Et si l'agroforesterie était la meilleure façon de sauver la forêt, avec Alain Canet

De Triple Performance
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Dans ce webinaire, Alain Canet et ses invités défendent une idée forte : l’agroforesterie pourrait être l’un des meilleurs moyens de préserver la forêt… en remettant l’arbre au cœur des champs, des prairies, des vignes et même des villes. Avec l’agronome Hervé Coves, la réalisatrice Marie-France Barrier et Jérémy Prat, ils montrent que l’arbre n’est pas un obstacle à la production, mais un allié du sol, de l’eau, du climat, de la biodiversité et du paysage. Le débat souligne aussi l’importance de la régénération naturelle, des haies, des trognes, des arbres fourragers et des systèmes agroforestiers du monde entier, tous capables de produire plus tout en protégeant les milieux. Marie-France Barrier présente également l’association Des Enfants et des Arbres, née dans la continuité du film *Le Temps des arbres*, pour faire planter des arbres aux enfants avec les agriculteurs et transmettre une culture vivante du paysage.

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Résumé
Dans ce webinaire, Alain Canet et ses invités défendent une idée forte : l’agroforesterie pourrait être l’un des meilleurs moyens de préserver la forêt… en remettant l’arbre au cœur des champs, des prairies, des vignes et même des villes. Avec l’agronome Hervé Coves, la réalisatrice Marie-France Barrier et Jérémy Prat, ils montrent que l’arbre n’est pas un obstacle à la production, mais un allié du sol, de l’eau, du climat, de la biodiversité et du paysage. Le débat souligne aussi l’importance de la régénération naturelle, des haies, des trognes, des arbres fourragers et des systèmes agroforestiers du monde entier, tous capables de produire plus tout en protégeant les milieux. Marie-France Barrier présente également l’association Des Enfants et des Arbres, née dans la continuité du film *Le Temps des arbres*, pour faire planter des arbres aux enfants avec les agriculteurs et transmettre une culture vivante du paysage.

Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !


Aujourd'hui, on continue le cycle avec Alain Canet : Et si l'agroforesterie était la meilleure façon de sauver la forêt : le rôle déterminant des arbres champêtres.


En partenariat avec Arbre & Paysage 32 & Pour une Agriculture du Vivant


Introduction

Cette rencontre en ligne réunit plusieurs intervenants autour d’une question centrale : et si l’agroforesterie était la meilleure façon de sauver la forêt ?

Autour d’Alain Canet interviennent notamment :

L’échange se déroule dans le contexte du confinement, mais avec une idée directrice très claire : malgré la situation, « la vie est belle », et il est encore possible de penser, d’agir et de replanter.

Le thème du jour porte sur :

  • l’agroforesterie,
  • la place de l’arbre champêtre,
  • le lien entre arbres hors forêt et forêt,
  • et la manière dont l’arbre peut redevenir un pilier de l’agriculture, des paysages et de la fertilité.

Les intervenants

Alain Canet

Alain Canet se présente comme directeur d’Arbre et paysage 32, une structure gersoise qui travaille à la promotion, la diffusion, la formation, le conseil et l’appui technique en agroforesterie.

Il rappelle que la structure agit largement au-delà du Gers, avec une équipe d’une douzaine de salariés. Son travail consiste à accompagner les agriculteurs et à remettre l’arbre au cœur des systèmes de production.

Marie-France Barrier

Marie-France Barrier est réalisatrice de documentaires. Elle intervient dans la continuité de son film Le temps des arbres, diffusé sur France 5, dont l’objectif était de mettre en valeur les bienfaits des arbres, en forêt comme en agriculture.

Elle explique que ce documentaire a donné naissance à un prolongement concret : l’association Des enfants et des arbres, directement liée aux enjeux de l’agroforesterie.

Jérémy Prat

Jérémy Prat est ingénieur de formation. Issu d’une famille d’agriculteurs, il explique s’être « déraciné » en partant vivre en ville, avant de chercher des moyens de se reconnecter au vivant.

Il raconte s’être donné comme défi de planter plus de 1 000 arbres et de développer, avec d’autres, des projets de reconquête du vivant dans sa petite ville.

Hervé Coves

Hervé Coves se présente comme agronome, même s’il dit aimer de moins en moins ce terme, car il estime qu’il limite trop souvent le regard au seul champ cultivé. Il préfère se situer dans le paysage, dans les relations entre le champ, la forêt, les arbres, les animaux et tous les cœurs de vie qui composent un territoire.

Il travaille avec Alain Canet sur la promotion et la formation autour de nouvelles manières d’envisager l’agriculture.

Replacer l’humain dans une histoire avec l’arbre

Pour introduire le sujet, Hervé Coves propose un récit sur Homo sapiens et ses origines en Éthiopie, dans la vallée de l’Omo.

Selon lui, l’humain n’est pas d’abord un conquérant, mais un être curieux, qui a voulu découvrir le monde. En suivant les oiseaux migrateurs, les premiers humains auraient quitté l’Afrique pour remonter vers le nord, attirés par l’idée de territoires fertiles.

Cette évocation sert à rappeler que :

  • l’humanité est née dans un écosystème forestier et arboré,
  • cet écosystème contenait déjà tout ce qui était nécessaire à son développement,
  • les grands corridors biologiques sont essentiels à la circulation du vivant,
  • et la vie possède une immense capacité de résilience.

Hervé Coves insiste sur un point : plutôt que de continuer à agir en conquérants, les humains devraient redevenir des découvreurs et travailler avec le vivant plutôt que contre lui.

Pourquoi planter des arbres ?

Une nécessité sensible et presque intime

Marie-France Barrier explique que planter des arbres, pour elle, c’est renouer avec « un vieil ami ». Elle insiste sur la dimension sensible de la relation à l’arbre.

Elle évoque :

  • une nostalgie profonde,
  • une silhouette familière,
  • une présence rassurante,
  • et même une analogie entre l’arbre et le corps humain, dans ses ramifications, ses réseaux et sa structure.

Pour elle, avant même les arguments agronomiques ou scientifiques, il existe un appel sensible à remettre des arbres dans les paysages.

Un lien avec l’enfance et le bonheur

Jérémy Prat raconte un exercice de méditation qui lui a fait remonter ses souvenirs les plus heureux :

  • aller pêcher chez ses grands-parents agriculteurs,
  • être avec son père dans la forêt pour couper du bois.

Ces souvenirs lui ont fait comprendre combien son lien au vivant passait par l’arbre. Il ajoute qu’en école d’ingénieur, il avait été frappé par des campus très verts en apparence mais totalement stériles du point de vue nourricier : de grandes pelouses, mais aucun arbre fruitier, rien à manger, aucun lien concret avec la résilience locale.

Son engagement est donc aussi né de cette idée simple : permettre aux gens, y compris en ville, de retrouver le plaisir élémentaire de cueillir une framboise, une pomme ou une cerise près de chez eux.

Lire le paysage agroforestier

À partir d’une image paysagère, Hervé Coves propose une lecture détaillée d’un territoire agroforestier.

Il y distingue :

  • un vallon central et d’autres petits vallons,
  • une rivière au fond,
  • des ruisseaux bordés de ripisylves,
  • des prairies,
  • des zones plus humides,
  • des habitations entourées d’arbres,
  • des parcelles plantées en alignements,
  • et une forêt au sommet.

Il souligne plusieurs éléments fondamentaux :

Les arbres relient le paysage

Les ripisylves, les haies, les arbres en bord de parcelle et les boisements constituent une trame. Cette trame permet à la vie de circuler :

  • animaux,
  • graines,
  • microbiote,
  • micro-organismes,
  • insectes,
  • oiseaux.

Le paysage agroforestier est donc d’abord un paysage connecté.

Les humains aiment vivre près des arbres

Hervé Coves remarque que les maisons sont presque toujours entourées d’arbres. Selon lui, ce n’est pas un hasard : l’humain aime la proximité des arbres, sans doute parce qu’il vient d’un monde arboré.

Bien sûr, les arbres rendent de nombreux services :

  • ombre,
  • protection contre le vent,
  • fruits,
  • bois,
  • fraîcheur.

Mais au-delà de ces fonctions, il y a une attirance profonde.

Les arbres étaient autrefois partout

Les alignements d’arbres dans les champs peuvent paraître nouveaux aux plus jeunes, mais Hervé Coves rappelle qu’ils étaient autrefois quasiment la norme. Les arbres étaient présents partout dans les paysages agricoles.

L’agroforesterie n’est donc pas une invention récente : c’est un retour à des formes anciennes de fonctionnement du territoire.

Planter, gérer, laisser pousser

Alain Canet insiste sur trois gestes complémentaires :

  • planter,
  • gérer l’existant,
  • laisser pousser.

Il rappelle qu’il faudra planter énormément pour réarbrer correctement les territoires et retrouver le potentiel fonctionnel des arbres.

Mais il souligne aussi l’importance de la régénération naturelle assistée, qu’il présente comme :

  • la solution la moins coûteuse,
  • la plus efficace,
  • et souvent la plus puissante.

L’exemple donné est celui d’une formation arborée de quatre ans, dans laquelle les arbres prennent déjà le dessus. Alain Canet rappelle qu’en laissant simplement pousser, on peut déjà faire apparaître de futurs chênes centenaires.

La question du renouvellement des classes d’âge est également posée : il ne suffit pas d’avoir quelques vieux arbres, il faut préparer dès aujourd’hui ceux de demain.

Le rôle des plantes pionnières et des ronces

À propos d’images de ronciers et de jeunes ligneux spontanés, Hervé Coves explique que les ronces, prunelliers, aubépines et autres arbustes pionniers jouent un rôle déterminant.

La nature attire les animaux pour se reconstruire

Ces plantes :

  • fleurissent abondamment,
  • produisent énormément de fruits,
  • attirent les insectes pollinisateurs,
  • attirent les oiseaux,
  • attirent les petits mammifères,
  • et donc aussi les prédateurs de ces animaux.

Pour Hervé Coves, cette exubérance n’est pas un hasard : la nature, lorsqu’elle reconquiert un lieu, attire d’abord le règne animal, car elle a besoin de lui pour redémarrer.

Il compare cela à une stratégie de séduction : fleurs et fruits rendent la nature attirante, « aimable », et permettent de faire revenir le vivant.

Le tiers paysage

Il fait aussi référence à Gilles Clément et à l’idée de « tiers paysage » : ces lieux délaissés où la nature réinvestit spontanément les espaces.

La question posée est alors la suivante : pourquoi les humains ne prendraient-ils pas part, eux aussi, à ce processus de régénération ?

L’arbre, la nourriture et la gastronomie

La discussion montre que l’arbre n’est pas seulement un objet paysager ou écologique : il est aussi un élément central de la production alimentaire.

À partir d’une image d’assiette, les intervenants rappellent que de nombreux aliments peuvent être produits à proximité des arbres :

  • pommes de terre,
  • fromage,
  • salade,
  • tomates,
  • melons,
  • plantes sauvages comme l’ortie.

L’exemple du jambon ibérique est donné : les porcs sont élevés dans des systèmes agroforestiers et finissent leur croissance en consommant des glands sous les chênes. Ce lien entre arbre, élevage et qualité alimentaire est présenté comme exemplaire.

Alain Canet élargit ensuite la réflexion :

  • l’agroforesterie produit du bois,
  • de l’énergie,
  • de la fertilité,
  • de la nourriture,
  • et évite d’aller prélever toujours davantage de matière en forêt.

L’agroforesterie pour protéger la forêt

C’est un des fils rouges de la vidéo.

Pour Alain Canet, faire de l’agroforesterie permet :

  • de produire du bois hors forêt,
  • de produire de la biomasse,
  • de fertiliser les sols,
  • de nourrir les animaux,
  • et donc de réduire la pression sur les massifs forestiers.

L’idée est claire : si les campagnes redeviennent productrices de bois, de fourrage, de fruits, de matière organique et d’énergie, alors la forêt peut être moins sollicitée.

Autrement dit, l’agroforesterie peut « sauver la forêt » en :

  • la reconnectant au reste du territoire,
  • restaurant des continuités écologiques,
  • et évitant qu’elle soit la seule source de bois et de matière.

Les forêts domestiques et les milieux humides

Le marais poitevin

À partir d’images du marais poitevin, les intervenants évoquent les systèmes de frênes têtards, de haies, de canaux et de prairies.

Hervé Coves explique que les fonds de marais sont des lieux très particuliers où la matière organique se décompose dans des conditions pauvres en oxygène. Il décrit le rôle de l’azote dans ces milieux, ainsi que la capacité de certains arbres, comme le frêne ou l’aulne, à interagir avec ce cycle.

Ces systèmes marécageux apportent :

  • de l’eau,
  • des nutriments,
  • une forte biodiversité,
  • et des conditions très favorables à certaines agricultures, notamment le maraîchage.

Produire de la biomasse sans fin

Alain Canet insiste sur un point important : ces forêts domestiques et ces trognes montrent qu’on est dans un monde végétal potentiellement « quasi infini ».

Un arbre taillé en trogne :

  • repousse,
  • produit de plus en plus de biomasse,
  • peut nourrir, chauffer, fertiliser,
  • et recommencer sans qu’on ait besoin de le détruire.

Il y voit un message central pour l’agroécologie : le végétal bien géré permet de produire durablement.

Les bocages et l’élevage

Les bocages sont présentés comme des formations agroforestières de premier ordre.

Détruire un bocage, c’est déstocker du carbone et de la vie

Alain Canet rappelle que lorsqu’on supprime des haies et des arbres pour agrandir les parcelles ou les convertir à d’autres cultures, on détruit :

  • du stockage de carbone,
  • de la biodiversité,
  • des habitats,
  • des fonctions agronomiques,
  • et une qualité de paysage.

Il insiste sur le fait que le bocage fait partie intégrante des systèmes d’élevage de qualité.

Faire évoluer le bocage

Hervé Coves reconnaît que les formes traditionnelles de bocage ne sont pas toujours adaptées à la mécanisation contemporaine. Il propose donc de penser des bocages réinventés :

  • avec des parcelles plus allongées,
  • avec une organisation compatible avec les tracteurs,
  • tout en conservant la logique de cloisonnement et de rotation.

Il souligne que dès qu’on remet de l’élevage dans un système, on recrée souvent de petites mosaïques de parcelles, notamment dans le cadre du pâturage tournant dynamique.

Les arbres comme fourrage

Les arbres bocagers servent aussi de source fourragère. Certaines images montrent des arbres dont les parties basses sont consommées par les animaux. Hervé Coves rappelle qu’en été, lorsque les graminées souffrent de la sécheresse, les arbres continuent à produire des feuilles capables de nourrir le bétail.

L’association « Des enfants et des arbres »

Marie-France Barrier présente longuement ce projet né dans la continuité de ses documentaires.

Une suite aux films « Le champ des possibles » et « Le temps des arbres »

Elle explique avoir d’abord réalisé Le champ des possibles, consacré à l’émergence de nouvelles paysanneries et à des agriculteurs qui se réancrent dans leur sol et leur autonomie.

Puis est venu Le temps des arbres, film sur les vertus de l’arbre :

  • construction,
  • chauffage,
  • fertilité des sols,
  • vin,
  • soin,
  • éducation,
  • relation au monde.

À force de documenter ces initiatives, elle a éprouvé le besoin de ne pas s’en tenir au constat ou au récit, mais d’agir concrètement.

L’objectif de l’association

L’association Des enfants et des arbres a pour ambition de faire entrer la plantation d’arbres chez les agriculteurs dans le programme scolaire des enfants, et si possible dans celui des collégiens de sixième.

L’idée est de permettre à chaque enfant de planter des arbres dans son paysage de proximité, avec des agriculteurs et des structures agroforestières.

Trois grandes finalités

Marie-France Barrier décrit trois branches principales du projet.

Soutenir et mettre en lumière les agroforestiers

L’association veut accompagner les structures agroforestières déjà engagées, rendre leur travail visible et les aider à financer des plantations.

Redonner de l’espérance aux enfants

Elle veut aussi offrir aux enfants une expérience active face au « fatalisme écologique » ambiant. Il ne s’agit pas de leur transmettre seulement la peur, la culpabilité ou le sentiment d’effondrement, mais de leur faire vivre une action positive.

Planter un arbre doit redevenir, selon elle, une forme de rite de passage, un geste qui inscrit dans le monde et dans la communauté.

Retisser le lien entre société et agriculture

Enfin, l’arbre est vu comme un trait d’union entre :

  • les enfants,
  • les citoyens,
  • les enseignants,
  • les agriculteurs,
  • les territoires.

L’objectif est de faire de la transition agricole un projet de société partagé, et non une charge portée seulement par les agriculteurs.

Premières actions

L’association, très jeune au moment de l’échange, a déjà réalisé une première plantation citoyenne avec un collège des Yvelines, dans une ferme voisine. Environ 200 arbres y ont été plantés avec une cinquantaine d’enfants.

Ambition et réseau

Marie-France Barrier insiste sur l’ambition du projet. Elle cite Oscar Wilde : « Il faut avoir des rêves très grands pour ne pas les perdre de vue. »

Elle mentionne aussi :

  • une marraine, Cécile de France,
  • l’appui de figures de l’agroforesterie,
  • et le soutien de personnes issues des médias et de l’éducation.

Le site mentionné est : desenfantsetdesarbres.org.

Reboucler les cycles en ville

Jérémy Prat présente une expérience de jardin partagé en région parisienne.

Partir d’un sol très pauvre

Le projet démarre sur un terrain urbain de 300 m² avec seulement une vingtaine de centimètres de sol sur une dalle en béton.

À partir de là, le travail consiste à :

  • apporter de la matière,
  • reconstruire la fertilité,
  • faire revenir la vie,
  • et créer un espace nourricier.

La ville comme réserve de matière organique

Pour lui, la grande force de la ville est l’abondance de ressources :

  • déchets verts,
  • tailles de jardin,
  • broyat,
  • paille issue d’événements,
  • main-d’œuvre volontaire.

Chaque année, plusieurs tonnes de matière sont ainsi réincorporées au sol au lieu d’être évacuées.

Vers le « zéro déchet » au jardin

Jérémy Prat raconte avoir mis en place des ateliers sur la fertilité des sols et le « zéro déchet » au jardin. L’idée est de montrer qu’à l’extérieur de la maison aussi, il est possible de ne pas produire de déchets, puisque la nature n’en produit pas.

Cela suppose de réorienter les flux de matière vers le sol :

  • directement en paillage,
  • en tas de bois,
  • en bordures plessées,
  • en couverture,
  • et seulement à la marge par le compost.

Le compost remis à sa place

Dans l’échange, Alain Canet souligne que le compost ne doit pas être considéré comme l’outil principal de fertilité. L’idée forte défendue ici est que la matière fraîche doit retourner directement au sol autant que possible.

Le compost est plutôt présenté comme une solution annexe, utile pour certains surplus, mais pas comme le cœur du système.

Retrouver les savoir-faire

Jérémy Prat insiste aussi sur la perte rapide des savoir-faire, comme la greffe, et sur la nécessité de les réapprendre. Il explique que l’observation est essentielle : dès que les gens voient par eux-mêmes les effets du paillage, de la couverture ou des arbres, ils comprennent.

Productivité, arbres et cultures

L’un des messages majeurs de la vidéo est que l’agroforesterie n’est pas une baisse de productivité, mais une autre manière de produire davantage et mieux.

Sortir de l’idée de concurrence systématique

Hervé Coves explique qu’on pense souvent que les arbres concurrencent les cultures, en particulier les céréales. Il reconnaît qu’il peut y avoir localement des difficultés, mais insiste sur les capacités de coopération entre plantes, notamment via les réseaux mycorhiziens.

Il précise que :

  • certaines céréales modernes ont perdu une partie de leur aptitude à bien interagir avec les champignons,
  • tandis que des blés anciens conservent ces capacités,
  • ce qui ouvre une piste majeure d’adaptation des semences à la présence des arbres.

Il cite en particulier des groupes de producteurs travaillant sur cette adaptation.

Une surface occupée, mais une production augmentée

Même si les arbres prennent une partie de l’espace, la productivité globale peut augmenter, car :

  • les cultures se comportent mieux,
  • les systèmes sont plus stables,
  • la fertilité s’améliore,
  • le fourrage augmente,
  • les arbres produisent eux-mêmes de la biomasse, du bois ou des fruits.

En élevage aussi

Le même raisonnement vaut pour les prairies et l’élevage :

  • l’herbe peut mieux pousser à certains moments près des haies,
  • les animaux bénéficient de l’ombre,
  • le sol porte mieux,
  • la sortie précoce au printemps peut être facilitée,
  • et les arbres apportent un complément alimentaire.

Le temps long n’est pas une excuse à l’inaction

Alain Canet insiste fortement sur ce point : planter un arbre n’est pas une économie remise à plus tard, c’est une économie qui démarre tout de suite.

Selon lui, le plus long, ce n’est pas la croissance de l’arbre, c’est l’attente avant de se décider à planter.

Dès qu’un arbre est présent :

  • la vie revient,
  • le sol évolue,
  • les interactions commencent,
  • le paysage change,
  • le microclimat se transforme.

La trogne, forme emblématique de l’arbre paysan

La vidéo accorde une place importante aux trognes.

Produire du bois sans tuer l’arbre

Alain Canet résume la force de la trogne en une idée : on peut produire du bois sans jamais couper l’arbre.

C’est ce qui rend cette forme si précieuse :

  • elle repousse,
  • elle peut durer très longtemps,
  • elle produit de plus en plus de biomasse,
  • elle est utile au chauffage, au fourrage, à la fertilité, à la biodiversité.

Le rôle du tire-sève

Hervé Coves explique, à propos d’une trogne en reprise, l’importance du tire-sève : une branche laissée pour permettre à la sève de continuer à circuler correctement et favoriser la repousse après taille.

Chaque partie du bois a un usage

Dans la trogne, chaque partie peut être valorisée :

  • le tronc maintenu sur pied comme réserve et structure,
  • les branches pour le chauffage ou d’autres usages,
  • les petites branches éventuellement pour les animaux ou pour nourrir le sol.

Une manière d’accélérer les cycles

Hervé Coves compare la taille des arbres à l’action des grands herbivores ou de la mégafaune disparue. En taillant sans détruire, on accélère les cycles du carbone, de la biomasse et de la vie du sol.

Des systèmes agroforestiers dans le monde entier

La vidéo multiplie les exemples pour montrer que l’agroforesterie existe sous des formes très diverses à travers le monde.

Agroforêts tropicales

Hervé Coves évoque des agroforêts très complexes, apparemment proches d’une forêt naturelle, mais en réalité largement plantées et gérées par les humains.

Ces systèmes peuvent nourrir jusqu’à 1 000 personnes au km², ce qui est présenté comme une productivité extrêmement élevée.

Il compare cette performance à celle des plantations de palmier à huile, certes très rentables, mais beaucoup moins nourricières à l’échelle humaine.

Savane arborée, arganeraie, dehesa

Sont aussi évoqués :

  • les arganeraies du Maroc,
  • les dehesas espagnoles,
  • les montados portugais,
  • les savanes arborées,
  • les châtaigneraies corses,
  • les prés-vergers normands,
  • les systèmes de noyers et sarrasin,
  • et bien d’autres formes de forêts domestiques.

Tous ces exemples montrent :

  • une présence d’arbres dispersés ou organisés,
  • une optimisation de la lumière,
  • une production alimentaire importante,
  • et une forte biodiversité.

La forêt peut contenir l’humain

Alain Canet insiste sur le fait qu’il faut sortir de l’opposition entre forêt « sauvage » d’un côté et champs sans arbres de l’autre.

Les forêts domestiques peuvent être :

  • riches,
  • anciennes,
  • complexes,
  • habitées,
  • nourricières,
  • et favorables à la biodiversité.

L’arbre, l’eau et la recharge des nappes

Vers la fin de la rencontre, Hervé Coves insiste sur le lien entre arbres et eau.

Selon lui, les arbres :

  • ralentissent les crues,
  • augmentent la porosité des sols,
  • favorisent l’infiltration,
  • rechargent les nappes phréatiques,
  • et limitent les effets destructeurs des excès d’eau.

Il dénonce le fait qu’on pompe aujourd’hui l’eau dans certaines régions à des profondeurs très importantes, voire sous le niveau de la mer, alors même que les territoires ont perdu une grande partie de leur capacité à recharger naturellement les nappes.

Pour lui, financer l’irrigation sans financer en même temps la replantation d’arbres est une erreur majeure.

Une autre politique agricole

Alain Canet exprime une position très nette sur la politique agricole.

Selon lui, il faudrait une politique agricole du carbone reposant sur deux piliers :

  • la couverture végétale permanente des sols,
  • et les systèmes agroforestiers.

L’idée est que l’agriculture de demain doit être fondée sur :

  • le stockage du carbone,
  • la reconstruction des sols,
  • la photosynthèse,
  • et la remise en place des arbres.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un débat abstrait, mais d’une nécessité agronomique, écologique et économique.

Une agriculture productive, mais autrement

La vidéo se termine sur une opposition visuelle et conceptuelle entre :

  • des paysages nus, simplifiés, sans arbres, appauvris,
  • et des paysages réarborés, complexes, productifs, nourriciers.

Le message final est que l’agroforesterie n’est pas punitive, décroissante ou nostalgique. Elle est présentée comme :

  • une agriculture intensément productive,
  • mais productive en biomasse, en nourriture, en fertilité, en climat, en biodiversité, en eau et en beauté.

Elle permet de produire :

  • autant, voire plus,
  • avec davantage de résilience,
  • avec moins d’intrants,
  • et avec une qualité de vie supérieure.

Conclusion

La rencontre se clôt sur une note très positive.

L’agroforesterie y apparaît comme :

  • un outil de production,
  • un outil de réparation,
  • un outil pédagogique,
  • un outil politique,
  • et un outil de réconciliation entre agriculture, forêt, société et paysages.

Le message final est simple :

  • planter,
  • laisser pousser,
  • réapprendre les gestes,
  • reconnecter les territoires,
  • et faire de l’arbre un allié central.

L’échange se termine sur une invitation à continuer le travail, à rejoindre les dynamiques présentées, et à garder cette conviction répétée plusieurs fois pendant la matinée : la vie est belle.

Ressources et suites évoquées

Plusieurs suites sont annoncées pendant la vidéo :

  • d’autres rencontres en ligne avec des agriculteurs et spécialistes,
  • des interventions sur les trognes, les arbres fourragers et les agroforêts,
  • le développement de l’association Des enfants et des arbres,
  • et la poursuite du travail de diffusion par les médias, les formations et les réseaux.

Sont aussi cités plusieurs auteurs et références :