Gérer les limaces en agriculture avec Marion Puysservert
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Marion Puysservert de De Sangosse, avec 20 ans d'expérience, a présenté des solutions pour gérer les limaces en agriculture, en se basant sur des observations pratiques sur le terrain.
- La campagne 2023-2024 a montré une augmentation significative des surfaces traitées : colza +62% et blé +189% par rapport aux surfaces semées, avec 2,9 millions d'hectares traités à l'automne 2024.
- Les limaces principales sont Deroceras reticulatum et Arion hortensis, avec des conditions d'activité optimales de 13-18°C et 75% d'humidité, consommant jusqu'à 5-6 plantules par nuit.
- Le programme de ciblage en 4 étapes a été recommandé pour évaluer et gérer les populations de limaces efficacement, avec l'utilisation de pièges tapis pour une surveillance proactive.
- Les seuils d'intervention définis sont de 5 limaces/m² pour le colza et 10 limaces/m² pour le blé, nécessitant une adaptation des doses en fonction de la population.
- Travailler le sol peut réduire les populations de limaces jusqu'à 75% en 4 jours, avec une efficacité accrue en conditions sèches.
- Le phosphate de fer et le métaldéhyde sont les principaux produits de lutte, avec une efficacité comparative de 80% pour Ironmax à J+8
Bilan de la campagne 2023-2024 (02:45 - 07:58)
- Année exceptionnelle : surfaces traitées colza +62%, blé +189% par rapport aux surfaces semées.
- 2,9 millions d'hectares traités à l'automne 2024, soit +123% par rapport à 2023.
- Structure du marché : CMR2 (20%), métaldéhyde non classé (6%), double actif (40%), biocontrôle phosphate de fer (34%).
- 30% des agriculteurs ont dû ressemer toute ou partie de leur culture en 2024.
Biologie des limaces (12:59 - 19:59)
- Deux espèces principales : Deroceras reticulatum (limace grise, jusqu'à 7 cm) et Arion hortensis (limace noire, plus petite).
- Conditions d'activité optimales : 13-18°C et 75% d'humidité.
- Capacité de déplacement : jusqu'à 5 mètres par nuit pour une limace adulte.
- Consommation : 5-6 plantules de colza/tournesol ou 2 plantules de blé/maïs par nuit et par limace.
- Reproduction : 250-300 œufs par limace, fécondation croisée nécessaire.
- Cycles de vie : limace noire (1 cycle/an), limace grise (2-4 cycles/an selon les conditions).
Stratégies d'évaluation et de surveillance (09:17 - 50:52)
- Programme Ciblage en 4 étapes : évaluation, choix du produit, application, outils complémentaires.
- Pièges tapis : surveillance 3 semaines avant semis, relevé dans les 2h après lever du soleil.
- Observatoire De Sangosse : réseau national d'agriculteurs observateurs depuis 2003, données gratuites.
- LIMACAPT : capteur automatique à 1 400€, recommandations quotidiennes, ROI sur 4-7 hectares ressemés.
Seuils d'intervention (27:07 - 28:20)
- Pré-semis colza : 5 limaces/m² pour lutte alternative ou début applications.
- Pré-semis blé : 10 limaces/m² (culture moins sensible).
- Adaptation des doses selon populations (juvéniles vs adultes) et historique des traitements.
Lutte alternative par travail du sol (34:08 - 34:08)
- Réduction de 75% des populations dans les 4 jours suivant tout travail du sol.
- Efficacité optimale en conditions sèches pour exposition à la dessiccation.
- Semi-direct : 5x plus de limaces qu'en labour, 3x plus qu'en travail superficiel.
- Outils recommandés : rouleau, herse étrille, déchaumage léger.
Choix et application des produits (35:27 - 43:43)
- Critères qualité appât : résistance à la casse, au délitement, calibrage, attractivité, appétence.
- Modes d'action : métaldéhyde (destruction cellulaire, traces de bave), phosphate de fer (blocage digestion, léthargie).
- Efficacité comparative : Ironmax 80% à J+8 vs produits bas de gamme 16%.
- Réduction d'activité au champ : phosphate de fer 70% vs métaldéhyde CMR2 limité.
Applications localisées (45:59 - 47:17)
- Conditions justifiant la localisation : sol moteux, résidus végétaux, lissage fond de raie.
- Positionnements possibles : niveau graine, entre semeur et roues, arrière des roues.
- Critères produits localisés : taille réduite, densité 0,8, résistance casse et délitement.
Questions-réponses techniques (57:24 - 01:00:00)
- Travail du sol : profondeur = horizon explorable par les limaces, pas d'effet 'écrasement'.
- Couverts végétaux : trèfle très appétant, risque de concentration des populations.
- Escargots : gestion similaire aux limaces, plus résistants à la dessiccation.
- Produits alternatifs : tabasco, macérations peu efficaces en conditions agricoles.
- Granulés et consommation : 1 granulé Ironmax contrôle 4 limaces, certains produits nécessitent 3-5 granulés.
Contexte et objectif du webinaire
La vidéo a été tournée dans une parcelle en repousse de colza après déchaumage, dans un contexte de forte chaleur et de sols secs. À ce moment-là, il n’y a pas d’attaque visible de limaces en surface, mais des limaces sont bien présentes dans le sol, comme on peut le constater avec des bêchages. Cela pose immédiatement plusieurs questions pratiques :
- ce qui est fait dans la parcelle est-il bon ou non pour gérer les limaces ?
- faut-il détruire les repousses ?
- faut-il rouler le sol ?
- comment arbitrer entre des avis techniques parfois contradictoires ?
Pour répondre à ces questions, un échange est mené avec Marion Puysservert, responsable technique France pour la partie anti-limaces et anti-escargots, qui travaille sur ce sujet depuis près de vingt ans. L’objectif annoncé est pragmatique : gérer le risque limace pour réussir les prochains semis.
L’idée centrale de toute l’intervention est la suivante : on peut agir très tôt, dès la récolte et l’interculture, pour réduire le risque limaces avant les semis.
Retour sur la campagne précédente
Marion Puysservert commence par remettre en perspective la campagne précédente, présentée comme particulièrement inédite.
Sur colza, les surfaces semées étaient en recul d’environ 4 %, mais les surfaces « déployées », c’est-à-dire traitées avec des anti-limaces, étaient en hausse de 62 %. Sur blé, les surfaces semées progressaient d’environ 7 %, tandis que les surfaces traitées augmentaient de 189 %.
Ces chiffres confirment le ressenti de nombreux agriculteurs :
- sur colza, la pression a été plutôt faible ;
- sur céréales, en revanche, il y a eu une explosion des dégâts et des dépopulations, notamment à partir du 10-15 octobre 2024.
À l’automne 2024, on atteint 2,9 millions d’hectares déployés, soit 123 % de plus qu’en 2023. Il s’agit de surfaces traitées, parfois plusieurs fois.
Évolution des solutions utilisées
L’intervention présente aussi l’évolution du marché des solutions anti-limaces entre 2016 et 2024.
Pour 2024 :
- les formulations CMR2 à base de métaldéhyde à 3 % ou plus représentent 20 % des usages ;
- le métaldéhyde non classé, notamment à 2,5 %, représente 6 % ;
- le double actif représente 40 % ;
- le marché du biocontrôle, regroupant les phosphates de fer, atteint 34 %.
Le point mis en avant est la baisse continue des formulations CMR2 depuis 2021, en lien avec leur classement réglementaire. Malgré une forte pression limaces, la part du métaldéhyde concentré continue donc de reculer.
Une année 2024 très marquée par les limaces
Des photos prises au printemps 2024 en France, plutôt dans la moitié nord, montrent des niveaux de présence impressionnants. Marion Puysservert cite notamment des limaces présentes sur une coupe d’ensileuse et sur un porte-masse de tracteur.
Les données de l’Observatoire De Sangosse sur maïs et tournesol confirment ce caractère exceptionnel. Cet observatoire repose sur des réseaux d’agriculteurs qui placent des pièges tapis dans leurs parcelles. Les résultats mettent en relation pluviométrie et nombre de limaces par mètre carré.
L’année 2024 apparaît comme exceptionnelle, à la fois :
- en termes de pluviométrie ;
- en termes de niveaux de piégeage.
À l’inverse, le printemps 2025 apparaît « un peu plus dans la normale », avec une pression nettement inférieure.
Sur maïs et tournesol, environ 1,3 million d’hectares ont été traités en 2024, contre environ 550 000 hectares en moyenne. Sur betterave, plus de 100 000 hectares ont été traités, contre une moyenne annuelle autour de 14 000 hectares.
Conséquence importante : les volumes d’anti-limaces consommés au printemps ont pesé sur la disponibilité des produits à l’automne 2024.
Un contexte jugé inquiétant
Marion Puysservert décrit un contexte globalement préoccupant pour la gestion du risque limaces.
Plusieurs points sont soulignés :
- une majorité d’agriculteurs ne piègent pas ;
- il existe encore aujourd’hui un potentiel limaces, même en période sèche ;
- des limaces et des œufs sont présents dans les sols ;
- les couverts végétaux peuvent servir de relais très réactifs dès le retour de conditions favorables.
Du côté des pratiques, plusieurs marges de progrès sont identifiées :
- beaucoup d’agriculteurs traitent à la vue des premiers dégâts ;
- or, quand les dégâts sont visibles, les limaces ont déjà consommé ;
- environ 30 % des agriculteurs réalisent des applications systématiques « par précaution » ;
- à l’automne 2024, 30 % des agriculteurs ont ressemé tout ou partie de leur culture, contre 17 % en 2023.
Même si les prévisions saisonnières annoncent des conditions plutôt chaudes et sèches, le risque orageux reste marqué. Dès le retour des précipitations, le potentiel présent dans le sol peut rapidement s’exprimer.
Une approche structurée : le produit seul ne suffit pas
Le message principal de l’intervention est que le produit seul ne suffit pas. La lutte anti-limaces doit être pensée dans une approche globale.
Marion Puysservert présente un programme structuré en quatre étapes :
- anticiper ;
- évaluer les populations ;
- choisir le bon produit ;
- soigner l’application.
L’évaluation est présentée comme une étape décisive. Sans savoir combien de limaces sont présentes, ni s’il s’agit d’adultes ou de juvéniles, il est impossible de construire une stratégie pertinente. Marion compare cela à une équipe sportive qui entrerait en match sans connaître son adversaire.
L’application est aussi présentée comme un maillon souvent négligé. Or les épandeurs centrifuges électriques simples, très répandus, ont des limites, notamment sur la casse des granulés. La qualité de l’application influence directement l’efficacité.
Agir dès la récolte
L’un des fils conducteurs de la présentation est qu’il faut commencer à gérer le risque limaces dès la moisson.
Cela suppose plusieurs réflexions :
- suivre l’activité des limaces ;
- réfléchir à la destruction des couverts ;
- adapter les dates de semis ;
- mobiliser la lutte alternative, en particulier le travail du sol ;
- installer la culture dans les meilleures conditions possibles.
Marion insiste sur un point : pour beaucoup d’agriculteurs, le premier traitement anti-limaces à la vue des dégâts est en réalité la première intervention visible, alors qu’il devrait être la dernière étape d’une stratégie commencée bien avant.
Les principales espèces de limaces concernées
En France, deux espèces sont principalement citées.
La limace grise
Il s’agit de Deroceras reticulatum. C’est la limace grise, la plus connue. Elle peut mesurer jusqu’à 7 cm. On la reconnaît à son grand manteau, avec un aspect moucheté brunâtre.
Les tentacules supérieures portent les yeux, mais la vue est très limitée. En revanche, derrière ces yeux, les limaces disposent de récepteurs olfactifs. Elles sont dotées de l’odorat et du goût, ce qui oriente fortement leurs choix alimentaires.
La limace noire
Il s’agit de Arion hortensis. Elle est plus petite, avec un manteau plus réduit. Elle est souvent réputée plus souterraine, mais cela tient surtout à ses capacités de déplacement plus faibles liées à sa taille.
Elle est capable de faire des dégâts :
- sur les graines ;
- sur les feuilles.
Même si on associe souvent les attaques sur graines à la limace noire, Marion rappelle que la réalité est plus complexe.
Dans tous les cas, limace grise et limace noire passent toutes deux en surface du sol et peuvent toutes deux provoquer des dégâts, sur graines comme sur feuilles.
Conditions d’activité des limaces
Les limaces sont particulièrement actives dans une plage de :
- 13 à 18 °C
- avec 75 % d’humidité
Elles peuvent toutefois se déplacer avec des températures plus élevées, si elles disposent :
- d’humidité ;
- et d’une alimentation abondante.
C’est typiquement le cas d’un petit orage sur un colza en cours de levée.
Le froid, en France, tue peu les limaces. Il ralentit surtout leur activité :
- les limaces peuvent résister jusqu’à environ -4 à -6 °C dans le sol ;
- les œufs résistent jusqu’à -11 °C.
Une activité est possible de jour comme de nuit dès 2 °C. En dessous d’environ -5 °C, l’activité s’arrête.
Le principal facteur de destruction naturelle reste la dessiccation.
Déplacement et consommation
Les limaces se déplacent par nécessité, pas au hasard. Une limace adulte peut parcourir jusqu’à 5 mètres en une nuit. Une juvénile, de la taille d’un vermicelle de 2 mm, se déplace beaucoup moins.
Cela a une conséquence directe sur la stratégie :
- si l’on a surtout des juvéniles, il faut favoriser la rencontre entre limaces et granulés ;
- cela peut conduire à adapter les doses et le positionnement.
Les limaces ont aussi la capacité de coloniser des parcelles voisines quand une nourriture plus favorable apparaît.
En termes de consommation, elles ont un régime très opportuniste. Une limace peut manger en une nuit :
- l’équivalent de 5 à 6 plantules de colza ou de tournesol ;
- ou 2 plantules de blé ou de maïs au stade 1 feuille.
Cela permet de comprendre la rapidité potentielle de destruction d’une parcelle.
Les préférences alimentaires
Les travaux cités montrent que le trèfle est particulièrement favorable aux limaces. Lorsqu’elles peuvent en consommer, elles se développent plus vite et leur capacité de ponte augmente.
Cela conduit à une remarque pratique : lorsqu’un couvert à base de trèfle ne lève pas ou disparaît, il est possible qu’il ait été consommé par les limaces.
Les limaces sont des détritivores, capables de dégrader la matière organique. Mais entre matière organique et plante fraîche en germination, leur choix va généralement vers la plante fraîche.
Cycle de vie et potentiel de reproduction
Limace noire
La limace noire réalise en général un seul cycle par an. On la rencontre plutôt en fin d’année. Cela la rend aussi plus sensible aux rotations, notamment lorsqu’on alterne cultures d’automne et cultures de printemps.
Limace grise
Pour la limace grise, une thèse des années 1990 indiquait théoriquement deux cycles par an : un plutôt au printemps et un à l’automne.
Mais en années très favorables, comme 2014 ou 2024, il peut y avoir trois à quatre cycles par an. C’est un point majeur pour comprendre les explosions de populations.
Chaque limace peut pondre environ 250 à 300 œufs, répartis en plusieurs lieux. Même si elles sont hermaphrodites, il faut une fécondation croisée.
La durée de vie totale est de l’ordre de 8 à 13 mois à l’état naturel.
Évaluer les populations : une étape clé
Pour connaître la situation réelle, il faut observer.
Trois outils sont mis en avant :
- les pièges tapis ;
- l’Observatoire De Sangosse ;
- le Limacapt.
Les pièges tapis
Les pièges tapis sont décrits comme des bâches posées au sol, à relever une à deux fois par semaine, le matin, idéalement dans les deux heures après le lever du soleil. Ils donnent une photographie de ce qui s’est passé pendant la nuit.
Marion insiste sur une limite importante : si les conditions ont été sèches pendant dix jours, les pièges peuvent rester vides même si le risque n’est pas nul. Cela signifie seulement qu’il n’y a pas d’activité en surface.
C’est pourquoi il est conseillé de démarrer le piégeage au moins trois semaines avant les semis.
Les pièges proposés par De Sangosse mesurent 50 × 50 cm. Quatre pièges permettent d’avoir une représentation au mètre carré. Leur conception associe :
- une couche aluminium qui réfléchit le soleil ;
- une couche absorbante retenant l’humidité ;
- un plastique microperforé noir en contact avec le sol.
Un piège peut retenir environ 1,4 kg d’eau.
L’Observatoire De Sangosse
L’Observatoire existe depuis 2003 et repose sur des agriculteurs volontaires. Les résultats sont accessibles gratuitement sur le site dédié après inscription.
Les réseaux sont actifs sur :
- maïs ;
- tournesol ;
- colza ;
- blé ;
- pommes de terre dans le Nord-Pas-de-Calais.
Pour le colza, les observations commencent dès la fin juillet, dans l’idée d’être 15 à 20 jours avant les semis. Pour le blé, les réseaux nationaux démarrent vers la mi-septembre, avec adaptation régionale.
Seuils d’intervention en pré-semis
Les seuils cités sont les suivants :
- pour le colza : 5 limaces par mètre carré ;
- pour le blé : 10 limaces par mètre carré.
Ces seuils valent en pré-semis. À ce stade, il est encore possible :
- de mobiliser la lutte alternative, par exemple le travail du sol ;
- ou de démarrer des applications.
Le niveau de dose doit ensuite être adapté selon :
- le nombre de limaces ;
- leur stade, juvénile ou adulte.
Le Limacapt
Le Limacapt est présenté comme un capteur automatique développé sur une dizaine d’années pour suivre l’activité des limaces dans les parcelles.
L’idée de départ était de maximiser l’efficacité des produits non plus seulement par la formulation, mais surtout par un meilleur positionnement dans le temps.
Le système comprend :
- un capteur prenant des images toute la nuit ;
- un micro-ordinateur qui traite les données directement dans la parcelle ;
- une interface restituant chaque matin une recommandation.
Des arbres de décision ont été construits pour transformer les données d’activité en recommandations opérationnelles.
Le Limacapt permet d’observer des niveaux d’activité beaucoup plus fins que les pièges tapis. On peut par exemple détecter très tôt des populations importantes, ce qui oriente d’abord vers la lutte alternative plutôt que vers un épandage immédiat.
Le service est annoncé à 1 400 euros avec station météo. Marion souligne qu’un tel investissement peut être rapidement amorti si l’on évite des ressemis.
L’impact du travail du sol
Le travail du sol est présenté comme un levier très important pour réduire les populations.
Des études plus anciennes, notamment dans le cadre du projet Réseau Limaces, montrent qu’un agriculteur en semis direct peut avoir :
- 5 fois plus de limaces qu’un agriculteur en labour ;
- et 3 fois plus qu’en travail superficiel.
Marion précise qu’avoir plus de limaces ne signifie pas automatiquement plus de dégâts, mais cela traduit un risque plus élevé et une plus forte réactivité des populations.
L’explication avancée est la suivante :
- en labour, les limaces sont diluées dans un plus grand volume de sol ;
- en semis direct, elles se concentrent dans les premiers centimètres, où les conditions leur sont favorables : humidité tamponnée, résidus, abris, moindre perturbation.
Les travaux conduits avec le Limacapt montrent que tout travail du sol, y compris le semis lui-même, entraîne en moyenne une réduction de 75 % des populations dans les quatre jours qui suivent.
Cela ouvre de vraies stratégies d’évitement :
- passage de rouleau ;
- travail superficiel ;
- déchaumage léger ;
- hersage.
L’intérêt est d’agir en temps sec pour :
- exposer limaces et œufs à la dessiccation ;
- perturber leur milieu de vie ;
- blesser mécaniquement des individus ;
- déstructurer les grappes d’œufs.
Marion insiste particulièrement sur l’intérêt du rouleau, y compris pour les systèmes simplifiés ou en semis direct. L’idée n’est pas tant d’écraser les limaces que :
- de fermer le sol ;
- de limiter leur accès à la surface ;
- de retarder ou éviter une application.
Choisir le bon appât
Le « bon appât » n’est pas défini par son prix, mais par l’équilibre entre plusieurs critères.
Propriétés mécaniques et physiques
Un bon granulé doit avoir :
- une bonne résistance à la casse ;
- une bonne résistance au délitement ;
- une granulométrie bien calibrée pour la balistique.
Marion explique qu’il existe un débat entre nombre de granulés par mètre carré et capacité d’épandage à grande largeur. Un granulé plus gros ou mieux calibré peut être épandu plus loin, mais sera moins nombreux au sol. Cela impose de travailler la formulation pour compenser.
Propriétés biologiques
Deux propriétés sont distinguées :
- l’attractivité : la capacité à orienter les limaces vers le granulé ;
- l’appétence : la capacité à les faire consommer suffisamment.
Comme les limaces s’orientent grâce au goût et à l’odorat, ces critères sont essentiels.
Les modes d’action des matières actives
Le métaldéhyde
Le métaldéhyde agit par destruction cellulaire, sur les cellules produisant le mucus, présentes sur la peau et dans le système digestif.
Les symptômes visibles sont connus :
- fortes traces de bave ;
- dessèchement.
Avec cette matière active, la formulation doit permettre à la limace de consommer sa dose létale sans s’arrêter trop tôt.
Le phosphate de fer
Le phosphate de fer agit comme un blocage de la digestion. Il perturbe la glande digestive, l’intestin et le métabolisme du calcium. La limace entre en état d’indigestion et cesse de s’alimenter.
Le symptôme caractéristique est une léthargie. La limace reste visible en surface, peu mobile, ce qui peut donner à tort l’impression que le produit n’a pas fonctionné.
Marion souligne qu’il existe de fortes différences de qualité entre formulations à base de phosphate de fer.
Efficacité des solutions et idées reçues
Une idée reçue souvent entendue est que le phosphate de fer ne fonctionnerait pas en forte pression et qu’il faudrait obligatoirement du métaldéhyde.
Marion présente des essais en cage, en conditions semi-contrôlées, avec :
- un nombre fixe de plantes à protéger ;
- un nombre connu de limaces ;
- plusieurs répétitions.
Ces essais montrent que toutes les spécialités ne se valent pas. Certains produits à base de métaldéhyde à 5 % obtiennent des niveaux d’efficacité très faibles à J+8. À l’inverse, certaines références à base de phosphate de fer atteignent plus de 80 % d’efficacité à 4 kg/ha.
Des travaux de terrain avec le Limacapt montrent également qu’à J+3 après application, certaines références de phosphate de fer permettent une réduction d’activité d’environ 70 %, alors que des formulations CMR2 à base de métaldéhyde réduisent beaucoup moins l’activité.
Marion insiste sur le fait qu’il ne faut pas confondre :
- la mortalité mesurée en cage ;
- et la réduction d’activité mesurée au champ.
Dans tous les cas, le message est clair : toutes les formulations ne se valent pas, quelle que soit la matière active.
L’application localisée ou en mélange à la semence
Au moment du semis, une application localisée ou en mélange à la semence peut être justifiée si l’on observe :
- un sol motteux ;
- des pailles ou résidus ;
- des lissages en fond de raie de semis ;
- des sillons mal refermés ;
- un risque d’accessibilité des graines aux limaces.
Marion décrit plusieurs possibilités techniques :
- localisation au niveau de la graine ;
- positionnement entre l’élément semeur et les roues de rappui ;
- dépôt sur la ligne de semis.
L’intérêt est particulièrement fort quand il y a beaucoup de résidus ou de « jungle » au sol, car il devient sinon difficile pour une limace de rencontrer un granulé en plein.
Pour ce type d’application, les produits doivent être adaptés :
- granulé de petite taille ;
- bonne résistance à la casse ;
- absence de poussière ;
- calibration régulière ;
- densité proche de 0,8 pour éviter la décantation dans les cuves ;
- bonne résistance au délitement.
Entre le semis et la levée
Le match n’est pas encore gagné entre le semis et la levée. Plusieurs actions restent possibles :
- repasser un coup de rouleau ;
- réaliser une application si nécessaire ;
- adapter les doses selon l’activité observée.
Marion insiste fortement sur l’ajustement des doses : il ne faut pas conserver mécaniquement une dose « habituelle » simplement parce que l’épandeur est réglé ainsi. Selon les situations, cela peut être :
- trop ;
- ou pas assez.
Exemple de complémentarité des leviers
Un exemple en semis direct est présenté. Avant semis de colza, l’activité atteint environ 100 limaces par mètre carré après un épisode pluvieux. Le jour du semis, un petit coup de rouleau, une application anti-limaces et un travail superficiel sont réalisés.
Dès le lendemain, la population redescend autour de 25 limaces par mètre carré, puis reste relativement basse. Même si le niveau reste encore significatif pour du colza, l’exemple illustre bien l’effet de la complémentarité entre :
- travail du sol ;
- roulage ;
- traitement ;
- conditions climatiques.
Ce qui ressort des questions-réponses
La fin du webinaire apporte plusieurs compléments intéressants.
Couverts végétaux et trèfle
En maraîchage ou dans d’autres systèmes, un couvert de trèfle peut éventuellement concentrer les limaces à court terme, mais il favorise aussi leur développement. Si, à côté, on a une culture émergente irriguée et appétente, le risque peut devenir double : plus de limaces et plus de dégâts.
Escargots et limaces
Les escargots se gèrent selon une logique proche, mais ils résistent mieux à la dessiccation grâce à leur coquille. Ils sont aussi un peu plus résistants au travail du sol. En revanche, les produits sont travaillés sur plusieurs espèces de limaces et d’escargots.
Herse étrille et outils alternatifs
La herse étrille ressort historiquement comme un très bon outil, en particulier parce qu’elle peut être passée fréquemment. Le principe reste le même : toute perturbation du sol en conditions sèches peut réduire fortement les populations.
Produits alternatifs type ail, tabasco, macérations
Marion reste très réservée. Elle indique avoir testé différentes pistes au fil des années, mais estime que ces solutions peuvent au mieux avoir un effet très temporaire, peu transposable à l’échelle agricole.
Pièges avec appâts
Elle déconseille de mettre des granulés sous les pièges tapis. Les pièges bien conçus n’en ont pas besoin et les granulés risquent surtout de moisir.
Effet du type de sol
Les limaces sont souvent présentes dans les argilo-calcaires, beaucoup moins dans les craies. Les sols sableux leur sont moins favorables car elles ne forent pas le sol. Mais d’autres éléments comptent aussi :
- présence de matière organique à dégrader ;
- résidus ;
- cailloux ou silex offrant des abris ;
- couverts végétaux.
Faune auxiliaire et carabes
Marion rappelle que les carabes et staphylins jouent bien un rôle de régulation, mais qu’il reste limité. Une étude citée indique que les limaces représentent moins de 10 % du contenu stomacal des carabes. Leur régime est très opportuniste.
Elle rappelle aussi que les anti-limaces homologués actuels ne montrent pas d’effet avéré sur les non-cibles dans les conditions normales d’utilisation. Les problèmes viennent surtout de mauvaises pratiques, par exemple des tas de granulés laissés au sol.
Résistance des granulés à la pluie
La résistance à l’humidité dépend fortement :
- des matières premières ;
- du procédé de fabrication.
Un bon granulé se gorge d’eau, se met à l’équilibre avec le sol, mais garde sa forme. Un mauvais granulé explose, fond ou se délite rapidement.
Nombre de granulés consommés par limace
Le nombre de granulés nécessaires dépend :
- de la formulation ;
- de la concentration ;
- de la taille de la limace.
L’objectif d’un bon produit est qu’un granulé puisse contrôler plusieurs limaces. À l’inverse, certaines formulations peu performantes conduisent à de fortes surconsommations.
Concurrence alimentaire
Plus il y a de nourriture disponible au champ, moins les limaces ont de chances d’aller vers les granulés. Une forte biomasse de repousses peut donc diluer l’efficacité apparente des traitements.
Profondeur de travail du sol
La profondeur de travail conditionne l’horizon exploré par les limaces. Elles ne forent pas le sol, mais exploitent :
- les interstices ;
- les galeries de vers de terre ;
- les zones humides autour des racines.
Globalement, plus on leur ouvre de profondeur de sol, plus on leur offre de volume d’exploration.
Message final
Le message final du webinaire est très clair :
- observer ;
- anticiper ;
- combiner les leviers ;
- ne pas compter uniquement sur le produit ;
- raisonner le positionnement, la dose et l’application.
Pour Marion Puysservert, la réussite de la lutte anti-limaces repose sur une vraie stratégie. Le risque se gère dès la moisson, avant même l’implantation de la culture suivante.
En résumé, il faut retenir que :
- le potentiel limaces est souvent déjà là, même quand le sol paraît sec ;
- le travail du sol et le roulage sont de vrais leviers ;
- l’observation est indispensable ;
- tous les produits ne se valent pas ;
- la qualité d’application compte ;
- une stratégie bien anticipée permet à la fois de mieux protéger la culture et de réduire les coûts.
Ressources évoquées
Parmi les outils et ressources mentionnés dans la vidéo :
- l’Observatoire De Sangosse ;
- les pièges tapis distribués pour le suivi au champ ;
- le Limacapt pour le suivi automatisé ;
- les formations proposées autour de la biologie, de l’évaluation, du choix du produit et de l’application ;
- les démonstrations au champ sur l’épandage et la stratégie de lutte.
Marion Puysservert invite les agriculteurs intéressés à se rapprocher des interlocuteurs régionaux, de leur distributeur local ou des organisateurs pour aller plus loin.