Bocquet préconise une approche systémique :
- Retarder les dates de semis : Dans les parcelles fortement infestées, décaler le semis des céréales (vers le 10-15 novembre) permet de réduire le potentiel d’infestation initial.
- Diversification des rotations : Intégrer des cultures de printemps et d’été pour casser le cycle des adventices automnales.
- Gestion du labour : Le labour doit être raisonné, idéalement une fois tous les 4 ou 5 ans, pour ne pas ré-augmenter les stocks semenciers.
- Techniques de rattrapage : L’estimage (coupe des épis) ou l’ensilage précoce en cas d’échec du désherbage peuvent éviter de réalimenter le stock semencier. Les essais montrent que l’optimum d’estimage se situe aux alentours du 1er juin.
Santé des sols et santé du végétal : le rôle des couverts végétaux
Lors d’une table ronde réunissant David Boucher (expert du groupe Carré), Bastien Bocquet et Benoît Manguin (éleveur ovin), les intervenants ont débattu de l’intégration des couverts végétaux comme levier de fertilité et de gestion des adventices.
Intégration et objectifs des couverts
L’intégration d’un couvert doit dépasser la simple contrainte réglementaire (directive nitrates). Elle doit être réfléchie selon les objectifs de l’agriculteur : création d’humus, piégeage d’azote, stockage de carbone ou encore pâturage. Une réflexion en amont sur les dates de semis, les espèces adaptées et les modalités de destruction est indispensable pour réussir cet investissement.
Synergie avec l’élevage
Le pâturage des couverts végétaux par des ovins représente une opportunité croissante. Cette technique permet :
- Un service agronomique : Consommation des adventices, restructuration superficielle du sol et apport de fertilité via les déjections.
- Une gestion modulable : L’éleveur peut diriger le troupeau pour gérer précisément les zones de salissement.
- Un compromis économique : Sans échange d’argent dans certains cas, cette pratique favorise le lien entre fermes céréalières et fermes d’élevage, redynamisant les territoires.
Points de vigilance
- Implantation : Le semis direct à la volée avant la moisson s’avère être une technique prometteuse pour maximiser la biomasse et l’humidité résiduelle, à condition de choisir les bonnes variétés (précocité).
- Destruction : Il faut anticiper les difficultés de destruction mécanique pour certaines espèces comme le radis fourrager.
- Risques sanitaires : La prolifération de ravageurs (mulots, limaces) dans les systèmes en semis direct sous couvert doit être surveillée.
En conclusion, si le couvert végétal n’est pas une solution “magique”, il constitue un levier central pour maintenir la fertilité des sols à long terme, à condition de l’intégrer intelligemment dans un système de production global cohérent.