Ferme Bronua, l’utilisation d’un couvert permanent contre le ray-grass résistant

De Triple Performance
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Marc a du ray-grass résistant sur ses parcelles, pour lutter contre cette adventice, entre autres, il a ajouté un couvert permanent de trèfle blanc à sa rotation. Le résultat est encourageant car la pression de l’adventice diminue.

Fiche d’identité

  • Nom de la ferme : Bronua
  • Localisation : Plomodiern, Finistère (29)
  • Date d’installation : 2009
  • SAU : 180 ha répartis sur cinq sites et divisés en parcelles de 1,5 ha à 17 ha
  • Cultures : blé principalement, orge, avoine, féverole, colza, tournesol, légumes d’industrie (flageolet, haricot, petit pois)
  • UTH : 1
  • Statut : double actif jusqu’en 2025 (chauffeur CUMA)

Histoire de la ferme

Marc Marchadour et sa femme ont repris la ferme de 80 ha des beaux parents (éleveurs de porcs) de Marc en 2009.

A leur installation, ils ont continué un peu l’élevage de porcs, cependant, cette activité ne leur plaisait guère et les bâtiments étaient obsolètes, ils demandaient donc de l’investissement. Le couple a alors décidé de se consacrer aux cultures, d’autant plus qu’il avait des opportunités d’agrandissement. Les dernières terres acquises datent de 2025 et proviennent du frère de Marc qui est parti à la retraite.

Commercialisation

Les céréales sont vendues localement à une coopérative, un négoce privé et un voisin éleveur de porcs.

Les légumes sont sous contrat avec une coopérative située à proximité de la ferme et labellisés “zéro résidu de pesticides”.

Itinéraires techniques

La baie de Douarnenez est un bassin avec des problèmes d’algues vertes, ce qui impose aux agriculteurs :

  • de ne pas apporter plus de 140 unités d’azote par hectare et par an, les rendements sont donc impactés, Marc pourrait, par exemple, produire entre 10 et 20 q/ha de blé supplémentaires sans cette restriction. Le semis direct et les couverts ont été pour lui un moyen de limiter le lessivage.
  • d’aménager leurs terrains avec des talus et des haies par exemple.

Sur les différentes parcelles, la majorité de la rotation est la même, seule la dernière culture change, elle peut être : du petit pois, du flageolet, du haricot vert, de la féverole ou du tournesol. Les cinq cultures se font chaque année mais sur des sols différents.

Terrains lourds et profonds

Les légumes sont cultivés sur les terrains lourds et profonds car ce sont des sols avec une bonne réserve en eau.

Ces cultures étant destinées à l’alimentation humaine et ayant une génétique très poussée, elles doivent être implantées dans des parcelles propres. Avant le semis, le sol est travaillé superficiellement (à 5 cm de profondeur) avec un déchaumeur à disques.

Marc est labellisé “zéro résidu de pesticides” par sa coopérative, alors, 40 jours avant la récolte, il ne peut plus mettre de produits phyto dans ses parcelles.

Rotation avec petits pois


Couvert phacélie, vesce, tournesol et féverole


Rotation avec flageolets ou haricots verts

Les flageolets et haricots verts suivent le même itinéraire technique.

Les flageolets étant récoltés le 07/09, il n’y avait pas assez de temps pour semer un couvert entre cette culture et le blé suivant. Pour remédier à ce problème, Marc a acheté un semoir qui lui permet d’implanter son couvert dans les flageolets, ainsi, une fois les légumes récoltés, le couvert peut se développer. Il arrivera même à un mètre de haut lorsque l’agriculteur sèmera son blé à l’intérieur !

Sols légers

Sur ses sols légers, Marc cultive de la féverole ou du tournesol car ces plantes ont des systèmes racinaires plus profonds.

Rotation avec féverole


Rotation avec tournesol


Lors de la récolte de tournesol, les cannes sont laissées au champ et le blé suivant sera semé à l’intérieur.

Semences

Marc essaie d’utiliser au maximum ses propres semences afin d’amoindrir ses frais mais surtout de pouvoir faire ses propres mélanges. Par exemple, pour le blé et l’orge, il sème 3 ou 4 variétés différentes dans le but de réduire la sensibilité aux maladies sur ses parcelles et donc son utilisation de fongicides.

L’agriculteur a ses propres semences de : blé, avoine, orge, féverole, tournesol ainsi que sarrasin, et commande chez un négoce (à la carte) quelques semences de couvert : phacélie, vesce, mélange chia/niger ; son objectif est de ne pas dépasser 50 €/ha.

Adventices

L’adventice la plus problématique que Marc rencontre est le ray-grass résistant, mais il doit aussi faire face au gaillet (surtout en hiver), au séneçon, à la renouée ainsi qu’au chénopode (surtout dans les légumes au printemps).

Lutte

Sa lutte contre les adventices repose sur plusieurs méthodes :

  • les herbicides
  • sa rotation qui comprend des cultures de printemps au milieu de cultures d’hiver, afin de casser le cycle du ray-grass
  • le trèfle blanc en couvert permanent qui étouffe le ray grass et a fait disparaître certaines adventices qui posaient problème à Marc comme le liseron. La fauche et l’export du trèfle permet, de même, de lutter contre le ray-grass car cela limite sa montée en graine.

Points bloquants

Au niveau chimique, les herbicides racinaires sont difficilement utilisables en présence de couvert puisqu’ils ne peuvent atteindre facilement le sol. Marc souhaite de toutes façons les limiter, mais lorsque le ray-grass est trop présent sur la parcelle, il est obligé de détruire son couvert de trèfle pour utiliser des herbicides qui “cognent” afin de ne pas être dépassé et de rapidement retrouver un cycle normal.

Depuis la mise en place du couvert de trèfles, les parcelles sont de moins en moins sales. Marc est optimiste sur sa gestion du ray-grass.

Couverts permanents

Trèfle blanc en septembre

Etapes de mise en place

Avant de mettre en place le couvert permanent tel qu’il est sur sa ferme, Marc est passé par plusieurs étapes, ce cheminement a duré une dizaine d’années environ :

  1. Passage du labour aux techniques culturales simplifiées avec des outils à dents et à disques utilisés en profondeur.
  2. Arrêt des outils à dents pour n’utiliser que ceux à disques.
  3. Introduction de couverts permanents et semi-permanents simples dans la rotation (par exemple : phacélie + moutarde) en 2009.
  4. Semis sous couvert depuis 2010.
  5. Introduction de la féverole dans la rotation.
  6. Introduction de couverts plus recherchés et début du couvert permanent trèfle blanc en 2013.
  7. Implantation de la totalité des cultures en semis direct depuis 2013 grâce au semoir d’un voisin, Marc a acheté son propre matériel en 2019.

Objectifs

Marc a implanté des couverts permanents pour :

  • gagner du temps
  • gagner de l’azote puisque d’après des études techniques menées par la chambre d’agriculture du Finistère, le trèfle blanc apporte 30 unités d’azote
  • ramener de la biodiversité
  • couvrir son sol et donc lutter contre les adventices, notamment le ray-grass.


Aide à la mise en place du couvert permanent

Marc a trouvé du soutien dans le groupe TCS 29 au travers duquel il a pu mener des réflexions sur les couverts avec d’autres agriculteurs. Au départ, ils souhaitaient mettre des couverts courts pour ne pas être gênés au printemps, cependant, ils ont remarqué que les couverts longs seraient plus appropriés. Ensemble, ils ont donc mené des expériences afin de choisir la bonne variété de couvert : le trèfle violet poussait trop, le trèfle d’alexandrie ne poussait pas assez, alors que le trèfle blanc répondait à tous les critères.

Marc trouve aussi de l’inspiration dans des revues, des discussions auprès de la chambre d’agriculture ou encore d’élèves de lycées agricoles.

Complexités réglementaires

Les couverts sont obligatoires depuis longtemps chez Marc car ses parcelle se situent sur un bassin versant touché par les algues vertes, cependant, le trèfle blanc n’était pas considéré comme un couvert au départ. L’agriculteur a dû se battre avec la DDTM pendant presque un an, soutenu par des agriculteurs du groupe TCS 29, pour que le trèfle soit reconnu comme couvert !

Un autre sujet sensible peut rendre le travail de Marc plus difficile : l’utilisation du glyphosate. Ce produit est utilisé par l’agriculteur pour ralentir les couverts, donc permettre aux cultures de se développer correctement, cependant, si celui-ci vient à être interdit, la rotation actuelle sera plus difficile à gérer.

Inconvénients du couvert permanent

  • L’implantation des couverts prend du temps et a un certain coût. Pour compenser ce dernier, Marc essaie de faire un maximum de semence à la ferme et s’impose de ne pas dépasser 50€ de semences par hectare. Aujourd’hui, après quelques années d’expérience, l’agriculteur réalise que les coûts sont compensés car les couverts permettent à l’agriculteur de moins utiliser ses outils.
  • L’utilisation du glyphosate est souvent sur la sellette au niveau national et européen, or ce produit est important pour Marc puisqu’il permet de calmer/détruire les couverts.

Avantages du couvert permanent

  • Disparition de certaines adventices (liseron) ou diminution de leur pression (ray-grass) grâce au couvert permanent de trèfle.
  • Bien-être au travail, en effet Marc a plaisir à voir ses parcelles fleuries.
  • Retour de la biodiversité : abeilles, lièvres, chevreuils, carabes, ver de terre, araignées…
  • Rendements stabilisés depuis une quinzaine d’années.
  • Les couverts permettent de rentrer plus tôt dans les champs quand les automnes sont humides.
  • La structure du sol est améliorée par la présence des couverts et l’érosion est limitée. La structure des terrains permet, aujourd’hui, une pénétration lente de l’eau dans les sols et donc une limitation nette des fuites, notamment d’azote. Ce levier est important dans le contexte du bassin versant de la baie de Douarnenez.
  • Le taux de matière organique du sol a augmenté, notamment parce que Marc ne récolte pas ses couverts.
  • Diminution de la dose de produits phytosanitaires lorsque les cultures sont cultivées avec du trèfle blanc.
  • Blé plus résistant aux maladies quand il est cultivé avec du trèfle blanc.
  • Gain de temps

Conseils

  • Se faire accompagner, que ce soit par un groupe d’agriculteurs pour avoir du soutien et des retours terrains, par des formations, par la relecture de cours…
  • Commencer en utilisant le matériel disponible sur la ferme, ne pas investir de suite.
  • La mise en place de couverts permanents prend du temps, il faut y aller par étapes : TCS, semis directs, couverts simples, couverts plus complexes…
  • Il est important de bien réfléchir aux couverts : leur place dans la rotation, leur composition…

Conclusion

Marc est très satisfait de l’implantation du trèfle blanc en couvert permanent, il ne reviendrait pas en arrière. Chaque année, il garde une parcelle d’1ha pour faire des essais afin d’améliorer ses couverts ou d’expérimenter de nouvelles cultures.

Futur de la ferme

Marc souhaite :

  • se développer encore un peu avant de se stabiliser
  • mener une étude pour, peut-être, être labellisé HVE
  • diminuer son utilisation de phytos, notamment le glyphosate
  • introduire de nouvelles cultures dans sa rotation
  • développer le semis de couvert dans les légumes d’industrie.

Galerie photos

Source

  • Entretien téléphonique 08/01/2026