Baisser les charges d'intrants : la gestion "blé rustique", Bertrand Omon
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Bertrand Omon et agronome et notamment connu pour ses travaux sur la fertilisation. azotée dynamique et plus généralement le cycle de l'azote dans les cultures
Introduction
Dans cette vidéo, Bertrand Omon, agronome indépendant, présente des travaux de longue durée sur la conduite du blé dite « blé rustique », c’est-à-dire une manière de piloter la culture du blé avec peu d’intrants, en s’appuyant sur la combinaison cohérente de plusieurs leviers agronomiques. Ces travaux, engagés il y a plus de vingt ans, avaient été développés notamment avec la Chambre d’agriculture de l’Eure, avec l’INRA, Arvalis et d’autres partenaires.
L’objectif initial était de produire du blé à faible coût, à une époque où l’on réfléchissait à des débouchés énergétiques comme le blé éthanol. Mais pour Bertrand Omon, ces références restent aujourd’hui particulièrement actuelles : elles répondent à la fois aux enjeux économiques liés au ciseau entre prix de vente faibles et charges élevées, et aux enjeux environnementaux et de santé.
Pourquoi reparler aujourd’hui du blé rustique ?
Bertrand Omon explique que ces travaux anciens sont paradoxalement peu connus aujourd’hui, alors qu’ils peuvent encore être très utiles. Le contexte actuel les rend même particulièrement pertinents :
- les prix des céréales peuvent être faibles ;
- les coûts des intrants, en particulier l’azote et l’énergie, peuvent être élevés ;
- les enjeux environnementaux et sanitaires restent forts ;
- les aléas climatiques rendent risquée une stratégie trop intensive.
L’idée est donc de repartager ces acquis, de montrer comment ils peuvent être actualisés, et de souligner qu’ils peuvent être mobilisés par beaucoup d’agriculteurs dès maintenant.
Un changement de regard agronomique
L’héritage de l’agronomie factorielle
Bertrand Omon rappelle que l’agriculture moderne s’est longtemps appuyée sur la « loi des minimums » ou des facteurs limitants, une approche héritée du XIXe siècle. Elle consiste à considérer les facteurs limitants un par un, en particulier l’azote, puis les maladies, puis les variétés, etc.
Au cours du XXe siècle, cette approche a conduit à :
- empiler des facteurs limitants sans toujours considérer leurs interactions ;
- structurer le conseil agricole par spécialités : fertilisation, pathogènes, sélection variétale, etc. ;
- développer des essais factoriels classiques, fondés sur les statistiques, avec répétitions et étude facteur par facteur.
Cette méthode a longtemps été considérée comme la seule manière rigoureuse d’établir des relations de cause à effet. Mais elle néglige un point essentiel : les effets de combinaison entre pratiques.
L’émergence de l’agronomie système
En réaction à cette limite, s’est développée l’agronomie système. Celle-ci considère :
- l’agriculteur dans ses champs ;
- ses décisions ;
- les pratiques mises en œuvre en combinaison ;
- les performances multiples attendues : production, économie, environnement, santé, travail.
Dans cette logique, un itinéraire technique annuel peut être vu comme un « mini-système » : ce n’est pas un empilement de pratiques indépendantes, mais une combinaison logique et ordonnée de techniques.
Bertrand Omon insiste sur ce point : le mot important est bien « combinaison ». C’est ce qui distingue cette approche de l’agronomie factorielle classique.
L’origine des travaux sur le blé rustique
Un premier réseau au tournant des années 2000
Les premiers travaux ont été menés entre 1999 et 2002. Ils associaient :
- la recherche publique, à l’époque l’INRA ;
- Agro-Transfert ;
- Arvalis ;
- le « club des cinq », c’est-à-dire cinq sélectionneurs engagés dans ces travaux.
L’objectif était de voir comment conduire des variétés de blé diverses, plus résistantes aux maladies, dans un contexte où l’on cherchait à produire du blé à bas coût, à faible valeur ajoutée, avec en plus des performances environnementales et énergétiques.
Même si le débouché du blé éthanol semble aujourd’hui daté, les problématiques techniques et économiques posées à l’époque sont très proches de celles d’aujourd’hui.
Le principe du blé rustique
Une combinaison de trois leviers principaux
Le cœur de l’itinéraire « blé rustique » repose sur une combinaison cohérente de trois leviers :
- des variétés dites rustiques ;
- des densités de semis réduites, ou plus exactement des peuplements non excessifs ;
- pas d’apport d’azote au tallage.
Ces trois leviers fonctionnent ensemble. Il ne s’agit pas de retirer un intrant isolément, mais de piloter autrement le peuplement et la nutrition de la culture.
La place centrale de la variété
Une variété rustique n’est pas seulement une variété résistante ou tolérante aux maladies. Bertrand Omon précise qu’elle doit idéalement réunir plusieurs caractéristiques :
- une bonne tolérance ou résistance aux maladies ;
- une capacité à supporter une carence azotée précoce ;
- une capacité à maintenir de bonnes teneurs en protéines.
La distinction entre résistance et tolérance est rappelée :
- une variété résistante bloque fortement la maladie ;
- une variété tolérante peut rencontrer la maladie mais continue à bien fonctionner malgré sa présence.
L’importance du peuplement
À l’époque des premiers travaux, beaucoup de blés étaient semés tôt, souvent début octobre, à forte densité, dans de bonnes conditions de levée. Cela conduisait fréquemment à des peuplements trop denses en sortie d’hiver.
Ces peuplements excédentaires favorisaient :
- les maladies ;
- la verse ;
- des besoins précoces en azote, parfois surestimés.
Bertrand Omon précise qu’aujourd’hui il faut adapter ce raisonnement à la date de semis. Un semis tardif réduit naturellement le risque de surdensité. L’enjeu est donc surtout d’éviter des peuplements trop excessifs, notamment en sortie d’hiver.
Le rôle clé de la suppression de l’azote au tallage
Le troisième pilier est la suppression de l’azote au tallage. Cela repose sur plusieurs constats :
- les apports précoces d’azote sont souvent peu efficaces ;
- ils peuvent être excédentaires ;
- ils renforcent des peuplements déjà trop denses ;
- ils aggravent les risques de maladies et de verse.
En début de montaison, si le peuplement est trop important et le rapport carbone/azote défavorable à la base des tiges, le risque de verse augmente fortement.
En supprimant l’azote au tallage dans un système déjà conçu avec une variété adaptée et un peuplement non excessif, on diminue naturellement les besoins précoces, on limite les excès de biomasse, et on rend inutile l’usage d’un régulateur.
Comment fonctionne la combinatoire des pratiques ?
Moins de biomasse précoce, moins de maladies, moins de verse
La combinaison entre :
- variété rustique,
- peuplement réduit ou maîtrisé,
- absence d’azote au tallage,
conduit à une moindre biomasse précoce. Cela rend la culture moins favorable au développement des maladies foliaires et moins sujette à la verse.
Cette conduite permet alors :
- de ne plus utiliser de régulateur ;
- de réduire fortement la protection fongicide ;
- parfois même de faire l’impasse sur les fongicides certaines années.
Bertrand Omon insiste sur un point : il ne s’agit pas de supprimer les produits « comme ça », sans réflexion. Il s’agit de conduire le peuplement végétal de manière à ce que le recours à ces produits ne soit plus nécessaire ou devienne très réduit.
Compensation du nombre d’épis et maintien du rendement
Avec ce type de conduite, le nombre d’épis peut être un peu plus faible. Mais cette baisse peut être compensée si :
- la variété a une bonne capacité de compensation ;
- le statut azoté est correctement maintenu en fin de cycle.
Bertrand Omon souligne que le maintien du statut azoté en fin de cycle est plus important que le soutien précoce. Cela rejoint l’idée actuelle de fertilisation dynamique.
Cette stratégie peut permettre :
- de préserver le nombre de grains par épi ;
- de maintenir un nombre de grains par mètre carré correct ;
- de conserver un bon taux de protéines avec 30 à 40 unités d’azote économisées.
Les résultats économiques des premiers travaux
Les premiers essais ont comparé quatre niveaux d’itinéraires techniques :
- un itinéraire intensif ;
- un itinéraire standard ;
- un itinéraire intégré à bas intrants, appelé notamment « CM3 » ;
- un itinéraire encore plus extensif.
L’itinéraire qui a été le plus retenu ensuite est l’itinéraire intégré à bas intrants.
Les conclusions du premier réseau étaient les suivantes :
- il est écologiquement et énergétiquement pertinent de cultiver des blés rustiques ;
- ces combinaisons réduisent la sensibilité de la rentabilité au prix des céréales et au prix de l’énergie ;
- ces itinéraires sont souvent les plus rentables quand le prix des céréales est bas ;
- ils restent aussi très intéressants quand le prix des céréales est moyen mais que le prix de l’énergie est élevé.
Pour Bertrand Omon, ces conclusions sont toujours très actuelles.
Le deuxième réseau : une douzaine d’années de références
Un travail collectif dans le développement
À partir de 2003, un second réseau est mis en place, cette fois davantage dans le développement agricole, avec :
- des Chambres d’agriculture ;
- des Civam ;
- quelques chercheurs et ingénieurs, notamment Bernard Rolland et Irène Félix ;
- plusieurs régions et départements.
Faute de moyens importants, le protocole est simplifié : on ne compare plus que deux conduites :
- une conduite standard du territoire ;
- une conduite intégrée à bas intrants inspirée du « CM3 ».
La conduite intégrée à bas intrants repose alors sur :
- une baisse de la densité de semis ;
- une réduction forfaitaire de la dose d’azote ;
- moins de régulateurs ;
- moins de fongicides.
Ce réseau a duré environ douze ans, ce qui donne des résultats jugés très précieux.
Un écart de rendement assumé
Bertrand Omon indique qu’en moyenne, on observe environ 8 quintaux par hectare d’écart de rendement en moins avec l’itinéraire bas intrants.
Cet écart est assumé, car l’objectif n’est pas de maximiser le rendement, mais la marge. Avec des charges nettement plus faibles, cet écart reste économiquement acceptable, surtout en contexte de prix défavorables.
Enseignements du réseau national
L’effet du milieu est très fort
L’analyse des essais montre que l’effet combiné de l’itinéraire et du milieu pédoclimatique est plus fort que l’effet de l’itinéraire seul par rapport à la variété.
Autrement dit :
- il est important de bien conduire la culture ;
- même une variété sensible peut parfois être mieux valorisée avec une conduite moins intensive ;
- mais le choix variétal reste très important, en particulier pour les maladies.
L’effet variété reste déterminant sur les maladies
Des essais comparant des variétés très sensibles et des variétés plus rustiques montrent clairement que :
- on désintensifie beaucoup mieux une variété rustique ;
- les variétés sensibles supportent mal la réduction de protection ;
- dans des situations de faible pression, une désintensification reste parfois possible même avec une variété sensible.
L’exemple d’Oratorio est mis en avant comme variété rustique de référence dans ces travaux, tandis qu’Orvantis représente un blé productif mais très sensible.
En année difficile, les effets de conduite et de variété peuvent être très puissants
Bertrand Omon montre aussi des photos d’essais de 2007, année très difficile du point de vue des maladies foliaires. Sur certaines variétés non protégées, toutes les feuilles sont détruites. Mais certaines variétés comme Atlas s’en sortent nettement mieux et peuvent même dégager la meilleure marge sans fongicide.
Cela illustre, selon lui, la puissance de la combinaison entre conduite culturale et choix variétal.
Des marges très stables dans le temps
Sur plus de 140 essais retenus parmi 189, les courbes de marge de l’itinéraire standard et de l’itinéraire intégré à bas intrants sont très parallèles. Cela montre que :
- les deux conduites produisent des marges proches ;
- la conduite bas intrants est économiquement très robuste ;
- les écarts annuels de marge sont surtout liés au prix du blé et au millésime climatique.
Ce qui pèse le plus sur la marge
Le déterminant principal de la marge n’est pas l’itinéraire technique mais :
- le prix du blé ;
- le contexte climatique de l’année.
Quand les prix sont élevés, l’itinéraire plus intensif peut parfois prendre un léger avantage. Mais quand les prix sont moyens ou faibles, ou quand l’année climatique est mauvaise, la stratégie bas intrants devient particulièrement intéressante.
Bertrand Omon cite notamment les années 2016 ou 2023, très défavorables dans certains territoires, pour montrer qu’en cas d’accident climatique, le fait d’avoir moins engagé de charges devient un vrai atout.
Le risque économique est souvent du côté de l’intensification
Une analyse du risque montre qu’un itinéraire rustique avec une variété adaptée fait courir un risque économique limité. À l’inverse, une variété très productive mais très sensible, conduite de façon plus intensive, peut conduire à des pertes beaucoup plus importantes certaines années.
Bertrand Omon insiste sur ce point : intensifier peut être un faux ami. Ce n’est pas intuitif, mais lorsque les charges sont élevées et que le rendement n’est pas au rendez-vous, le résultat économique peut devenir très mauvais.
Qualité, environnement et efficacité de l’azote
Protéines
Les taux de protéines varient d’abord selon les variétés. Sur l’ensemble des variétés du réseau, la perte moyenne observée est faible, de l’ordre de 0,2 point, lorsqu’on ne filtre pas les variétés.
Réduction des IFT hors herbicides
À l’échelle de l’itinéraire annuel, on ne traite pas la question des herbicides, qui relève davantage du système de culture pluriannuel. En revanche, sur les autres produits, la réduction est forte.
Le passage à un itinéraire intégré à bas intrants permet une baisse de plus de 50 % de l’IFT hors herbicides, simplement en réduisant les régulateurs et les fongicides.
Une meilleure efficacité de l’azote
Les travaux montrent aussi que dans l’itinéraire intégré, la part d’azote non absorbée diminue. Cela signifie que l’azote apporté est utilisé plus efficacement.
Cette observation a été confirmée par des prélèvements de biomasse et des analyses du contenu en azote. En apportant l’azote plus tard et de façon plus ajustée, on améliore son efficacité.
Une approche multiperformante
En fin de réseau, une synthèse a été faite sur plusieurs dimensions :
- production ;
- économie ;
- travail ;
- santé ;
- environnement.
Le message principal est que la conduite intégrée à bas intrants permet une multiperformance :
- un rendement un peu plus faible, mais compensé par la baisse des charges ;
- des marges robustes ;
- moins d’avance de trésorerie à engager ;
- moins de temps de travail au printemps ;
- moins d’exposition de l’agriculteur aux produits phytosanitaires ;
- moins d’IFT ;
- une meilleure efficacité de l’azote.
Bertrand Omon souligne aussi que ces systèmes peuvent être intéressants pour des agriculteurs qui s’installent, car ils nécessitent moins de trésorerie au départ.
Pourquoi ces travaux ont-ils été peu mobilisés ?
Malgré leur robustesse, ces travaux ont été peu diffusés et peu mobilisés. Bertrand Omon rappelle qu’un travail d’expertise avait déjà pointé cette difficulté.
Parmi les explications évoquées :
- le prestige culturel du rendement maximum ;
- l’importance accordée au chiffre d’affaires ;
- le poids de systèmes sociotechniques verrouillés ;
- une certaine inertie dans les filières et le conseil.
Il cite notamment Philippe Barret et Jean-Marc Meynard sur cette question des verrous sociotechniques.
Ce qui s’est passé chez les agriculteurs qui l’ont adopté
À partir de son expérience, notamment dans l’Eure et dans le réseau DEPHY, Bertrand Omon estime avoir observé environ 1500 situations de parcelles en blé sur une vingtaine d’années.
Les résultats observés chez ces agriculteurs sont marquants :
- pratiquement jamais de régulateur ;
- la verse n’a jamais été un sujet majeur en vingt ans ;
- un seul fongicide dans environ 75 % des cas ;
- environ 15 % de cas sans aucun fongicide ;
- environ 10 % de cas nécessitant un second passage, souvent lié à de la rouille.
Il mentionne aussi l’intérêt des mélanges variétaux, notamment pour limiter le risque rouille.
Ces agriculteurs ont, selon lui, maintenu leur marge brute, tout en travaillant plus largement à l’échelle du système de culture.
La question de l’azote : aller plus loin avec la fertilisation dynamique
Bertrand Omon insiste sur le fait qu’il ne faut pas réduire le raisonnement à une simple baisse forfaitaire d’azote. Il faut raisonner l’azote dynamiquement.
Les travaux plus récents et les échanges qui suivent la conférence insistent sur plusieurs points :
- les bilans classiques sous-estiment souvent la fourniture réelle d’azote par le sol ;
- une part importante de l’azote utilisé par les cultures provient de la minéralisation du sol ;
- tous les apports d’azote ne sont pas utilisés avec la même efficacité ;
- les apports précoces peuvent être très peu efficaces ;
- une partie importante de l’azote non absorbée retourne dans le sol sous forme réorganisée, puis peut être remobilisée plus tard.
Il rappelle que les cultures d’hiver comme le blé ou l’orge arrêtent assez tôt leur absorption d’azote, contrairement à des cultures d’été comme le maïs ou la betterave, qui profitent davantage de la minéralisation estivale.
Effet retard et stockage de l’azote dans le sol
Dans l’échange final, Bertrand Omon explique qu’un sol contient des stocks très importants d’azote potentiellement minéralisable. Cela signifie qu’une baisse de fertilisation pendant quelques années ne conduit pas mécaniquement à un effondrement rapide de la fertilité azotée du sol.
L’azote non absorbé peut :
- être perdu ;
- être réorganisé dans le sol ;
- être remobilisé ultérieurement.
Cela explique qu’on puisse parfois observer très peu d’écart de rendement entre une dose d’azote prévue et une dose fortement réduite, notamment lorsque la fourniture du sol est sous-estimée.
Comment conduire un blé rustique aujourd’hui ?
Pour Bertrand Omon, la conduite d’un blé intégré à bas intrants reste parfaitement d’actualité pour 2026 et au-delà, à condition de l’actualiser.
Les points d’appui actuels
Aujourd’hui, il existe davantage de variétés de profil rustique, y compris parmi des variétés productives. C’est un point très favorable.
Pour choisir une variété, il recommande de regarder en priorité :
- la sensibilité à la rouille jaune ;
- la sensibilité à la rouille brune ;
- la résistance à la fusariose ;
- la nuisibilité moyenne liée aux maladies ;
- la tenue à la verse ;
- la capacité à faire de la protéine.
Il précise qu’il faut surtout éviter les variétés les plus sensibles.
Les parcelles les plus faciles pour démarrer
Pour se lancer, il conseille de cibler en priorité :
- des parcelles non excédentaires en peuplement ;
- des semis plutôt tardifs ;
- des situations propres ;
- des variétés rustiques.
L’idée est de commencer sur les parcelles les plus favorables pour se faire la main.
Ajuster l’azote plus finement
Il recommande également de ne pas s’en tenir à une simple impasse systématique au tallage, mais d’utiliser les outils de fertilisation dynamique, notamment la méthode APN, pour ajuster plus finement.
Extension à d’autres cultures
Bertrand Omon termine en montrant que la logique de combinaison de leviers ne concerne pas seulement le blé.
Orges d’hiver et de printemps
Il indique que l’équivalent de cette approche peut exister sur orge, avec des adaptations.
Colza
Terres Inovia a développé une logique proche sous le nom de « colza robuste ». Le principe est de réussir un colza très bien installé à l’automne, capable :
- de mieux gérer les ravageurs ;
- d’utiliser plus efficacement l’azote ;
- de permettre des réductions d’au moins 40 unités d’azote sur beaucoup de parcelles.
Dans l’échange final, Bertrand Omon précise qu’en colza, la biomasse est le premier critère à observer, puis éventuellement le statut azoté mesuré par chlorophylle.
Protéagineux
Sur protéagineux, il explique que l’on a moins de leviers combinables aujourd’hui. On est davantage dans une logique d’efficience que de reconception systémique.
Lin fibre
Sur lin fibre, il estime qu’il existe aussi des possibilités de reconception combinant variété, azote, maladies et verse. Il observe cependant que cette culture s’est beaucoup intensifiée ces dernières années.
Betterave
Sur betterave, il évoque également des pistes de reconception, en combinant :
- choix variétal ;
- délai de retour sur la parcelle ;
- azote ;
- à terme, travail sur les pucerons et les associations.
Il précise néanmoins que ces approches ne sont pas encore aussi abouties que pour le blé.
Éléments issus des questions-réponses
Comment repérer une variété rustique actuelle ?
En s’appuyant sur les tableaux de sélection, Bertrand Omon recommande de regarder en priorité :
- la rouille jaune ;
- la rouille brune ;
- la fusariose ;
- la nuisibilité moyenne des maladies ;
- la tenue à la verse ;
- la capacité à faire de la protéine.
Il précise que la septoriose est importante, mais qu’elle se gère souvent déjà mieux grâce à l’itinéraire lui-même. Le critère le plus discriminant pour éviter un second traitement reste souvent la rouille.
Le rôle de la date de semis
La date de semis est déterminante dans le risque de verse. Un blé semé tardivement a beaucoup moins de risque d’avoir un peuplement excessif. Bertrand Omon conseille donc, pour démarrer, de tester cette approche d’abord sur les derniers blés semés.
L’intensification et les aléas climatiques
Dans l’échange, il insiste fortement sur le fait qu’on continue trop souvent à raisonner comme si les meilleurs scénarios de prix et de climat allaient toujours se produire. Or les agriculteurs vivent au contraire :
- davantage d’aléas climatiques ;
- davantage d’instabilité économique ;
- une hausse durable du coût de l’énergie et des intrants.
Cela renforce selon lui la pertinence des itinéraires robustes et sobres.
Efficacité des apports d’azote
Il rappelle que l’efficacité d’un apport d’azote est très variable selon :
- la date de l’apport ;
- la météo ;
- l’état d’enracinement de la culture ;
- la capacité du sol à minéraliser.
Des apports très précoces peuvent avoir des coefficients d’utilisation très faibles, alors qu’un apport plus tardif au bon moment peut être valorisé presque totalement.
APN et autres cultures
Dans les questions finales, Bertrand Omon évoque aussi les prolongements de la méthode APN à d’autres cultures :
- sur colza, en complément du suivi de biomasse ;
- avec des pistes également sur maïs, même si les références sont encore en construction.
Conclusion
Le message principal de Bertrand Omon est clair : la gestion « blé rustique » n’est pas une vieille curiosité agronomique, mais une approche toujours moderne, robuste et utile.
Elle repose sur une idée simple mais exigeante : ne pas retirer des intrants isolément, mais reconcevoir la conduite de la culture à partir d’une combinaison cohérente de leviers :
- variété ;
- peuplement ;
- azote ;
- fongicides ;
- régulation.
Cette approche permet de viser non pas le rendement maximum, mais une multiperformance plus robuste, intégrant la marge, l’environnement, le travail et la santé.
Selon lui, beaucoup d’agriculteurs peuvent dès maintenant identifier, dans leurs parcelles, des situations adaptées pour commencer à tester cette conduite sur blé.