Sauvons La Planète avec Les plantes ! par Konrad Schreiber

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Dans cette conférence, Konrad Schreiber défend une idée centrale : pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut d’urgence sauver la planète avec les plantes. Selon lui, la destruction du végétal — par la déforestation, les incendies et surtout le travail du sol — est au cœur du problème. Il rappelle que la photosynthèse est le seul véritable capteur de carbone à grande échelle, et que l’agriculture doit donc cesser de laisser les sols nus pour les couvrir en permanence. Il critique fortement les systèmes qui détruisent la vie du sol, y compris certaines pratiques en agriculture biologique lorsqu’elles reposent sur le labour ou le désherbage mécanique. À l’inverse, il plaide pour une agroécologie fondée sur des sols vivants, la couverture végétale, l’arrêt du travail du sol, le stockage d’humus et la stimulation de la biodiversité. Son message est clair : plus de plantes, plus de biomasse, plus de sol vivant, sinon ni fertilité, ni climat stable ne pourront être préservés.

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Résumé
Dans cette conférence, Konrad Schreiber défend une idée centrale : pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut d’urgence sauver la planète avec les plantes. Selon lui, la destruction du végétal — par la déforestation, les incendies et surtout le travail du sol — est au cœur du problème. Il rappelle que la photosynthèse est le seul véritable capteur de carbone à grande échelle, et que l’agriculture doit donc cesser de laisser les sols nus pour les couvrir en permanence.

Il critique fortement les systèmes qui détruisent la vie du sol, y compris certaines pratiques en agriculture biologique lorsqu’elles reposent sur le labour ou le désherbage mécanique. À l’inverse, il plaide pour une agroécologie fondée sur des sols vivants, la couverture végétale, l’arrêt du travail du sol, le stockage d’humus et la stimulation de la biodiversité.

Son message est clair : plus de plantes, plus de biomasse, plus de sol vivant, sinon ni fertilité, ni climat stable ne pourront être préservés.




Introduction

Konrad Schreiber propose ici une idée directrice très simple : sauvons la planète avec les plantes. Selon lui, c’est le sujet central, celui qui devrait désormais nous préoccuper avant tout. Son propos repose sur une conviction forte : pour lutter contre le réchauffement climatique, restaurer les sols, préserver l’eau et maintenir la fertilité, il n’existe pas d’alternative sérieuse au végétal et à la photosynthèse.

Il insiste sur un constat planétaire : partout où le végétal disparaît, les incendies, la désertification et la dégradation des sols progressent. À l’inverse, partout où les plantes couvrent durablement les sols, elles rafraîchissent, protègent, nourrissent la biodiversité, produisent de l’humus et captent du carbone.

La destruction du végétal comme problème majeur

Konrad Schreiber explique que, lorsqu’on observe les grands incendies de la planète, on comprend qu’il se passe quelque chose de très particulier : la destruction du végétal à grande échelle.

Il évoque notamment une vaste ceinture désertique liée à une déforestation intense des systèmes végétaux. Il cite le croissant fertile, qui ne l’est plus réellement, et souligne que même le peu de végétation restante y est parfois brûlé. Pour lui, c’est cela qui devrait inquiéter le monde.

Il fait ensuite le parallèle avec l’agriculture : très souvent, les pratiques agricoles consistent elles aussi à détruire du végétal. Il affirme que la première cause de disparition du végétal n’est pas le pesticide, mais l’outil : binette, herse, bulldozer, pelleteuse, charrue. Selon lui, le débat est souvent mal posé : une agriculture biologique qui continue à travailler le sol avec des outils destructeurs ne sauvera pas le climat ; elle peut même accélérer la destruction du sol et du végétal.

Le sol vivant doit être défendu

L’intervenant insiste sur la nécessité de défendre les sols vivants. Un sol végétalisé se comporte très différemment d’un sol nu. Quand la terre est couverte, elle fonctionne mieux ; lorsqu’elle reste nue sous le soleil, elle se transforme progressivement en matière dure, en « pierre », et peut aller vers le désert.

Il résume l’idée de manière très simple : si l’on veut fabriquer un désert, il suffit de laisser le soleil cuire le sol. Or cela n’est évidemment pas efficace pour faire de l’agriculture.

Le défi du CO2 : arrêter d’émettre et récupérer ce qui est déjà dans l’air

Konrad Schreiber rappelle qu’il ne suffit pas d’arrêter d’émettre du CO2. C’est indispensable et urgent, mais insuffisant, car une grande quantité de CO2 est déjà présente dans l’atmosphère. Selon lui, il faudra donc à la fois réduire très vite les émissions et récupérer le carbone déjà accumulé.

Sur la partie énergétique, il évoque l’importance de l’innovation, de la recherche et du développement, et prend l’exemple du biogaz pour les flottes de véhicules agricoles et de transport. Mais son message principal est ailleurs : pour retirer le carbone de l’atmosphère, il n’existe qu’un seul capteur de carbone réellement disponible, efficace et rentable à l’échelle de l’humanité : les plantes.

Il rejette les projets technologiques qu’il juge absurdes, comme les tentatives de modification du climat par injection de substances dans les océans ou l’atmosphère. Selon lui, la plante fait ce travail depuis très longtemps, et la vigne elle-même est une excellente plante pour cela, d’autant plus qu’elle est pérenne.

L’agroécologie comme végétalisation permanente des sols

Pour Konrad Schreiber, l’agroécologie consiste d’abord à végétaliser tous les sols et à les couvrir en permanence. Cela suppose de capter toujours plus de carbone grâce à des combinaisons végétales performantes, qu’il faudra apprendre à concevoir, améliorer et gérer.

Il précise que tout n’est pas résolu : il y aura des difficultés, des maladies, des limites techniques. La recherche et développement n’est donc pas achevée. Mais la direction générale ne fait, pour lui, aucun doute : il faut davantage de plantes, davantage de couverture, davantage de photosynthèse.

Le rôle historique des plantes sur la Terre

Konrad Schreiber rappelle qu’il y a environ 500 millions d’années, l’atmosphère contenait beaucoup plus de CO2 qu’aujourd’hui. Les plantes ont alors colonisé la Terre et ont progressivement capté ce carbone atmosphérique.

Selon lui, on observe dans l’histoire de la planète une dynamique claire : les plantes prélèvent le CO2 de l’air, le transforment en matière organique grâce à la photosynthèse, et font ainsi baisser fortement la concentration atmosphérique en CO2. Il insiste donc sur le fait que, face à la hausse actuelle des gaz à effet de serre, il n’y a que le végétal et la photosynthèse pour agir dans le sens inverse.

Il pose alors une question très concrète au monde agricole : combien y a-t-il réellement de plantes dans les champs ? En vigne, dit-il, il n’y a souvent presque rien en dehors de la vigne elle-même, qui n’occupe qu’une faible partie de l’espace. Il estime que ce système est très insuffisant : peu de végétal, peu de couverture horizontale, donc peu de captation.

Le vrai cycle du carbone

L’un des points centraux de son intervention est la présentation du « vrai cycle du carbone ».

Une plante pousse, capte du CO2 et transforme ce gaz en matière organique. Cette matière est ensuite consommée par les êtres vivants qui mangent les plantes. En respirant, ces consommateurs rejettent du CO2, que les plantes peuvent de nouveau utiliser. Mais il existe aussi des déchets : feuilles mortes, bois, branches, excréments, urines, etc.

Tous ces déchets tombent sur le sol, que Konrad Schreiber décrit comme une entité de recyclage extraordinaire. Le sol recycle cette matière en éléments minéraux, en humus stocké, et permet à la plante de puiser à nouveau ce dont elle a besoin pour pousser.

Il résume ce fonctionnement en trois grandes fonctions :

  • produire ;
  • consommer ;
  • recycler.

Parce qu’il s’agit d’un cycle, il estime qu’on ne manque jamais de rien. C’est pour lui le vrai développement durable, qui fonctionne depuis des centaines de millions d’années. À l’inverse, les modèles linéaires de production et d’analyse sont jugés insuffisants pour comprendre et traiter le problème climatique.

Les services écologiques reposent sur la biomasse

En s’appuyant sur des connaissances qu’il considère comme anciennes et largement établies, Konrad Schreiber affirme que pour obtenir de l’alimentation, de l’eau propre, de la pollinisation, des sols fonctionnels et plus largement tous les services écologiques, une condition est indispensable : avoir le plus de biomasse possible, avec formation du sol et cycle des nutriments.

Il n’y a donc, selon lui, pas d’échappatoire : les paysans doivent rentrer dans le modèle de la nature et copier la nature pour faire de l’agriculture.

Comment fonctionne la fertilité naturelle

Une feuille morte tombe au sol. Elle est d’abord décomposée par de gros organismes, puis par des organismes de plus en plus petits, jusqu’à produire de l’humus. Dans ce cortège du vivant, la biodiversité est nourrie par le carbone et devient gestionnaire du carbone.

Pour qu’il y ait de la biodiversité, il faut deux choses :

  • une maison en bon état ;
  • de la nourriture à l’intérieur.

Cette « maison », c’est le sol structuré avec ses fondations, ses murs, ses pièces, ses vides et son toit. Et le toit de cette maison, ce sont les plantes. Si on enlève les plantes, la maison s’effondre. Si on passe des outils qui détruisent régulièrement les fondations et l’habitat, la vie du sol ne peut pas se maintenir.

Il compare cette destruction répétée à une forme de guerre : aucune société biologique ne peut résister durablement à la destruction de son habitat plusieurs fois par an.

L’exemple de la terra preta

Konrad Schreiber cite la terra preta comme exemple remarquable d’une construction paysanne d’une terre fertile, riche en matière organique et très durable. Selon lui, des paysans ont, depuis très longtemps, travaillé à la fertilité organique et biologique du sol et stocké du carbone dans ces terres.

Il souligne que nos sociétés très puissantes technologiquement sont encore incapables de reproduire aussi facilement ce qu’ont réussi des populations amazoniennes précolombiennes. Dans une zone forestière défrichée sans cette construction organique, les cultures poussent mal ; dans une terre de type terra preta, elles poussent durablement, avec très peu d’intrants.

Le cycle de fertilité

Konrad Schreiber décrit ensuite le cycle de fertilité. Une plante pousse et absorbe de l’azote. Les résidus végétaux retombent au sol. Bactéries, champignons, litière et vers de terre transforment cette matière. Les vers produisent notamment des urines et des excréments. Il y a minéralisation, reprise par les plantes, production d’excréments, humification, puis stockage d’humus dans les sols.

Tout tourne donc en cycle. Mais dès qu’on introduit un outil de travail du sol dans ce système, on détruit les habitats, on détruit une partie des habitants, on enlève parfois la paille, et on empêche le sol de stocker du carbone.

L’arbre comme modèle

Konrad Schreiber s’intéresse ensuite à l’arbre. Il pose plusieurs questions :

  • combien de temps peut vivre un arbre ?
  • de quoi a-t-il peur ?
  • de quoi est-il constitué ?

Il rappelle que certains arbres vivent des milliers d’années. Il explique qu’un arbre produit de l’oxygène et de l’eau, capte du CO2 et fabrique sa biomasse essentiellement à partir de gaz. La partie minérale de l’arbre est infime.

Il insiste sur un point paradoxal : l’oxygène, que nous associons à la vie, est pour la plante un déchet dangereux, potentiellement mortel, car il favorise les phénomènes d’oxydation et donc le feu. Une plante est constituée en grande partie de carbone ; en présence d’oxygène et si la température monte, elle peut brûler. Les plantes ont donc développé des stratégies de protection, notamment des systèmes antioxydants.

Selon lui, les arbres ont appris à gérer le soleil et l’oxygène : ils font de l’ombre, ils évapotranspirent, ils climatisent, ils produisent de l’humus. Ils sont donc des modèles dont l’agriculture devrait s’inspirer.

Les plantes refroidissent la Terre

L’un des messages forts de l’exposé est que les plantes refroidissent effectivement la planète. La photosynthèse et surtout l’évapotranspiration contribuent à climatiser les milieux.

Konrad Schreiber explique que le soleil est l’un des principaux problèmes lorsqu’il frappe directement les sols. Un sol exposé peut monter très haut en température. En revanche, sous une litière végétale, la température baisse nettement ; sous l’ombre d’un bosquet, elle baisse encore davantage.

Cela signifie que le végétal ne se contente pas de capter du carbone : il protège aussi physiquement le sol contre les excès thermiques et permet à la biologie du sol de vivre dans de bonnes conditions.

Revégétaliser partout, y compris les zones dégradées

Pour l’intervenant, il faut végétaliser tous les sols, y compris dans les zones déjà désertifiées ou très dégradées. Il critique les modèles de mise en culture artificielle dans des déserts, par exemple sous pivot, sans stratégie d’arbre ni de reconstruction du système. Selon lui, on y épuise rapidement les nappes puis tout s’effondre.

La conclusion est simple : il faut remettre des plantes partout.

La vigne comme outil de revégétalisation

Konrad Schreiber considère que la vigne peut jouer un rôle intéressant dans cette stratégie. Historiquement, elle est liée à des milieux plus végétalisés, notamment de type ripisylve. À mesure qu’on a simplifié et dénudé les milieux, les problèmes pathogènes ont augmenté.

Il propose donc de « revenir en arrière » en revégétalisant davantage. La vigne a, selon lui, une faculté remarquable : si on lui redonne un peu de verticalité, elle peut ombrager le sol et créer une forme de structure comparable, à petite échelle, à un bocage. Il parle d’une « forêt verticale » en complément des parcelles agricoles.

La perspective est donc de combiner :

  • la verticalité de la vigne ;
  • l’horizontalité de la couverture végétale.

Définition de l’agroécologie

Konrad Schreiber donne une définition étymologique de l’agroécologie :

  • agro : le champ, la parcelle agricole ;
  • éco : du grec oikos, la maison ;
  • logie : du grec logos, la science.

L’agroécologie est donc, selon lui, la science du champ conçu comme une maison pour la biodiversité associée aux plantes. Lorsque tous les habitants de cette maison peuvent s’exprimer, ils font pousser les plantes et peuvent conduire à l’autofertilité.

Dès lors, celui qui pense faire de l’agroécologie tout en travaillant le sol se trompe profondément. Konrad Schreiber affirme que cela ne peut pas marcher durablement.

Désherber avec les plantes

Il explique également qu’on peut désherber avec les plantes elles-mêmes. Plutôt que de dépendre d’herbicides comme le glyphosate, il propose de mettre les plantes à contribution. Il reconnaît que ce n’est pas toujours facile, mais considère qu’il faut utiliser la période actuelle pour apprendre.

Son raisonnement est pragmatique : si une technique nouvelle échoue, l’intrant peut éventuellement servir de correction ponctuelle ; mais lorsque la technique réussit, l’intrant devient inutile. C’est ainsi qu’on progresse.

Les conditions du stockage de carbone

Pour lui, le stockage de carbone dépend de plusieurs conditions :

  • couverture permanente du sol ;
  • zéro travail du sol ;
  • suppression de la compaction ;
  • zéro herbicide, notamment en vigne où cela lui paraît plus facilement envisageable ;
  • production de biodiversité ;
  • recherche de l’autofertilité et de l’autonomie.

Il alerte aussi sur la crise de l’azote qui se prépare, en estimant que le monde agricole n’est pas prêt.

De l’exploitation à la culture des plantes

Dans une formule qu’il présente comme un « secret » du message sauvons la planète avec les plantes, Konrad Schreiber explique que si l’on enlève le « e » de « planète », on obtient « plantes ». Ce « e », il l’associe à l’erreur. Et cette erreur, il lui donne un nom : l’exploitation.

Il dit ne plus vouloir d’un paysan qui « exploite » la terre. Le mot même d’exploitation lui paraît désormais inacceptable, parce qu’il traduit une logique destructrice.

Le bilan humique comme outil de management

Konrad Schreiber consacre une partie importante de son intervention au bilan humique, qu’il considère comme un véritable outil de management.

Il critique le modèle actuellement utilisé par l’INRAE, qu’il juge mal calé sur la réalité observée dans les analyses de sol. Selon lui, ce modèle suppose qu’environ 70 % du carbone du sol est stable et ne se perd pas, alors que les observations de terrain montrent des sols passés de 3 % de matière organique à 1 %, 0,8 % ou même 0,5 %. Pour lui, cela prouve que même la fraction dite stable peut être perdue.

Il préfère donc reprendre un ancien modèle, qu’il juge plus cohérent avec les analyses et plus capable de montrer qu’un sol peut être soit reconstruit, soit dégradé.

Le principe du bilan humique est, selon ses explications, le suivant :

  • d’un côté, on calcule les apports qui produisent de l’humus ;
  • de l’autre, on calcule les pertes liées notamment à la minéralisation de l’humus sous l’effet des pratiques.

À la fin, le solde donne une tendance :

  • soit on stocke du carbone ;
  • soit on déstocke du carbone.

Il souligne que l’important n’est pas forcément la précision absolue du chiffre, mais la tendance correcte.

Exemple comparatif : vigne sur sol nu et vigne sous couvert

Konrad Schreiber prend l’exemple d’une vigne sur sol argilo-calcaire avec environ 1 à 1,5 % de matière organique. Il compare deux situations :

Sol nu avec travail du sol

Dans ce cas, les apports organiques sont faibles : essentiellement feuilles, sarments, racines, pour environ 2 tonnes de matière sèche. Une partie seulement humifie, ce qui conduit à une faible production d’humus.

En parallèle, le travail du sol, le sol nu et l’usage d’ammonitrate entraînent une forte minéralisation de l’humus. Le bilan final devient négatif : le stock de matière organique baisse, ce qui se voit ensuite dans les analyses de sol.

Sol couvert sans travail du sol

Dans ce second cas, les sarments sont toujours présents, mais s’ajoute un couvert végétal important, représentant plusieurs tonnes de matière sèche aérienne et souterraine. Les apports organiques sont donc bien plus élevés.

En arrêtant le travail du sol, on réduit fortement les pertes par minéralisation. Le bilan devient alors très positif : le sol gagne de l’humus, donc du carbone, et stocke l’équivalent de plusieurs tonnes de CO2.

Là encore, Konrad Schreiber précise que le chiffre exact peut être discuté, mais que la différence entre les deux trajectoires est incontestable.

Produire du végétal suppose de bien gérer l’azote

Il rappelle qu’avant de faire du carbone, il faut d’abord faire pousser une plante. La fertilisation reste donc un outil clé. Selon lui, il ne faut pas faire n’importe quoi, mais on ne peut pas non plus se contenter de retirer brutalement l’azote sans avoir remis le système en état.

Son idée est d’abord de remettre la machine en bon état, afin qu’elle fonctionne ensuite de manière plus autonome.

Pourquoi l’urée serait préférable à l’ammonitrate

Dans les questions, Konrad Schreiber explique pourquoi il estime que l’urée est préférable à l’ammonitrate.

Selon lui, l’ammonitrate apporte un azote oxydé. Lorsque la plante absorbe des nitrates, elle doit ensuite les réduire. Ce processus crée, au niveau de la feuille, des composés oxydants problématiques. Pour les neutraliser, la plante mobilise davantage d’eau. Il affirme ainsi qu’un fonctionnement à base de nitrates augmente les besoins en eau et pose aussi des problèmes dans la racine pour l’absorption d’autres éléments.

À l’inverse, avec l’urée, la plante récupère plus facilement l’azote sous une forme qui s’intègre mieux à son fonctionnement naturel. Il rappelle à ce sujet que l’azote naturel est largement lié à l’urine dans les cycles biologiques.

Quelle place pour l’irrigation ?

Sur l’irrigation, sa réponse est nuancée. Elle peut servir à démarrer une végétation, notamment dans des sols très pauvres ou sableux. Mais elle n’a de sens que si elle s’inscrit dans une stratégie de construction du sol. Un sol sableux, stérile au départ, peut progressivement devenir organo-biologique si l’on y fait pousser des plantes, qu’on les fertilise correctement, qu’on irrigue si nécessaire au départ, et surtout qu’on restitue du végétal pour produire de l’humus.

Il cite des expériences menées sur des sols très dégradés où, à force de couverture permanente, de non-travail du sol, de fertilisation et de restitution végétale, une véritable couche de terre noire s’est reconstruite.

Agriculture biologique et fertilisation

Interrogé sur l’agriculture biologique, il répond que des fertilisations organiques peuvent fonctionner, mais qu’elles sont parfois trop stabilisées ou insuffisamment actives. Il évoque l’intérêt possible de produits plus frais, de déchets verts, et mentionne également les acides aminés comme piste prometteuse.

Le rôle des brebis, des vers de terre et des nématodes

À propos du pâturage de brebis dans les prairies et les vignes, il considère que cela apporte déjà quelque chose de très utile, car les animaux, en broutant les couverts, produisent de l’urine, donc une forme d’azote intéressante.

Il ajoute que, dans le sol lui-même, les plus gros producteurs d’urine sont les vers de terre et les nématodes. Il insiste sur le fait que tous les nématodes ne sont pas pathogènes : une petite partie seulement pose problème, tandis que d’autres sont neutres ou bénéfiques. Selon lui, lorsque les systèmes sont mal gérés, on détruit d’abord les organismes utiles et neutres, ce qui finit par laisser davantage de place aux pathogènes.

Conclusion

Le message final de Konrad Schreiber est très clair : pour lutter contre le changement climatique, restaurer la fertilité, préserver l’eau et maintenir des systèmes agricoles durables, il faut couvrir les sols, les garder en permanence végétalisés, arrêter de les détruire par le travail du sol, et remettre les plantes au centre de tout.

Sa conclusion reprend le titre de son intervention : il faut vraiment sauver la planète avec les plantes.