Maraîchage et Sécheresse au Maroc : Comment faire face ? Jihad Elmalih
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Cette vidéo a été réalisée par le Centre National d'agroécologie (CNA) https://centre-national-agroecologie.fr/ dans le cadre du projet URBANE https://urbane-project.eu/, financé par l'union européenne.
Les opinions exprimées sont uniquement celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de l’Union européenne ni de l’Agence exécutive pour la recherche (REA)
Maraîchage et sécheresse au Maroc : comment faire face ?
Dans le cadre du projet Urban, dédié au développement des pratiques agroécologiques en Afrique, le webinaire a accueilli Jihad Elmalih, agriculteur, conseiller en agroécologie et cofondateur de la ferme Fessila au Maroc. Il partage ici son retour d’expérience sur la transition vers des systèmes résilients face à un climat de plus en plus aride.
Le contexte pédoclimatique au Maroc
La ferme Fessila, située entre Tiflet et Khémisset, illustre les défis du maraîchage marocain. Après sept années de sécheresse, la région oscille désormais entre sécheresse extrême et épisodes d’inondations soudaines. Les caractéristiques initiales du terrain étaient difficiles :
- Moins de 1 % de [[matière organique]] (0,7 %).
- Sol à 69 % sableux, retenant très peu l’eau.
- Amplitude thermique extrême (-4°C en hiver, jusqu’à 50°C en été).
- Vent constant provoquant une forte évapotranspiration.
Stratégies d’adaptation agroécologique
Pour recréer un système de type « oasis », Jihad Elmalih a mis en place plusieurs techniques clés :
- Agroforesterie : La plantation d’une douzaine d’espèces d’arbres en haies et en systèmes complexes permet de réduire la vitesse du vent et de créer un jeu d’ombre salvateur pour les cultures. Ce système à trois dimensions permet une production étagée et un meilleur contrôle de la température pour les légumes.
- Gestion des sols : L’abandon du labour profond et l’apport massif de matière organique ont transformé la structure du sol. L’utilisation d’engrais verts (mélanges de 6 à 10 espèces) et de techniques de « chop and drop » (fauche et mulch sur place) favorise la vie du sol et le développement de la glomalie, essentielle pour la rétention d’eau et la lutte contre l’érosion.
- Récupération de l’eau : L’installation de « baissières » (swales) suivant les courbes de niveau permet de ralentir et d’infiltrer les eaux de pluie. Ces ouvrages ont permis de supprimer l’érosion et de réduire les besoins en irrigation par sept en l’espace de cinq ans.
- Sélection variétale : La ferme privilégie les semences paysannes adaptées localement, ce qui a permis d’augmenter significativement les rendements (ex: passage de 500g à plus de 15kg par pied de tomate après 6 ans de sélection).
Viabilité économique et diversification
Le passage à l’agroécologie nécessite une période de transition de 3 à 5 ans où la rentabilité est plus fragile. Pour pallier cela, le modèle économique de la ferme repose sur :
- La diversification : Fruits, légumes, plantes aromatiques et médicinales, volailles, apiculture et pépinière.
- Les services : Formation, accueil à la ferme et conseil technique, qui assurent une rentrée financière stable durant les premières années.
- La réduction des coûts : L’autonomie en semences, en compost et la baisse des besoins en intrants externes renforcent progressivement la rentabilité.
Le système participatif de garantie (SPG)
Le réseau des initiatives agroécologiques au Maroc (RIAM) a mis en place en 2017 un système de garantie spécifique pour répondre aux besoins des petits producteurs : le SPG.
Contrairement aux certifications industrielles, le SPG est un outil inclusif basé sur la confiance et le réseautage :
- Cahiers des charges co-construits : Définis par des producteurs, consommateurs et experts.
- Processus d’enquête : Une commission composée de producteurs et de consommateurs visite les fermes pour valider le respect des pratiques (sol couvert, absence de produits chimiques, gestion de l’eau, conditions sociales des travailleurs).
- Amélioration continue : L’attestation est délivrée pour un an et encourage le producteur à progresser (ex: passage du labour superficiel au non-labour).
Aujourd’hui, le réseau compte des centaines d’hectares labellisés autour de Rabat, Casablanca et Marrakech, offrant ainsi une alternative concrète et accessible pour les petits paysans marocains. Le projet continue de se structurer avec des outils de commercialisation numérique pour libérer du temps aux agriculteurs et renforcer leur résilience face aux changements climatiques.